Archives de catégorie : Réflexion faite

Le Dieu des chrétiens est un Dieu unique et à plus d’un titre

Souvent mes frères musulmans me disent que nous adorons le même Dieu. Cette expression manifeste une empathie réelle à laquelle je suis particulièrement sensible, surtout à une période ou d’autres chrétiens se font massacrer par d’autres musulmans dans d’autres pays. Cela manifeste un sentiment de proximité chaleureuse, de compréhension et de sympathie particulièrement précieux.

Mais c’est également une affirmation théologiquement inexacte qui ne permet pas de comprendre la spécificité du Dieu des chrétiens et des conséquences humaines, spirituelles et civilisationnelles qui en découlent.

Les chrétiens s’accordent avec leurs frères musulmans pour dire que Dieu est unique et qu’Il est mystérieux. Mais pour les chrétiens Dieu n’est pas seulement mystérieux, Il est également paradoxal. Il ne fait jamais ce qu’on aurait pu « légitimement » attendre de Lui. Il nous prend systématiquement à contre-pied et nous pousse à remettre en question la légitimité de nos attentes  pour entrer dans le point de vue de Dieu : ce qui est sage aux yeux des hommes est folie aux yeux de Dieu. C’est vrai de toute la révélation biblique mais c’est particulièrement manifeste dans la manière qu’Il a d’être homme c’est-à-dire en Jésus-Christ.

Car c’est précisément quand Il a choisi de se révéler pleinement aux hommes que Dieu se dépouille des attributs divins qui auraient permis de Le reconnaître à coup sûr. Alors qu’Il veut se faire connaître Il renonce à ses signes extérieurs de divinité : toute-puissance, omniscience, inaltérabilité, gloire…

Pour se faire connaître Il décide de nous dévoiler sa substance : Il est amour. Il se fait connaître tel qu’Il est, dans son essence, au risque d’être méconnu puisque, en ce monde, l’amour est mal aimé.

Le Dieu des chrétiens est souvent déroutant mais jamais équivoque. Ses voies sont impénétrables mais pas sa volonté : Il veut que tous les hommes soient sauvés. Tous. Pas seulement les chrétiens. A ces derniers Il demande de collaborer à son œuvre de salut en tant que serviteurs inutiles : car de qui Dieu aurait-Il besoin ?

Le Dieu de chrétiens n’a besoin de personne et décide pourtant d’avoir besoin des hommes. Il descend de son piédestal divin, renonce à sa seigneurie et à l’adoration qui Lui est due pour se faire quémandeur de l’amour des hommes.

Pire – ou plutôt mieux – Il se fait quémandeur de l’amour de chaque homme individuellement. Tel un amoureux transi régulièrement éconduit Il ne se laisse pas décourager et continue de tenter sa chance. Il se fait demandeur et ça dure depuis des siècles…

Décidément le Dieu des chrétiens est vraiment unique.

L’heure des témoins a sonné

La prospérité des trente glorieuses avait provisoirement éclipsé les grandes questions existentielles. La fin de la guerre froide avait noyé les grands débats idéologiques dans le consumérisme. L’individualisme idéologique de l’Union européenne avait discrédité l’idée même de bien commun.

La fin de la période de croissance et d’abondance commencée au lendemain de la deuxième guerre mondiale et sur laquelle nous avions bâti notre modèle social à la française s’achève et avec elle la promesse d’une qualité de vie que, finalement, seuls les baby boomers auront pleinement vécue.

Le démantèlement programmé de notre système de protection sociale (retraites, temps et conditions de travail, assurance maladie et indemnisation du chômage) nous confronte de nouveau aux drames de la condition humaine que la génération de nos parents avait cru voués à l’oubli : l’aliénation par le travail, l’exploitation de l’homme par l’homme, la maladie et la souffrance.

Dans un contexte de chômage durable et de baisse de niveau de vie généralisée la perspective d’être mis en concurrence avec des ouvriers du tiers-monde sous-payés et exploités paraît de plus en plus inéluctable.

Contrairement à celle de leurs parents, les jeunes générations pourront de moins en moins se réfugier dans la consommation et l’hédonisme – ce que Pascal appelait déjà en son temps les divertissements – pour escamoter les grandes questions métaphysiques qui taraudent l’humanité depuis son apparition. Qui suis-je ? Que puis-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Pourquoi la douleur et la mort ? La vie vaut-elle d’être vécue ? Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ?

A l’heure actuelle les questions sur le sens de la vie réapparaissent sous la forme de questions identitaires (droit des minorités, identité nationale, laïcité à la française) et morales (politiquement correct, écologie et bioéthique).

Mais si les questions ressurgissent, les réponses sur le sens de la vie individuelle se font attendre et pour cette raison même peuvent être sources d’angoisses, particulièrement pour les jeunes générations françaises qui se sentent la plupart du temps démunies car elles se sentent et peut-être se savent moins bien loties que celles de bon nombre de pays émergents.

D’abord parce que les jeunes européens de l’Ouest font partie de ces déshérités auxquels François-Xavier Bellamy a consacré un livre (Les déshérités ou l’urgence de transmettre, Plon 2014).  Pour reprendre ses termes « une génération s’est refusée à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine qui constituait son héritage ».

Ensuite parce qu’en tant que Français ces jeunes générations sont victimes d’une laïcité idéologique qui cherche à faire taire toutes les grandes traditions religieuses qui proposent des réponses – diverses – à ces questions. C’est la fameuse pétition de principe selon laquelle les convictions religieuses relèvent exclusivement de la sphère privée et n’ont pas le droit d’en sortir sous peine d’offenser ceux qui ne les partagent pas. Exquise pudeur dont les idéologues de la laïcité se dispensent néanmoins quand il s’agit d’exprimer des convictions politiques ouvertement anti-religieuses ou de publier des caricatures explicitement destinées à blesser ceux qui ont des convictions religieuses…

Dans un tel contexte les jeunes Français – qu’ils se sentent français ou pas – ressemblent tragiquement à Blu, l’oiseau domestique du film d’animation Rio qui, ayant toujours vécu chez sa propriétaire, ne sait pas voler et est paniqué à l’idée de rejoindre son milieu naturel pour y vivre sa condition d’oiseau. Les plus jeunes de nos compatriotes sont angoissés à l’idée une existence dont ils perçoivent les écueils mais dont ils ne voient pas le sens.

Face à ce qui apparaît à beaucoup comme une existence dont il n’y a rien à espérer la tentation est de se voiler la face…à tous les sens du terme : la tentation du djihadisme et celle de la fuite dans la surconsommation (pour ceux qui en ont encore les moyens financiers) sont les deux faces d’un même nihilisme.

Dans les deux cas c’est la tentation de la fuite : exorciser l’angoisse d’une vie absurde en se précipitant dans une mort perçue comme libératrice  dans un cas, exorciser cette angoisse de la mort qui rend la vie absurde en s’étourdissant de n’importe quoi – qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse – dans l’autre.

Dans les deux cas cette fuite repose sur la conviction qu’ici-base tout est absurde et dérisoire et que la seule solution rationnelle et raisonnable est de refuser ce monde désespérant avec l’énergie du désespoir.

C’est dans ce contexte que le pape François et ses prédécesseurs appellent les chrétiens à la nouvelle évangélisation en témoignant de témoigner de l’espérance qui les habite : Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect (Première lettre de saint Pierre 3.16).

Cela consiste à signifier par sa vie d’abord et par la parole ensuite que, contre toute évidence sensible, le mal n’est pas la norme mais un dysfonctionnement tragique qui sera corrigé in fine.

Que cette conviction n’est pas d’abord le résultat d’une réflexion et encore moins d’une auto-suggestion mais la conséquence d’un événement historique : la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Que Dieu ne méprise pas la condition humaine (il s’est fait homme lui-même), qu’il n’est pas indifférent à la souffrance des hommes (il a lui-même été torturé à mort et à tort) et qu’il est tout-puissant (il est ressuscité).

Que tout ce que nous vivons est provisoire mais pas dérisoire.

Que nous ne marchons pas dans une vallée de larmes mais sur un chemin d’éternité.

Que si nous continuons à boiter c’est avec la certitude d’être aimés par quelqu’un qui nous attend au terme du chemin.

Mais comme ceux qui ont le plus besoin d’entendre cela sont précisément les plus angoissés  et donc les plus sceptiques – on a tellement peur d’être déçus qu’on anticipe la déception en n’accordant pas sa confiance – il faut préparer le terrain et les apprivoiser préalablement.

Pour que notre témoignage soit audible il faut auparavant prendre le temps de remplacer le climat de méfiance par un climat de confiance en instaurant des relationsauthatiques et bienveillantes.

Cela suppose de la part des chrétiens qu’ils prennent l’initiative d’aimer les premiers sans attendre la réciprocité – aimer quelqu’un c’est rechercher d’abord son bien pas sa reconnaissance – et de persévérer.

A l’image de Dieu qui a fait le premier pas pour aller à la rencontre des hommes et qui ne s’est pas laissé décourager par les refus – pourtant humiliants– qu’il a essuyés.

Mais si nous mettons précisément toute notre espérance dans un tel Dieu comment faire autrement ?

Et puis si nous annonçons un Dieu d’amour comment pouvons-nous espérer être crédibles si nous ne sommes pas en mesure d’en distribuer un échantillon ?

La confrérie des journalistes et des responsables politiques

Une fois que l’on a dit que rien ne justifiait d’assassiner les journalistes de Charlie Hebdo que peut-on dire de plus ?

A-t-on ensuite le droit de pointer du doigt des vérités que les médias et les institutions refusent de relayer parce qu’ils n’ont pas envie de les entendre ?

Non seulement je pense qu’on en a le droit mais je pense qu’on en a le devoir.

Un peu comme un médecin qui doit annoncer à son patient qu’à moins de changer radicalement son comportement alimentaire il va au-devant de graves problèmes de santé qu’il fera, en outre, supporter à son entourage immédiat.

La confrérie des journalistes et des responsables politiques découvre en effet avec effroi que le monde entier se sent pas forcément Charlie, que la France dans son ensemble ne se sent pas Charlie et que les collégiens et lycéens musulmans ne se sont jamais sentis Charlie.

Horreur, malheur stupéfaction et sidération.

Mais au fond ce qui est étonnant c’est que ça l’étonne tellement.

Elle prend subitement conscience de ses propres incohérences.

Deux incohérences majeures qu’elle n’avait jamais voulu admettre jusqu’à présent

La première est la confusion qu’elle a entretenue entre la liberté d’expression, qui est garantie par la Constitution, et droit à l’insulte que la rédaction de Charlie Hebdo s’était unilatéralement arrogée.

La confrérie des journalistes et des responsables politiques s’est obstinée à ne pas vouloir faire de distinction entre le fait d’exprimer un point de vue divergent de celui de ses interlocuteurs – en l’occurrence de ses lecteurs – et le fait de les insulter délibérément, pour le simple plaisir de les blesser.

Critiquer le dogme musulman ou le Coran cela relève de la liberté d’expression.

Dessiner Mahomet en train d’exhiber ses fesses ou le représenter sous forme d’un étron surmonté d’un turban ça relève de la liberté d’excrétion.

Ce n’est pas la même chose

Si l’équipe de Charlie Hebdo s’était contentée de critiquer le dogme musulman ou le Coran à l’aide d’arguments j’aurais été le premier à descendre dans la rue en criant : Je suis Charlie.

Mais elle s’est complu à blesser des musulmans en ricanant méchamment et revendiquant leur irresponsabilité comme un titre de gloire.

Jamais elle n’a cherché à débattre rationnellement, à entrer dans une discussion contradictoire avec échanges d’arguments.

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo la confrérie des journalistes et des responsables politiques hurlent à la vertu outragée et cherchent des responsabilités partout…sauf du côté de Charlie Hebdo.

Incohérence.

Manque de rigueur intellectuelle.

Manque de rigueur morale.

Deux poids, deux mesures.

La deuxième incohérence majeure de la confrérie des journalistes et des responsables politiques a été d’asséner pendant des années à qui voulait l’entendre (et encore plus à ceux qui voulaient pas l’entendre) que la liberté d’expression c’est la liberté de tout dire même si ça paraît inacceptable à certains et que sa seule limitation légitime était en cas de menace à l’ordre public.

Hormis ce cas on pouvait tout dire et il n’y avait aucune censure.

Contre-vérité

Mensonge

Deux poids, deux mesures.

La censure est juridiquement en vigueur depuis la mise ne place des lois mémorielles : loi Gayssot du 13 juillet 1990 visant à interdire le négationnisme, loi du 29 janvier 2001 sur le génocide arménien et la loi Taubira du 21 mai 2001 sur la traite et de l’esclavage.

Que l’on juge ces lois nécessaires ou qu’on les juge illégitimes un constat s’impose : certains propos sont pénalisables même s’ils ne constituent pas une menace de trouble à l’ordre public et d’autres pas.

On peut s’en féliciter ou le déplorer mais pas le nier.

C’est pourtant ce que fait la confrérie des journalistes et des responsables politiques à chaque fois qu’elle cherche à réduire au silence certains propos comme lorsque Dieudonné déclare qu’il se sentait Charlie Coulibaly.

Objectivement la liberté d’expression qu’elle défende c’est la liberté de tout dire pour certains et pas pour d’autres.

Le droit à l’outrance est à géométrie variable en France.

Deux poids, deux mesures.

Pendant de nombreuses années la confrérie des journalistes et des responsables politiques a pataugé dans un déni de réalité d’autant plus insupportable qu’il s’agit d’un déni de justice et de la négation de ce qu’ils appellent eux-mêmes le pacte républicain ?

Où est la liberté d’expression pour tous ?

Où est l’égalité des citoyens devant la loi ?

Quant à la fraternité cela a-t-il encore un sens d’en parler ?

Les raisons des incohérences et de l’aveuglement collectif de la confrérie des journalistes et des responsables politiques leur appartiennent.

La seule question est de savoir si les événements de la semaine dernière, ceux d’hier et ceux de demain – car le grand feu d’artifices ne fait peut-être que commencer – suffiront à lui ouvrir les yeux sur la réalité.

Si tel n’est pas le cas une chose est sure : au lendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle de en 2017 elle fera encore l’étonnée….

 

 

Louis Charles

Pourquoi des Français ont-ils tué d’autres Français ?

En écrivant à propos des tragiques événements de la semaine dernière que des Français qui avaient assassiné d’autres Français Henry Le Barde a soulevé une question polémique. L’un de ses lecteurs a écrit que qualifier quelqu’un de Français alors qu’il abhorrait la France était techniquement et juridiquement vrai mais gravement fautif au niveau moral, philosophique et spirituel. Cette remarque a inspiré ce billet.

Dire que des Français ont tué des Français c’est faire le constat d’une crise d’identité nationale. C’est à mon avis le moyen de mettre le doigt là où ça fait mal. C’est sans doute pour cela que ce point de vue a été complètement occulté par l’ensemble des médias et de la classe politique.

Des individus qui n’ont pas connu d’autre pays que la France, pas d’autre système scolaire que le système français, qui parlent français – plus ou moins bien mais toujours mieux que l’arabe – et qui ont donc la nationalité française refusent de s’identifier à la France et la rejettent de toutes leurs forces.

La vraie question c’est  pourquoi ?

La réponse est sans doute que l’on s’adapte à ce que l’on trouve et que l’on ne peut pas s’intégrer à ce qui se désintègre.

Concrètement la société française contemporaine est à l’image des autres pays européens : une zone de droit et de non-sens d’où la notion de bien commun a été expulsée.

Parce que l’idée même qu’il existe un bien vers lequel il faut tendre et un mal dont il faudrait s’éloigner est une idée qui est anathématisée. D’où le refus opiniâtre des normes à prétention objective et la promotion systématique de l’évitement sous forme d’injonctions politiquement correctes.

Exemple récent : le refus d’ouvrir un vrai débat sur l’opportunité d’élargir le mariage et l’adoption à des couples homosexuels. La question du bien de l’enfant a d’entrée de jeu été escamotée et décrétée hors sujet. Le seul enjeu qui restait : ne pas blesser les homosexuels, injustement identifiés à la poignée d’activistes LGBT qui était à la manœuvre dans les couloirs ministériels.

Ce refus de poser collectivement la question du bien et du mal ne heurte pas que les catholiques. Mais à la différence des enfants de l’immigration les catholiques, eux, disposent d’argumentaires et de références autres que ceux aimablement fournis par la société consumériste et par l’idéologie créationniste officielle qui postule que la France est sortie du néant et du chaos un beau jour de 1789.

Les catholiques français ont une mémoire et une histoire qui leur permettent de relativiser concrètement le désespoir qu’inspire le moment présent. Ils ont des atouts culturels et spirituels qui leur font dire que, pour paraphraser Saint Paul  c’est quand ils sont faibles qu’ils sont forts parce que c’est dans ces moments là que Dieu agit de manière inattendue.

Quand on est musulmans et qu’on ne se reconnaît pas dans une société décadente  l’unique perspective est de prendre le maquis c’est-à-dire de se réfugier dans une communauté imaginaire (l’Oumma) et de rejeter cette société objectivement décadente.

Rien d’étonnant à ce que des jeunes musulmans français sur le papier ne se sentent pas français dans la réalité. Pourquoi devraient-ils s’identifier à une société dans laquelle les catholiques français eux-mêmes se sentent de plus en plus étrangers ?

Surtout si l’image de la France qu’on cherche à leur vendre s’identifie à la haine de toutes les religions et à l’impunité arbitrairement revendiquée par Charlie Hebo. Et encore plus si le droit à l’insulte et à l’humour « bête et méchant » est appliqué selon le principe du deux poids deux mesures : solidarité nationale obligatoire pour les outrances de Charlie Hebdo et répression judiciaire pour celles de Dieudonné.

L’image de la France qu’on propose aux jeunes générations, dont les jeunes musulmans, est celle d’une France de baby-boomers fatigués, égoïstes et matérialistes qui ont renoncé à transmettre le patrimoine familial, affectif, spirituel, culturel, intellectuel, moral, économique et social dont ils étaient, eux, les heureux héritiers.

Cette France là n’a plus rien à proposer. Elle est déjà morte mais ne le sait pas encore. Elle le découvrira peut-être en 2017. Déjà elle ne croit plus en rien et plus personne ne croit en elle. Elle ne s’appuie plus que sur des clientèles. Elle est rongée aux mythes et son panthéon est décousu. Cette France est nue. Cette France est perdue.

Cette France là ne correspond pas à la réalité mais comment de jeunes musulmans déculturés le sauraient-ils ?

 

 

Louis Charles

Islamisme et Coran : au-delà des pétitions de principe, on fait quoi ?

En dehors de l’impératif de protéger la population, et en particulier les Juifs qui n’avaient, une fois de plus, rien demandé, il y a deux choses qui me préoccupent.

D’une part, la cohésion nationale, faire en sorte que les gens se respectent pacifiquement entre musulmans et non musulmans et d’autre part, la cohésion de l’Europe qui pourrait être mise en cause si le Front national devenait trop puissant.

Beaucoup de musulmans ont fait part de leur condamnation des crimes commis ; je pense que ça va dans le bon sens de la cohésion nationale. C’était une manifestation pour l’unité, sans qu’elle signifie une adhésion aux positions politiques de Charlie Hebdo. Une unité basée sur la peur de la dislocation de la société, une réponse à la violence par un peu d’amour. De voir qu’une bonne partie de la France était capable de réagir par autre chose que des antagonismes, ça m’a fait plaisir.

D’une manière plus profonde, j’ai une réflexion plus polémique. Critiquer les fondements d’une religion est-il utile pour une démocratie quand certains de ses membres la revendiquent pour nuire à la paix sociale ? Autrement dit, peut-on examiner si une religion qui est brandie par une minorité de ses adeptes pour commettre des actes violents préconise la violence ?

J’ai entendu à la télé beaucoup de musulmans qui ont condamné ces agissements en proclamant que l’Islam, c’était la paix et non la violence. C’est bien s’ils le pensent, c’est rassurant, mais est-ce vrai ? Peut-on l’examiner ? Les terroristes ont-ils commis une erreur de doctrine, ou bien est-ce les pacifistes qui commettent majoritairement une erreur de doctrine ?  Pour y répondre, il faut examiner le coran et les hadiths. Il faut se donner la peine d’aller voir.

En effet, il est plus simple de condamner des terroristes musulmans qui se trompent complètement sur l’interprétation de leur religion que s’ils se conforment à cette religion. Malheureusement, la réponse est évidente. A titre d’exemple, il faut lire la sourate n°8. Il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour y voir un texte pacifique ; mais je préfère cette mauvaise foi pacifique, à l’orthodoxie violente, en comptant sur la tradition vécue par la majorité des musulmans.

En poursuivant dans ce raisonnement, je pense que l’État français qui doit gérer la paix sociale de ses habitants parmi lesquels quelques millions de musulmans, devrait entamer une réflexion au sujet d’une religion dont certains préceptes préconisent le recours à la violence dans sa forme originelle et fondatrice. Je pense à ce titre-là, qu’un contrôle étroit des moyens et des lieux de diffusion de l’islam devrait être établi de manière à ce que la version violente de l’islam soit étouffée. Les solutions possibles sont multiples, mais il me parait indispensable d’affronter l’idée que l’islam a des racines violentes.

Le judaïsme a également des racines violentes. Le récit du livre de Josué décrivant des génocides commis au nom de Dieu, exprimé en termes objectifs, à l’occasion de la conquête de la terre sainte, pourrait être l’œuvre d’un psychopathe fanatique. Cependant, l’histoire du judaïsme en Europe a montré que ses adeptes étaient globalement pacifiques ; et en France, le judaïsme ne pose aucun problème de violence.

Le christianisme ne pose pas non plus de problème de violence dans ses fondements, puisque Jésus apparait comme un réformateur pacifiste, et même victimisant du judaïsme (tends la joue droite, heureux êtes-vous quand vous serez persécutés, aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, etc …). Mais l’histoire du christianisme a montré qu’il était quand même possible de faire la guerre au nom du Christ. Cependant, à l’époque actuelle, il n’existe aucun courant violent en son sein.

Dans la société française, comme dans d’autres pays, la religion musulmane se retrouve donc être la seule à devoir compter parmi ses adeptes, des gens prêts à affronter par la violence la société qui les abrite.

Lors de la manifestation, on a vu que des musulmans ont proclamé que les terroristes n’étaient pas musulmans. Mais il faudrait examiner, pour le dire honnêtement, si les terroristes ont effectivement violé un dogme ou un principe essentiel de l’islam pour considérer de manière évidente qu’ils ne sont pas musulmans. Mais lorsqu’on lit des passages du coran tel que :

« O Prophète, incite les croyants au combat. S’il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents; et s’il s’en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. » (Sourate 8, v.65) « Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d’avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre » (Sourate 8, v.67).  « Les Juifs disent : « Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent : « Le Christ est fils d’Allah ». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Qu’Allah les anéantisse! Comment s’écartent-ils (de la vérité)?  » (Sourate 9, v.30). « Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. » (sourate 9, v.37) « Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. » (sourate 9, v. 111).

On pourrait malheureusement multiplier les exemples. Citons plutôt Tocqueville : « Les tendances violentes et sensuelles du Coran frappent tellement les yeux que je ne conçois pas qu’elles échappent à un homme de bon sens. » Il n’y a aucun plaisir à se délecter de ces passages du Coran, dont pourrait se nourrir du mépris, qui mettent les musulmans sur la défensive. Mais il me semble néanmoins, que la présence d’une dimension violente au cœur des références islamiques, pourrait justifier une prise en charge par l’État de cette question. L’État pourrait exiger des prédicateurs de l’islam qu’ils apportent les garanties que tout discours violent soit condamné, que les passages du coran à connotation guerrière soient interprétés dans un sens allégorique, et que toute interprétation guerrière soit exclue.

Dans cette optique, un contrôle par l’État des discours musulmans véhiculés sur son sol paraît opportun. L’État pourrait également participer activement au développement et à la diffusion d’un discours théologique musulman pacifié, ou pourrait aider les musulmans à développer un esprit critique sur les fondements de leur religion, par exemple, en multipliant les expositions des œuvres issues du Moyen-Age musulman sur lesquelles est représenté Mahomet en personne, représentation qui ne posait jadis aucune difficulté dans le monde musulman.

Voici un lien d’une exposition de ces œuvres qui a eu lieu à la BNF
http://expositions.bnf.fr/islam/arret/03-2.htm

Je suis donc partisan pour que l’État examine de près les discours religieux, même du haut de sa laïque neutralité.

La morale : nécessaire et dangereuse à la fois

Toute morale est à la fois nécessaire et dangereuse.

Elle est nécessaire pour que les hommes ne sombrent pas dans l’inhumanité la plus complète. Sans elle la vie collective serait régie par la loi du plus fort c’est-à-dire par l’arbitraire et la violence. Et la vie de chaque personne étant entièrement dominée par le péché, son humanité en serait encore plus dégradée.

Mais elle est également dangereuse parce que, fixant des objectifs à atteindre sans en donner les moyens, elle prédispose les meilleures volontés à se fourvoyer et à désespérer. Car la morale ne donne pas de mode d’emploi : elle ne se préoccupe pas de pédagogie et ne dit pas un traître mot sur la nécessité de faire du temps son allié.

En opposant le bien au mal de manière – nécessairement – binaire la morale induit souvent une confusion entre le souhaitable et le possible qui condamne les meilleures volontés à l’échec et au découragement. En ne précisant pas explicitement que le trajet qui mène à l’idéal est nécessairement jalonné de points d’étape, elle condamne les bonnes volontés à tourner en rond puis à culpabiliser de tourner en rond et enfin à renoncer pour – au moins – mettre un terme à leur culpabilité[1]. En fin elle est dangereuse parce qu’elle transforme facilement les cœurs purs en cœurs durs.

Néanmoins l’échelle abstraite du Bien et du Mal est absolument indispensable pour pouvoir identifier le moindre mal dans les situations contingentes.

La Tradition catholique est une boîte à outils mise à disposition de tous les hommes pour aider chacun à devenir plus humain en devenant plus aimant. L’idée est d’y piocher à volonté pour réussir sa vie, pour croître en amour et en vérité. Mais elle ne peut être utile qu’à ceux qui connaissent les outils qu’elle contient et qu’elle en connaisse leur destination. C’est là qu’interviennent l’exercice du discernement et le libre-arbitre.

C’est à chaque personne de choisir l’outil qu’elle va utiliser, l’usage qu’elle va en faire et quand elle va en faire usage. C’est à chacun de fixer ses propres priorités – fixer la bibliothèque au mur, visser la porte du placard pour ne plus qu’elle tombe – mais in fine rien ne remplace la vertu de prudence car si on ignore ce à quoi tel outil est destiné alors on le transforme en arme par destination. Toute vérité se transforme en effet en arme de destruction massive dès lors qu’elle n’est plus ordonnée à la Charité ou tout simplement quand elle n’est pas utilisée à bon escient.

La logique de la morale n’est pas forcément celle de la psychologie humaine et ce qui est moralement bien peut s’avérer dramatiquement inopportun et entraîner des conséquences tragiques. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre les options pastorales du pape François qui désarçonnent et parfois scandalisent certains catholiques. Mais en cela le pape François est doublement conforme au Christ.

Il est d’abord conforme à l’enseignement du Christ et en cela il ne se distingue pas de Benoît XVI, de Jean-Paul II.

Mais il est également conforme à la pédagogie du Christ qui ne parlait jamais de morale à ses interlocuteurs et, en cela, il diffère de ses prédécesseurs.

Comme le Christ qui, déjà à l’époque, scandalisait les pharisiens et les prêtres il commence par manifester sa bienveillance pour eux en s’intéressant à eux, en leur posant des questions sur ce qu’ils vivent. Et ce n’est qu’une fois cette confiance établie qu’il peut leur annoncer que Dieu les attend et est patient, que la foi n’est pas un cahier des charges à remplir mais un pèlerinage à accomplir.

C’est cette approche qui en a mis beaucoup en route. Comme disait Michel Audiard : un con qui avance ira toujours plus loin que deux intellectuels assis. Le tout c’est de se mettre en route.

Le fait que le pape François soit désormais écouté (ce qui ne veut pas dire nécessairement  entendu) alors qu’il dit la même chose que ses prédécesseurs et que le parlement européen l’ait applaudi à plusieurs reprises y compris au moment où il dénonçait l’euthanasie et l’avortement est un signe que son approche est la bonne et qu’insister prioritairement sur la morale empêche de prêcher l’évangile.

La morale est nécessaire au même titre que le sommeil ou la respiration mais elle ne constitue pas la Bonne nouvelle du Christ. Le pape François a compris non seulement que la morale est nécessaire et dangereuse à la fois mais qu’elle peut être dangereuse pour l’annonce de la foi.

Les seules condamnations morales récurrentes dans la bouche du Christ sont la dénonciation de l’hypocrisie religieuse et de règne de l’argent. Ne nous plaignons donc pas que le pape François marche exactement dans ses pas et n’en dévie pas. Ne nous désolons pas qu’il soit davantage entendu à l’extérieur de l’Eglise que ses prédécesseurs. Rendons grâce.

[1]   Cf la définition du puritanisme par Oscar Wilde : « Le puritanisme n’empêche pas de pécher il empêche seulement de prendre du plaisir à pécher ».

Les militants de la grande fluidification

Les militants de la grande fluidification considèrent que tout ce qui est compact, organisé et hérité du passé doit être défait afin que les atomes qui les composent soient rendus à leur liberté originelle.

Ils pensent ainsi parce qu’ils considèrent que les êtres humains se comportent naturellement et spontanément comme des atomes. Leur projet d’atomisation de la société en découle. En dépit de leurs déclarations d’intention et quel que soit leur degré de sincérité ou d’aveuglement il débouche inexorablement sur la loi de la jungle.

Les militants de la grande fluidification sont en campagne. Ils livrent une guerre des idées qui est une guerre planétaire dont la Manif pour tous constitue l’une des batailles. Une bataille absolument essentielle mais pas exclusive.

1/ Les atomes sont interchangeables

Les militants de la grande fluidification partent du principe que les atomes sont interchangeables et en déduisent que les hommes et les femmes doivent l’être aussi.

Du point de vue économique cela signifie qu’on délocalise tant qu’on peut en tirant les salaires à la baisse : un atome chinois c’est comme un atome français, non ? Et puis un atome ça n’a besoin que d’un minimum d’énergie, pas vrai ?

Du point de vue politique aussi : un atome français c’est comme un atome allemand. Pourquoi voter chacun dans son coin ? Autant les regrouper dans un ensemble unique.

Du point de vue anthropologique aussi : a-t-on jamais vu un atome mâle et un atome femelle ? Alors pourquoi s’obstiner à ranger les atomes en deux catégories arbitraires et absurdes ? Chez les atomes il n’y a pas de couples puisqu’il n’y a pas d’identité sexuelle. Donc il n’y a pas non plus matière à faire des distinctions entre différentes orientations sexuelles : un atome c’est un atome, un point c’est tout.

Le seul problème des militants de la grande fluidification c’est qu’il y a une inégale répartition d’atomes sur la planète : il faut donc favoriser les flux d’atomes d’un continent à l’autre. Que le cadre soit légal ou illégal n’a pas de sens. Que ce soit moral ou pas non plus. Le tout c’est de gérer les flux et éviter les déséquilibres.

2/ Il n’existe pas de bien commun

Les militants de la grande fluidification ne croient pas en l’existence d’un bien commun. Ils refusent même la possibilité qu’existe un bien commun.

Les militants de la grande fluidification sont prêts à admettre qu’il existe peut-être un bien individuel mais ils considèrent que chacun est responsable mais de bien commun il n’en est point.

Pourquoi ? Parce qu’ils n’acceptent ni l’idée de bien, ni l’idée de communauté.

Ils refusent l’idée que l’on puisse établir une échelle du bien et du mal qui soit autre chose que le reflet d’un point de vue particulier et donc arbitraire. Admettre que l’on peut essayer d’établir une échelle du bien et du mal serait reconnaître au moins implicitement qu’il existe un souverain bien en-dehors du monde des atomes parce qu’ils refusent l’idée qu’il puisse y avoir un autre monde que celui des atomes.

Ils refusent l’idée qu’une communauté puisse être autre chose qu’une structure d’aliénation. Par définition toute communauté est une prison…. à moins que ce soit une communauté d’élection et à condition que l’adhésion soit le résultat d’un engagement contractuel et à tout moment révocable. Une association d’atomes qui soit une association volontaire et précaire afin de ne pas compromettre le mouvement permanent qui doit rester l’horizon ultime.

Et comme, par définition, une communauté vise à tisser des liens privilégiés entre ses membres pour les retenir autour d’un intérêt commun toute communauté naturelle constitue un obstacle à ce grand projet de flux permanent d’atomes indéterminés. La durée, le long terme : voilà l’ennemi !

3/ Des réseaux en guise de raison

Les militants de la grande fluidification favorisent donc le développement de réseaux mais vous regardent de haut quand vous leur demandez leurs raisons.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont logiques avec eux-mêmes : ne voulant plus aborder la question des fins ils veulent désormais se consacrer exclusivement à la question des moyens.

Puisque les êtres humains ont les mêmes caractéristiques que les atomes les militants de la grande fluidification se contentent de développer des réseaux et se dispensent d’en chercher les raisons.

Quand un fournisseur d’accès internet ou un opérateur téléphonique vient vous démarcher sur votre lieu de travail pour vous proposer des forfaits supplémentaires c’est pour augmenter les flux – un flux d’information et de divertissement en échange d’un flux financier – pas de s’adapter à vos besoins réels et individuels et encore moins à viser un bien. La question du contenu et de l’opportunité des flux n’est pas leur objet.

Quand un gouvernement cherche à promouvoir le mariage entre personnes du même sexe, la gestation pour autrui et la procréation médicalement assistée – il cherche à promouvoir les flux biologique et les flux d’argent – mais certainement pas les besoins réels des enfants et des mères naturelles. La question du bien de la société n’est pas leur objet.

Quand un autre gouvernement cherche à abolir l’interdiction de travailler le dimanche c’est pour favoriser la rencontre des atomes qui travaillent et des atomes qui achètent. C’est pour faciliter les flux financiers : pas pour améliorer la part des salaires de ceux qui travaillent ou pour promouvoir la vie de famille, la vie intérieure et la vie relationnelle. Car un atome n’a ni vie intérieure, ni vie relationnelle.

Quand des grands groupes industriels exploitent des ressources naturelles et mettent en péril l’environnement présent et futur c’est pour créer des flux : flux de matières premières qu’on pourra extraire et flux financiers qu’on pourra dégager. Hors des flux, on s’en fout : puisque les atomes vivent dans un monde exclusivement composé d’atomes il n’existe aucun environnement extérieur. Puisque les atomes ne se reproduisent pas il n’existe aucune génération future à ménager. Puisque les atomes sont interchangeables il n’y a pas de conditions de travail, de politique sociale ou de droit salarial : un atome disparu ou abîmé est immédiatement remplacé. L’expression « ressource  humaine » c’est une facilité de langage. C’est le mot ressource qui lui confère son sens.

4/ La troisième guerre mondiale est une guerre des idées

Si le programme des militants de la grande fluidification c’est « Chacun fait ce qu’il veut », leur grand péché est le mensonge. Ils refusent obstinément d’admettre que personne ne veut la même chose et que ça entraîne mécaniquement la guerre de tous contre tous. Ils refusent d’admettre qu’à ce petit jeu-là ce sont toujours les plus forts qui imposent leur loi : par la violence (anarchique au départ, institutionnelle ensuite), par la ruse, par l’argent, par la manipulation ou par une savante combinaison des quatre.

Si les militants de la grande fluidification sont surreprésentés dans les milieux dirigeants – économiques, politiques et médiatiques – c’est précisément parce qu’ils maîtrisent ces différents leviers et qu’ils en sont les premiers et les principaux bénéficiaires. C’est pour cela qu’ils pratiquent le déni de réalité à échelle industrielle. C’est pour cela qu’ils parviennent à imposer leur vision d’un monde idéal parce qu’atomisé.

S’ils font semblant de ne pas comprendre que la suppression du plus grand nombre de règles au nom de la liberté individuelle débouche sur la liberté du loup lâché dans la bergerie c’est parce qu’eux-mêmes ne sont pas des agneaux…

Le combat qu’ils mènent à l’échelle de la planète pour faire triompher leurs conceptions est un combat culturel.

Actuellement le combat fait rage à l’intérieur de chaque parti, à l’intérieur de chaque pays, redessine les clivages traditionnels et redistribue les cartes.

La Manif pour tous est l’une des batailles de cette guerre planétaire que se livrent actuellement ceux qui croient qu’il existe un bien commun et qu’il faut chercher à l’atteindre même s’ils ne sont pas forcément d’accord sur sa définition et ceux qui ne veulent même plus en entendre parler.

Dans le premier camp on trouve des courants très hétéroclites en apparence seulement : les partisans de la Manif pour tous, les vrais écologistes comme José Bové, les souverainistes comme Hervé Mariton, les vrais altermondialistes comme Nouvelle Donne, les partisans de la frugalité heureuse et de l’agriculture raisonnée comme Pierre Rabhi ou Claude et Lydia Bourguignon et d’autres encore.

Dans le camp opposé on trouve la gauche de gouvernement, des lobbies comme Terra Nova et  LGBT, les idéologues de la zone de libre échange pure et parfaite (la Commission européenne), les opposants au contrôle des flux financiers et migratoires (le MEDEF, Emmanuel Macron), les partisans de l’horreur bio-éthique (Pierre Bergé), ceux qui veulent toujours être du côté du manche (Alain Juppé, Alain Minc, Bernard-Henry Lévy), les incubateurs d’adultère tarifé (Gleeden), les apprenti-sorciers des réformes sociétales (Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira), les puissances de l’argent qui manipulent les opinions (Maurice Lévy, Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, Xavier Niel) et bien d’autres encore.

Le combat planétaire est en fait une guerre des idées.

C’est elle qu’il faut  remporter car c’est d’elle que dépend l’avenir de toute forme de civilisation et de l’humanité.

La troisième guerre mondiale a déjà commencé.

On exagère trop souvent l’importance des sacrements

Les catholiques pratiquants ont tendance à surévaluer l’importance des sacrements dans leur pèlerinage terrestre, sans doute parce que les non-pratiquants et a fortiori les non croyants en sous-estiment l’importance.

Mais ils les surévaluent néanmoins.

D’abord parce qu’ils oublient souvent que si la grâce de Dieu passe par les sacrements elle n’en est pas prisonnière pour autant.

Les Coréens sont devenus chrétiens en l’absence de prêtres. Ils n’en ont fait venir qu’après leur conversion initiale. De même des générations de chrétiens japonais et chinois ont vécu et transmis leur foi en l’absence de prêtres et donc d’accès aux sacrements. A en juger par les persécutions et le martyre qu’ils ont endurés sans rien renier et en faisant des disciples – le sang des martyrs est semence de chrétiens – la grâce ne leur a pas fait défaut pour autant.

Ensuite parce qu’ils négligent le fait que la grâce peut très bien ruisseler sur les chrétiens sans pour autant pénétrer leurs cœurs.

Le Rwanda a longtemps été considéré comme la vitrine de l’Eglise catholique en Afrique : tous étaient baptisés, 98 % de la population allait à la messe tous les dimanches, se confessaient régulièrement, les séminaires étaient pleins à craquer et on disait parfois au Vatican que le Rwanda était le jardin dans lequel Dieu aimait venir se reposer à la fin de la journée. Puis, du jour au lendemain ces catholiques modèles se sont entre-tués dans un déchaînement de violence et de haine qui en a fait un génocide sans équivalent dans l’histoire, pourtant sanguinaire, de ce continent. Pourtant tous les génocidaires rwandais ruisselaient de grâce sacramentelle.

C’est pourquoi accorder plus d’importance à la fréquentation des sacrements qu’aux devoirs que nous avons envers notre prochain – celui qui m’est proche et non celui que j’ai choisi – et qu’à notre devoir d’état – ceux qui nous sont moins proches et parfois inconnus mais envers qui nous avons des devoirs – est dangereux.

Pourquoi ? Parce qu’elle nous incite plutôt à être confits en dévotion qu’à la sanctification qui, elle, passe nécessairement par la conversion du cœur.

Car cette conversion est ce qui dépend de nous en priorité : c’est de nous mettre en état d’accueillir cette grâce pour qu’elle puisse produire ses effets. Si nous ne le faisons pas personne ne pourra le faire à notre place, même pas Dieu qui, fort logiquement, respecte la liberté qu’Il nous a donnée.

La priorité c’est de convertir son cœur concrètement : en modifiant ses habitudes, en renonçant à d’autres, en demandant pardon, en nous réconciliant, en fortifiant son intelligence de la foi, en aiguisant son discernement, en priant davantage, en gagnant en maturité spirituelle et en dilatant son cœur pour accroître sa capacité à aimer.

La priorité n’est pas de fréquenter les sacrements mais de travailler sur soi pour permettre à ces sacrements d’agir. Alors seulement la grâce cessera de ruisseler et pourra pénétrer mais tant qu’on se dispense de ce travail sur soi la grâce glisse sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard.

En accordant trop d’importance à la fréquentation des sacrements, on néglige ce travail permanent de conversion du cœur et on court le risque de sombrer dans l’autosuggestion. On peut très bien fréquenter les sacrements en barbotant dans la superstition ou l’animisme en confondant – consciemment ou pas – nos désirs avec la volonté de Dieu. C’est peut-être même l’explication des difficultés que nous rencontrons dans la transmission et le témoignage de notre foi.

A la différence de la magie – noire ou blanche – la grâce de Dieu ne s’impose jamais à notre liberté et ne se déploie qu’avec notre consentement éclairé. Dieu nous a donné la liberté et Il ne reprend pas ce qu’Il a donné : Dieu nous prend au sérieux.

Jean-Marie Guénois contre le pape François

Pour un chrétien le modèle à suivre c’est Jésus-Christ et Jésus prend très fréquemment notre intuition à rebrousse-poil, ce qui est extrêmement déroutant. Il n’avait qu’un très faible respect pour les usages, les conventions, les règles – même religieuses – de son époque. Sa liberté intérieure était déroutante. Il était paradoxal. Il était contre-intuitif.

Mais en même temps il révélait un Dieu tellement meilleur que l’image qu’on s’en faisait que certains le suivaient. Un Dieu qui aime, qui fait le premier pas, qui pardonne, qui patiente, qui s’humilie, qui donne gratuitement et qui se donne gratuitement.

Pour accepter cette logique contre-intuitive il faut changer radicalement notre manière de penser et de réagir. Il faut renoncer à l’esprit du monde qui est pourtant très profondément enraciné dans notre cœur. Spontanément nous agissons selon l’esprit du monde. Spontanément Saint Pierre a saisi une épée pour défendre Jésus quand ses ennemis sont venus l’arrêter. Spontanément il a pris les moyens du monde. Humainement c’était légitime. Mais pas du point de vue de Jésus. C’est pour cela qu’Il lui a demandé de rengainer son épée et qu’Il a soigné celui que Pierre avait blessé. C’est pourquoi l’Eglise doit prendre et surtout reprendre en permanence Jésus comme modèle.

De ce point de vue, les reproches adressés par le journaliste Jean-Marie Guénois au pape François sur les ondes de Radio Notre Dame le jeudi 2 octobre constituent paradoxalement autant d’encouragements pour le pape François : c’est l’hommage que la mondanité parisienne rend à l’humilité évangélique.

Le journaliste du Figaro lui reproche au fond de ne pas être un pape conforme à l’idée que le Figaro s’en fait en penchant dangereusement du côté de la radicalité évangélique. Quand le pape François cherche à incarner la pauvreté évangélique qu’il prêche et qu’il prône pour les autres Jean-Marie Guénois n’y voit pas le signe d’une cohérence entre ce que le pape dit et ce que le pape vit : non il y voit une pipolisation de la fonction qui affaiblit l’institution. Je ne peux m’empêcher de penser à Charles Maurras qui voulait extirper le « poison évangélique » de l’Eglise pour n’en garder que l’institution humaine, dernier vestige de la monarchie absolue de droit divin.

Considérant que le pape François penche dangereusement du côté de la simplicité évangélique, Jean-Marie Guénois a trouvé ridicule que le pape se soit déplacé dans une petite voiture lors de son voyage en Corée alors qu’il était isolé dans un cortège de de limousines officielles. Il reproche au pape François de ne pas se conformer à l’esprit et aux habitudes du monde. Mais encore heureux ! Monsieur Guénois qu’auriez-vous dit au Christ lorsqu’Il est entré dans Jérusalem juché sur un âne ? Lui auriez-vous reproché d’avoir été ridicule et d’avoir désacralisé la fonction de Messie d’Israël ? Auriez-vous préféré qu’Il « soit rentré dans Jérusalem porté par vingt esclaves parfumés sur une litière prêtée par Ponce Pilate » ?

Ce procès en ringardisation du pape par un vaticaniste salarié du Figaro en dit long sur l’état d’une certaine frange du catholicisme français qui persiste à ne voir dans l’Eglise qu’une institution mondaine à protéger plutôt qu’une communauté de disciples du Christ en pèlerinage terrestre. Une certaine frange du catholicisme qui s’obstine à faire semblant de croire que Jésus-Christ est venu sur terre pour fonder une monarchie de droit divin plutôt que pour sauver les hommes en donnant sa vie, laver les pieds des plus petits et guérir les malades.

En déplorant le dédain du pape François pour le luxe et la pompe vaticanesque – ce qu’il appelle désacraliser la fonction de pape – Jean-Marie Guénois reproche en fait au pape François de purifier la fonction pontificale. Car le modèle de pape monarque qui se bat pour défendre son prestige, sa puissance et son rang n’a jamais été aussi bien incarné que par les papes Borgia et n’a jamais été aussi mal incarné que par Saint Pierre !

Je comprends parfaitement que Jean-Marie Guénois soit désarçonné par la logique contre-intuitive du Christ car moi aussi, je suis souvent désarçonné par le Christ et sa manière d’agir. C’est normal : cela prouve que Jean-Marie Guénois et moi-même avons besoin de convertir notre cœur en permanence.

Mais pour cela il ne faut pas accuser ceux qui nous montrent l’exemple de trahir le dépôt de la foi et leur intenter des procès en irresponsabilité…

La recherche de l’illustration fut l’occasion de découvrir ce billet de Catholique aujourd’hui. L’étude faite des représentations de l’entrée à Jérusalem nous paraît un prolongement utile au débat actuel et au prolongement de Louis Charles. Henry le Barde

Les valeurs morales sont subjectives

Les valeurs morales sont exactement comme les valeurs boursières : elles sont ce que le consensus social du moment décide de valoriser et qu’il finira par dévaluer pour le remplacer par d’autres valeurs.

Les valeurs n’ont aucune réalité objective puisqu’elles n’ont que la valeur qu’on veut bien leur donner. Les valeurs sont fondamentalement subjectives. Ceux qui affirment se battre pour les valeurs se battent en fait pour leurs valeurs c’est-à-dire pour promouvoir leur propre subjectivité.

La soumission à l’Eglise et au roi autrefois. Puis la défense de la patrie contre les Prussiens, la promotion de la République et de la laïcité sous la IIIème république. Ensuite, l’émancipation par le travail et par la consommation. Aujourd’hui les valeurs sont éclatées: la soumission à la charia pour certains, l’égalité républicaine et la tolérance pour d’autres le libre-échange généralisé et la liberté individuelle absolue pour d’autres encore.

Chacun ses priorités, chacun sa subjectivité… et chacun ses intérêts : le monde est ainsi fait. Chaque groupe social ou communauté théorise sa propre subjectivité et prétend l’ériger en norme universelle.

Mais le chrétien n’a pas reçu du Christ la mission de se battre pour des valeurs mais de renoncer à sa propre subjectivité car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (Jean 6, 38).

Il ne s’agit pas de promouvoir certaines valeurs/subjectivités au détriment de valeurs/subjectivités rivales ni même de combler un manque de valeurs en remplissant un vide de note propre subjectivité collective.

Il s’agit de se brancher soi-même sur Celui qui est la source de tout amour pour rendre sensible la tendresse de Dieu pour les hommes : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même. (Luc 10, 27)

Il s’agit de renoncer à faire sa volonté propre car elle ne nous porte jamais spontanément à aimer autrui. Elle nous porte encore moins notre prochain qui n’est pas quelqu’un que nous avons choisi mais quelqu’un que Dieu a choisi de mettre sur notre chemin.

En s’imbibant de l’amour de Dieu et en se préoccupant concrètement du bien matériel, moral et spirituel de nos voisins on est sûr de faire la volonté de Dieu et non la sienne. On est sûr de ne pas instrumentaliser Dieu en brandissant des « valeurs » qui ne seraient que le pavillon de complaisance de notre propre subjectivité.

C’est comme ça et pas autrement que les premiers chrétiens ont converti Rome. C’est comme ça que les chrétiens africains et asiatiques annoncent aujourd’hui la Bonne nouvelle avec succès.