Le temps d'y penser

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Robotisation et déshumanisation

Par • 3 nov, 2011 • Catégorie: Réflexion faite

L’homme est-il dépassé ? Et si, contrairement à ce que disait Aragon, l’avenir de l’homme n’était pas la femme, mais le robot ? Un robot créé par l’homme pour suppléer à ses imperfections et même pour le remplacer.

Ne croyez pas que je cède aux fantasmes d’auteurs de science fiction ! Les robots sont au point et remplacent déjà des salariés (ou dans certains cas le pourraient), comme on le voit aujourd’hui dans les chaînes industrielles et les caisses automatiques de supermarchés. Les robots se perfectionnent si bien qu’il en existe certains capables d’intervenir dans les centrales nucléaires. En l’occurrence, un investissement financier sur ce type de robots aurait pu sauver des vies à Fukushima. Le débat n’est pas donc pas dans un pour ou contre les robots, ce qui serait aussi absurde qu’un pour ou contre Internet. La robotisation fait partie de notre quotidien et en fera de plus en plus partie. Mais dans quelle mesure est-ce vraiment acceptable ? Quelles limites poser ?

Aujourd’hui, l’enjeu de la robotisation est souvent posé du point de vue de l’emploi : « La robotisation va-t-elle détruire le métier de caissière ? » Sans négliger ce type de questions, je crois que l’enjeu se situe surtout sur la déshumanisation qu’induit la robotisation dans notre société.

Reprenons l’exemple de la caisse automatique. Est-ce vraiment déshumanisant ? Une caissière chargée simplement de dire « Bonjour », « Merci », « Au revoir », d’aller au plus rapide, de s’occuper du client suivant sans avoir fini de s’occuper du premier client, est-elle vraiment plus humaine qu’un robot ?1

Mais comment remplacer un boucher, un vendeur sur un marché par une caisse automatique ? Les petits commerces, les marchés ne sont pas morts parce qu’ils continuent d’apporter un peu d’humanité, une humanité qui semble avoir déserté les centres commerciaux.

Je pense aussi aux hotlines. A quoi bon avoir une personne au bout du fil pour simplement lire une procédure que n’importe qui peut trouver sur Internet ? Un robot le ferait aussi bien et le fera sans doute bientôt. Regardez les performances de la reconnaissance vocale sur l’iPhone !

Et demain, ce sera sans doute au tour des journalistes.2

La procéduralisation, la répétition d’actions est la première étape du processus de déshumanisation, qui ne peut qu’amener à la robotisation. Une fois l’humain interchangeable, malléable, réduit à l’état de robot, on ne peut plus s’étonner qu’il soit finalement remplacé par un robot.

Les procédures ne sont pas un mal en soi, mais notre société ne doit pas chercher à se cacher derrière, à la recherche d’un hypothétique « risque zéro » (ou en tout cas pouvoir dire : « je n’y suis pour rien, j’ai suivi la procédure »). L’avantage de l’humain, c’est qu’il peut faire du cas par cas, adapter une procédure en fonction du bon sens.

Ainsi donc, de grâce, ne devenons pas des robots ! Sinon, bientôt, ils nous remplaceront.

  1. Ce n’est évidemment pas là une attaque contre les caissières. Certaines sont d’ailleurs très sympathiques et parviennent même à donner de l’humanité à ce travail tellement déshumanisé. Je suis aussi conscient du fait que les caissières sont les exécutantes et non les décisionnaires. Par conséquent, les marges de manœuvre sont difficiles à trouver. Je crois néanmoins que la question mérite d’être posée afin que chacun puisse, à son niveau, tenter de lutter contre cette déshumanisation.[]
  2. Les robots ne remplaceront sans doute jamais toute une profession. A ce jour, il est difficile d’imaginer comment certaines tâches pourraient être réalisées sans une intervention humaine. A ce jour…[]

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s'est intéressé tôt à la politique. Après une passion de bien courte durée, il a conservé son amour de la politique pour sa recherche du bien commun, mais reste un peu désabusé par une politique trop partisane. Il souhaite contribuer au débat, mais préfère se demander ce que lui peut faire plutôt qu'attendre un hypothétique "grand soir" venant d'une hypothétique personnalité politique providentielle. Il cherche à penser le monde d'aujourd'hui, avec ses particularités, essayant de se défaire de ses a priori, mais sans avoir la prétention de croire qu'il peut partir de rien. Pour cela, il s'appuie sur la solide tradition de l'Eglise, ce qui ne l'empêche pas de rechercher le dialogue avec tous, non seulement pour convaincre, mais aussi (et surtout ?) pour se laisser convaincre.
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5 Réponses »

  1. Malheur disait le père Evariste ! Mr Gutenberg a inventé l’imprimerie !
    Nous allons perdre le sens de Dieu car les livres sont paroles de Dieu et nous seuls pouvons copier cette Sainte Ecriture !
    Malheur à nous ! Malheur à ce mond déshumanisé !

    Bon, sérieusement, un job de caissière, avec toute l’empathie que je peux avoir, mais toute la franchise sur ces geste répétitifs est-ce humanité, est-ce humanisant ? Le travail, par nature, est création, pas fonction, vous le dites… Les centres d’appels ferments en ce moment, au vu du turn-over et ru ras le bol clients
    Alors, vive les robots, vives les caissières poètes (on va y arriver) !

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  2. @jeanduma

    Je crois qu’effectivement, quand une fonction a été déshumanisée, l’automatisation ou la robotisation est inévitable. L’exemple des centres d’appels est tout à fait juste. Ce n’est agréable ni pour le salarié ni pour le client ni pour l’employeur (qui voudrait réduire ces coûts). Pourquoi continuer ainsi ?
    La question que je me pose aussi, c’est : comment éviter cette déshumanisation ? Un centre d’appels de qualité (où la personne est véritablement à l’écoute et ne fait pas simplement lire une procédure) rendrait le travail plus attrayant et une meilleure qualité du service. Mais est-on prêt à en payer le prix ?

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  3. « Mais est-on prêt à en payer le prix ? »

    Je ne sais pas. Je me souviens d’un article d’un professeur de stratégie intitulé La réduction des coûts est une démarche suicidaire.

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  4. @Henry le Barde

    L’article est très juste.

    Je rejoins tout à fait l’auteur, notamment sur sa conclusion :
    « Par essence, la stratégie repose sur la création de valeur, seule capable de pérenniser les profits. Elle est donc l’antithèse de la réduction des coûts. Espérons qu’elle en sera également le remède… »

    Pour revenir à la question de l’humain, c’est un véritable problème de voir la question des salariés traitée comme une question de coûts, alors qu’ils sont la richesse de l’entreprise. Les employeurs gagneraient à faire confiance à leurs salariés pour qu’ils apportent leur richesse au lieu de les transformer en robot…

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  5. On est bien tous d’accord… Et pour aller plus loin, on aimerait voir des prophètes épiscopaux sur ces sujets (l’economie=création de.richesse par le personnel) plus que par la dette publique (cal.23 ce jour à Lourdes, 30 ans de retard de vision) ou le tres anecdotique castellucci…

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