Le Royaume de Dieu, une notion de philosophie politique
Par Basilon • 4 mai, 2012 • Catégorie: Réflexion faiteL’une des expressions qui revient le plus souvent dans les Evangiles, c’est Royaume de Dieu ou Royaume des Cieux pour Mathieu. Les quatre évangélistes canoniques sont d’accord sur le motif de condamnation de Jésus : Ro
i des Juifs.
La dimension politique très forte du discours biblique est souvent ignorée des Chrétiens. Celui-ci s’élabore dès les couches les plus anciennes de l’Ancien Testament. La notion de Royaume de Dieu est méconnue. C’est pourtant le cœur de l’annonce du Christ, qui n’est pas seulement une notion spirituelle.
Le concept de Royaume de Dieu est avant tout une notion de philosophie politique, une vision de la relation entre un peuple, en tant qu’entité politique, et son roi, qui est, non pas un homme, mais un Dieu. La perversion de ce régime politique est l’usurpation par un homme de la qualité de roi, alors que cette fonction ne peut être attribuée qu’à Dieu.
Dans cette optique, l’Incarnation du Christ a une signification politique précise : le rétablissement de la Royauté de Dieu sur le peuple juif, le Christ-Roi, en tant que Dieu, reprenant le pouvoir détenu jusqu’alors par le roi illégitime, Hérode en l’occurrence.
La Bible indique comment fonctionne la royauté de Dieu. Le régime idéal est décrit dans l’Ancien Testament, c’est la période des Juges, c’est-à-dire la période politique antérieure à l’institution du royaume de David. Les Juges étaient des hommes de foi, reconnus pour leur valeur par le peuple, et dont la mission était à la fois d’unifier le peuple, de le libérer de l’oppression et de rétablir la foi. Samson est le plus connu. Lorsque leur mission était terminée, les Juges cessaient d’exercer le pouvoir. Le seul roi permanent, c’est Dieu, qui délivre un discours relayé par les prêtres, discours suffisant pour organiser la société et garantir la paix, dès lors que le peuple reste fidèle à ce discours divin.
A ce régime archaïque des juges, s’oppose la royauté ; régime politique plus centralisé et plus stable, tirant sa première légitimité non de sa foi et de sa valeur reconnue par le peuple, mais de la dynastie, de l’autorité intrinsèque. Les honneurs dus au roi sont considérés par l’auteur biblique comme des honneurs illégitimes qui ne devraient être accordés qu’à Dieu. Le seul roi toléré par Dieu ne peut être qu’un roi qui soit prophète, qui soit en phase totale avec lui. Les livres des Rois, de Samuel et des Chroniques, qui racontent l’histoire des souverains des royaumes de Juda et d’Israël, dénoncent en permanence l’institution royale, et tous les crimes commis par ces rois, y compris le roi David ; aussi bien les crimes à l’égard de la foi, que l’oppression de ces rois sur le peuple. La Bible est profondément anti-monarchique.
La notion de Royaume de Dieu contient la conception du pouvoir politique que souhaite Dieu pour le gouvernement des hommes. Dans les Évangiles, le Christ apparaît comme le vrai roi des Juifs, parce qu’il est Dieu, et en tant que tel, le seul légitime pour assurer cette fonction. Les Évangiles, dans la tradition biblique, indiquent comment il faut comprendre la royauté du Christ sur son peuple ; et comment il faut concevoir l’articulation de cette royauté divine avec l’exercice quotidien des fonctions d’un gouvernement par des hommes.
La royauté divine est le premier aspect de la notion de Royaume de Dieu.
Il y en a également un deuxième aspect : le Royaume, c’est aussi le peuple. De la même manière que la royauté peut être usurpée, la qualité de peuple de Dieu peut également être usurpée. Il n’y a pas de Royaume de Dieu sans un certain type de peuple.
Le régime politique idéal imaginé par la Bible est original : il s’agit avant tout d’une alliance entre un peuple et son souverain surnaturel, Dieu, duquel découle une nature particulière de pouvoir politique. Dans cette perspective, la forme du pouvoir a peu d’importance, une démocratie ou un autre type de pouvoir, dès lors que le gouvernement ne tire pas sa légitimité de lui même, mais des principes divins.
Essayons de résumer comment la Bible conçoit la royauté de Dieu sur un Peuple, au travers en particulier de la vision du pouvoir politique du Christ. Il s’agit d’un double rôle d’éducation et d’envoi en mission
Le Roi-Dieu a un rôle fondamental d’éducation :
Dieu enseigne à son Peuple les principes fondamentaux de la cohésion sociale :
- Une charité poussée à son maximum (l’amour des ennemis, l’accompagnement des personnes en détresse jusqu’à ce qu’elles soient rétablies dans tous les aspects de leur vie, la primauté de la charité sur toutes les règles sociales, y compris religieuses, l’attention obligatoire à l’égard de toutes les personnes fragiles, les pauvres, les malades, les prisonniers, les étrangers, les veufs, les orphelins, etc …).
- Une attitude de paix poussée également à son maximum : la pratique du pardon, la prohibition de la vengeance, la préférence de la non violence, la retenue dans le jugement moral qu’on porte à autrui.
- L’appel à l’action en faveur de la justice et de la paix, jusqu’au martyr au besoin. Les citoyens ne doivent pas être passifs, mais participer à la libération collective.
- Se contenter du minimum de confort matériel, et ne pas accumuler de richesses inutiles (ce point est fondamental dans toute la Bible).
- Faire la fête, tendre vers la joie.
- Prier, vivre dans l’Esprit, c’est à dire, en connexion permanente avec Dieu dans tous les gestes quotidiens.
Dieu a également un enseignement particulier à l’égard des membres de la classe supérieure :
- Le pouvoir politique, comme tout pouvoir, est considéré comme un service rendu. Dieu lui-même exerce ce pouvoir en tant que Serviteur. Il n’y a d’honneur à rendre au pouvoir qu’en tant que remerciement de ce service.
- Les pauvres ont la priorité.
- Les puissants doivent traiter les faibles en égaux, et les inviter aux réunions d’honneur à égalité avec les puissants.
- Les riches, pour être parfaits, doivent abandonner leurs biens.
- Les puissants doivent être exemplaires.
Affirmer que Dieu est Roi, c’est organiser une société autour de ces valeurs, et concevoir un pouvoir politique qui mette en pratique ces valeurs.
Le Roi-Dieu envoie en mission
Le Roi conçoit les citoyens non comme des consommateurs, mais comme des acteurs, chargés d’une mission à accomplir.
Cette mission est attribuée à chacun, dans un accord de volonté personnelle avec l’Esprit, moteur et inspirateur de la vie.
L’envoi en mission n’est pas seulement donné à des prêtres, mais à tous. Chacun est chargé d’œuvrer selon ses talents, accompagné par l’Esprit. Les chrétiens ont parfaitement compris cette notion, au travers du concept de vocation.
Le but ultime du Royaume de Dieu n’est pas de faire des citoyens des adorateurs de Dieu, mais d’en faire des hommes libres, épris de charité. C’est le thème de la gloire de Dieu. Le Christ ne révèle qu’à peine qu’il est Roi, et seulement au moment de sa condamnation à mort. Avant, il interdit qu’on proclame à haute voix qu’il est Roi, justement pour éviter que la gloire ne se concentre sur sa personne. Dieu lui-même refuse le culte de la personnalité, le seul culte valable passe par les cœurs. Le Royaume de Dieu n’est donc pas une théocratie.
Quelle que soit la diversité des missions des citoyens, toutes convergent vers un seul but, la réalisation concrète du Royaume. Ainsi, le Royaume est déjà là, parce le Roi est présent, mais reste en devenir, dans la mesure où beaucoup de citoyens n’ont pas cette conception de la mission. L’encouragement à la mission est donnée aussi par l’exemple du Christ, qui jusqu’au bout est resté fidèle à la sienne. Le réalisme est rappelé : la souffrance sera probablement au rendez vous, en raison des obstacles multiples.
Ainsi, un régime politique conforme à la notion de Royaume de Dieu devrait tenir compte de la dimension missionnaire du peuple, qui fait de chaque citoyen un élément moteur de progression sociale. Ainsi, paradoxalement, la notion de Royaume de Dieu a des implications beaucoup plus démocratiques que monarchiques.
On pourrait classer les différents thèmes autrement. Mais ce qui ressort du message biblique, c’est qu’il existe une vision de la société et du pouvoir politique particulière au christianisme. Cette vision de la société n’offre pas un projet politique complet. Mais il permet de connaître ce que, d’après les chrétiens, Dieu souhaite à l’égard des sociétés humaines. On pourrait en déduire un préambule d’une constitution politique, en l’adaptant à l’esprit laïc, pour notre société contemporaine. Affirmer que Dieu est roi était pour les anciens Juifs, une manière de faire comprendre que le roi temporel n’est légitime qu’à condition que le peuple reconnaisse celui-ci comme une personne de valeur, digne d’établir les objectifs enseignés par Dieu. Notre Etat français souffre d’un manque d’âme, et de perspective. L’Évangile en propose une. Aux chrétiens d’affirmer les valeurs fondamentales pour notre société inspirées de l’Évangile, et qui, malheureusement, ne sont pas celles de notre Etat, tant dans ses principes fondateurs, que dans son exercice.
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Basilon s'appelle ainsi en hommage à Saint Basile le Grand, connu pour sa capacité de raisonner en dehors des catégories courantes de son époque. Rêvant d'une totale réconciliation entre les chrétiens d'occident et les chrétiens d'orient (ce qui permettrait au passage aux orientaux de faire la promo de Basile!), il espère plus concrètement la réconciliation des partis politiques avec la notion de projets, c'est à dire de travaux complets pour chaque enjeu contemporain, qui conduiraient à augmenter l'étendue des programmes politiques au delà d'une simple copie double. Plongé dans la passion du droit, puisqu'il en faut une en attendant d'être un jour lointain un musicien correct, il a décidé de s'attacher particulièrement aux dérives des administrations publiques tout en restant attaché au rôle d'impulsion de l'Etat dans la société.
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Excellent texte ! Merci.
Charles Vaugirard(Citer ce commentaire) (Répondre)