Le temps d'y penser

Pharisiens d’hier et d’aujourd’hui

Image d'un pharisienVous abandonnez le commandement de Dieu et vous observez la tradition des hommes. Vous anéantissez  fort bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition (Marc 7, 8-9) lance Jésus à la figure des Pharisiens.

Mais à quoi faisait-il allusion concrètement ? Certainement pas à la loi mosaïque : elle a été donnée par Dieu Lui-même à Moïse.

Quelle est donc cette tradition « des hommes » que les pharisiens instrumentalisent pour se dérober à la volonté de Dieu ? La loi orale.

Confondre la volonté de Dieu et le poids des habitudes humaines

Les Pharisiens se distinguaient en particulier par leur « loi orale », adjonction non écrite aux Écritures qui prétendait apporter l’interprétation de la Torah.

Ils imposèrent au peuple de nombreuses lois issues de la tradition de leurs pères non inscrites dans la loi de Moïse. Ils firent ainsi de la surenchère et identifièrent leurs innovations avec la volonté de Dieu.

Cette évolution du judaïsme est historiquement connue et datée. Elle remonte à l’exil de Babylone.

C’est là qu’est née cette tradition connue sous le nom de Talmud et qu’est née la fonction de rabbin. On parle depuis de judaïsme rabbinique.

L’étude du Talmud est devenue la norme au sein du judaïsme mondial. C’est d’ailleurs ce qui rend à la fois improbable – et extraordinaire quand elle se produit malgré tout - la rencontre d’un rabbin ultra-orthodoxe avec le Christ aujourd’hui encore.

Le rôle central qu’ils accordèrent à la loi orale leur conféra en retour la capacité de faire évoluer le dogme juif et de s’ériger eux-mêmes à la fois en prescripteurs et en interprètes de la loi… au nom de Dieu bien sûr !

Prisonniers de cette tradition inventée par les hommes, les Juifs les plus scrupuleux furent ceux qui passèrent complètement à côté du Christ.

A l’inverse le « petit peuple » juif, moins soucieux d’observer la loi mais davantage conscient de la misère de leur condition humaine et de leur condition de pécheurs furent suffisamment ouverts pour reconnaître le Christ.

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. (Matthieu 11, 25-30)

Préférer l’esprit de système à l’Esprit saint

Mais nous-mêmes, catholiques de la génération Jean-Paul II, sommes-nous sûrs de ne pas substituer à la volonté de Dieu la somme de nos préjugés et les habitudes qui en découlent ?

Certes formellement nous avons reconnu le Christ mais rien ne nous dit que nous ne fassions pas la sourde oreille à l’Esprit saint.

J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. (Jean 16, 12-13)

Si nous admettons assez facilement – du moins en principe – que nous faisons la sourde oreille oreille à l’Esprit saint, à titre individuel nous renâclons beaucoup plus à accorder qu’il nous arrive de le faire collectivement et publiquement.

Il est assez fréquent au sein de l’Eglise que l’on brandisse la Tradition comme un épouvantail pour justifier de ne pas remettre en cause des choix et des habitudes qui ne sont pas l’expression de la volonté de Dieu. Il suffit de penser aux objections adressées à ceux qui suggèrent de rouvrir la possibilité d’ordonner des hommes mariés dans l’Eglise catholique latine d’Occident…

Mais de manière plus générale les catholiques pratiquants que nous sommes sont les plus tentés par le péché des Pharisiens en puissance : substituer notre bonne volonté à la volonté de Dieu, préférer l’esprit de système à l’Esprit saint.

Nous courons tous en permanence le risque de refuser la volonté de Dieu en la remplaçant par un produit de substitution de notre invention.

Le risque est grand de diviniser notre propre volonté sous prétexte d’obéissance.

C’est le péché le plus grave puisque c’est le seul qui ait fait sortir le Christ de ses gonds au cours de sa vie terrestre.

C’est le péché le plus grave parce que le plus insidieux.

C’est pour cela que quand la volonté de puissance s’avance recouverte du manteau de la piété Satan se frotte les ailes…

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