Ça change quoi d’avoir la foi ?

Ce petit témoignage s’adresse à tous ceux qui m’ont posé cette question sans que j’aie pu trouver sur le moment les mots adéquats pour exprimer ce que cela change pour moi.

Ça change quoi d’avoir la foi ?

Ça change tout et rien à la fois.

Ça ne change rien à ma condition d’humain. La foi ne protège pas contre les souffrances, les injustices, les maladies, les déceptions ou les tragédies. Ce n’est ni un anti-douleurs ni un anti-dépresseur. Encore moins une méthode Coué améliorée.

La foi chrétienne n’est pas un exercice d’auto-suggestion. Elle n’éclipse pas la réalité du mal. Elle ne l’explique même pas. Elle jette sur le mal un éclairage nouveau. C’est ça qui change tout.

Là où, à force de vivre avec, l’homme avait fini par se persuader que le mal était la loi du genre humain, la foi chrétienne affirme, contre toute évidence sensible, que le mal n’est pas la norme mais un dysfonctionnement qui sera corrigé in fine.

La foi chrétienne ne fait pas disparaître le mal mais transforme ce qui était auparavant une malédiction inéluctable en un scandale tragique mais provisoire.

Alors pourquoi est-ce que Dieu permet le mal ? Ce n’est pas ma foi qui me permettra de répondre à cette question. Mais c’est elle qui me permet de la poser.

Tout ce que je sais c’est que Dieu n’aime pas le mal, qu’il a délibérément décidé de l’endurer pour nous sauver et qu’il nous en débarrassera à la fin des temps.

C’est un changement de perspective qui, pour moi, change tout.

C’est la certitude que tout ce que je vis à un sens.

Que si tout ce que je vis est provisoire rien n’est dérisoire.

Je ne marche donc pas dans une vallée de larmes mais sur un chemin d’éternité. Et si je continue de boîter c’est avec la certitude que je suis aimé par Quelqu’un qui m’attend au terme du chemin

La fatigue et les souffrances ne disparaissent pas, loin de là. Elles s’accroissent même avec le temps qui passe.

Mais leur importance diminue à mesure que j’avance en âge. Mes joies, au contraire, acquièrent une saveur nouvelle car elles sont l’avant-goût d’un bonheur éternel.

Plus le temps passe et plus je constate que cette foi tout le monde en a besoin.

Plus le temps passe et plus je me dis que tout le monde y a droit et qu’il y a urgence à la proposer.

Voilà ce que je crois: telle est ma foi.

Louis Charles

La confrérie des journalistes et des responsables politiques

Une fois que l’on a dit que rien ne justifiait d’assassiner les journalistes de Charlie Hebdo que peut-on dire de plus ?

A-t-on ensuite le droit de pointer du doigt des vérités que les médias et les institutions refusent de relayer parce qu’ils n’ont pas envie de les entendre ?

Non seulement je pense qu’on en a le droit mais je pense qu’on en a le devoir.

Un peu comme un médecin qui doit annoncer à son patient qu’à moins de changer radicalement son comportement alimentaire il va au-devant de graves problèmes de santé qu’il fera, en outre, supporter à son entourage immédiat.

La confrérie des journalistes et des responsables politiques découvre en effet avec effroi que le monde entier se sent pas forcément Charlie, que la France dans son ensemble ne se sent pas Charlie et que les collégiens et lycéens musulmans ne se sont jamais sentis Charlie.

Horreur, malheur stupéfaction et sidération.

Mais au fond ce qui est étonnant c’est que ça l’étonne tellement.

Elle prend subitement conscience de ses propres incohérences.

Deux incohérences majeures qu’elle n’avait jamais voulu admettre jusqu’à présent

La première est la confusion qu’elle a entretenue entre la liberté d’expression, qui est garantie par la Constitution, et droit à l’insulte que la rédaction de Charlie Hebdo s’était unilatéralement arrogée.

La confrérie des journalistes et des responsables politiques s’est obstinée à ne pas vouloir faire de distinction entre le fait d’exprimer un point de vue divergent de celui de ses interlocuteurs – en l’occurrence de ses lecteurs – et le fait de les insulter délibérément, pour le simple plaisir de les blesser.

Critiquer le dogme musulman ou le Coran cela relève de la liberté d’expression.

Dessiner Mahomet en train d’exhiber ses fesses ou le représenter sous forme d’un étron surmonté d’un turban ça relève de la liberté d’excrétion.

Ce n’est pas la même chose

Si l’équipe de Charlie Hebdo s’était contentée de critiquer le dogme musulman ou le Coran à l’aide d’arguments j’aurais été le premier à descendre dans la rue en criant : Je suis Charlie.

Mais elle s’est complu à blesser des musulmans en ricanant méchamment et revendiquant leur irresponsabilité comme un titre de gloire.

Jamais elle n’a cherché à débattre rationnellement, à entrer dans une discussion contradictoire avec échanges d’arguments.

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo la confrérie des journalistes et des responsables politiques hurlent à la vertu outragée et cherchent des responsabilités partout…sauf du côté de Charlie Hebdo.

Incohérence.

Manque de rigueur intellectuelle.

Manque de rigueur morale.

Deux poids, deux mesures.

La deuxième incohérence majeure de la confrérie des journalistes et des responsables politiques a été d’asséner pendant des années à qui voulait l’entendre (et encore plus à ceux qui voulaient pas l’entendre) que la liberté d’expression c’est la liberté de tout dire même si ça paraît inacceptable à certains et que sa seule limitation légitime était en cas de menace à l’ordre public.

Hormis ce cas on pouvait tout dire et il n’y avait aucune censure.

Contre-vérité

Mensonge

Deux poids, deux mesures.

La censure est juridiquement en vigueur depuis la mise ne place des lois mémorielles : loi Gayssot du 13 juillet 1990 visant à interdire le négationnisme, loi du 29 janvier 2001 sur le génocide arménien et la loi Taubira du 21 mai 2001 sur la traite et de l’esclavage.

Que l’on juge ces lois nécessaires ou qu’on les juge illégitimes un constat s’impose : certains propos sont pénalisables même s’ils ne constituent pas une menace de trouble à l’ordre public et d’autres pas.

On peut s’en féliciter ou le déplorer mais pas le nier.

C’est pourtant ce que fait la confrérie des journalistes et des responsables politiques à chaque fois qu’elle cherche à réduire au silence certains propos comme lorsque Dieudonné déclare qu’il se sentait Charlie Coulibaly.

Objectivement la liberté d’expression qu’elle défende c’est la liberté de tout dire pour certains et pas pour d’autres.

Le droit à l’outrance est à géométrie variable en France.

Deux poids, deux mesures.

Pendant de nombreuses années la confrérie des journalistes et des responsables politiques a pataugé dans un déni de réalité d’autant plus insupportable qu’il s’agit d’un déni de justice et de la négation de ce qu’ils appellent eux-mêmes le pacte républicain ?

Où est la liberté d’expression pour tous ?

Où est l’égalité des citoyens devant la loi ?

Quant à la fraternité cela a-t-il encore un sens d’en parler ?

Les raisons des incohérences et de l’aveuglement collectif de la confrérie des journalistes et des responsables politiques leur appartiennent.

La seule question est de savoir si les événements de la semaine dernière, ceux d’hier et ceux de demain – car le grand feu d’artifices ne fait peut-être que commencer – suffiront à lui ouvrir les yeux sur la réalité.

Si tel n’est pas le cas une chose est sure : au lendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle de en 2017 elle fera encore l’étonnée….

 

 

Louis Charles

L’extraordinaire parcours de Bambang Dwi Byantoro


Connaissez-vous l’extraordinaire parcours de Bambang Dwi Byantoro ?

C’est une histoire incroyable qui démontre une nouvelle fois que l’Esprit souffle où il veut.

C’est l’histoire d’un Javanais musulman qui découvre la foi chrétienne protestante puis orthodoxe avant de devenir prêtre et de recevoir le titre d’Archimandrite Daniel.

Depuis il a amené à la foi orthodoxe plusieurs milliers d’Indonésiens : quelques déçus du pentecôtisme et une très grosse majorité de musulmans.

Son chemin de conversion commence par une vision de Jésus c’est-à-dire une expérience spirituelle intime se poursuit paradoxalement….par la méditation d’une sourate du Coran et se prolonge par une réflexion personnelle.

Son cheminement spirituel se fait au contact d’autres chrétiens ce qui l’amène à voyager et à apprendre de nouvelles langues : le coréen et l’anglais puis le grec.

Le contact avec l’orthodoxie lui fait prendre conscience que la foi pentecôtiste est incomplète. Il passe de la foi protestante à la foi orthodoxe.

La découverte des pères de l’Eglise approfondit sa foi et lui fait découvrir la spiritualité byzantine qui lui apparaît très compatible avec les rites javanais.

Il découvre repère des parallèles entre les pratiques ascétiques de l’orthodoxie et celles des arts martiaux traditionnels.

Introduit dans la foi orthodoxe par un évêque anglais, il reçoit le baptême orthodoxe à au sein de l’Eglise orthodoxe de Séoul. Sa quête l’amène ensuite en Grèce, au mont Athos où il apprend le grec.

Il découvre que l’orthodoxie permet d’accéder à la foi chrétienne sans imposer la culture occidentale.

Il développe l’Eglise orthodoxe à Java, insiste sur l’origine sémitique de sa foi et affirme que sa foi s’origine au Moyen-Orient, tout autant que celle des musulmans.

Tout en s’attaquant au dogme musulman du Coran incréé afin de rendre possible le dialogue islamo-chrétien, il conserve un regard positif sur l’islam qu’il considère comme la première étape de son cheminement spirituel.

Si ces quelques lignes vous ont donné envie d’en savoir plus sur cette histoire extraordinaire rendez vous sur le site des Missions Etrangères de Paris (MEP) en cliquant sur le lien suivant :

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/indonesie/2013-06-20-pour-approfondir-l2019emergence-toute-recente-d2019une-eglise-orthodoxe-javanaise-histoire-d2019un-processus-indigene

Louis Charles

Dialogue de bébés

Dans le ventre de la mère, deux bébés discutent. L’un est croyant, l’autre non.

«  Bébé athée : Et toi, tu crois à la vie après l’accouchement ?
Bébé croyant : Bien sûr. C’est évident que la vie après l’accouchement existe. Et nous sommes juste ici pour devenir forts et prêts pour ce qui nous attend après.
BA : Tout ça c’est insensé. Il n’y a rien après l’accouchement. Est-ce que tu peux t’imaginer toi, à quoi une telle vie pourrait ressembler ?
BC : Eh bien, je ne connais pas tous les détails. Mais là-bas il y aura beaucoup de lumière, beaucoup de joie. Et par exemple là-bas on va manger avec notre bouche.
BA : Mais c’est du n’importe quoi ! Nous avons notre cordon ombilical et c’est ça qui nous nourrit. Et de cette autre vie, il n’y a encore eu aucun revenant. La vie se termine tout simplement par l’accouchement.
BC : Non ! Je ne sais pas exactement à quoi cette vie après l’accouchement va ressembler mais dans tous les cas nous verrons notre maman et elle prendra soin de nous.
BA : Maman ? Tu crois en maman ? Et où se trouve-t-elle ?
BC : Mais elle est partout ! Elle est autour de nous ! Grâce à elle nous vivons, et sans elle nous ne sommes rien. Elle veille sur nous à chaque instant.
BA : C’est absurde ! Tu l’as déjà vue, toi ? Moi non plus ! C’est donc évident qu’elle n’existe pas. Et puis, si elle existait vraiment, pourquoi ne se manifeste-t-elle pas ?
BC : Eh bien, je ne suis pas d’accord. Car parfois lorsque tout devient calme, on peut entendre quand elle chante…. Sentir quand elle caresse notre monde…. Je suis certain que notre Vraie vie ne commence qu’après l’accouchement.
BA : Moi je suis convaincu qu’après l’accouchement il n’y a rien. Cela est tout simplement irrationnel. »

Pourquoi des Français ont-ils tué d’autres Français ?

En écrivant à propos des tragiques événements de la semaine dernière que des Français qui avaient assassiné d’autres Français Henry Le Barde a soulevé une question polémique. L’un de ses lecteurs a écrit que qualifier quelqu’un de Français alors qu’il abhorrait la France était techniquement et juridiquement vrai mais gravement fautif au niveau moral, philosophique et spirituel. Cette remarque a inspiré ce billet.

Dire que des Français ont tué des Français c’est faire le constat d’une crise d’identité nationale. C’est à mon avis le moyen de mettre le doigt là où ça fait mal. C’est sans doute pour cela que ce point de vue a été complètement occulté par l’ensemble des médias et de la classe politique.

Des individus qui n’ont pas connu d’autre pays que la France, pas d’autre système scolaire que le système français, qui parlent français – plus ou moins bien mais toujours mieux que l’arabe – et qui ont donc la nationalité française refusent de s’identifier à la France et la rejettent de toutes leurs forces.

La vraie question c’est  pourquoi ?

La réponse est sans doute que l’on s’adapte à ce que l’on trouve et que l’on ne peut pas s’intégrer à ce qui se désintègre.

Concrètement la société française contemporaine est à l’image des autres pays européens : une zone de droit et de non-sens d’où la notion de bien commun a été expulsée.

Parce que l’idée même qu’il existe un bien vers lequel il faut tendre et un mal dont il faudrait s’éloigner est une idée qui est anathématisée. D’où le refus opiniâtre des normes à prétention objective et la promotion systématique de l’évitement sous forme d’injonctions politiquement correctes.

Exemple récent : le refus d’ouvrir un vrai débat sur l’opportunité d’élargir le mariage et l’adoption à des couples homosexuels. La question du bien de l’enfant a d’entrée de jeu été escamotée et décrétée hors sujet. Le seul enjeu qui restait : ne pas blesser les homosexuels, injustement identifiés à la poignée d’activistes LGBT qui était à la manœuvre dans les couloirs ministériels.

Ce refus de poser collectivement la question du bien et du mal ne heurte pas que les catholiques. Mais à la différence des enfants de l’immigration les catholiques, eux, disposent d’argumentaires et de références autres que ceux aimablement fournis par la société consumériste et par l’idéologie créationniste officielle qui postule que la France est sortie du néant et du chaos un beau jour de 1789.

Les catholiques français ont une mémoire et une histoire qui leur permettent de relativiser concrètement le désespoir qu’inspire le moment présent. Ils ont des atouts culturels et spirituels qui leur font dire que, pour paraphraser Saint Paul  c’est quand ils sont faibles qu’ils sont forts parce que c’est dans ces moments là que Dieu agit de manière inattendue.

Quand on est musulmans et qu’on ne se reconnaît pas dans une société décadente  l’unique perspective est de prendre le maquis c’est-à-dire de se réfugier dans une communauté imaginaire (l’Oumma) et de rejeter cette société objectivement décadente.

Rien d’étonnant à ce que des jeunes musulmans français sur le papier ne se sentent pas français dans la réalité. Pourquoi devraient-ils s’identifier à une société dans laquelle les catholiques français eux-mêmes se sentent de plus en plus étrangers ?

Surtout si l’image de la France qu’on cherche à leur vendre s’identifie à la haine de toutes les religions et à l’impunité arbitrairement revendiquée par Charlie Hebo. Et encore plus si le droit à l’insulte et à l’humour « bête et méchant » est appliqué selon le principe du deux poids deux mesures : solidarité nationale obligatoire pour les outrances de Charlie Hebdo et répression judiciaire pour celles de Dieudonné.

L’image de la France qu’on propose aux jeunes générations, dont les jeunes musulmans, est celle d’une France de baby-boomers fatigués, égoïstes et matérialistes qui ont renoncé à transmettre le patrimoine familial, affectif, spirituel, culturel, intellectuel, moral, économique et social dont ils étaient, eux, les heureux héritiers.

Cette France là n’a plus rien à proposer. Elle est déjà morte mais ne le sait pas encore. Elle le découvrira peut-être en 2017. Déjà elle ne croit plus en rien et plus personne ne croit en elle. Elle ne s’appuie plus que sur des clientèles. Elle est rongée aux mythes et son panthéon est décousu. Cette France est nue. Cette France est perdue.

Cette France là ne correspond pas à la réalité mais comment de jeunes musulmans déculturés le sauraient-ils ?

 

 

Louis Charles

Islamisme et Coran : au-delà des pétitions de principe, on fait quoi ?

En dehors de l’impératif de protéger la population, et en particulier les Juifs qui n’avaient, une fois de plus, rien demandé, il y a deux choses qui me préoccupent.

D’une part, la cohésion nationale, faire en sorte que les gens se respectent pacifiquement entre musulmans et non musulmans et d’autre part, la cohésion de l’Europe qui pourrait être mise en cause si le Front national devenait trop puissant.

Beaucoup de musulmans ont fait part de leur condamnation des crimes commis ; je pense que ça va dans le bon sens de la cohésion nationale. C’était une manifestation pour l’unité, sans qu’elle signifie une adhésion aux positions politiques de Charlie Hebdo. Une unité basée sur la peur de la dislocation de la société, une réponse à la violence par un peu d’amour. De voir qu’une bonne partie de la France était capable de réagir par autre chose que des antagonismes, ça m’a fait plaisir.

D’une manière plus profonde, j’ai une réflexion plus polémique. Critiquer les fondements d’une religion est-il utile pour une démocratie quand certains de ses membres la revendiquent pour nuire à la paix sociale ? Autrement dit, peut-on examiner si une religion qui est brandie par une minorité de ses adeptes pour commettre des actes violents préconise la violence ?

J’ai entendu à la télé beaucoup de musulmans qui ont condamné ces agissements en proclamant que l’Islam, c’était la paix et non la violence. C’est bien s’ils le pensent, c’est rassurant, mais est-ce vrai ? Peut-on l’examiner ? Les terroristes ont-ils commis une erreur de doctrine, ou bien est-ce les pacifistes qui commettent majoritairement une erreur de doctrine ?  Pour y répondre, il faut examiner le coran et les hadiths. Il faut se donner la peine d’aller voir.

En effet, il est plus simple de condamner des terroristes musulmans qui se trompent complètement sur l’interprétation de leur religion que s’ils se conforment à cette religion. Malheureusement, la réponse est évidente. A titre d’exemple, il faut lire la sourate n°8. Il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour y voir un texte pacifique ; mais je préfère cette mauvaise foi pacifique, à l’orthodoxie violente, en comptant sur la tradition vécue par la majorité des musulmans.

En poursuivant dans ce raisonnement, je pense que l’État français qui doit gérer la paix sociale de ses habitants parmi lesquels quelques millions de musulmans, devrait entamer une réflexion au sujet d’une religion dont certains préceptes préconisent le recours à la violence dans sa forme originelle et fondatrice. Je pense à ce titre-là, qu’un contrôle étroit des moyens et des lieux de diffusion de l’islam devrait être établi de manière à ce que la version violente de l’islam soit étouffée. Les solutions possibles sont multiples, mais il me parait indispensable d’affronter l’idée que l’islam a des racines violentes.

Le judaïsme a également des racines violentes. Le récit du livre de Josué décrivant des génocides commis au nom de Dieu, exprimé en termes objectifs, à l’occasion de la conquête de la terre sainte, pourrait être l’œuvre d’un psychopathe fanatique. Cependant, l’histoire du judaïsme en Europe a montré que ses adeptes étaient globalement pacifiques ; et en France, le judaïsme ne pose aucun problème de violence.

Le christianisme ne pose pas non plus de problème de violence dans ses fondements, puisque Jésus apparait comme un réformateur pacifiste, et même victimisant du judaïsme (tends la joue droite, heureux êtes-vous quand vous serez persécutés, aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, etc …). Mais l’histoire du christianisme a montré qu’il était quand même possible de faire la guerre au nom du Christ. Cependant, à l’époque actuelle, il n’existe aucun courant violent en son sein.

Dans la société française, comme dans d’autres pays, la religion musulmane se retrouve donc être la seule à devoir compter parmi ses adeptes, des gens prêts à affronter par la violence la société qui les abrite.

Lors de la manifestation, on a vu que des musulmans ont proclamé que les terroristes n’étaient pas musulmans. Mais il faudrait examiner, pour le dire honnêtement, si les terroristes ont effectivement violé un dogme ou un principe essentiel de l’islam pour considérer de manière évidente qu’ils ne sont pas musulmans. Mais lorsqu’on lit des passages du coran tel que :

« O Prophète, incite les croyants au combat. S’il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents; et s’il s’en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. » (Sourate 8, v.65) « Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d’avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre » (Sourate 8, v.67).  « Les Juifs disent : « Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent : « Le Christ est fils d’Allah ». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Qu’Allah les anéantisse! Comment s’écartent-ils (de la vérité)?  » (Sourate 9, v.30). « Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. » (sourate 9, v.37) « Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. » (sourate 9, v. 111).

On pourrait malheureusement multiplier les exemples. Citons plutôt Tocqueville : « Les tendances violentes et sensuelles du Coran frappent tellement les yeux que je ne conçois pas qu’elles échappent à un homme de bon sens. » Il n’y a aucun plaisir à se délecter de ces passages du Coran, dont pourrait se nourrir du mépris, qui mettent les musulmans sur la défensive. Mais il me semble néanmoins, que la présence d’une dimension violente au cœur des références islamiques, pourrait justifier une prise en charge par l’État de cette question. L’État pourrait exiger des prédicateurs de l’islam qu’ils apportent les garanties que tout discours violent soit condamné, que les passages du coran à connotation guerrière soient interprétés dans un sens allégorique, et que toute interprétation guerrière soit exclue.

Dans cette optique, un contrôle par l’État des discours musulmans véhiculés sur son sol paraît opportun. L’État pourrait également participer activement au développement et à la diffusion d’un discours théologique musulman pacifié, ou pourrait aider les musulmans à développer un esprit critique sur les fondements de leur religion, par exemple, en multipliant les expositions des œuvres issues du Moyen-Age musulman sur lesquelles est représenté Mahomet en personne, représentation qui ne posait jadis aucune difficulté dans le monde musulman.

Voici un lien d’une exposition de ces œuvres qui a eu lieu à la BNF
http://expositions.bnf.fr/islam/arret/03-2.htm

Je suis donc partisan pour que l’État examine de près les discours religieux, même du haut de sa laïque neutralité.

La morale : nécessaire et dangereuse à la fois

Toute morale est à la fois nécessaire et dangereuse.

Elle est nécessaire pour que les hommes ne sombrent pas dans l’inhumanité la plus complète. Sans elle la vie collective serait régie par la loi du plus fort c’est-à-dire par l’arbitraire et la violence. Et la vie de chaque personne étant entièrement dominée par le péché, son humanité en serait encore plus dégradée.

Mais elle est également dangereuse parce que, fixant des objectifs à atteindre sans en donner les moyens, elle prédispose les meilleures volontés à se fourvoyer et à désespérer. Car la morale ne donne pas de mode d’emploi : elle ne se préoccupe pas de pédagogie et ne dit pas un traître mot sur la nécessité de faire du temps son allié.

En opposant le bien au mal de manière – nécessairement – binaire la morale induit souvent une confusion entre le souhaitable et le possible qui condamne les meilleures volontés à l’échec et au découragement. En ne précisant pas explicitement que le trajet qui mène à l’idéal est nécessairement jalonné de points d’étape, elle condamne les bonnes volontés à tourner en rond puis à culpabiliser de tourner en rond et enfin à renoncer pour – au moins – mettre un terme à leur culpabilité[1]. En fin elle est dangereuse parce qu’elle transforme facilement les cœurs purs en cœurs durs.

Néanmoins l’échelle abstraite du Bien et du Mal est absolument indispensable pour pouvoir identifier le moindre mal dans les situations contingentes.

La Tradition catholique est une boîte à outils mise à disposition de tous les hommes pour aider chacun à devenir plus humain en devenant plus aimant. L’idée est d’y piocher à volonté pour réussir sa vie, pour croître en amour et en vérité. Mais elle ne peut être utile qu’à ceux qui connaissent les outils qu’elle contient et qu’elle en connaisse leur destination. C’est là qu’interviennent l’exercice du discernement et le libre-arbitre.

C’est à chaque personne de choisir l’outil qu’elle va utiliser, l’usage qu’elle va en faire et quand elle va en faire usage. C’est à chacun de fixer ses propres priorités – fixer la bibliothèque au mur, visser la porte du placard pour ne plus qu’elle tombe – mais in fine rien ne remplace la vertu de prudence car si on ignore ce à quoi tel outil est destiné alors on le transforme en arme par destination. Toute vérité se transforme en effet en arme de destruction massive dès lors qu’elle n’est plus ordonnée à la Charité ou tout simplement quand elle n’est pas utilisée à bon escient.

La logique de la morale n’est pas forcément celle de la psychologie humaine et ce qui est moralement bien peut s’avérer dramatiquement inopportun et entraîner des conséquences tragiques. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre les options pastorales du pape François qui désarçonnent et parfois scandalisent certains catholiques. Mais en cela le pape François est doublement conforme au Christ.

Il est d’abord conforme à l’enseignement du Christ et en cela il ne se distingue pas de Benoît XVI, de Jean-Paul II.

Mais il est également conforme à la pédagogie du Christ qui ne parlait jamais de morale à ses interlocuteurs et, en cela, il diffère de ses prédécesseurs.

Comme le Christ qui, déjà à l’époque, scandalisait les pharisiens et les prêtres il commence par manifester sa bienveillance pour eux en s’intéressant à eux, en leur posant des questions sur ce qu’ils vivent. Et ce n’est qu’une fois cette confiance établie qu’il peut leur annoncer que Dieu les attend et est patient, que la foi n’est pas un cahier des charges à remplir mais un pèlerinage à accomplir.

C’est cette approche qui en a mis beaucoup en route. Comme disait Michel Audiard : un con qui avance ira toujours plus loin que deux intellectuels assis. Le tout c’est de se mettre en route.

Le fait que le pape François soit désormais écouté (ce qui ne veut pas dire nécessairement  entendu) alors qu’il dit la même chose que ses prédécesseurs et que le parlement européen l’ait applaudi à plusieurs reprises y compris au moment où il dénonçait l’euthanasie et l’avortement est un signe que son approche est la bonne et qu’insister prioritairement sur la morale empêche de prêcher l’évangile.

La morale est nécessaire au même titre que le sommeil ou la respiration mais elle ne constitue pas la Bonne nouvelle du Christ. Le pape François a compris non seulement que la morale est nécessaire et dangereuse à la fois mais qu’elle peut être dangereuse pour l’annonce de la foi.

Les seules condamnations morales récurrentes dans la bouche du Christ sont la dénonciation de l’hypocrisie religieuse et de règne de l’argent. Ne nous plaignons donc pas que le pape François marche exactement dans ses pas et n’en dévie pas. Ne nous désolons pas qu’il soit davantage entendu à l’extérieur de l’Eglise que ses prédécesseurs. Rendons grâce.

[1]   Cf la définition du puritanisme par Oscar Wilde : « Le puritanisme n’empêche pas de pécher il empêche seulement de prendre du plaisir à pécher ».

Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu’ils chérissent.

Cette citation de Bossuet me semble s’appliquer parfaitement à tous ceux qui fustigent la société de consommation et le règne de l’argent tout en refusant de prendre les moyens concrets d’en sortir.

Ils s’accordent sur l’idée qu’il faut changer de mode de vie parce que le modèle de la société de consommation est un modèle non-viable, déshumanisant et déstructurant parce que destructeur.

C’est pourquoi il est étonnant de constater que, parmi les contempteurs de la société de consommation, on trouve autant d’hostilité à l’idée de sortir du nucléaire. Position intenable consistant à être d’accord sur le principe mais pas d’accord pour appliquer ce même principe. Car sortir du nucléaire c’est le moyen le plus concret et le plus immédiat pour sortir de la société de consommation.

Le passage de l’énergie nucléaire aux énergies alternatives implique en effet de modifier l’usage que nous faisons de l’énergie que nous consommons. Sinon, effectivement, nous ne pourrons pas continuer à utiliser dans les mêmes proportions et de la même manière nos téléphones portables, nos iPads, nos iPods, nos connexions Internet haut-débit illimitées, nos climatisations qui tournent à plein régime, nos TGV (quand ils fonctionnent).

Le recours prioritaire à des sources d’énergies alternatives est indissociable d’un retour à une certaine sobriété énergétique qui ne serait pas autre chose qu’une certaine sobriété évangélique. Elle permettrait une sortie concrète de la société de consommation et du règne de l’argent que tous s’accordent à condamner en principe mais que peu acceptent d’appliquer.

Le refus de passer à l’acte prend souvent la forme du déni de liberté (« On ne peut plus revenir en arrière ») ou de la caricature (« Mais enfin vous voulez revenir au Moyen-âge et à la marine à voile ? »). Mais c’est toujours le même mensonge sous-jacent : celui qui consiste à postuler que sortir du nucléaire reviendrait à sortir de la civilisation. Un mensonge qui présuppose que le mode de vie de toutes les générations qui ont vécu avant l’avènement du nucléaire est une mode de vie qui n’a rien à nous apprendre. Un mensonge qui postule que le passé est un passé maudit mais, fort heureusement, définitivement révolu.

Un peu à l’image de ces jeunes énarques dont la culture historique est tellement étriquée et déformée par des a priori idéologiques qu’ils pensent – ou plutôt qu’ils croient en leur for intérieur – que l’humanité n’a commencé à s’éveiller qu’en 1789 et que la civilisation humaine n’est apparue qu’à cette date.

C’est ce verrouillage idéologique, legs du scientisme et de l’idéologie des Lumières, qui explique que tout débat sur l’opportunité de sortir du nucléaire soit systématiquement escamoté et que les modalités techniques d’une telle sortie soient disqualifiées par avance.

Cette idéologie a conquis l’ensemble de nos élites mais s’est également répandue dans une certaine frange de la population catholique. A ceux-là je rappellerai l’enseignement traditionnel de l’Eglise vis-à-vis de la société de consommation et de l’argent en général. Et comme ils l’ignorent la plupart du temps – volontairement ou non – je signale le récent document publié par la conférence des évêques de France intitulé Grandir dans la crise qui fait explicitement le lien entre la prolifération des centrales nucléaires, l’alourdissement illimité des besoins en énergie et le modèle économique qui est désormais le nôtre. Le document désigne nommément le productivisme consumériste comme cause profonde de cette prolifération.

Ecouter l’Eglise avec discernement : un besoin plutôt qu’un devoir

Le langage humain est imparfait et limité et ce quelle que soit la langue considérée. Notre compréhension individuelle de la Parole de Dieu est, elle aussi, limitée : c’est pour cela que nous avons besoin de confronter et de compléter ce que nous en avons compris avec ce que d’autres en comprennent et avec ce que nos prédécesseurs en ont compris. Il s’agit de recouper, de corriger et d’approfondir ce que nous en comprenons. C’est ce qui ne peut se faire qu’à l’intérieur de la communauté de ceux qui cherchent à comprendre la Parole pour s’y conformer : l’Eglise. Tout croyant est en effet exposé en permanence au risque de réduire Dieu et Sa parole à ce qu’il en comprend, à ce qu’il croit en comprendre et surtout à ce qu’il veut en comprendre. Entre l’autosuggestion et le mensonge délibéré la frontière est souvent floue…

Si le clergé et la hiérarchie ecclésiale ont élaboré des dogmes et des articles de foi c’est pour permettre à la conscience d’acquiescer en liberté et en vérité en mettant à sa disposition un résumé raisonné et argumenté de ce qui été cru partout, toujours et par tous pour reprendre l’expression forgée au Vème siècle par Vincent de Lérins. C’est la seule justification de leur autorité doctrinale. En aucun cas ils ne sont prescripteurs ou mêmes juges de la vérité.

L’Eglise n’est donc pas une caste d’experts infaillibles ou de saints omniscients qui détiendraient une foi(s) pour toute une vérité infaillible et intangible. Elle-même ne sait pas tout. L’Eglise ne détient pas la vérité. Elle reçoit progressivement la vérité de Quelqu’un qui est la Vérité :

J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir (Jean 16, 12-13).

Elle passe sa vie à approfondir, c’est-à-dire à découvrir, et à transmettre plus ou moins bien une vérité qui la dépasse parce qu’elle n’en est pas la source. C’est une vérité qui, parfois, lui déplaît parce qu’elle la prend elle-même souvent à contre-pied. L’histoire de l’Eglise regorge de croyants dont le seul tort fut d’avoir eu raison trop tôt. Il n’y a qu’à voir le nombre de saints qu’elle a canonisés après les avoir condamnés et persécutés : combien de saints ont souffert pour l’Eglise et par l’Eglise ? Sans compter la masse – bien plus nombreuse – de tous ceux qui n’étaient pas des saints mais qu’elle a fait injustement souffrir…

Elle est comparable à un vieux docteur de deux mille ans qui a une expérience très précieuse, incomparable et pour tout dire vitale. Ne pas l’écouter serait un mélange délirant de présomption et de bêtise. Mais il n’est pas omniscient pour autant et il n’a pas toujours bon caractère : ça dépend des fois. Il n’est pas toujours de bonne foi (sans jeu de mots). Il lui arrive parfois de prescrire aux autres ce qu’il ne s’applique pas à lui-même.

Un exemple ? Elle recommande à ses fidèles d’aller demander pardon à ceux qu’ils ont blessés, de réparer les dégâts dans la mesure du possible et surtout de se repentir sincèrement… mais pendant des décennies les prêtres pédophiles ont été discrètement exfiltrés d’un diocèse à l’autre pour éviter tout scandale susceptible de nuire à la réputation de l’Eglise et leurs victimes ont été purement et simplement niées. Deux poids, deux mesures : selon que vous serez laïc ou ordonné…

Il peut également arriver au bon docteur de faire la sourde oreille et de refuser d’admettre ses éventuelles erreurs de diagnostic (officiellement l’Eglise n’a toujours pas réhabilité Galilée alors même qu’elle a reconnu ses propres erreurs) et à chaque fois elle fourvoie ceux qui lui faisaient confiance en lui sacrifiant leur discernement.

Combien de fois l’Eglise a-t-elle effectué des demi-tours à 180°C au cours de son histoire ? Combien de siècles lui a-t-il fallu pour qu’elle reconnaisse du bout des lèvres qu’il n’était pas blasphématoire de soutenir que la création de l’Univers avait sans doute duré plus de sept jours ?

Combien de siècles a-t-il fallu attendre pour que l’Eglise accepte d’accorder une sépulture aux personnes qui s’étaient suicidées ? Combien de siècles a-t-il fallu attendre pour que le Vatican renonce à son enseignement pluriséculaire sur l’interdiction absolue du prêt à intérêt en confiant ses quelques économies à des banques (et pas toujours aux meilleures) ?

Au cours de l’histoire les arguments doctrinaux et l’argument de la tradition ont toujours été employés pour justifier des vues humaines. C’est exactement ce que Jésus reprochait aux autorités religieuses de son temps :

Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes. Il leur dit encore: Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition (Marc 7, 8-9).

Ce n’est pas une raison en revanche pour refuser d’écouter et de méditer dans notre cœur tout ce que l’Eglise nous dit et de prier avant de nous décider. Tout en ayant présent à l’esprit que, dans la vie spirituelle comme dans la vie en général, les conseilleurs ne sont jamais les payeurs.

Il nous faut écouter l’Eglise en ayant toujours présent à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’abord d’une institution mais d’une communauté de pécheurs qui se savent déjà pardonnés pourvu qu’ils acceptent ce pardon en changeant de vie et en en prenant les moyens spirituels et notamment sacramentels.

L’Eglise est une boîte à outils en libre accès dans laquelle il faut piocher tout en sachant que le meilleur peut côtoyer le pire et qu’il faut toujours exercer son discernement pour distinguer ce qui vient de Dieu de ce qui vient des hommes. La seule certitude à avoir c’est qu’il ne faut pas se cramponner à des formules intangibles qui prétendent enfermer Sa volonté dans une expression définitive :

Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits (Mathieu 15, 6).

Tenir compte de ce que dit et propose l’Eglise pour connaître la volonté de Dieu dans ma vie est à la fois indispensable et insuffisant : il faut le passer au filtre de l’Esprit saint. Cela suppose préalablement de cultiver un état de disponibilité intérieure fait d’humilité et de confiance, de contemplation, de prière, de rumination de la Parole de Dieu… et de courage.

Un bon critère est de savoir si ce que me dit l’Eglise nous aide à devenir plus humains en devenant plus aimants. Notre devoir de chrétien est en effet de nous attacher toujours plus au Christ pour mieux lui ressembler et conformer notre vie à la sienne. L’Eglise et un moyen pour y parvenir par une fin et encore moins un absolu.

L’Evangile de Jésus-Christ est un appel à la liberté, pas une injonction disciplinaire. Nul ne devrait l’invoquer pour relativiser l’importance du discernement individuel. Ce serait faire le contraire de ce que Jésus a fait et prêché. La vocation de l’homme à la liberté découle de la Bonne nouvelle. Jésus a porté un regard positif sur l’être humain malgré ses blessures et son péché. En s’adressant à sa liberté il a misé sur sa capacité à agir et non à obéir. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Si le Christ lui-même nous dit cela alors par qui pourrions-nous accepter d’être appelés serviteurs ? Le Christ nous a libérés du devoir d’obéir aveuglément aux institutions humaines.

C’est ce que le clergé de son époque ne lui a pas pardonné et c’est pour cela qu’il l’a crucifié. Nul ne peut invoquer son exemple ou son enseignement pour inciter quiconque à se tenir au garde à vous le doigt sur la couture face à une hiérarchie que l’on sait (trop) humaine.

Chacun a le devoir d’exercer son discernement et de ne pas accepter tout ce qu’on lui dit au nom de la tradition. Comme le disait le cardinal Henri de Lubac : pour que le fleuve de la tradition puisse s’écouler jusqu’à nous il faut perpétuellement désensabler son lit. Personne n’a le droit de consentir au divorce entrer foi et raison au nom de la tradition car les deux premiers sont des dons de Dieu contrairement au dernier (Que l’orgueil puisse instrumentaliser la raison pour refuser la Parole de Dieu est une autre chose. Cela signifie seulement que notre vie ici-bas est un combat spirituel permanent. Ni plus, ni moins. C’est une vérité incontestable mais ce n’est en aucun cas une nouvelle.) Le Christ a dit Je suis la voie, je suis la vérité, je suis la vie. Il n’a jamais dit Je suis la tradition.

Mais comme il est impossible d’exercer son droit d’inventaire si on ne dispose pas préalablement d’un héritage il nous faut impérativement écouter l’Eglise. Il s’agit moins d’un devoir que d’un besoin.

La Providence et nous

Certes la Providence c’est la sollicitude de Dieu pour nous. Mais avouons qu’il est plus facile d’y croire quand elle se manifeste avec la force de l’évidence : sur la route de Damas, Saint Paul n’a pas eu le temps de douter tandis que ses compagnons de voyage n’ont rien entendu et rien compris. Bernadette Soubirous a été la seule à voir et à entendre la vierge Marie : ses compagnes n’entendaient et ne voyaient rien.

Mais la plupart du temps nous nous sentons plus proches des compagnons de route de Paul ou des compagnes de Bernadette que de ces deux privilégiés. Pourtant, qu’elle se manifeste de manière spectaculaire ou par des expériences intérieures, des évènements et des rencontres, la Providence agit toujours de manière concrète et intime : Dieu fait toujours du sur-mesure. Souvent néanmoins nous ne la percevons pas toujours à l’oeuvre et nous ne nous rendons compte de son passage que de manière rétrospective. En partie parce qu’elle nous déconcerte souvent : ce qu’elle nous donne ne correspond pas forcément ce que nous avons attendions ce qui explique que certaines de nos prières, pourtant ferventes, ne sont pas exaucées. En partie aussi parce que nous ne sommes pas toujours disponibles au moment où elle agit : les soucis qui nous accaparent, les sentiments qui nous agitent et surtout nos péchés obscurcissent notre discernement.

Pourtant l’existence des miracles et la vie des saints constituent des manifestations indubitables de la Providence. Les premiers manifestent la grandeur de Dieu qui surpasse notre entendement et nous dévoilent ses intentions pour l’humanité et les seconds, par la disproportion qui existe entre leurs mérites et leurs œuvres, manifestent à travers eux une puissance qui les dépasse. Sans compter qu’ils enclenchent un cercle vertueux : plus ils s’abandonnent à la Providence, plus ils acquièrent l’intelligence de Dieu et plus ils affinent leur discernement spirituel… qui leur permet en retour de mieux discerner le travail de la Providence dans leurs vies et de s’y abandonner encore davantage. Dans les deux cas, les miracles et le témoignage des saints, ce sont des occasions de conversion : la Providence nous fournit à chaque fois le strict nécessaire pour encourager dans notre cheminement vers Dieu, il n’y a pas de surplus, rien qui doive nous encombrer.

Il ne faut donc pas demander autre chose : la manne dans le désert suffisait à nourrir le peuple d’Israël pour un seul jour et pourrissait dès le lendemain. Mais elle était donnée en abondance chaque jour. De même Jésus nous dit de demander au Père qu’il nous donne notre pain de ce jour. Pas plus. Ce qui compte c’est d’être disponible à la volonté de Dieu pour pouvoir en percevoir les signes : c’est pourquoi il faut être perpétuellement en état de demande sans s’inquiéter de ce qui nous sera accordé. Sous des formes qui varient avec les circonstances, la Providence nous donne toujours la même chose, l’occasion de nous abandonner à la volonté de Dieu, et l’enjeu est toujours le même : correspondre toujours davantage à la volonté de Dieu pour correspondre davantage à notre vocation. Car c’est de notre bonheur qu’il s’agit.

Texte initialement publié le 14 mai 2009

Emprunter la voie romaine