Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Pour une parole politique professionnelle, libre et vraie

Par • 2 mai, 2012 • Catégorie: Réflexion faite

La politique nous habitue parfois au pire, comme lors de ces interminables soirées électorales, dont la communication est tellement formatée qu’elle en devient ridicule. Oui, car la politique – depuis de nombreuses ann

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ées déjà certes – s’est professionnalisée. Les communicants sont partout. Ils conseillent, soutiennent, élaborent des stratégies afin d’aboutir à la meilleure communication possible (en tout cas d’après leurs codes).

Paradoxalement, à force de se professionnaliser, la parole politique s’est appauvrie. Les éléments de langage, sortes de feuille de route imposée à ceux qui souhaitent s’investir auprès d’un candidat, rendent la communication factice.

Bien évidemment, je comprends pourquoi ils sont utilisés : pour éviter les maladresses dans les argumentaires, garantir une cohérence entre les différents intervenants, etc. Les raisons ne manquent pas. Mais ils laissent un goût amer, celui d’une parole politique fausse, dérisoire. Chacun étaie « ses » arguments préparés en commun (ou plus vraisemblablement par un noyau soigneusement choisi), mais pour celui qui suit la soirée politique en intégralité1, les intervenants se suivent et se ressemblent. Le débat est réduit à une cacophonie générale où chacun ne cherche qu’à placer l’argument choc qui devrait tout changer dans l’opinion : « Jamais un président sortant de la Vème république n’a été battu au premier tour d’une élection présidentielle » ou « Face à la crise, tous les sortants en Europe ont été durement battus. Notre candidat président, lui, a bien résisté ».

Ce n’est pas tant l’argument en lui-même qui m’exaspère, mais cette façon de la répéter inlassablement comme s’il finirait par atteindre nos cerveaux fatigués. La répétition est-elle vue comme un procédé pédagogique ? Se disent-ils que pour un qu’ils exaspèrent, ils en atteignent dix qui suivent de plus loin la politique et qui entendraient l’argument pour la première fois ? Je ne sais pas, mais je crois que ces pratiques nous détournent de la politique. A quoi bon regarder un débat si le script est écrit d’avance et répété sur toutes les antennes des soirées/journées entières ?

Il est grand temps de remettre de la liberté dans la parole politique, une liberté retrouvée non pour elle-même, mais pour être au service de la vérité, au service de la recherche du bien commun.

Il ne s’agit plus de le promettre ou de nous faire croire comme Nicolas Sarkozy que certains politiques défendent et agissent déjà au nom du « parler vrai ». Non, car je n’attends pas d’un politicien qu’il soit grossier ou qu’il s’exprime dans un mauvais français, parce que soit disant cela fait proche du peuple, mais qu’il s’exprime en vérité (peut être est-ce d’ailleurs la différence entre le « parler vrai » et parler en vérité), qu’il s’exprime en son nom, qu’il nous dise pourquoi, lui, il croit que tel ou tel candidat est celui qu’il nous faut pour diriger notre pays.

Je me doute bien que s’il est à ses côtés, c’est parce qu’il croit en lui, mais est-il obligé de suivre aveuglement les éléments de langage ? Doit-il à ce point se ridiculiser en défendant des errements d’un candidat ? Est-il impossible qu’il exprime de légères critiques ? Cela fragiliserait sans aucun doute la communication professionnelle, mais cela la rendrait un peu humaine.

Photo : Sary Garcia

  1. pas seulement par masochisme, mais parce qu’il se fait une grande idée du débat politique, ce qui ne peut que le décevoir[]

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s'est intéressé tôt à la politique. Après une passion de bien courte durée, il a conservé son amour de la politique pour sa recherche du bien commun, mais reste un peu désabusé par une politique trop partisane. Il souhaite contribuer au débat, mais préfère se demander ce que lui peut faire plutôt qu'attendre un hypothétique "grand soir" venant d'une hypothétique personnalité politique providentielle. Il cherche à penser le monde d'aujourd'hui, avec ses particularités, essayant de se défaire de ses a priori, mais sans avoir la prétention de croire qu'il peut partir de rien. Pour cela, il s'appuie sur la solide tradition de l'Eglise, ce qui ne l'empêche pas de rechercher le dialogue avec tous, non seulement pour convaincre, mais aussi (et surtout ?) pour se laisser convaincre.
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9 Réponses »

  1. Il y aurait en effet à dire sur ce sujet.

    Un point que tu passes sous silence, et qui me semble contribuer à cet état de fait (même si c’est l’œuf et la poule) : les médias et leur façon de mettre en exergue la petite phrase (cf. la phrase de Longuet qui fait polémique sur Marine Le Pen).

    Ajoute les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) qui sont autant de trainées de poudre : on imagine que les hommes politiques craignent d’allumer la mèche !

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  2. Oui, tu as raison. J’ai axé ce billet sur le constat. J’aurais pu m’intéresser davantage aux causes.

    Je suis d’accord sur ta remarque sur les médias et les réseaux sociaux. Chacun devrait donc s’intéresser à ce qu’il lit et à ce qu’il partage sur les réseaux sociaux pour inciter les politiciens à la qualité.
    J’ajoute d’ailleurs qu’il est grand temps de cesser de s’offusquer du moindre mot de travers (l’indignation est en plus souvent sélective), de la moindre maladresse pour s’attacher au sens de ce qui est exprimé, aux idées débattues. Cela doit aussi nous pousser à ne pas surinterpréter les propos des uns et des autres (« il dit ceci parce qu’il pense cela »).
    A nous aussi donc d’être des serviteurs de la vérité !

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  3. Je trouve que ce billet est intéressant.

    Mais il me semble un peu trop général et catégorique

    Vous partez de la parole politique lors de soirées électorales à la télévision. Dans ce contexte, vous avez raison. Mais, la parole politique ne peut être pleinement libre. On comprendrait mal que des membres d’un même parti présente des analyses très différentes. La parole politique a un enjeu. Ensuite, chacun s’exprime avec son tempérament.
    Les critiques que vous présentez valent pour la télévision, moins pour la radio. La radio, me semble-t-il facilite une authenticité plus grande de la parole politique. En outre, il est important de tenir compte du type d’émission, de la forme de l’échange entre le journaliste et l’homme politique. La forme de l’entretien permettra, facilitera ou pas une expression authentique et non formatée.
    En résumé, je ne fais pas le même diagnostic que vous. J’écoute beaucoup plus la radio que la TV . les experts en communication n’ont pas ici le rôle qu’ils ont à la TV où il s’agit de « gérer » une image.
    Merci pour votre billet

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  4. présentent et non présente

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  5. Je ne comprends pas pourquoi votre billet est resté si peu de temps………..

    Il y a matière à échanger……..

    Il me semble, j’insiste respectueusement sur ce mot, que la régularité de la fréquence des billets c’est une bonne chose. Une semaine au moins, deux semaines.

    Les parutions sont très irrégulières, c’est dommage. Merci de votre attention

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  6. @ hélios
    Les commentaires ne sont pas fermés ;)
    Mais effectivement, ça se bouscule un peu ces jours-ci. D’ailleurs, nous réfléchissons à un meilleur agencement (et rythme) des billets.

    Le changement c’est (presque) maintenant !

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  7. @Henry le Barde

    Merci pour votre réponse.

    Je sais que les commentaires ne sont pas fermés. Toutefois, il me semble que, à partir du moment où un autre billet est là et appelle notre attention, il est difficile de revenir sur le billet précédent. Un commentaire en appelle un autre et permet d’approfondir la réflexion. Une fréquence c’est une excellente chose qui provoque une attente…..

    Excellent dimanche pour un vote qui assurera la continuité plutôt qu’un changement sans claire visibilité.

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  8. @helios

    La publication de nouveaux articles n’empêche pas de pouvoir poursuivre la discussion. Rassurez-vous. Les auteurs sur ce blog sont attentifs pour échanger sur les réactions suscitées par leur billet jusqu’au bout (même plusieurs semaines/mois après publication).

    Je trouve votre réponse intéressante, mais je n’ai pas encore eu le temps de vous répondre.
    Je vous réponds très bientôt.

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  9. @helios

    J’ai relu ce billet attentivement et il ne me semble pas si général et catégorique.

    Je reconnais qu’il est très axé sur le côté négatif de la communication politique, sur ce qui me dérange. J’aurais sans doute pu ajouter quelques éléments pour atténuer la dureté générale de mon article, mais je souhaitais avant tout m’exprimer sur une pratique qui m’exaspère.

    La télévision et plus particulièrement lors des soirées électorales montre un visage triste de la politique (qui frise la caricature de ce que dénonce), la soirée du 6 mai n’ayant fait exception que par les déclarations dignes de Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui contrastaient aussi bien avec le reste de la campagne que le reste de la soirée.
    Je suis d’accord avec vous sur le fait que la radio est plus libre, mais là encore je crois que la communication reste formatée. J’écoute moins la radio qu’auparavant, mais j’observe la même dérive d’une parole cadenacée par des impératifs politiciens.
    Je dirais d’ailleurs du même du web, qui pourtant est le média « libre » par excellence.

    Ce que je critique (et que je retrouve sur tous les médias), c’est :
    1. Une application aveugle des éléments de langage. Le contenu de l’interview sera globalement le même quel que soit le soutien au candidat qui est interviewé (à quelques nuances près, généralement dans la forme).
    2. Un soutien jusqu’au ridicule. Une proposition à droite est toujours géniale pour la droite et intolérable pour la gauche (même si la gauche soutenait cette proposition quelques mois auparavant). L’inverse est bien entendu vrai. La mauvaise foi de nombreux politiciens est insupportable et affecte la crédibilité de nos hommes politiques.
    3. Le lynchage de celui qui émet la moindre critique de son camp (cf Jouanno).

    Je crois que nous avons besoin de plus de liberté en politique. On parle de courants à l’UMP. Je regarde cela avec bienveillance (mais sans naïveté). Je crois que c’est une partie de ce dont nous avons besoin en politique : l’unité dans la diversité.
    J’attends de voir si cela aboutira et surtout si cela apportera la liberté que j’espère. Si cela fonctionne, il restera encore à la gauche de suivre le même chemin pour sortir de notre « non-débat » politique actuel, qui confine plus au théâtre ou au cirque qu’à la politique.

    Bien sûr, ce formatage n’est pas toujours aussi visible selon l’invité, le média, les circonstances, mais je crois qu’il est tout de même assez généralisé.
    Cela n’empêche d’ailleurs pas que des personnes s’expriment avec une vraie liberté, que ce soit chez les observateurs de la vie politique ou (plus rarement à mon avis) chez des hommes politiques (généralement un peu plus éloignés du pouvoir).

      (Citer ce commentaire)  (Répondre)

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