Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Ribéry et Zahia sont d’horribles réactionnaires

Par • 11 mai, 2010 • Catégorie: Réflexion faite

Dans la série « Comment promouvoir une société à la con », l’article de Madame Figaro se pose là.

Sans doute victime du complexe de ringardise, madame Figaro nous pond un beau dossier façon Libé sur les vertus du polyamour – avec quelques réserves, bien timides, en contrepoint.

D’emblée, l’hebdomadaire féminin de la droite française nous rassure : les adeptes de ce nouveau, et donc magnifique, way of life ont fait des études, n’ont pas de télé et votent à gauche. Les beaufs de droite, fous de la messe et branchés sur TF1, sont comme à leur habitude sous-représentés dans l’avant-gardisme expérientiel.

On nous explique que le polyamour présente l’immense avantage de décloisonner, de ne plus forcer quiconque à se ranger dans une catégorie, ce qui est le nec plus ultra de la modernité, qui défend sans relâche une vaste tambouille de valeurs, de couleurs, de croyances. Voire.

Quand débutera une relation dans la société de demain, on imagine sans peine l’impérieuse nécessité de remplir un questionnaire sans fin sur son profil. Parce qu’on décloisonne mais pas trop quand même.

La preuve : un polyamoureux devra savoir renoncer à une aspirante réactionnaire à la monogamie – car même des relations monogames successives trahissent désormais un conservatisme moisi, c’est dire ! Etes-vous polyamoureux ? Mais hétéro exclusif ? Ah non, bi. Très bien. Queer, euh non pas moi.

La probabilité de remplir les conditions dictées par le prospect sexuel sera à chaque rencontre si ténue qu’il faudra instaurer et généraliser – ça commence déjà, nous dit l’article, avec les groupes Facebook et les forums – des lieux virtuels et réels propices à la rencontre de l’autre similaire. En guise de mélange, de diversité, d’ouverture à l’autre, on a fait mieux. Le monde sera divisé en autant de catégories sexuelles qui nous permettent d’imaginer le calcul des permutations et des combinaisons.

Sans compter la vie qui poussera nos petits polys à changer, voire à se ranger un jour.

« Ecoute, chéri33, j’ai l’impression que je suis en train de tomber vraiment amoureuse de toi. – Bien, tu romps notre contrat, nous devons mettre un terme à notre relation. »

Car c’est de cela qu’il s’agit : il faudra, avant d’engager une relation, prévoir un ensemble de règles, contractualiser à l’extrême les modalités des relations – y compris celles de leur terme.

Tel adepte du « grand soir par semaine » se voyait trop beau et réalisera un jour qu’il devient exclusif, en bref qu’il aime une de ses partenaires. De cette dissymétrie naîtra de la souffrance, de l’abandon, du désespoir.

Ironie de l’histoire, on subira de façon démultipliée ce qu’on prétend fuir : il faudra parler, négocier, accepter des concessions… Bref, accorder à son « partenaire » combien plus de temps qu’à son épouse aimante en palabres, mises au point, conventions sur le fonctionnement de la relation… temps démultiplié par le nombre de partenaires.

Une autre caractéristique du polyamour, qui lui décerne le brevet de moderne, réside dans la répartition du risque. Nos petits modernes sont, comme le dirait nos amis anglais, risk-averse. Comme des SICAV bien dosées, une rupture ne remet pas en cause l’ensemble de mon existence. Il me protège contre les aléas de la vie.

Selon l’auteur de l’article, « l’indépendance, l’autonomie et la liberté sont de plus en plus érigées comme des valeurs fondatrices de l’épanouissement individuel. » Le bonheur c’est donc d’être seul. De s’enivrer dans une succession de relations cloisonnées.
Ainsi, la jeune Coralie, avec la certitude de ses 24 ans, avoue qu’elle préfère chercher chez ses différents partenaires ce qu’ils ont de meilleur. En creux, elle leur livre à chacun une partie d’elle. Elle pense ainsi qu’elle peut se résumer à la somme de ses parties. Coralie au lit, Coralie au cinéma, Coralie au restaurant, Coralie à la plage. Comme ces livres pour enfants, dont le bonheur insouciant est devenu le Graal de nos vies délavées. L’homme – et la femme – postmodernes ne se réalisent pleinement qu’écartelés. Coralie, pleine et entière, personne ne la connaîtra jamais. Elle pense ainsi cacher ses défauts, gommer ses aspérités coupables et honteuses, les garder dans son jardin secret – dont elle s’est jadis débarrassée des clés au fond d’un puits. C’est d’ailleurs bien résumé par la psychanalyste Geneviève Abrial.
La somme de ses qualités, ainsi, crée ce personnage de fiction qu’elle seule peut, désormais, aimer et contempler. Plus aucun être ne pourra dresser la liste de ses faiblesses qu’un époux aurait pu constater… et aimer. Sauf Google et Facebook, mais c’est une autre histoire.
Elle sera telle une actrice antique, affublée d’un masque, dont elle changera à chaque acte de sa vie. Sa vie qui ne sera plus qu’une succession d’épisodes entrelacés, sans liens entre eux, sans progression. Les mêmes joies et les mêmes peines répétées à l’infini. Jusqu’au terrible premier soir où se fera jour la déchéance finale, où s’invitera la solitude irrémédiable de la vieillesse, qui est la seule chose honnête – et à ce titre caché, fuie, vilipendée – de nos existences urbaines.

La question des enfants n’est, à ce titre, pas même abordée. La survie de l’espère restera à la charge des dinosaures monogames, seuls capables d’assurer la stabilité nécessaire au développement de l’enfant. Jusqu’au jour où l’on demandera à l’Etat de s’en occuper. Après tout, dans le relativisme et le remise-en-causisme total qui gagnent chaque jour davantage de terrain, pourquoi, et au nom de quoi, n’y viendrait-on pas ?

On nous serine à l’envi que le mariage a vécu, qu’il ne crée qu’un bonheur factice, qu’il relève de l’hypocrisie la plus bourgeoise car, vous comprenez, combien de couples restent encore ensemble et ne s’aiment plus.

Je n’ai que mon témoignage, celui d’un pauvre catholique témoin parfois un rien désabusé de son temps.

J’ai vu des mariages traditionnels partir en vrille. Même parmi ceux qui avaient reçu le sacrement. Mais infiniment moins que ces couples libres dont la précarité est consubstantielle.
Combien de proches, de collègues, de relations sont brisés par des années de vie chaotique, de ruptures dévastatrices succédant à ces périodes d’euphorie adolescente qui caractérisent ces amourettes sans postérité ? Ces personnes geignent, se plaignent, vous envient mais pas trop, vous l’homme heureux « mais qui a sacrifié sa liberté ».

Comme si le bonheur se trouvait par chance, sans effort, comme si le bonheur était un de ces fameux « droits à » que notre époque suicidaire préfère aux « droits de ».

Je ne peux que plaindre, sincèrement, ces animaux de laboratoire que notre société morbide persuade de tenter tout et n’importe quoi. L’amas de malheurs, de pleurs et de grincements de dents qui se prépare fera passer le mariage bourgeois façon XIXe siècle pour un Eden perdu.

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avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès. Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme. Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »
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