Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Vaines incantations de l’unité en politique

Par • 13 oct, 2011 • Catégorie: Réflexion faite

Pour l’UMP, c’est clair, la perte du Sénat est due à ses divisions. Maudites divisions ! Alors que Sarkozy lui-même avait appelé à l’unité son camp, comment est-il possible que l’UMP soit divisée ? Car, enfin, ce n’est pas compliqué, le mot d’ordre est répété sans cesse « Soyez unis pour gagner ! »1 .

Cela me rappelle, non sans une certaine ironie, ce chef de service qui avait rassemblé son équipe pour lui reprocher son manque de motivation et lui a intimé cet ordre qui semblait couler de source : « Soyez motivés ! » Mais bizarrement, cela ne fonctionnait pas mieux qu’à l’UMP.

Cela parait pourtant assez logique. Nous sommes motivés par quelque chose (la réussite attendue d’un projet, le désir d’être utile, etc.). La motivation n’est pas un état d’esprit général. Motivé, je veux bien, mais par quoi ? Pour faire quoi ?

C’est un peu la même chose pour l’unité. L’unité n’est pas un absolu. Je veux bien travailler avec vous, mais encore faut-il savoir dans quel but, pour quel objectif. Si je ne partage rien avec vous, aussi sympathique soyez-vous, je vais avoir du mal à soutenir votre candidature, malgré les rappels à l’ordre du Président en personne.

Ailleurs, l’exemple de l’unité a pourtant été montré avec brio… par le parti socialiste Benoît XVI. Pour avancer vers l’unité (en l’occurrence avec les membres de la fraternité Saint Pie X), Benoît XVI vient de proposer un document dans lequel il distingue des principes doctrinaux et des questions « ouvertes à la légitime discussion ». Cela me semble tout à fait pertinent. Pour rassembler, il faut avant tout être d’accord sur quelque chose (en l’occurrence les principes doctrinaux), mais cela n’oblige pas à être d’accord sur tout.

Les partis politiques, bien que très différents dans leur organisation de l’Église catholique (et heureusement), peuvent tout de même apprendre quelque chose de ce geste. En effet, avant de soutenir Nicolas Sarkozy, encore faudrait-il savoir ce qu’il veut, ce qu’il compte faire, sur quelle base il va construire son programme.

On pourrait ainsi imaginer que le candidat presque déclaré pourrait distinguer :

  • l’essentiel, le cœur de son programme, intangible, ce qui en fait la cohérence ;
  • ce qui peut faire l’objet de compromis.

En l’absence de cette clarté, il est impossible de se positionner : en soutien de ce candidat ou non. C’est pour cela que je crois que l’UMP ne devrait pas se réjouir de l’abandon de la candidature de Jean-Louis Borloo, car cela ne s’est pas fait dans une logique de rassemblement et cette annonce risque bien de cacher l’absence d’un vrai socle de base pour le programme de Nicolas Sarkozy. Les électeurs désarçonnés (notamment dans le centre droit2 ) par l’absence de cohérence3 des mesures prises par le gouvernement n’ont que peu de chances de changer d’avis.

Je pense que l’UMP parviendra tant bien que mal à se rassembler (ne serait-ce que par peur de la défaite), mais ce qui marche dans un parti politique pour des raisons partisanes ne suffira par à rassembler les électeurs autour de ce parti. Une unité de façade ayant pour unique point commun d’agiter le chiffon rouge de la gauche suffira peut-être pour gagner4 , mais j’en doute…

Par Guillaume Duvillaret, blogueur

  1. Quelques exemples : iciici ou ici[]
  2. Si cette notion a encore vraiment un quelconque sens.[]
  3. La seule cohérence dans l’action gouvernementale que je perçois clairement, c’est la volonté de réduire les déficits. Mais les moyens pour atteindre ce but me semblent totalement incohérents avec un saupoudrage de mesurettes pour grappiller les économies dizaines de millions d’euros par dizaines de millions, en essayant de ne pas trop fâcher les électeurs (quitte d’ailleurs à reculer si besoin).[]
  4. Avec un vote « par défaut » pour Nicolas Sarkozy.[]

Commentaires sur Facebook

commentaires

Marqué comme: , , , ,

s'est intéressé tôt à la politique. Après une passion de bien courte durée, il a conservé son amour de la politique pour sa recherche du bien commun, mais reste un peu désabusé par une politique trop partisane. Il souhaite contribuer au débat, mais préfère se demander ce que lui peut faire plutôt qu'attendre un hypothétique "grand soir" venant d'une hypothétique personnalité politique providentielle. Il cherche à penser le monde d'aujourd'hui, avec ses particularités, essayant de se défaire de ses a priori, mais sans avoir la prétention de croire qu'il peut partir de rien. Pour cela, il s'appuie sur la solide tradition de l'Eglise, ce qui ne l'empêche pas de rechercher le dialogue avec tous, non seulement pour convaincre, mais aussi (et surtout ?) pour se laisser convaincre.
Email à cet auteur | Tous les Articles par

Laisser un Commentaire

Commentaires sur Facebook

commentaires

Powered by Facebook Comments