Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Triste campagne

Par • 13 jan, 2012 • Catégorie: Réflexion faite

La campagne présidentielle telle qu’elle débute n’augure rien de bon pour notre pays. Depuis quelques semaines nous assistons à un déferlement de médiocrités annonciatrices de cruelles désillusions.

Le principal parti d’opposition s’est donné un chef dont le modèle est indistinctement François Mitterrand ou Jacques Chirac, deux hommes qui, quand ils étaient au pouvoir, n’ont su être visionnaires. Tous deux ont bercé la France de l’illusion que l’on pouvait vivre comme dans les années qui succédèrent à la seconde guerre mondiale. Quant aux autres candidats déclarés, leur point commun, pour l’instant, semble être « achetez français ». Ce slogan « achetez français » est à ce siècle ce que la défense de la rente a été pour les précédents : un billet d’embarquement pour la guerre. Certains l’ont même baptisée aujourd’hui « guerre économique », comme pour mieux la faire accepter. Il n’y aura pas de balles, pas de sang, mais nous en sortirons laminés et ruinés et vraisemblablement nous enterrerons ce que nous avons baptisé « démocratie ». A force d’avoir refusé de voir entrer nos pays européens et singulièrement la France dans une économie mondialisée, notre classe politique semble avoir trouvé un combat à sa mesure : un protectionnisme veule. Quant à ceux qui veulent « démondialiser » ils sont les dignes héritiers de ceux qui ont refusé dans les années 30 de croire que la guerre était inéluctable. Ce sont ceux qui ont fait le lit du fascisme quand ils ne l’ont pas encouragé au prétexte caché que l’on pouvait sauver la paix à n’importe quel prix. Aujourd’hui la quasi-totalité des pays de notre planète sont des producteurs. Refuser ou freiner la circulation des biens c’est encourager les rancœurs et les haines. Sommes-nous si oublieux de notre passé pour qu’une crise due à la cupidité fasse sauter les digues que nous avons mis deux siècles à édifier pour éviter des guerres !

Ce qui se passe aujourd’hui en Hongrie est édifiant. Ne croyons pas que nous pouvons y échapper. Nous avons déjà esquissé un pas vers un engrenage destructeur et je pense qu’il ne faut plus qu’une chiquenaude pour tomber dans la machine qui nous broiera alors immanquablement. Alors que nous nous dirigeons, fiers, vers cette broyeuse, l’ambition de la quasi-totalité des candidats est de faire croire aux électeurs que nous pouvons conserver notre modèle alors qu’il n’existe déjà plus.

Notre problème peut se résumer en deux termes : aveuglement et égoïsme. Plus nous croirons en des discours protectionnistes, plus nous accroîtrons les tensions et nous donnerons corps à des conflits, à des dominations, à des oppositions. Le prochain président devra avoir le courage de faire partager au plus grand nombre de citoyens la vision de la véritable identité économique de notre pays. En faisant accepter un état des lieux sans complaisance, nous pourrons peut-être envisager de revenir dans le jeu économique. Il nous faut accepter plus de contrat, plus de régulation et moins de réglementation. Moins de réglementation ne veut pas dire un retour à la loi du plus fort mais simplement le retour à un Etat crédible, engagé et reconnu dans le périmètre régalien et garant des grands équilibres sociaux. Il nous faut accepter le nomadisme des emplois. Beaucoup vont encore quitter notre territoire mais nous pouvons en accueillir de nombreux autres. Il nous faut accepter des relations d’entreprises à Etat sur la base d’échanges constructifs. Plus de richesses est synonyme de plus de solidarités. N’oublions jamais cela avant d’analyser les propositions des uns et des autres.

Si je suis encore un peu optimiste, je peux imaginer que le bons sens l’emportera dans les trois mois à venir sans qu’il soit besoin de nous enfoncer encore plus économiquement. Sinon, il faudra attendre l’effondrement pour espérer repartir sur d’autres bases mais combien d’entre nous serons alors désespérés ou perdus ?

C’est en relisant la conclusion de « Tristes tropiques » de Claude Levi Strauss que j’ai imaginé le titre de ce billet. « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui… l’homme apparait lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d’un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive…nous serions tenté de voir la chance qu’a notre univers de survivre, si sa fonction n’était pas de fabriquer ce que les physiciens appellent entropie, c’est-à-dire de l’inertie… »

Si nous faisons de ce rendez-vous de 2012 un moment d’inertie, nous aurons participé collectivement à accélérer le temps qui nous sépare d’un précipice et sans même nous en rendre compte. 2012 sera alors une date que les historiens dans quelques dizaines d’années identifierons comme un moment clé de basculement. Si nous persistons dans les bavardages, la législation frénétique, le rêve, nous aurons le sang et la dictature sous une forme que nous accepterons d’autant plus facilement que chacun d’entre nous en sera acteur grâce aux magnifiques réseaux auxquels nous nous abandonnons un peu plus chaque jour…

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4 Réponses »

  1. Il est vraiment extrêmement difficile d’avoir une idée claire de la situation.

    S’il est vrai que les gouvernements doivent dire la vérité, il est non moins vrai qu’ils sont tenus aussi de rassurer. La confiance est en effet un élément essentiel de la vie économique.

    Vous parlez du slogan « achetez français », pour de nombreux acteurs politiques il est aussi question de « fabriquer français » (François BAYROU). Si ce slogan doit être modulé, n’est-il pas vrai aussi qu’il est en partie juste. Entre faire un protectionnisme pur et dur et protéger des parties de notre économie n’y a-t-il pas un juste milieu ?

    Estimez-vous juste que la Poste achète des scooters taïwannais alors qu’on licencie dans l’entreprise Peugeot qui fabrique ces mêmes scooters ?

    Compte tenu des salaires et des conditions de la protection sociale dans les pays de l’Asie du Sud-Est, c’est toute notre industrie qu’il faut saborder.

    Merci de votre attention Gepetto,

    hélios

  2. Cher Hélios

    Protéger une économie c’est reconnaître avoir perdu. Nous n’avons pas eu le courage d’abandonner au moment opportun des secteurs pour lesquels il serait vain de vouloir espérer maintenir nos parts e marché. Pour Peugeot ou d’autres il s’agit d’investir et anticiper dans des technologies de rupture nous garantissant des débouchés. La difficulté ou plutôt le drame c’est d’avoir trop attendu et il est très difficile de tenir des discours crédibles aux salariés. Ces derniers ne peuvent être qu’incrédules et désespérés quand ils voient que leur outil de production ne permet pas de leur garantir un avenir décent. Nous vivons la fin de nos illusions et c’est toujours pénible. Seule une crise violente permettra de poser les véritables questions et faire accepter des réponses crédibles donc sans complaisance avec nos illusions. La France a un avenir industriel il faut y mettre le prix et investir massivement dans des solutions d’avenir., Il nous faudra accepter le sacrifice d’une génération….

  3. il est toujours appréciable de ne pas se faire ménager par l’auteur d’un article si le prix à payer est un éclaircissement d’une situation où les voix se contredisent souvent et jamais ne sonnent juste.
    Merci pour ce billet

  4. Je crois que la question qui se pose aux populations de l’Europe est celle-ci :

    après avoir exploité une partie du Monde, après vous être développé en sagesse, en richesse et en éducation vous avez donné des possibilités d’évolution à des peuples qui n’imaginaient pas que cela soit possible. Vous leur avez dit qu’ils pourraient devenir comme vous. L’ouverture s’est amorcée et certains vous rejoignent. D’autres sont en train de vous dépasser. Leurs économies jeunes et débridées sont plus robustes que les vôtres, alourdies par des siècles de croissance et par quarante ans de croissance fragile et protégée.

    Avons nous réellement cru que nous pouvions faire un monde sans pauvres ?

    Je ne suis pas un partisan de la guerre économique mais nous nous y trouvons plongés malgré nous par les autres zones du monde qui veulent ce que nous avons eu pendant des centaines d’années (au minimum 200 ans).

    Je ne crois pas au protectionnisme par pays, mais l’Europe ne doit-elle pas considérer que son salut viendra d’un redressement supra étatique de la distorsion de concurrence qu’elle subit actuellement, telle que celle qu’elle imposait jadis aux pays du Sud ?

    Et si l’enjeu aujourd’hui était ce gouvernement mondial économique qui garantirait l’égalité des chances pour chaque pays quelle que soit sa situation de départ ?

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