Sacre de Charles X

L’alliance du trône et de l’autel, péché originel de l’épiscopat français 

En Angleterre Thomas More, et avant lui l’évêque Thomas Becket, ont refusé de compromettre l’annonce de l’Evangile en apportant la caution de l’Eglise à des hommes de ruse et de sang qui cachaient sous la bannière de Dieu leurs ambitions ou leurs folies personnelles.

Le martyre de saint Thomas More a marqué l’entrée de l’Eglise catholique d’Angleterre dans une longue période de persécution et de clandestinité, parfaitement conforme d’ailleurs à ce que le Christ avait prévu et prédit de son vivant : A cause de moi on vous jettera en prison, on vous traînera devant des rois et devant des gouverneurs (Luc 21, 12).

Contrepartie logique de cette situation évangélique : l’Eglise catholique a été préservée de toute compromission avec le pouvoir monarchique. Là-bas c’est l’Eglise anglicane qui a été décrédibilisée par l’alliance du trône et de l’autel. C’est même pour la cautionner qu’elle a été inventée.

En France c’est au contraire l’épiscopat catholique qui a toujours cautionné cette monstruosité théologique en acceptant de sacrer les rois à Reims. N’est-ce pas là l’origine de cette tradition de lâcheté épiscopale dont l’Eglise de France continue de déplorer les effets ?

Car il ne faut pas se voiler la face : la pusillanimité de nos évêques n’est pas nouvelle. Le légalisme et le gallicanisme sont des maux et des symptômes anciens dans l’histoire de l’Eglise de France.

En 1431 c’est une laïque, Jeanne d’Arc, qui meurt par la volonté de l’évêque Cauchon, parce qu’elle s’était dressée contre le pouvoir temporel anglais et bourguignon.

En 1791, l’épiscopat rallie majoritairement la Constitution civile du clergé. Le simple fait que son rédacteur, Charles-Maurice de Talleyrand, ait été un évêque qui n’avait pas la foi n’est-il pas suffisamment éloquent en soi ?

En 1905, l’épiscopat n’ose pas davantage se lever contre la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui constitue une rupture unilatérale du concordat de 1801 et impose l’approbation préalable du gouvernement pour la nomination des évêques.

En 1940, l’épiscopat ne dénonce pas le décret anti-juifs de Vichy, ni les déportations à l’exception notable de Mgr Salièges, archevêque de Toulouse.

En 1983, l’épiscopat ne réagit pas plus lors du projet de suppression de l’école libre à l’exception notable de Mgr Lustiger.

En 2013 la majorité silencieuse de la conférence des évêques de France prend ostensiblement ses distances vis-à-vis des manifestations organisées pour défendre la famille en 2013 contre le projet de loi présenté par le gouvernement.

Toujours dans le sens du vent, jamais à contre-courant, en décalage permanent avec les attentes et les besoins du peuple chrétien la plupart de nos évêques ont des réflexes de notables plutôt que de pasteurs. Pire : ils maltraitent les prêtres qui agissent en vrais pasteurs : quand on pense que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine a été refusé à la Chapelle de la rue du Bac, officiellement parce que l’engouement que suscitait sa venue a « inquiété » en haut-lieu….

Conséquence logique de ce manque de pasteurs, le troupeau se disperse.

Dans le meilleur des cas les catholiques passent avec armes et bagages chez les chrétiens évangéliques qui, eux, n’ont pas renoncé à leur liberté intérieure, ne sont pas timorés, encouragent les fidèles à prendre la parole et à prendre des initiatives, notamment pour annoncer la Bonne nouvelle à nos frères musulmans.

Dans le pire des cas ils s’éloignent de l’Eglise et du Christ.

Bien sûr on pourra opposer quelques exemples d’évêques courageux. Bien sûr il y a encore Philippe Barbarin, Dominique Rey ou Jean-Pierre Cattenoz. Bien sûr il existe des poissons volants mais, objectivement, ce n’est pas la majorité de l’espèce !

Face au contraste qui apparaît entre les prêtres remarquables que j’ai la chance de connaître depuis de longues années et les évêques régulièrement nommés une question me taraude : l’épiscopat français regorge-t-il à ce point de véritables pasteurs qu’il soit obligé d’en recaler certains au moment de procéder à de nouvelles nominations ?

Au vu du comportement des évêques qu’il m’a été donné d’observer leur désignation me semble plutôt se faire sur la base d’autres critères : souplesse dorsale, régime alimentaire à base de couleuvres, aversion pour le risque, capacité à mettre de la distance sous prétexte de prendre de la hauteur, rigueur dans la gestion de sa carrière, peur du contact humain, esprit de corps et méfiance vis-à-vis du principe de subsidiarité.

La pusillanimité de l’épiscopat est à l’origine de sa démission mais nourrit également la culture du déni de réalité. Le meilleur exemple me semble son tropisme européiste et son unanimisme aveugle.

Par pur mimétisme avec les milieux dirigeants, nos évêques confondent – volontairement ? – le dogme on ne peut plus chrétien de l’universalité du salut qui découle directement de l’unicité du genre humain avec celui de l’ouverture systématique des frontières, conçue pour faciliter la circulation de la main-d’œuvre servile et généraliser l’exploitation de l’homme par l’homme.

Le problème n’est-il pas que l’épiscopat a été pendant des siècles à la tête de l’un des trois ordres qui ont structuré la société française sous l’Ancien régime et que cela a laissé des traces très profondes de corporatisme que l’on pourrait résumer par le mot cléricalisme ?

Car au fond préférer un manque de charité à un désordre, préférer l’évitement plutôt que la rencontre ce sont des réflexes de notables ou de fonctionnaires et non de pasteurs. On ne peut pas être à la fois dans le monde et du monde. On ne peut pas à la fois être l’un des soutiens de l’ordre social et signe de contradiction aux yeux des hommes.

Dans un régime comme le nôtre cette recherche d’harmonie à tout prix avec le corps social signifie ne jamais s’aliéner l’opinion publique et les faiseurs d’opinion publique. En d’autres termes se ranger toujours du côté des puissants du moment.

Dans des régimes plus autoritaires cela signifie ne jamais affronter les détenteurs du pouvoir temporel, surtout si ces derniers se sont auto-proclamés défenseurs et gardiens de la foi. En France ça a donné le gallicanisme, en Angleterre ça a donné l’anglicanisme.

L’alliance du trône et de l’autel est le péché originel de l’épiscopat français.

8 réflexions au sujet de « L’alliance du trône et de l’autel, péché originel de l’épiscopat français  »

  1. Mon cher Louis Charles,

    Tu as visiblement attrapé la maladie qui touche de plus en plus certains catholiques – mais je sais qu’elle vient d’ailleurs – qui les amène à vouloir aligner des faits divers et en faire une trame unique, simple, cohérente et susceptible de tenir en un tweet ou, de façon plus élaborée, en un billet. Quand je dis que tu lis trop Plunkett (pour la méthode, car je pense que même lui ne serait pas d’accord avec toi sur ce coup…), en voilà l’illustration. Prendre des faits divers et trouver une cause, toujours la même, la ressasser comme si tous les problèmes n’étaient que des clous – et que l’Humanité n’avait de problèmes que depuis qu’on avait inventé les clous.

    Cela s’appelle, pardonne-moi, une idéologie.

    Je ne nie pas les manquements de l’Épiscopat français, pour bien connaître des prêtres qui, parfois, sont les premiers à en souffrir. D’ailleurs, une des premières paroles du Pape François fut de les tancer vertement.

    Je ne nie pas que, parfois, un système comparable à celui des Dominicains où, après des années de responsabilité, un retour à la base (aux fondamentaux !) est obligatoire et dissuaderait les tentatives carriéristes des uns et des autres.
    Sauf qu’ils sont successeurs des Apôtres et que ce n’est sans doute pas possible.

    D’ailleurs, tous les péchés – des plus véniels aux plus mortels – des évêques sont déjà répertoriés dans les conneries des Apôtres et, pourtant, le Christ les a confirmés. Et pas un Français parmi les Douze, note-le bien !

    Mais il me semble que tu débordes par trop le cadre, en l’étendant à ta grille de lecture personnelle. Ainsi, être « européiste » ou accepter l’ouverture des frontières, ce n’est pas objectivement un péché, c’est juste ne pas être d’accord avec toi. La distance prise avec le mouvement de défense du mariage traditionnel n’est pas un péché mais peut-être le discernement que ce combat n’était pas un combat de Foi, qu’il n’engageait pas tous les catholiques ni que les catholiques : sur le fond comme sur la forme (tactiquement, j’entends), cela me paraissait justifié.

    Bref, tu déroules une trame historique comme s’il y avait un sens de l’Histoire et que les motivations et lâchetés des évêques d’aujourd’hui rejoignaient celles de 1940 ou 1431.

    Je ne nie pas tout, et on sait qu’il y a des dissensions au sein de la Conférence sur bien des sujets, mais je trouve que tu charges la barque de façon trop peu nuancée…

  2. Sans doute me suis-je mal exprimé. Les exemples historiques que je citais ne sont pas des preuves mais des symptômes d’une lâcheté qui traverse l’histoire de France dont j’ai l’impression qu’elle est récurrente.

    Les autres épiscopats ont bien évidemment leurs vices mais je suis incapable de dire si c’est le même. Ne les connaissant pas je m’abstiens d’en parler.

    Je ne conteste pas que la lâcheté soit universelle mais je pense que la propension à être toujours du côté du manche est une caractéristique de l’épiscopat français : anti-dreyfusard à l’époque de l’affaire, Action française puis maréchaliste pendant la première moitié du XXème siècle puis compagnons de route du parti communiste, tiers-mondistes et soixante-huitards et apôtres du politiquement correct depuis.

    C’est dans cette perspective que je pointe leur européisme ou leur frilosité à soutenir la Manif pour tous. Que des gens comme toi aient un avis différent de moi sur l’Union européenne ou l’opportunité de défiler contre la loi Taubira ne me gêne absolument pas parce que je sais que tu n’es pas un adepte du mensonge par omission et des silences coupables. Ton commentaire en est d’ailleurs la meilleure preuve !

    Mais venant de notre épiscopat ça ne fait que confirmer à mes yeux une tendance que je trouve assez ancienne et qui consiste à ne jamais être en désaccord avec les détenteurs du pouvoir.

    Dans d’autres pays des évêques le font : Mgr Romero, notre pape quand il s’appelait encore Bergoglio et qu’il était archevêque de Buenos-Aires, Karol Wojtyla quand il était évêque de Cracovie, les évêques brésiliens qui défendent les plus pauvres, les évêques africains, les évêques emprisonnés en Asie ou qui risquent leur vie au Moyen-Orient etc.

    J’espère que ces quelques précisions apporteront la nuance qui manquait à mon billet.

  3. Je crains fort que le problème de votre thèse ne soit un peu plus profond qu’un simple manque de nuances. Fondamentalement, vous êtes déçu par les évêques de votre époque, et vous cherchez à monter une thèse multi-séculaire pour accuser l’épiscopat français d’être intrinsèquement à la botte du gouvernement.

    Pour commencer, cela n’a guère de sens: les évêques d’aujourd’hui n’ont guère à voir avec ceux des siècles passés, dont le rôle était très différent… d’abord, ils étaient nommés par le pouvoir, ce qui pouvait difficilement en faire des rebelles.

    Ensuite, les faits épars que vous rattachez à votre sujet sont hautement contestables.

    Pierre Cauchon? C’était un politicien qui a bâti sa carrière sur son allégeance au camp Bourguignon (contre les Armagnacs) puis au camp anglais. Il n’est en rien représentatif des autres évêques de l’époque.

    En 1791, l’épiscopat rallie majoritairement la Constitution civile du clergé? Du tout. La grande majorité des évêques ont refusé le serment et ont émigré. Talleyrand n’en est pas le rédacteur, soit dit en passant (merci, Wikipedia…)

    La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat impose l’approbation préalable du gouvernement pour la nomination des évêques? C’est exactement l’inverse qui est vrai: sous le Concordat, le gouvernement nomme les évêques, c’est justement la loi de 1905 qui met fin à cette longue habitude.

    Mgr Lustiger, isolé dans l’opposition à la loi Savary en 1984? Faux encore. Les principaux évêques, à commencer par le président de la Conférence Épiscopale Mgr Vilnet, ont exprimé la même position.

    Si on regarde de près, il ne reste donc pas grand-chose des symptômes que vous évoquez.

    Pour ma part, je vois dans les positions majoritaires prises par les évêques de toutes les époques… tout simplement le reflet de la majorité de la population catholique de leur temps. Ils ont été pour le roi au moment où l’Église représentait l’attachement au régime ancien, antidreyfusards quand les catholiques conservateurs (et leur presse) l’étaient, vichystes quand la majorité des français l’était, chrétiens avec une petite sensibilité de gauche quand c’était tendance, plus à droite de nos jours… Tout cela n’a rien de bien choquant.

    1. « Fondamentalement, vous êtes déçu par les évêques de votre époque, et vous cherchez à monter une thèse multi-séculaire pour accuser l’épiscopat français d’être intrinsèquement à la botte du gouvernement ».

      Au lieu de prétendre sonder les reins et les cœurs pourquoi ne pas vous contenter de lire ce que j’ai effectivement écrit ? Je n’accuse pas les évêques actuels d’être à la botte du gouvernement Hollande. Je dis simplement qu’il est frappant de constater à quel point, au cours de l’histoire de France, l’épiscopat a cherché à être au diapason des décideurs, de l’opinion dominante du moment et des faiseurs d’opinion même quand ils n’étaient pas au gouvernement. Le dénominateur commun de tous ces épisodes me semble être la lâcheté. Je crains qu’elle n’ait pas disparu.

      « Pour commencer, cela n’a guère de sens: les évêques d’aujourd’hui n’ont guère à voir avec ceux des siècles passés, dont le rôle était très différent… d’abord, ils étaient nommés par le pouvoir, ce qui pouvait difficilement en faire des rebelles ».
      Vous voyez bien que nous sommes d’accord. Ce constat historique, que nous faisons tous les deux, éclaire bien des attitudes ultérieures et actuelles. On ne peut pas être à la fois le garant des institutions et/ou la caution morale de la société dans laquelle on vit et un signe de contradiction aux yeux du monde.

      « Ensuite, les faits épars que vous rattachez à votre sujet sont hautement contestables ».
      Effectivement ce que j’ai écrit sur Talleyrand est inexact et vous avez eu raison de le souligner. Je vous en remercie. Pour ce qui est de Pierre Cauchon en revanche je maintiens que c’est un excellent exemple d’un évêque qui a fait carrière en étant toujours du côté du manche. Là où il est exceptionnel c’est qu’il ne s’est pas contenté de se taire pour ménager les puissants de son temps mais qu’il est sorti du bois en prenant ouvertement parti pour les uns contre les autres, quitte à sacrifier une innocente et la vérité.

      « Pour ma part, je vois dans les positions majoritaires prises par les évêques de toutes les époques… tout simplement le reflet  de la majorité de la population catholique de leur temps ».
      C’est exactement ce que je dis : ils ont été dans le sens du vent la plupart du temps. Or, ce que le Christ demande à ses disciples c’est d’être dans le monde sans être du monde. Je pense que c’est pour cette raison que la France ne compte aucun équivalent de saint Thomas Becket parmi ses évêques.

      « Ils ont été pour le roi au moment où l’Église représentait l’attachement au régime ancien »
      Tout à fait : le mensonge inventé par les légistes selon lequel le roi de France était choisi par Dieu a été cautionné par les évêques qui sacraient les prétendants au trône. Et leur légitimité a même défendue à grands coups d’arguments théologiques. Leurs folies et leurs ambitions n’ont jamais fait été fortement contestées par des évêques comme le fit Thomas Becket en Angleterre.

       » antidreyfusards quand les catholiques conservateurs (et leur presse) l’étaient »

      C’est-à-dire à une époque où les antidreyfusards proclamaient qu’ils préféraient « une injustice à un désordre » ou, comme Maurice Barrès, affirmaient « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race ». Que l’épiscopat ait reflété cette tendance vous et moi en sommes d’accord. Là où nous divergeons c’est quand vous écrivez que tout cela n’a rien de bien choquant.

      Non seulement je trouve cela très choquant de la part de successeurs des apôtres mais je pense que cette attitude – dont visiblement nous convenons tous les deux – s’explique non par la fidélité à l’enseignement du Christ mais par l’infidélité à cet enseignement.

      Et je ne peux pas m’empêcher de penser que la racine de cette lâcheté se trouve dans le pacte historique noué entre les monarques français qui voulaient attribuer leurs propres ambitions à une volonté divine et les évêques qui, siècles après siècles, ont accepté de participer à cette mascarade en échange d’une position sociale enviable.

      Je crains que le manque de crédibilité de l’épiscopat auprès des non-chrétiens mais aussi auprès des catholiques soit liée à cela. Pour ne rien dire du renoncement à prêcher explicitement l’évangile à nos frères musulmans (contrairement à nos frères chrétiens évangélistes) ou à réformer profondément l’enseignement catholique afin qu’il redevienne conforme à son nom et à sa raison d’être. La lâcheté est mère du renoncement.

  4. Excusez-moi si mon commentaire vous a semblé raide, mais il me semble vous avoir parfaitement bien lu: « tradition de lâcheté épiscopale », « souplesse dorsale, régime alimentaire à base de couleuvres », « la pusillanimité de l’épiscopat est à l’origine de sa démission », « mimétisme avec les milieux dirigeants », « se ranger toujours du côté des puissants du moment »… je n’ai pas inventé ces expressions. Je vous ai paraphrasé en disant que vous accusez l’épiscopat français d’être intrinsèquement à la botte du gouvernement. Ce n’est pas là trahir votre propos.

    Juste un point de clarification: lorsque je parle ici du gouvernement, il ne s’agit pas spécialement du gouvernement Hollande, mais du gouvernement en général et à toutes les époques. C’est bien là votre thèse: l’alliance du trône et de l’autel et la compromission des évêques avec le pouvoir en place.

    Nous sommes d’accord pour constater que sous l’Ancien Régime, les évêques étaient du côté du pouvoir. Il eût difficilement pu en être autrement, puisqu’ils étaient choisis par ledit pouvoir. Je vous rejoins volontiers pour déplorer l’imposture qu’a constitué la monarchie de droit divin et le scandale de la subordination de l’Église au pouvoir royal.

    Par contre je ne vous comprends pas trop pourquoi vous semblez fâché contre la loi de 1905, qui a effectivement donné son indépendance à l’Église, ce que le concordat napoléonien n’avait pas voulu faire.

     » Ils ont été dans le sens du vent la plupart du temps »: pas tout à fait. Plus précisément, ils ont été dans le sens majoritaire de la population catholique de leur époque. Cela ne me choque pas tellement, car ils étaient issus de cette population, et, par ailleurs, l’Église est par construction une institution qui tend au conservatisme: le respect de la tradition et du magistère, autrement, dit, de l’autorité du passé, fait partie de ses valeurs fondatrices.

    Naturellement, on a toujours les défauts de ses qualités, et le conservatisme a des conséquences qui ne sont pas toujours positives: l’Église a du mal face au changement, le sien propre, et celui du monde qui l’entoure. Elle a eu du mal avec la Réforme, du mal avec la révolution, du mal avec l’ère industrielle, etc.

    Mais il me semble tout à fait erroné d’accuser les évêques en particulier. Il me semblerait plus approprié de balayer devant la porte du peuple catholique dans sa majorité: c’est lui qui a été monarchiste, antidreyfusard, vichyste (pas longtemps, et pas unanimement, toutefois). C’est le peuple catholique dans son ensemble qui a pris l’habitude de défendre le statu quo, même quand le statu quo n’était pas très conforme à l’Évangile… On peut reprocher aux évêques d’avoir rarement pris des risques, notamment pas celui d’aller à contre-courant de leurs ouailles. Mais il est très excessif de les qualifier aussi durement que vous le faites dans votre texte, surtout sur la base d’exemples dont une grande partie, comme je l’ai montré, sont factuellement erronés.

    1. Ne vous excusez pour votre commentaire : d’abord il n’est pas si raide que ça et quand bien-même il le serait ce ne serait pas un reproche à vous faire. Ma remarque visait juste à prévenir le risque de psychologiser le débat du genre « vous dites ça mais en fait ce que vous voulez dire c’est… » Peut-être était-ce d’ailleurs inutile.

      Je ne pense pas que l’épiscopat soit intrinsèquement lâche. Si tel était le cas il n’y aurait jamais eu de place pour Mgr Lustiger, Barbarin Rey etc. Mais force est de constater que ce genre de pasteurs est largement minoritaire….et c’est ça le problème. Ils constituent des exceptions plutôt que la règle.

      Là où je suis profondément en désaccord avec vous c’est quand vous dites qu’il est normal ou du moins pas si grave que les évêques aient été
      « dans le sens majoritaire de la population catholique de leur époque ».

      C’est objectivement l’argument de l’apostasie silencieuse et de la mondanité.

      Les chrétiens ont pour vocation d’être signe de contradiction aux yeux des hommes et vous m’opposez que ce n’est pas si grave de banaliser le contre-témoignage. Pire, vous dites que même pour les évêques ce n’est pas si grave alors que leur responsabilité est encore plus lourde puisqu’ils sont les successeurs des Apôtres.

      Vous dites que « l’Église est par construction une institution qui tend au conservatisme ». Mais vous confondez la maladie et le malade. Tout communauté humaine, toute institution humaine tend naturellement vers le conservatisme.

      Mais il est faux de confondre la mission de l’Eglise et ses dérives.

      Le Christ n’a pas instauré l’Eglise pour cautionner le tropisme conservateur de l’être humain mais au contraire pour être l’outil de sa conversion..

      L’Eglise n’a pas un rôle conservateur, elle est au contraire du côté du mouvement intérieur.

      Sa mission est de nous aider à sortir de nous-mêmes pour nous accompagner dans notre cheminement vers le Christ, à nous aider à accomplir ce mouvement permanent qu’est la conversion du cœur pour nous permettre de croître en sainteté.

      Sa mission est de nous arracher à notre propre nombrilisme, au repli identitaire et à la pesanteur communautaire.

      C’est seulement à ce compte là qu’elle est fidèle à sa vocation et donc qu’elle est libératrice !

      Le rôle de l’Eglise est de nous accompagner et de nous encourager tout au long de notre pèlerinage terrestre, pas de nous aménager des chaises longues sur le bas-côté en flattant notre paresse et notre cœur de pierre.

      Que l’Eglise et les évêques aient historiquement fait le contraire et continuent parfois à le faire nous en convenons tous les deux « On peut reprocher aux évêques d’avoir rarement pris des risques, notamment pas celui d’aller à contre-courant de leurs ouailles ». C’est le symptôme «  je suis leur chef il faut bien que je les suive ! »

      Là où nous divergeons c’est quand vous tentez de minimiser la portée de ce scandale en adoptant une approche sociologique sans voir que le contre-témoignage de ceux qui sont censés témoigner du Christ détourne du Christ ceux qui sont scandalisés. Là où vous cherchez à relativiser la tragédie le Christ nous dit au contraire : « Si quelqu’un scandalise un de ces petits qui croient en Moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendit à son cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le plongeât au fond de la mer » (Matthieu, 18 6-7).

      La manière dont nos évêques continuent à s’interposer entre le Christ et les hommes me stupéfie. Je vous invite à lire la recension du premier livre du père Michel-marie Zanotti-Sorkine intitulé Homme et prêtre : tourments, lumières et confidences disponible sur ce site (www.letempsdypenser.fr/critique-du-clericalisme-parce-que-fidele-a-leglise-le-cas-du-pere-zanotti-sorkine/). Vous comprendrez pourquoi il n’a pas été accueilli à la rue du Bac malgré ou plutôt à cause de son rayonnement évangélique, aussi peu conservateur que politiquement correct.

  5. Quelques précisions historiques :

    Si tous les évêques de France et de Navarre ne sont évidemment pas des « collabos » ni des lâches, on peut néanmoins souligner que Pierre Cauchon n’était pas un cas isolé. Recteur de la Sorbonne et licencié en droit canon, il avait à ce titre co-présidé avec le théologien Jean Gerson la délégation d’ecclésiastiques français participants au concile de Constance qui mit fin au « grand schisme d’Occident » opposant 3 papes rivaux. Pierre Cauchon symbolise avant l’heure « l’intellectuel parisien » doublé d’un énarque clérical dont le parcours a été couronné de succès (il meurt tranquillement évêque de Lisieux, peu de temps avant la reconquête de la Normandie par les armées françaises). On ne peut donc parler d’un cas isolé mais bien plutôt du pur produit de son époque (milieu clérical universitaire qui se méfie notamment de la foi populaire, comme en témoigne les minutes du procès de Jeanne d’Arc).

    Plus proche de nous, l’opposition au projet Savary sur l’école a certes été porté par le très médiatique Mgr Lustiger, soutenu par Jean Vilnet, président de la Conférence des évêques de France, et Jean Honoré (archevêque de Tours). Ils constituent néanmoins l’arbre qui cache la forêt. Le reste de l’épiscopat a brillé par son silence comme en témoigne l’enquête très fouillée du journaliste Gérard Leclerc (La Bataille de l’école : 15 siècles d’histoire, 3 ans de combat, Paris, Denoël, 1985). A l’instar de la « Manif pour tous » en 2012-2013, certains évêques préféraient le « dialogue » à « l’affrontement », dont Mgr Claude Dagens, archevêque d’Angoulême et membre de l’Académie, traitant les partisans de LMPT d' »intégristes ».

    Ces deux exemples montrent simplement que l’épiscopat français n’a pas fait preuve au cours de son histoire du même courage, voire tout simplement de la même résistance intellectuelle, que de son homologue polonais (Mgr Sapehia face aux Nazis ou Mgr Wyszynski face aux Communistes). En bref, il n’y a pas que dans l’enquête PISA que la France est la traîne …

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