Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Gender theory : un pénis, ça trompe énormément !

Par • 2 juin, 2011 • Catégorie: Réflexion faite

J’ai l’impression que mes amis catholiques ont plutôt mal accueilli la dernière réforme du programme de SVT1. C’est normal, vous les connaissez, ils râlent tout le temps. En cherchant dans ma boite mail, je suis même à peu près certain de trouver une pétition idoine.

Qu’est-ce que la théorie des genres ? Pour faire court, pauvre mortel, il faut que vous compreniez bien une chose, passée inaperçue depuis l’aube des temps, mais que des féminismes éclairées ont su intuiter2 et imposer dans les meilleures universités américaines. Vous, monsieur, vous, madame, n’êtes peut-être pas ce que cous croyez. Vous avez entendu parler de ces personnes qui, par les bienfaits d’un régime maladie que le monde entier nous envie, se gavaient d’hormones et coupaient tout ce qui pouvait trahir l’ignoble vérité changeaient de sexe. Vous pensiez ces cas marginaux ? Que nenni, il s’agit là de l’avant-garde de l’humanité. Celle qui a enfin pris conscience que le sexe mental (le genre, quoi) n’est pas le sexe physique3.

Homme sous la douche, homme dans les vestiaires, vous êtes devenu homme parce que votre maman et votre papa, relais de l’implacable société, l’ont voulu ainsi. Mais vous pouvez tout à fait être une femme, sans le savoir. Et justement, la gender theory est là pour vous permettre de le révéler à vous-même et de l’imposer à vos concitoyens. Pour vous permettre de choisir, même si le choix, en l’occurrence, ne paraît pas très évident (Choisit-on son genre, ou choisit-on d’assumer ce qu’on perçoit être son genre ? Le concept du choix est encore assez flou mais soyons indulgent avec cette révolution encore jeune).

Certains esprits chagrins déploreraient l’objectivation d’une tendance qui peut tout à fait exister à titre individuel. Ils pourraient, on reconnaîtrait là leur esprit chafouin, rappeler qu’un homme qui assujettit le réel à sa perception du réel est possiblement sujet à la folie – un homme, par exemple, qui se prétendrait femme malgré la présence ô combien disgracieuse d’un appendice distinctif – et que l’appropriation par la société de cette folie individuelle par le biais de la science est habituellement désignée sous le terme d’idéologie. Vils apôtres du classicisme scientifique, ils se permettraient même de rappeler les heures glorieuses du lyssenkisme, vague darwinisme abâtardi par des impératifs politiques dont les millions de morts ne suffirent pas à invalider les lois fondamentales.

D’autres pourraient regretter que ce qui n’est qu’un théorie marginale – au même titre que le créationnisme, vérité scientifique douteuse dont l’enseignement aux Etats-Unis est régulièrement moquée sous nos méridiens – finisse enseignée dans nos lycées.

Des chipoteurs pourraient enfin dénoncer un dévoiement de la démocratie. On ne veut pas seulement être ce qu’on veut, on demande à chacun de nos concitoyens, avec, au besoin le secours de la science, de nous reconnaître comme tel. La démocratie ne protège plus seulement le libre choix de vie de chacun, mais impose une reconnaissance universelle de chaque mode de vie particulier.

Eh bien, je récuse avec la dernière énergie ces arguments conservateurs, stigmates d’un obscurantisme médiéval, scories d’une hétéronomie rétrograde.

C’est au contraire une excellente nouvelle. Pourquoi ? Parce que si les hommes et les femmes ne sont pas ce que l’on croit, si derrière un mâle poilu et fort bien pourvu par la nature se dissimule en réalité une nature féminine et délicate, si n’importe quel PDG du CAC40 peut révéler une femme sensible qui s’ignore, si un président du FMI en rut dans une salle de bain masque potentiellement une fille d’Ève, les impératifs de quota deviendront caduques. Nul ne pourra prétendre que le gouvernement actuel n’est pas, finalement, composé d’une majorité de femmes. Nicolas Sarkozy et François Hollande pourront à bon droit dénier à Martine Aubry et Marine Le Pen toute velléité d’appropriation de la cause féminine, les conseils d’administration des entreprises seront de fait reconnus statistiquement paritaires (courbe de Gauss à l’appui) et toute étude sérieuse sur les inégalités salariales homme-femme sera de fait rendue impossible.

Cerise sur le gâteau pour les amis de la terre et des bêtes : nous n’avons plus à craindre ou déplorer la disparition d’espèces : il y aura bien, n’en doutons pas, un universitaire américain pour prouver que notre caryotype (la collection de chromosomes propres à chaque espèce) ne saurait constituer un argument suffisant pour dénier à quiconque le droit de se croire ours polaire ou abeille (et partant le devoir pour chacun de le reconnaitre comme tel). Et des activistes pour faire en sorte qu’on enseigne à nos enfants que leur incapacité à survivre dans l’eau glacée ou à fabriquer du miel n’est qu’un obstacle fallacieux mis en exergue par une société castratrice pour nier leur être profond.

Question (5 pts) : En vous appuyant sur les acquis de la théorie des genres, élaborez les bases d’une théorie des espèces. Saurez-vous, sur l’illustration en exergue, distinguer à coup sûr l’humain de l’ours (attention, il y a un piège) ?

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[Edit : d'éminents comparses ont depuis traité ce sujet sur un mode bien plus grave que moi : Baroque et Fatigué, PE Gobry, Nicolas Mathey, Incarnare et Zabou. Les discussions qu'ils suscitent en commentaires sont souvent passionnantes. Peut-être reviendrai-je ultérieurement sur ce sujet, dans ce blog ou dans l'autre, car elles suscitent chez moi de nouvelles réflexions...]

 

  1. SVT pour Sciences de la vie et de la terre. Cette locution latinisante a remplacé les termes grecs biologie et géologie il y a une quinzaine d’années, cette traduction fidèle n’ayant sans doute d’autre intérêt que de marquer de façon indélébile l’empreinte d’un ministre lambda.[]
  2. Ce terme qui fait brailler mon correcteur orthographique est pourtant mainstream, si si ![]
  3. Je vous vois venir, ce n’est pas parce que les opérations de changement de sexe sont prises en charge par l’Assurance maladie qu’il s’agit d’une maladie, petit taquin[]
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avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès. Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme. Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »
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9 Réponses »

  1. et puis pour supprimer le X ou le Y que nos pervers de parents ont fallacieusement introduits la nuit dans chacune de nos cellules pendant que l’on dormait de notre sommeil mixte et serein, franchement, ça va nous coûter bonbon!

  2. Répondre à la question finale est compliquée pour un lecteur de Kipling : je vois un ours et un loup, membre du peuple libre…

  3. [...] Lire la suite sur Le temps d’y penser [...]

  4. @ do
    Qu’ont à voir les X et les Y là-dedans ? C’est CULTUREL, on vous dit ! ;)

    @ Goéland
    Ouaip, sauf qu’il ne fait pas de lobbying pour forcer la terre entière à être d’accord avec lui sur ce point précis. Ni imposer à la Sécu de lui payer sa greffe de queue et son implantation pileuse !

  5. @ Goéland & Henry le Barde : vous oubliez que, non content d’être un loup, il se prétend en plus du même sang que les serpents et les vautours, et je ne sais combien d’autres espèces… sans parler de ceux qui voient en lui une grenouille…

    Sinon, merci pour le sourire : la théorie des genres rendant le féminisme à tout crin caduque, ce serait un beau retournement de situation !

  6. [...] un édito sarcastique qui ne trompe pas de Henri Le Barde [...]

  7. [...] de la vie et de la terre (SVT) de 1re S et, surtout, de sciences en 1re ES et L (réactions ici, état des lieux). Le programme de SVT fait référence à la sexualité et à la recherche du [...]

  8. [...] *Henry le Barde Publié dans Actualité tout court, Religion, Sexe | Taggécatholicisme, Christ, genre, identité, sexualité, Vingt-Trois | 39 commentaires » J'aimeSoyez le premier à aimer ce post. [...]

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