La « stabilité » politique, ce bel alibi
Par Basilon • 16 juil, 2012 • Catégorie: Réflexion faiteEnfin une majorité stable pour gouverner ! La magie du scrutin majoritaire a encore opéré.
Il permet que seuls des notables locaux puissent discuter des lois nationales. Et empêcher
que des courants de pensée nouveaux puissent émerger, dès lors qu’ils ne sont pas alliés aux partis ancrés localement.
Cette règle du jeu n’est pas très satisfaisante pour les débats d’idées, et pour l’émergence d’idées innovantes pour le pays. Les projets nouveaux doivent nécessairement être portés par l’un des deux grands partis pour voir le jour, ou par leurs alliés.
Tout cela au nom de la stabilité gouvernementale.
C’est vrai que l’instabilité politique a laissé de mauvais souvenirs, sous les IIIe et IVe Républiques. Les membres des gouvernements n’avaient pas le temps de réfléchir aux conséquences de leurs actes, trop préoccupés par la conservation de leurs postes. Par exemple le vote des pleins pouvoirs à l’armée en Algérie en 1956 par le gouvernement socialo-communiste avait permis de répondre aux atrocités du FLN par des atrocités républicaines. Ou les massacres décidés à Madagascar sous le gouvernement de la même coalition.
En effet, quand la gauche est en situation d’instabilité, elle a des tendances colériques, antirépublicaines dirait-on aujourd’hui. Peut être que les tendances racistes de Jules Ferry sont dues également à une forme d’instabilité.
Pour effacer ces mauvais souvenirs de la conscience politique, la stabilité gouvernementale fait figure de dogme. Et le scrutin majoritaire aussi. La preuve, le choix de la proportionnelle par Mitterrand en 1986 avait fait élire des députés anti républicains, de quoi, peut-être, raviver le souvenir de l’histoire sombre de la gauche, qui jadis vota pour le Marechal Pétain.
Plus sérieusement, il n’empêche que la stabilité gouvernementale est essentielle. Mais il n’y a pas que le scrutin majoritaire qui ait cet effet. Certains systèmes proportionnels sont même générateurs de plus de stabilité politique. Par exemple, le scrutin qui était en vigueur pour les élections régionales – et qui disparaitra en 2015 – était un scrutin proportionnel. Le parti qui arrivait alors en tête gagnait la moitie des sièges, et l’autre moitié était répartie proportionnellement entre les partis, y compris celui arrive en tête. Résultat, une majorité absolue garantie a chaque fois.
En vérité, l’intérêt du scrutin majoritaire est uniquement d’éviter l’arrivée de partis émergeants, qui, pour un seul poste de député, sont obligés de devancer tous les autres partis dans une circonscription locale, ce qui est rarissime sans accord électoral. Mais cela n’est pas impossible, cela a été le cas de Philippe de Villiers ou de Nicolas Dupont-Aignan, et maintenant de quelques députés FN.
Le Front national véhicule des idées intolérables pour la plupart des autres partis, ou si l’on veut, on lui fait le procès d’avoir un projet cache incompatible avec la République.
La préférence nationale du Front national est-elle incompatible avec les valeurs des IIIe et IVe Républiques qui furent pourtant colonialistes ? Lorsqu’on parle de tradition républicaine, on parle bien de valeurs historiques affirmées pendant les périodes républicaines.
Il est vrai que le colonialisme ne serait plus qualifié aujourd’hui de valeur républicaine, mais probablement de valeur d’extrême-droite. Comme quoi, les idées elles-mêmes ne sont pas stables et peuvent passer d’un parti à l’autre …
Il faut pourtant un gouvernement stable. Certes. Mais cela n’implique pas forcement d’écarter de la représentation nationale les partis qui sont de véritables adversaires, dès lors qu’ils n’ont pas été interdits par une juridiction.
Je vois ici de la peur de la part des partis qui se proclament républicains et un manque de confiance.
Pourtant, il ne faut pas avoir peur de débattre a l’Assemblée ce qui fait débat dans la société civile. C’est le lieu de la démocratie, cela doit l’être. Et le Front national y a sa place, parce qu’il fait partie du débat, des interrogations d’une partie des Français. Il est, de loin, le plus grand parti souverainiste. Et l’idée européenne vaut la peine qu’on s’interroge sur la pertinence de l’intégration européenne ou sur la plénitude de la souveraineté nationale. Le débat sur l’intensité des flux migratoires est également légitime. De même que la plus grande inadaptation de certaines populations issues de l’immigration au respect des règles sociales. Ces discussions concernent de vrais problèmes, et les solutions doivent être apportées.
Mais il faut des compétences, de la conviction et de l’énergie. C’est ce qu’on demande aux partis républicains. On ne leur a jamais demandé de restreindre à outrance l’accès d’un parti au Parlement par une règle du jeu injuste, qui fait qu’un même vote n’a pas du tout le même impact en fonction de l’endroit où on habite.
Les armes admissibles en démocratie sont les débats publics où se présentent projet contre projet. Et c’est le peuple souverain qui doit trancher. Il faut donc écouter tout le monde, et laisser parler tout le monde, et laisser le risque de perdre des élections contre n’importe quel adversaire. Bref, que la seule façon de l’emporter soit d’avoir convaincu le peuple, et non de lui interdire certains débats.
Sauf bien sur à considérer, comme en Iran, qu’il y ait une légitimité supérieure au peuple qui soit entre les mains des partis dominants.
Plus que jamais, le respect de la liberté d’autrui se cultive et n’est jamais acquis définitivement, même pour les partis républicains.
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Basilon s'appelle ainsi en hommage à Saint Basile le Grand, connu pour sa capacité de raisonner en dehors des catégories courantes de son époque. Rêvant d'une totale réconciliation entre les chrétiens d'occident et les chrétiens d'orient (ce qui permettrait au passage aux orientaux de faire la promo de Basile!), il espère plus concrètement la réconciliation des partis politiques avec la notion de projets, c'est à dire de travaux complets pour chaque enjeu contemporain, qui conduiraient à augmenter l'étendue des programmes politiques au delà d'une simple copie double. Plongé dans la passion du droit, puisqu'il en faut une en attendant d'être un jour lointain un musicien correct, il a décidé de s'attacher particulièrement aux dérives des administrations publiques tout en restant attaché au rôle d'impulsion de l'Etat dans la société.
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