Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Henry le Barde

Henry le Barde avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès.

Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme.

Contrairement à la mode ambiante, il croit à la pertinence d’un clivage droite – gauche et refuse la facilité consistant à prétendre se placer au-dessus et l’orgueil visant à le dépasser. A cet effet, il a choisi le premier camp, en comprenant que des chrétiens puissent, en conscience, choisir l’autre.

Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »


4 Réponses »

  1. Bonjour,
    Au sujet du clivage gauche-droite, est-ce uniquement par facilité qu’il est aujourd’hui réfuté par nombre d’entre nous ? Se place-t-on nécessairement au-dessus lorsqu’on doute de sa pertinence ? Fait-on nécessairement preuve d’orgueuil en pointant ses limites ?
    Ce clivage me parait caricatural dans beaucoup de situations. A droite l’apanage de ceci, à gauche l’apanage de cela, alors que la réalité nous montre humblement tous les jours que ce que nous croyions dévolu aux uns est bien souvent aussi la face cachée des autres, que les projets des uns ont la couleur des autres, et qu’en évitant ces cloisonnements somme toute superficiels, en acceptant de décrocher de réactions de type « identitaires », on avance dans sa maturation et la société avec.
    Je trouve triste et faible une société qui se pense binaire, en noir et blanc, alors que nous sommes des êtres de nuance, capables de changer notre regard sur nous-mêmes et les autres à la faveur d’un rayon de lumière ou d’une prière, pourvu que les portes restent ouvertes.
    Je ne suis personne, catho sans blog et sans projet, mais ma foi s’accomode mal des crispations (politiques ou autres) qui révèlent nos besoins de ne rien lâcher, nos peurs de ne plus être identifiables, catégorisables. Parce qu’à un point donné, je suis aussi tout le monde dans le grand corps humain du Christ.
    Je ne suis pas orientée politiquement mais je me demande : peut-on porter un grand projet de société en ne se reconnaissant que d’un « camp » ? La politeia est-elle compatible avec le clanisme ? Dans une certaine mesure probablement, mais sans doute trop peu pour avoir pu éviter les grandes dérives du siècle en cours et du siècle passé qu’ont connues nos sociétés occidentales.
    Si je vous parais me placer au-dessus de la mêlée en parlant ainsi, je m’en excuse, ce n’est pas le but.
    La liberté c’est pour choisir, se tromper, et choisir à nouveau, et ainsi jusqu’à tenter d’approcher la justesse au plus près. La liberté pour pouvoir s’ajuster en permanence à des réalités intérieures et extérieures qui changent, à une foi qui évolue, jusqu’à être au plus près celle ou celui qu’Il attend. Ca prend au moins une vie.

  2. Merci de vos remarques.

    Effectivement, elles appellent quelques précisions.

    Tout d’abord, je ne suis pas de droite parce que je suis catholique. Je suis un catholique qui, par ailleurs, a choisi la droite. Ce n’est pas parce que je m’oppose politiquement un frère un gauche que je ne reconnais pas le Christ en lui.

    En fait, je me plaçais dans une perspective essentiellement politique et plus précisément démocratique. J’observe juste que toute nation démocratique se scinde spontanément en deux grands camps, égaux et opposés. Et ce, qu’il y ait deux, trois ou dix partis.
    Je crois que c’est la résultante de la séparation des pouvoirs, inopérante depuis 150 ans (cela a débuté en Angleterre) qui est devenue une séparation temporelle qu’on nomme l’alternance.

    En tant qu’homme de droite, je ne désire absolument pas la disparition de la gauche. De toute façon, si celle-ci disparaissait, deux nouveaux camps se feraient face : droite modérée, qui deviendrait la gauche et droite dure qui deviendrait la droite. Et là, peut-être passerais-je à gauche.

    Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’y a pas une droite et une gauche immanente (la preuve, les deux droites décrites ci-dessus ressemblent à la situation américaine !), mais une division de facto des pays démocratiques. Choisir un camp ne veut pas dire affirmer qu’une opposition n’est pas indispensable.

    En fait, je me méfie des troisièmes voies supposées de « réconciliation » : leur propos est en général de se placer au-dessus, ou ailleurs. Ce faisant, elles sortent du jeu démocratique, sauf à choisir un camp une fois au pouvoir. Par exemple, imaginons que Bayrou ait été élu – et suffisamment bien pour gouverner seul. Fatalement, la droite ou la gauche aurait décliné et, mécaniquement il serait devenu l’une ou l’autre.

    Après, le fait de voter droite ou gauche, acte qui ne peut être que binaire pour être, ne veut pas dire qu’il n’y a pas une grande palette de pensées et d’opinions. Les droites et les gauches sont assez riches en France pour le prouver !

    La démocratie c’est le débat. Je ne crois pas qu’il soit à craindre. Quand on parle de « réconciliation », je ne vois pas trop ce qu’on veut dire par là. On peut débattre sans être en guerre, si on est une démocratie mature. l est vrai que le militantisme actuel fait douter de la maturité de notre démocratie. Mais n’étant pas militant…

    D’ailleurs, ici, vous trouverez de tout : par exemple, une apologie par Louis Charles de José Bové et de la décroissance…

  3. Merci pour ces précisions qui éclairent votre point de vue.

    Je ne sais pas si la séparation des pouvoirs est complètement inopérante, j’espère que ce n’est pas tout à fait le cas, tout de même. Au moins elle a le mérite d’exister dans la Constitution.

    Quant à savoir si sa perte d’efficacité a donné lieu au scindement actuel en camps, j’en doute un peu, mais je ne suis pas spécialiste. Je supposerais qu’il s’agit d’un réflexe inhérent à l’homme : celui de chercher à tout prix à s’apparenter, à s’affilier, qui va le pousser à choisir un camp après qu’une séparation plus ou moins artificielle entre 2 lignes de sensibilités différentes s’est opérée dans une société donnée.

    Je ne veux pas dire que le débat d’idées entre perspectives et pensées différentes, voire opposées, est à craindre, bien au contraire, quasiment tout le monde est d’accord sur ce point : no débat, no démocracie. Mais ce qui gêne parfois, ou souvent, pour envisager une politique d’avenir à moyen/long terme (la seule qui nous intéresse vraiment), c’est le moment ou la différence, l’autre façon de penser la politique, est érigée en principe partisan, se rigidifie et fausse le rouage démocratique du débat. En fait, le contraint au court terme (horizon élections, voire + court encore). Je le constate d’un gouvernement à l’autre, d’un parti à l’autre. D’où ma méfiance pour les prises de position politique trop revendiquées.

    On en revient toujours à l’homme dans son essence : faillible et orgueilleux (euh, osons dire pêcheur si on reste dans une perspective chrétienne). Cette perspective a toute sa place, non pas dans le débat public – laïcité d’abord et d’accord – mais dans le cœur de l’homme politique qui s’en réclame. Sa responsabilité est grande de ce point de vue. La voie (ou la voix) de la « réconciliation », est au cœur de l’homme, pas dans un recentrage politique ou une 3e voie extérieure vouée aux mêmes chausse-trappe ou à arbitrer un débat faussé. Alors effectivement, en parlant ainsi, je sors du « jeu démocratique » comme vous dîtes. Mais est-ce bien sûr ? La démocratie et le christianisme ont partie liée depuis le début.

    Notre besoin de conversion, c’est-à-dire de reconnaissance de nos erreurs et de nos limites, n’a jamais été aussi grand, à mon sens. Je me rappelle, un père bien ancré à droite, m’expliquant à quel point le libéralisme était LA réponse à tous les maux, que la gauche était vitrifiée dans une posture d’angélisme, refusant de reconnaître les faiblesses de l’homme, son appât du gain personnel en particulier (raison pour laquelle le communisme n’avait pas et ne pouvait pas fonctionner). Or, ces apologues du tout libéral n’ont jamais vu venir ce qu’ils décriaient tant par ailleurs, ils ont été les victimes de ce même angélisme, ce déni de la faillabilité de l’homme.

    Une leçon pour rien ? Prions qu’elle nous serve. Prions pour que les cœurs de nos hommes politiques s’ouvrent à cette 3e voie intérieure, se reconnaître pêcheur et chercher la justesse. Je n’ose pas dire la Vérité et l’amour, je vais encore passer pour une simplette.

  4. Non, encore une fois, la séparation n’est pas artificielle (même si les postures le sont parfois, voire souvent). C’est une conséquence inéluctable d’une forme politique nommé la démocratie.

    Cela remonte plus exactement au milieu du XIXe siècle, avec l’installation en Angleterre du gouvernement dit « de cabinet ». Le Premier Ministre est également chef du parti, ce qui concentre de fait entre ses mains les pouvoirs exécutif et législatif.

    La solution que trouva la démocratie pour remédier à cette fusion des pouvoirs fut de mettre en place l’alternance entre majorité et opposition.
    Voilà pourquoi une droite et une gauche existent partout où existe la liberté politique.
    Ne condamnons pas un système au motif que la démocratie française est mal en point et notre personnel politique donne une image bien dégradée du débat public ! Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain !
    De toute façon, la conversion des coeurs n’est pas d’ordre politique – et n’a pas de visée pour ce monde-ci. Le Royaume de Dieu n’a pas vocation à prendre la suite de la Ve République

    Et si vraiment, il est de la nature de l’homme de s’apparenter à un groupe (quoique ça ne veuille pas dire qu’il se mue instantanément en colleur d’affiches borné et bas du front – pour ma part je n’ai même pas de carte de parti), il est préférable de bâtir un système qui respecte cette « nature » que d’attendre un hypothétique changement.

    La démocratie est un système pacifique qui exacerbe les sentiments partisans de certains et les neutralise en deux camps – les partis – qui alternent. C’est à mon sens, et de loin, le plus sage. Historiquement, c’est le plus pacifique.

    Enfin, c’est mon avis aujourd’hui. Vous l’avez dit, nous sommes tous en recherche de vérités ;)

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