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Plafond de verre imaginaire et vrai pacte faustien

L’idée est tellement répandue qu’elle est a acquis la force de l’évidence : un jour ou l’autre les ambitions de carrière des femmes se heurtent à un plafond de verre imputable au machisme invisible – et donc d’autant plus sournois – des détenteurs du pouvoir.

Pourtant une telle explication relevant de la théorie du complot – c’est le prototype de l’explication invérifiable et manichéenne – elle devrait susciter la méfiance plutôt que le consensus.

Mais surtout elle fait l’impasse sur une réalité prosaïque : dans le monde professionnel l’accès aux plus hauts postes se fait moins sur des critères de compétence et de performance que sur celui du dévouement voire de la dévotion à l’institution.

Plus les impétrants sont prêts à sacrifier l’essentiel de leur existence à leur employeur – public ou privé – et plus ils auront de chances de se faire adouber par leurs supérieurs et de devenir leurs pairs.

Mais ce choix a des conséquences qui dépassent de beaucoup le sort de celui qui le fait. Car celui qui est prêt à sacrifier  ses soirées, ses week-ends et tout ou partie de ses vacances sur l’autel de ses ambitions ne sacrifie pas simplement sa vie privée. Il sacrifie surtout  celle de son conjoint, de ses enfants et plus largement de tous ceux qui comptaient pour lui et pour lesquels il comptait.

Vue sous cet angle la sous-représentation statistique des femmes dans les instances dirigeantes prend une toute autre signification. Elle traduit un choix plutôt qu’un non-choix.

Elle est l’expression d’un choix de vie – accorder la priorité à la vie relationnelle, à la création de lien social en-dehors du cadre professionnel – et donc d’une préférence. En l’occurrence une préférence pour la gratuité plutôt que pour la performance.

Ce qu’on appelle le plafond de verre est donc une chimère : il n’existe pas ! Les femmes comme Margaret Thatcher, Angela Merkel, Hillary Clinton, Christine Lagarde ou Anne Lauvergeon ne se sont heurtées à aucun plafond de verre.

Elles ont fait comme leurs collègues masculins : pour accéder aux plus hautes marches du pouvoir elles ont accepté d’en payer le prix exorbitant. Elles ont fait comme les hommes qu’elles côtoient au sommet : elles ont accepté le pacte faustien.

Or, c’est ce pacte faustien qu’il faut dénoncer – pour les hommes comme pour les femmes et plus généralement pour leurs proches et de proche en proche pour l’ensemble de la société ! – plutôt que de chercher à le renforcer en enrôlant encore davantage de femmes.

On ne peut pas se plaindre des ravages de l’individualisme et de l’atomisation de la société et en même temps chercher à convaincre les femmes qui n’en veulent pas d’adopter le modèle égoïste et carriériste de collègues qui ont volontairement renoncé à assumer leurs responsabilités morales.

Ce n’est pas seulement pour les femmes qu’il faut cesser de planifier des réunions à partir de 17h c’est aussi pour inciter les hommes à décoller leurs yeux de leur nombril et à s’intéresser prioritairement à   celles et à ceux pour lesquels ils sont réellement irremplaçables.

La question ne se pose pas en termes de guerre des sexes mais en termes de choix de vie et, à l’échelle collective, de choix de société : faut-il promouvoir des comportements centrés sur la performance ou sur le lien ?

Faut-il encourager les salariés à consacrer du temps à leurs proches ou à leur stratégie de carrière ?

Faut-il les inciter à être présents à leurs enfants ou  à sous-traiter la gestion du quotidien à des nounous puis à des enseignants – publics ou privés peu importe – pour mieux s’effacer et disparaître de leur vie sur la pointe des piedds  ?

Faut-il les encourager à sous-traiter l’accompagnement de leurs parents vieillissants à des professionnels de la fin de vie ou faut-il au contraire les encourager à être d’autant plus présents dans ces moments ?

La dénonciation récurrente d’un plafond de verre imaginaire n’est que la promotion déguisée d’un pacte faustien incompatible avec toute forme de vie collective vraiment humaine.

C’est une question de civilisation.

Mais qui d’entre nous est prêt à l’entendre ?

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