Algérie… française et droite orpheline
Par Corbulon • 26 avr, 2012 • Catégorie: Réflexion faiteNotre pays ne fêtant plus que des commémorations, il s’est occupé récemment de la fin de la guerre d’Algérie.
Vu d’une droite décomplexée, et traditionnelle, on pourrait aussi écrire la fin de l’Empire et de la République qui l’a construit.
Plusieurs plumitifs et de grands politiciens nous assènent ad infinitum que ce fut une chance, la restauration de la France. Il n’est que trop exact de souligner l’excellente qualité des documentaires diffusés sur le service public audiovisuel avec des personnes comme B. Stora.
Cette tragédie est toujours en cours, produisant maintenant ses effets profonds sur l’esprit français. La France panse les plaies de sa mémoire encore à vif. On constate que, lorsque la Gauche (toujours très discrète pour rappeler au vénéré Peuple qu’elle lança la répression à outrance, le vote des pouvoirs spéciaux, l’envoi du contingent et surtout, rendit l’autorité politique aux militaires faute de vouloir faire une politique) fait des trémolos sur « la chance de l’immigration », trois millions d’enfants de Harkis, Malgré Nous de l’Empire répudiés par la nation lâche, font trembler tout prétendant à la Présidence, et, par leur présence, distillent le vicieux poison : si l’immigration est une chance pour la République, comme la colonisation était positive pour la France, pourquoi sommes-nous si mal à l’aise avec Notre histoire impériale ? Le résultat, la guerre civile. L’immigration est un sujet aussi idéologique et catastrophique pour la France que la colonisation à cette époque.
On redécouvre que de Gaulle fit une vraie politique, en ignorant tout de l’Algérie : il s’en débarrassa.
Ce fut une politique de basse fosse, de compromission – en particulier en reconnaissant le FLN comme unique interlocuteur des « négociations » d’Evian – et d’abandon total de nos hommes à partir de janvier 1962, préfigurant la stérilité pathétique de la « non ingérence humanitaire » et de son machin onusien.
Il provoqua une scission, une fracture intellectuelle et morale profonde dans la société française, pour offrir le moindre déchirement aux Français ; le retour des fils à la maison, après 27 mois de service. Ils en éprouvèrent, aujourd’hui encore, une singulière haine de l’armée, de l’autorité, un mépris considérable de « la France qui parle à la France ».
Ne cherchons pas bien loin la cause de 1968.Le Général fit du mieux qu’il put, c’est-à-dire de manière abjecte, en oubliant la leçon de son cher Leclerc (Indochine, on ne combat pas une idée comme la liberté avec des armes… puis ce fut d’Argenlieu), mais en cimentant contre l’attachement sentimental inséparable de la glorieuse universalité du Français le référendum des Français de souche. Le vieux barrésien avait raison : entre l’universalisme et la patrie, on ne transige pas. Jamais la droite n’aima la colonisation. Elle la combattit, à l’inverse de la gauche, des Ferry et consorts. La vision républicaine (avec des trémolos dans la voix, sinon vous êtes suspect) aime tant l’universel qu’elle fabriqua l’empire français. La France a toujours raison, n’est-elle pas le phare des peuples libres…
Et pourtant, le plan de Constantine, la paix des Braves, les opérations Challe, tout allait bien au-delà de la gestion des évènements subis par la précédente république.
Cette politique bâtie sur des mensonges et des trahisons produisit la moins mauvaise des solutions. Mais elle n’engendra aucune concorde civile en France, elle enfouit le cadavre dont la putréfaction est infinie. Pire, la droite y perdit son âme. Elle bazarda la France éternelle contre l’éphémère modernité libérale : bien l’en prit d’ailleurs, mais sans renoncer à son démon étatiste, alors qu’elle renonçait à son amour patriote et charnel de la France. Contrairement au mensonge républicain de gauche devenu catéchisme, l’affaire algérienne est l’aboutissement logique de la conception révolutionnaire théorisée par la Gauche depuis 1793. Pas de liberté pour les ennemis de ceux qui la décrètent. Pas d’alternative à l’Homme libéré, qui est enchaîné. Si la France n’admet toujours pas l’histoire algérienne, c’est parce que tout s’y voulait bon, droit, républicain. Le procès fait à la France d’alors, c’est le procès de nos 250 dernières années. Vaincus en Europe, nous voulions dominer les autres. Nous leur vendîmes la Liberté à la Française. Ils n’avaient rien demandé.
Regardons les hommes, notamment ceux que l’Histoire et nous, lâches enfants, jugeons sans fin (le recul de la morale a engendré une inflation de moralisation de toute action politique) : qui se souvient d’un politique, à part de Gaulle, Soustelle, ou Louis Joxe (eh oui…) ? Personne. Par contre Bigeard, Massu, Denoix de Saint Marc… une étoffe puissante de géants, à mille lieux du « facho-qui-torturait-passible de crime contre l’humanité-et-raciste » selon les Pravda du Soir1. L’exhumation d’une interview de Challe en 1972, censurée, montre un homme considérant les serments comme sacrés. Ce court entretien est tout simplement humain lorsqu’on écoute le grand patron de l’armée française (qui venait de purger 7 ans de forteresse et suspension de tous ses droits).
Bien sûr l’histoire et la suite donnèrent tort à l’OAS qui avait commis une impardonnable erreur dans un pays n’admettant pas le terrorisme politique – de droite, parce que les décrets de la Terreur, ou de la destruction de la Vendée, eux, sont toujours là. Cette droite immorale qui, plutôt que l’ardente foi catholique, le roi, la vieille tradition impériale ou encore l’étoffe humaniste de grands libéraux, large éventail des options de la droite, choisit Vichy et la haine du « bougnoule ».
Mais, et j’assume ce mais, la droite, dès lors, se sépara de tout l’appareil intellectuel et moral qui était le sien. Non pas en reniant l’Algérie, mais en bazardant la Foi, l’armée (la plus grande épuration de l’Etat depuis 1905 fut celle de ses officiers, après 1962), les traditions (par le pari de la fuite en avant dans la Modernité), la méfiance de l’Etat central (alors que la droite avait porté la décentralisation au pinacle de ses valeurs, chez Maurras par exemple).
Que devint ainsi l’éblouissante phalange des Boutang, Nimier, Blondin, Gabriel Marcel, Jean Ousset ?
La résistance pro-algérienne de la gauche et tous les porteurs de valise furent donc, sur le plan des idées, un coup politique gagnant pour un demi-siècle, bien plus que le résultat d’une conviction. La Gauche devint alors ce qu’elle est : la contestation pavlovienne névrosée de toute tradition au nom de la modernité et du Progrès, par égalitarisme plus que par souhait d’améliorer la condition de tous.
Une profonde division politique de la droite en sortit2, dont la césure entre le Front national et l’UMP sont encore les témoins, bien au-delà des manœuvres d’un Mitterrand en 1984.
Mais plus que celle de la droite, ce sont les germes de la division querelleuse et mortifère du Peuple de France qui furent ravivés.
Comment de Gaulle aurait-il pu l’imaginer ?
- http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/generation-algerie_1671419_3212.html)[↩]
- http://www.magistro.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1081&Itemid=88[↩]
Commentaires sur Facebook
Corbulon est catholique, marié, père de cinq enfants. Il n'est pas uniquement râleur et conservateur malgré un style que son métier hospitalier l'oblige à arrondir.
Nullement aristocratique, il désespère de voir les libéraux acquérir une place qui ne se réduise pas à l’économisme et la Cité catholique oser retrouver confiance dans le message que celle ci offrit au monde dont la paganisation n’augure rien de bon.
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Intéressant mais il faut bien connaître l’histoire, ce que vous savez parfaitement.
Dommage que le temps d’y penser ne nous ait pas proposé un billet sur les échéances électorales. D’autres blogs le font, d’accord. Mais c’était l’occasion pour votre blog d’apporter son analyse ou plutôt celle de ses blogueurs habituels…..Je le regrette.
Bonne fin de dimanche. Dimanche, les dés seront (presque) jetés….! Ce n’est quand même pas rien.
Hélios
hélios(Citer ce commentaire) (Répondre)
bonsoir Hélios,
eh bien c’est assez simple, la suite politique: un pincée de IVème (surtout entre 1944 et 1947 avec le tripartisme et la troisième force, cette dernière étant identifiée sans difficultés, représentant 6.5 millions d’électeurs).
une pincée de III ème République (pour la soupe des chéquards aussi nuls qu’à l’époque de Panama).
et enfin un scénario financier équivalent à 1788, avec l’Allemagne et les marchés pour nous rappeler à la « droite raison ».
au milieu, les rad soc qui bourrent le mou du « Peeeuple républicain » depuis 19881 sans discontinuité….
corbulon(Citer ce commentaire) (Répondre)