Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Philippe Nemo : « Une grande part de la pensée économique moderne sort de l’École de Salamanque composée de théologiens »

Par • 29 sept, 2010 • Catégorie: Tête à tête

Le libéralisme est une doctrine complexe mais cohérente. Pourtant, en France, elle est presque systématiquement caricaturée. Ceux qui forgent l’opinion en donnent une vision à la fois partiale et partielle. Cette école de pensée est pourtant le produit d’une réflexion subtile, riche et foisonnante inextricablement liée à la culture de l’Europe. C’est en grande partie à elle que ce petit continent doit son essor fulgurant et unique dans l’histoire de l’humanité. Fort logiquement ce pan entier de l’identité culturelle et politique européenne est indissociable du christianisme qui a structuré notre continent depuis mille cinq cents ans ! Pourtant ce lien est très rarement évoqué et même connu de ceux qui font l’opinion : non seulement dans les médias, les institutions politiques, les universités mais également et paradoxalement au sein même de l’Église catholique.

Prenant acte de ce paradoxe, Le Temps d’y penser a souhaité y voir un peu plus clair et recueillir l’avis du professeur Philippe Nemo – historien des idées politiques, professeur de philosophie politique et sociale à ESCP Europe, catholique et libéral assumé – sur les liens historiques et organiques qui existent entre identité européenne, libéralisme et christianisme.

Le Temps d’y Penser : Dans beaucoup de pays, le libéralisme fait l’objet d’un consensus positif, tandis qu’en France, on a coutume de placer les libéraux à droite. Et même à droite, il n’est pas revendiqué par beaucoup. Pour votre part, où le situeriez-vous ?

Philippe Nemo : Il n’est ni à droite ni à gauche, si l’on prend « droite » et « gauche » au sens où Karl Popper entend ces concepts, c’est-à-dire comme les deux ennemis symétriques de la « société ouverte ». Le libéralisme, ou, pour mieux dire, la démocratie libérale, constitue un troisième paradigme, impliquant une toute autre vision de l’ordre social. Le problème est que les démocraties électives engendrent toujours une bipolarisation. De ce fait, historiquement, les libéraux ont dû s’allier, selon les circonstances, avec la droite ou avec la gauche pour atteindre une majorité et participer aux gouvernements. Aujourd’hui en France, ils ne peuvent évidemment s’allier avec la gauche, qui est toujours marxisante et quasi-collectiviste. Ils sont donc alliés à la droite, mais en position bien inconfortable, puisque une bonne partie de la droite française est étatiste et même quasi-socialiste, héritage, sans doute, de l’alliance historique qui s’est nouée dès Londres et Alger entre De Gaulle et les forces de l’ex-Front populaire.

Quant à moi, si vous voulez savoir si je me considère de droite, je vous répondrai qu’avant tout je suis un homme civilisé, modéré, persuadé que le droit doit réguler les relations sociales, puisqu’il permet de gérer le pluralisme sans conflit. Et je sais que les civilisations modernes se sont développées au moyen d’un ensemble de libertés, politiques (la démocratie), intellectuelles (la liberté de pensée et d’expression) et économiques (le marché). Ainsi je ne puis être ni de droite ni de gauche, familles politiques qui récusent tout ou partie de ces libertés. Il se trouve qu’avec ces idées, au début de ma vie, j’aurais été classé « centriste » (comme l’ont été, en leur temps, les « républicains indépendants » de Giscard). Or, sans que j’aie changé mes convictions d’un iota, je me retrouve désormais, aux yeux de certains, à la droite de la droite ! L’explication – qui surprendra les hommes de votre âge – est que le paysage politique français s’est extraordinairement déporté vers la gauche depuis trente ans, à la faveur d’une sort de « dérive des continents » dont il faudrait analyser en profondeur les causes (je suggère, pour lancer cette recherche, de chercher en premier lieu du côté de l’école, caractérisée en France par le monopole de l’Éducation nationale qui appartient intégralement à la gauche, et des médias, entièrement investis par la gauche, eux aussi, depuis la Seconde Guerre mondiale et plus encore depuis 1981). En tout cas, je ne suis certainement pas très à droite, puisque mon idéal politique se situe, mettons, entre Angela Merkel et Tony Blair… Je serais même à peu près content si la France était gérée selon la philosophie politique des démocrates américains. Mais je suis consterné de constater que la droite française parlementaire, c’est-à-dire l’UMP, est, sur la plupart des questions économiques et sociales, beaucoup plus à gauche que Tony Blair ou Barak Obama ! Tel est le problème français.

Le Temps d’y Penser : Vous pensez que nous sommes dans un pays socialiste ?

Philippe Nemo : En somme, oui. La France est devenue socialiste, et ce qui est terrible, c’est qu’elle ne le sait pas. On l’a rendue socialiste sans le lui dire (c’était plus facile). Prenons l’exemple des retraites. La retraite par répartition est par essence un système socialiste qui repose sur la négation de la propriété privée. Pendant longtemps, la plupart des gens, en payant chaque mois leur cotisation retraite, ont cru qu’ils « mettaient leur argent de côté », et qu’ils le retrouveraient le moment venu, peut-être augmenté d’intérêts… Démarche normale d’anticipation et de sagesse qu’on a toujours eue dans les sociétés libres, l’autre mesure sage étant d’avoir des enfants et de garder la famille unie. Avec la crise actuelle, ils prennent enfin conscience qu’en réalité ils ont donné purement et simplement leur argent à la collectivité qui l’a déjà dépensé. Ils n’ont obtenu, en échange, qu’un droit de tirage théorique sur une richesse virtuelle, qui n’existe pas encore. Or ils se rendent compte aujourd’hui que l’existence de cette richesse est hautement problématique, puisqu’elle ne sera créée que si les jeunes générations sont assez nombreuses et riches pour cotiser à leur tour au même niveau et si – ce qui, là encore, n’est nullement assuré, surtout si un nombre croissant de nouveaux cotisants sont d’origine étrangère – elles veulent bien payer pour eux comme eux-mêmes ont payé sans discuter pour la génération antérieure. Le système des retraites repose ainsi, en définitive, sur l’idée que rien n’est à personne, que la richesse est collective, que les gens ne travaillent que pour remplir une caisse commune qu’il revient aux maîtres politiques d’utiliser à leur gré. Si cela n’est pas du socialisme, qu’est-ce donc ?

Si l’on avait explicitement dit aux Français qu’on les privait de leur propriété, peut-être auraient-ils réfléchi. Mais on ne le leur a pas dit, et maintenant, ils sont pris dans le système. Leurs mentalités ont été formatées par lui. Ils se sont habitués à l’idée que leurs pensions, et par extension leurs revenus, dépendent de l’instance politique, quitte à agir sur celle-ci, le cas échéant, par la force, avec grèves, manifestations, destructions, menaces… Nous sommes bien en plein socialisme, s’il est vrai qu’une des différences fondamentales entre socialisme et libéralisme est précisément que, dans le second système, les revenus dépendent de la place qu’on occupe sur un marché qui fonctionne selon des lois anonymes et ne veut ni du bien ni du mal à quelqu’un en particulier, tandis que, dans le premier, ils sont intentionnellement donnés ou retirés à chacun par l’instance politique centrale. D’où le fait que les sociétés libérales, contrairement à ce qu’on dit, sont en général pacifiques socialement (voyez l’exemple des États-Unis), alors que, plus une société est socialisée, plus la lutte pour le pouvoir y devient vitale et donc violente. C’est ce même formatage des mentalités par notre « modèle-social-français-que-le-monde-entier-nous-envie » qui détermine la suite de l’histoire pour les prochaines années. Par peur de ne pas avoir des retraites du niveau qu’ils attendaient, les Français vont trouver normal que l’État aille se servir partout où « il y a de l’argent » pour abonder les comptes déficitaires, par exemple en créant de nouveaux impôts sur les « riches ». Pourtant, en quoi ces « riches », qui ont payé déjà les impôts les plus lourds du monde, sont-ils concernés par la retraite des assurés sociaux qui ne sont ni leurs frères, ni leurs fils ni leurs cousins ?

Ainsi, on a presque complètement aboli le système, moral en lui-même et éprouvé par les siècles, selon lequel chaque être humain doit être responsable de lui-même, travailler à la sueur de son front, assumer lui-même son présent et son avenir – sauf s’il en est incapable parce qu’il est enfant, vieillard ou impotent. On a fait comme s’il était normal d’être dépossédé de sa responsabilité et de ses biens et de remettre à une puissance tutélaire les décisions essentielles au sujet de son avenir et de celui de sa famille. On est donc en train de tuer un certain idéal de la vie humaine libre.

Le Temps d’y Penser : Et selon vous, cet idéal d’homme libre est un idéal chrétien…

Philippe Nemo : Oui, et voici comment j’envisage cette question. Le devoir moral du chrétien est d’extirper le mal du monde. Cela implique qu’il le peut. C’est ce qu’il affirme à la messe en disant mea culpa. Il ne pourrait pas être coupable s’il n’était libre de faire que les choses soient autres que ce qu’elles sont. En disant mea culpa, il reconnaît qu’il peut agir pour que le monde aille mieux, et qu’il doit user de cette liberté s’il aime son prochain et veut diminuer ses misères. Son devoir est de changer le monde. Il n’y a donc pas d’Éternel Retour ni de « destin » dans le christianisme. Ce sont, paradoxalement, les idées de péché originel et d’amour du prochain apportées par la Bible qui en ont délivré l’humanité.

Cette figure absolue de la liberté n’existait pas dans le monde antique. Elle a été enseignée à l’Occident moderne par le christianisme. En ce sens très radical, on peut dire que toutes les libertés modernes formulées, analysées et instituées par l’Occident siècle après siècle, les libertés politiques, économiques, intellectuelles, proviennent de cette idée absolue de la liberté. Elles ne sont que des mises en application, dans diverses strates du réel, de la liberté théologale fondamentale apportée par la Bible. Elles ont certes leurs justifications « techniques » : les libertés économiques permettent d’optimiser la production, les libertés de pensée et d’expression de sortir des mythes et des dogmatismes pour faire progresser le savoir, les libertés politiques de minimiser les risques d’erreur dans la gouvernance des États et de pacifier la vie sociale. Mais ces moyens n’auraient probablement pu être découverts par des hommes pour qui ce n’aurait pas été un devoir moral impérieux d’œuvrer à l’amélioration du monde et de préparer ainsi le retour du Messie, par des hommes à qui l’Évangile n’aurait pas dit qu’ils pouvaient « soulever des montagnes ».

Le Temps d’y Penser : La liberté est donc souhaitable à deux titres. Elle laisse l’homme libre d’atteindre son salut en combattant le mal. Elle est en même temps le meilleur outil pour y parvenir. Elle l’aide autant qu’elle le responsabilise. Mais n’est-ce pas un confort pour l’homme moderne d’avoir troqué sa liberté contre un plat de lentilles, ce qui le dédouane à peu de frais de son devoir de travailler à l’amélioration du monde ? Dès lors qu’il brade sa liberté, il abandonne aussi avec plaisir ses obligations !

Philippe Nemo : C’est exact. Le problème est qu’avec le socialisme, très vite, il n’y a même plus de lentilles ! Les deux totalitarismes nazi-fasciste et communiste nous ont montré à quoi aboutissait la suppression des libertés, même décidée, au départ, avec les meilleures intentions du monde. Notre jugement sur les totalitarismes est déformé, puisque c’est un jugement ex-post. Du totalitarisme, en effet, nous connaissons désormais les résultats : l’échec économique et social et, sur le plan humain, la pire barbarie que l’Europe ait jamais connue. Mais il ne faut pas oublier que, dans les années 1930, l’idée de totalitarisme était envisagée favorablement par des myriades de bons esprits. Le paradigme socialiste commun aux fascismes et au communisme impliquait qu’on donnât à la collectivité, État ou Parti, un pouvoir total, si l’on voulait qu’ils fussent en mesure de garantir efficacement la prospérité et la justice. Les libertés étaient un obstacle. Or nombreux sont ceux, dans la France d’aujourd’hui, qui sont tentés à nouveau par ces illusions. Nous sommes dans une situation qui rappelle celle des années 1930…

Le Temps d’y Penser : À savoir ?

Philippe Nemo : Le pessimisme international, l’appel à l’État, le renoncement aux libertés les plus précieuses, la chasse aux boucs émissaires. Car le « modèle social français » a dépassé toutes les limites et les déficits s’accumulent jusqu’à l’insupportable, c’est-à-dire à la possible faillite. Or, au lieu de renoncer à ce système socialiste, c’est-à-dire de diminuer drastiquement les dépenses publiques et le nombre de fonctionnaires (comme on l’a fait en Suède, en Suisse ou au Canada), d’augmenter les libertés économiques, de fluidifier le marché du travail et de commencer à rompre avec l’assistanat, la solution qu’on envisage avec entrain est d’augmenter encore les impôts. On s’en prend donc aux « riches ». C’est ce qu’on faisait dans les années 1930 quand on s’en prenait aux juifs ! Et pendant qu’on désigne à la vindicte des Français des Madame Bettencourt, on profite du plaisir ressentimenteux qu’on sait qu’ils éprouveront en voyant saigner ces privilégiés pour leur faire les poches à eux pendant qu’ils regardent ailleurs. En fait, une moitié de la société française, vivant des libres échanges sur le marché, est exploitée par l’autre, celle qui vit d’argent public qu’elle ponctionne sans avoir à rendre de comptes puisqu’elle détient l’essentiel des pouvoirs politiques, administratifs, médiatiques et syndicaux. Les contribuables, bien qu’électeurs, n’en peuvent mais. La prétendue démocratie dans laquelle nous vivons est en réalité une oligarchie.

Le Temps d’y Penser : Mais ce type de « solidarité » contrainte commence à s’essouffler. N’est-ce pas ce qu’on voit déjà au sein de l’Union européenne où, avec la crise, chacun tend à se replier sur lui-même ?

Philippe Nemo : Oui, mais, précisément, le discours prédominant en France consiste à  déplorer cette évolution. On soutient qu’on devrait faire preuve de « solidarité » avec les mauvais élèves de la classe européenne, c’est-à-dire couvrir les déficits des Grecs et des autres futurs faillis. Et l’on reproche amèrement à l’Allemagne qui, elle, travaille et produit, d’être réticente à ces transferts injustifiés et de ne pas trouver normal qu’on lui prenne le fruit de son travail, pendant que les autres se lèvent tard et se croisent les bras. C’est tout juste si on ne traite pas les Allemands de néo-nazis pour ce motif. Or c’est là un dévoiement monstrueux de la notion de « solidarité ».

La solidarité est une belle notion morale et sociale. Elle signifie qu’il est dans la nature de l’être humain d’aider son semblable dans la difficulté. Si, par exemple, les habitants d’une région sont victimes d’une catastrophe – inondation, ouragan, incendie, tremblement de terre… – et qu’ils ne peuvent y faire face seuls parce qu’ils sont submergés par des forces disproportionnées aux forces humaines normales, il est naturel, il est humain que tous les voisins qui le peuvent viennent les aider. Mais la même loi naturelle implique deux choses. La première est qu’aussitôt que les hommes en difficulté auront été sauvés et remis à flot, ils redeviendront autonomes et cesseront de demander de l’aide. La seconde est que, quand ce seront leurs voisins qui seront victimes d’une catastrophe, ils viendront à leur tour les aider, selon un principe fondamental de réciprocité. Voilà la vraie et belle notion de « solidarité », qui peut s’appliquer aussi à l’aide sociale si ceux à qui on porte secours sont effectivement dépassés par le malheur qui les atteint, c’est-à-dire ne peuvent subvenir eux-mêmes à leurs besoins quels que soient leurs efforts : veuves et orphelins, vieillards et malades.

Or on a dévoyé cette notion en la prenant en un sens équivalent à « socialisme » (mais sans utiliser ce mot même, dont on sait qu’il ne fait pas l’unanimité…). La « solidarité » est censée signifier que tout ce qui appartient aux uns appartient aux autres. Qu’il n’y a que des biens communs, et que  donc, si les uns ont « plus », les autres « moins », il sera légitime d’organiser un transfert, et ceci de façon permanente, fonctionnelle et structurelle. Ainsi, puisque les Allemands sont riches, « ils peuvent payer » pour les Grecs et, en refusant de le faire, ils manifestent un monstrueux manque de « solidarité ». C’est le même modèle mental que celui qui permet de dire que les riches « peuvent payer » pour combler les comptes déficitaires des retraites. Le problème est que ce modèle, qui flatte évidemment certains instincts ataviques, est contraire à la raison économique comme à la raison morale. Il ne peut y avoir de prospérité générale que si le travail est bien organisé, c’est-à-dire bien divisé ; et, dans des sociétés complexes comme les nôtres, ceci ne peut s’opérer que par les mécanismes de marché, lesquels supposent la propriété privée qui permet à chacun d’utiliser ses ressources en connaissance de cause et pour l’usage le plus efficient.

Ce dévoiement de la belle notion de « solidarité », et sa promotion à toute occasion en France, pour les affaires sociales intérieures comme pour les affaires européennes ou mondiales (on parle aussi d’une nécessaire « solidarité » entre le Nord et le Sud…) a pour origine, je crois, le « solidarisme », doctrine créée au début du xxe siècle par Léon Bourgeois, un des grands maîtres de la franc-maçonnerie de l’époque. Elle a été répandue et enseignée sans discontinuer depuis lors dans les loges, devenant un des axes idéologiques majeurs de l’ordre maçonnique dont, contrairement à ce qu’on croit, la puissance s’affirme ces dernières années en France avec le recul du marxisme (en même temps que le nombre de ses adhérents augmente dans tous les partis, autant que de droite que de gauche). Or cette doctrine franc-maçonne de la solidarité est un erzätz de socialisme. C’est sa présence insistante dans les milieux dirigeants (politiques, administratifs, médiatiques…), même de « droite », qui explique sans doute les impôts record qui existent en France. Car la doctrine prétend donner une justification philosophique aux impôts sans contrepartie. J’entends par là les impôts qui sont payés seulement par une partie des citoyens et qui ne sont pas la rémunération d’un service quelconque rendu par l’État, mais un prélèvement unilatéral (sont de cette nature l’impôt progressif sur le revenu, l’impôt sur les héritages et les donations, les impôts sur le capital, l’ISF…). Or, en bon français, le fait de prendre quelque chose à quelqu’un sans rien lui donner en échange s’appelle un vol. C’est ce vol que la doctrine « solidariste » justifie par des raisons fumeuses : il ne serait que la juste compensation du fait que la richesse des riches résulte du travail de toute la société, et non pas seulement du leur et de celui de leurs ascendants, moyennant quoi c’est indûment qu’ils possèdent la plus grande part de leurs richesses, qu’ils doivent donc restituer à la société, jusqu’à ce que leur fortune rejoigne celle de la moyenne des citoyens. Inversement, les pauvres sont en droit de réclamer à la société des ressources sans offrir en échange aucun travail, parce qu’ils n’ont pas reçu tout ce qu’ils auraient dû recevoir de la richesse produite en commun. Voilà fondée en « théorie » l’assistanat… Et la prétendue « droite » gobe toutes ces bêtises qui, je le répète, ne sont qu’une reformulation en d’autres mots de l’erreur socialiste et collectiviste, de peur de heurter les francs-maçons et d’être accusée de ne pas être « républicaine »…

Le Temps d’y Penser : Que pensez-vous de l’élargissement indéfini de cette Europe « solidaire », que certains voient comme allant du Cap Saint-Vincent à Vladivostok, et d’autres, déjà, de Vladivostok au Cap… de Bonne-Espérance ?

Philippe Nemo : Le plus grand mal, vous vous en doutez. La construction européenne est en elle-même une entreprise extraordinaire qui a permis d’apporter la paix à un continent qui ne l’avait pas connue depuis la Pax romana, et y a engendré une prospérité enviable. Mais il y a aujourd’hui un dévoiement de cette idée. Beaucoup de ceux qui plaident pour l’entrée de la Turquie en Europe voient plus loin. Ils ont un projet d’effacement général des frontières et de gouvernement mondial. Ils engloberaient bien, au delà de la Turquie, le monde asiatique turcophone et, dans la foulée, le Maghreb et tout ce qu’ils pourraient de l’Afrique, tout cela pour constituer un empire du Bien capable de faire pièce à l’empire du Mal incarné à leurs yeux par les États-Unis…

Le Temps d’y Penser : Avec ce paradoxe consistant à postuler que nous sommes plus proches des Turcs que des Américains.

Philippe Nemo : Oui. C’est cette non-prise en compte de l’hétérogénéité culturelle qui est problématique. Car, par ailleurs, je souhaite le plus grand bien aux Turcs, aux Azéris et à la terre entière. Je dis cela sans ironie car il se trouve que je connais un peu la Turquie. J’ai une grande considération pour l’esprit de travail qui y règne et pour les réussites que ce pays a d’ores et déjà engrangées. Mais on n’est pas forcé de se marier avec tous les gens qu’on aime. Le mariage avec la Turquie tuerait net l’Europe telle que ses premiers promoteurs l’avaient conçue (c’est pourquoi l’entrée de la Turquie dans l’Union est soutenue avec véhémence par les eurosceptiques comme les Anglais et par les rivaux de l’Europe comme les Américains). L’objectif des créateurs de l’Europe, en effet, était de réaliser une union des peuples, et non pas seulement une alliance diplomatique et une coopération des États. Leur idée était que toute personne physique ou morale d’un pays européen devait pouvoir, à terme, nouer des relations contractuelles (acheter, vendre, prêter, emprunter, créer une entreprise, embaucher, se faire embaucher…) avec n’importe quelle autre personne physique ou morale d’un autre pays européen. Il faudrait, pour cela, lever les obstacles que constituent le passage des frontières et l’hétérogénéité des droits civil ou social de chaque pays. Les liens contractuels pourraient alors se nouer directement de particulier à particulier sans la médiation des États, et l’Europe, en ce sens, deviendrait une nouvelle société plus ou moins homogène, voire un unique peuple. La division du travail et le libre échange étant étendus sans restriction à 300 millions d’habitants, il en résulterait un bond en avant de la prospérité, et aussi un rayonnement accru de l’Europe face aux autres grands ensembles géopolitiques du monde, la nouvelle Asie et les États-Unis.

Ce projet à la fois grandiose et raisonnable supposait néanmoins qu’il existât entre les sociétés candidates à cette quasi-fusion une homogénéité culturelle suffisante. Car, pour que la coopération d’une personne à une autre soit pacifique et efficiente, il faut qu’elles aient en commun un certain nombre de valeurs, c’est-à-dire de règles de juste conduite morales et juridiques permettant que la communication entre elles soit fluide et confiante, avec le minimum d’ambiguïtés, de conflits et de blocages. Il fallait donc que les pays membres aient à peu près la même culture morale, civique et juridique. Au-dessus de cette « maison » déjà commune, il suffirait alors d’ajouter le « toit » des institutions européennes et du droit européen (qui, de fait, est à peu près le même en substance que les droits civils français, allemand, anglais, italien, etc., et qui n’en diffère que par la formulation).

Cette condition préalable d’homogénéité culturelle était à peu près réalisée dans l’Europe des Quinze. Il n’est déjà pas sûr qu’elle le soit dans l’Europe des Vingt-Sept, dont une partie est orthodoxe et a subi des siècles de gestion ottomane, ce qui a pour conséquence que les sociétés concernées ont une perception du droit, de l’administration et de l’État sensiblement différente de celle qui prévaut dans les sociétés d’Europe occidentale. Supposons néanmoins que ce décalage puisse être assez rapidement surmonté. Il en va tout autrement si l’on envisage de nouveaux élargissements au-delà de l’Europe historique, et en particulier l’entrée d’un grand pays musulman comme la Turquie, à plus forte raison celle de pays peu développés du Proche-Orient ou du Maghreb.

Mais la question se complique par le fait que l’utopisme des groupuscules idéologiques ennemis jurés de la civilisation européenne et qui salivent devant tout projet qui pourrait aboutir à la noyer dans la mondialisation, a reçu le renfort inattendu de puissants lobbies économiques dont les motivations sont évidemment tout autres, mais dont les buts convergent avec les leurs. Il y a en effet en Europe des responsables économiques qui rêvent de faire venir en Europe une main-d’œuvre bon marché capable, d’abord, d’occuper certains emplois pour lesquels la main d’œuvre locale est insuffisante, ensuite de peser sensiblement à la baisse sur les salaires des autres travailleurs européens. Ces lobbies, qui ont tous les moyens de se faire entendre tant des gouvernements nationaux que de la Commission de Bruxelles, sont donc favorables tant à l’immigration en général qu’à un élargissement de l’Europe qui faciliterait considérablement les migrations de travail. Ils ont raison du point de vue qui est le leur, c’est-à-dire selon une logique purement économique : en situation de mondialisation, on ne peut conquérir des marchés étrangers, et résister efficacement à l’arrivée de concurrents sur le territoire même de l’Union, qu’avec des coûts de production tendant à se rapprocher de ceux des pays concurrents. Le problème est qu’on ne peut raisonner ici selon une logique seulement économique, puisque l’afflux en Europe de populations exogènes a aussi des conséquences sociologiques lourdes. Si les capitalistes en question prêtent peu d’attention à ce problème, c’est peut-être qu’ils jouissent en général des bénéfices économiques de l’immigration sans en subir eux-mêmes les nuisances sociales. Grâce à l’argent gagné par leurs entreprises dont la profitabilité est ainsi assurée, ils peuvent habiter les beaux quartiers, en laissant leurs compatriotes moins fortunés se débrouiller, dans les banlieues déshéritées, avec les populations allogènes. J’ai pu voir en Belgique un exemple saisissant de ce contraste. Certains quartiers de Bruxelles, bien délimités, sont constitués de vastes et luxueuses demeures où habitent les privilégiés de l’économie, cependant que d’autres quartiers sont devenus des villes du tiers-monde marquées par la précarité et la domination croissante de l’islamisme.

Cette dimension du problème européen explique certaines choses qui, autrement, demeureraient mystérieuses. Par exemple, je me suis longtemps demandé d’où venait la rage de la droite française à s’aligner systématiquement sur le discours immigrationniste de la gauche, qui ne correspond pas vraiment à son idéologie et à sa tradition. La droite a suivi la gauche sur ce terrain au point de voter avec elle les lois prétendument « antiracistes » – en réalité destructrices de la liberté d’expression et pré-totalitaires – qui interdisent, sous peine de prison, de parler librement des conséquences sociales et culturelles des phénomènes migratoires. Le phénomène noté ci-dessus nous fournit une réponse. Sans doute la droite est-elle sous la coupe des lobbies qui l’ont persuadée qu’il fallait étouffer toute manifestation d’intolérance des populations autochtones à l’encontre des immigrants, intolérance qui pourrait freiner l’installation des nouveaux travailleurs dont leurs entreprises et leurs affaires ont besoin. Ceux de ces capitalistes qui possèdent des journaux et des télévisions ont probablement, en outre, passé la consigne aux directeurs des rédactions qu’ils emploient, lesquels, étant idéologiquement de gauche, l’appliquent sans se faire prier. Ainsi le petit peuple subit-il les effets conjugués de cette « alliance objective » de la droite économique et de la gauche idéologique. Et quand quelqu’un veut se faire son porte-parole, il est traité de « populiste » et on le fait taire en le « lepénisant ». Le petit peuple reste donc bâillonné…

En fait, ceux à qui on peut le plus en vouloir de cette situation, ce ne sont ni les capitalistes qui ont souci de la survie de leurs entreprises, ni les travailleurs qui viennent chercher un meilleur sort en Europe, car les uns et les autres recherchent simplement leur intérêt, et ne sont pas en charge de l’intérêt général du pays à long terme. Mon reproche va à ceux qui sont en principe en charge de celui-ci, c’est-à-dire les hommes politiques. Je constate qu’ils n’ont su résister ni à la pression économique des capitalistes, ni à la pression idéologique des groupes altermondialistes et anti-occidentalistes. Ils n’ont pas pris la mesure du fait que nos sociétés européennes sont sur le bord d’être déchirées, défoncées par ce mélange de populations et de devenir bientôt, peut-être, le théâtre de guerres de rues à la libanaise (comme on le voit maintenant déjà, de façon désormais quasi-quotidienne, en France). Ils ont cru aux balivernes du « multiculturalisme » et du « métissage culturel », sans comprendre qu’il ne peut y avoir de société harmonieuse et efficiente que s’il existe un ensemble minimal de règles de juste conduite communes. Ces règles sont en général le produit d’une longue histoire et elles sont transmises aux jeunes générations par les familles, par l’école, par tout l’environnement social. Ce n’est faire injure à personne que de dire que, quand des membres de cultures très différentes arrivent en masse dans une société, ils ne peuvent du jour au lendemain connaître et pratiquer les mêmes règles. Bien entendu, l’histoire nous montre que des populations allogènes pouvaient parfaitement s’intégrer à un État de droit moderne. Mais cela suppose une politique active d’intégration. Il faut pouvoir compter sur un appareil éducatif à la hauteur de sa tâche et qui ne soit pas profondément dégradé comme l’est le nôtre. Il faut enfin que les rythmes d’arrivées soient suffisamment lents, les flux quantitatifs limités. Prendre en vue cette dimension sociétale, anticiper les conséquences sociologiques des migrations, tenir compte des ressources réelles des pays hôtes, aller donc au-delà du point de vue étroit tant des milieux économiques que des idéologues millénaristes et fanatiques d’un monde sans frontière, telle était la responsabilité propre des politiques. On ne peut que constater qu’en France ils ont gravement failli à leur tâche. Et maintenant, ils sont dépassés et ne s’en cachent même pas…

Le Temps d’y Penser : Pour revenir à la confusion entretenue entre socialisme et solidarité, elle est d’autant plus efficace que le terme solidarité fait vibrer la fibre chrétienne. Il évoque tout naturellement la notion de charité. Et l’épiscopat français est tombé dans le panneau et cautionne encore cette confusion. Comment expliquez-vous cet aveuglement collectif massif ?

Philippe Nemo : J’espère seulement que certains évêques sont moins aveugles que d’autres. L’erreur que commet la majorité d’entre eux peut s’expliquer comme suit. Le christianisme, c’est la charité, et la charité consiste à vouloir délivrer autrui du mal, à diminuer toutes les souffrances. Cela ressemble à la « fraternité » entendue au sens anthropologique, c’est-à-dire au sentiment de proximité qui lie les membres d’une même famille ou d’une même tribu. Or là est l’erreur, car la charité n’est ni un concept psychologique ni un concept sociologique, c’est une notion théologale qui transcende les catégories empiriques (comme l’a dit admirablement Pascal dans son texte sur les trois ordres). D’abord, elle diffère de toute « fraternité » en ce que celle-ci, comme tout sentiment communautaire, comme la justice naturelle elle-même, implique la réciprocité, alors que la relation charitable au prochain est essentiellement dissymétrique (comme l’a bien montré Levinas : je dois tout à autrui, et s’il est vrai qu’autrui, lui aussi, me doit tout, c’est son affaire ; je lui dois tout, quand bien même il ne me paierait pas de retour). D’autre part, la charité ne se limite pas à sa figure « samaritaine », cette charité immédiate qui consiste à aider directement les pauvres et à soigner les malades, dont le Christ a donné plusieurs exemples. Car la lecture de l’Évangile montre que le Christ n’a pas prôné cette seule forme de charité. Le « prochain » n’est pas uniquement celui qui est proche dans l’espace, la chair qui est à quelques centimètres de ma chair. Le Christ est mort pour sauver tous les hommes, ceux du passé, du présent et de l’avenir, maints humains qu’il n’avait jamais vus, qui étaient pour lui des « prochains » au sens théologal, mais des « lointains » au sens empirique du terme. D’où l’on peut déduire que toute personne qui accomplit sciemment et volontairement une tâche qui a pour effet d’améliorer le monde pratique la charité. La charité ne consiste pas seulement à donner de l’argent aux pauvres de la main à la main ou à toucher le lépreux. Elle peut également demander de produire des œuvres de science et des œuvres d’art qui élèvent l’humanité et améliorent son existence. Je pense qu’il y a une charité du savant, de l’artiste, également de l’homme d’État et même, peut-être, du soldat. L’Église le sait bien, qui a canonisé des docteurs et des rois.

Quand on pense à toute la joie et à l’élévation de l’âme que la musique de Jean-Sébastien Bach prodigue encore, des siècles après la mort du compositeur, à des myriades d’auditeurs qu’il ne connaissait pas et dont il ne pouvait même pas imaginer l’existence, on se dit que Jean-Sébastien devait être animé par une charité singulièrement puissante. Cette modalité de rayonnement d’un homme, capable de produire du Bien si loin de soi, au-delà des siècles et des continents, est peut-être une forme de sainteté. De même, il y a peut-être beaucoup de charité chez un scientifique qui poursuit avec persévérance et abnégation des recherches apparemment froides et désintéressées, mais qui pourront avoir pour conséquence, même très lointaine, même absolument invisible aujourd’hui, de soulager les souffrances des hommes. Quand bien même ce scientifique serait, à titre privé, un vrai ours, que son entourage le trouverait rêche et pénible, voire méchant…, peut-être Dieu, à la porte de son Ciel, le jugera-t-il aussi charitable que l’infatigable « petit frère des pauvres » dont les psychologues, depuis La Rochefoucauld, ont montré qu’il pouvait tirer de son activisme quelque bénéfice narcissique et quelques plaisirs substantiels en termes d’accomplissement de soi, et avoir donc déjà sa récompense en ce monde.

Tout cela pour dire que, contrairement à ce que pensent certains chrétiens et même certains clercs, le christianisme n’a rien à voir avec aucune forme de communautarisme, de solidarisme et de socialisme, ou, pour parler comme Karl Popper, avec aucune forme de « société fermée ».

Le Temps d’y Penser : Est-ce en suivant ce raisonnement qu’un chrétien peut approuver selon vous le libéralisme ? Diriez-vous que le marché est moral parce qu’il consiste à offrir des biens et des services à des partenaires que l’on ne connaît pas, à des « lointains » empiriques qui n’en sont pas moins des « prochains » au sens théologal, puisqu’on satisfait réellement leurs besoins et leurs désirs, comme on le ferait avec des proches et des frères ?

Philippe Nemo : Oui. Dans la phase de développement des libertés en Europe, mettons entre le XVIe et le XIXe siècles, de nombreux penseurs chrétiens ont en effet compris que l’économie de marché pouvait réaliser ce que la charité « samaritaine » elle-même rêve de réaliser, et qu’en ce sens il était paradoxal de la condamner sur le plan moral. Ils ont compris que, s’il est vrai que le marché, par sa supérieure efficacité qu’analyse et explique la raison économique, « multiplie les pains », il est profitable d’abord pour les pauvres. De fait, le premier effet du développement du marché a été de permettre la survie d’hommes et de femmes qui, auparavant, seraient morts de faim et d’autres pénuries. Le drame est que les progrès de productivité et de production rendus possibles par la mise en place de l’économie de marché ont d’abord été utilisés pour éviter ces morts par pénuries, donc qu’étant donné que les hommes préfèrent vivre, même miséreux, plutôt que de mourir, ces progrès se sont traduits par une augmentation démographique massive au seuil de pauvreté, et non par une amélioration du niveau de vie. Ce n’est que dans un second temps qu’on utilisera les progrès supplémentaires de croissance pour vivre mieux à population égale (la fameuse « transition démographique »). Il est parfaitement exact qu’on n’avait jamais vu autant de pauvres dans les villes industrielles au début du XIXe siècle (cf. les romans de Dickens, le rapport Villermé, le livre d’Engels sur « Les classes laborieuses en Angleterre »…). Mais ces pauvres n’étaient pas des gens qui auparavant auraient été riches et auraient été appauvris par le nouveau système économique. C’étaient des gens qui, auparavant, seraient morts, ou plutôt, ne seraient pas nés. On a donc accusé à tort le capitalisme d’avoir appauvri les hommes, alors que ce qu’il a fait, c’est qu’il a multiplié les pauvres, ce qui est bien différent (puisque pour multiplier les pauvres, il faut que la société soit plus riche). Le capitalisme a fait ainsi jaillir de la Terre quelque cinq milliards d’êtres humains (la population mondiale est passée de 700 millions d’habitants au milieu du XVIIIe siècle à six milliards aujourd’hui). Il est raisonnable de penser que, dans l’avenir, il permettra à ces êtres humains de vivre mieux. Cela a déjà largement commencé avec le développement des « pays émergents » et celui, spectaculaire, de la Chine, où, en à peine plus de vingt ans, cinq cents millions d’hommes sont sortis de la pauvreté, « Grand Bond en Avant » dont les Chinois ne sont pas redevables au communisme, mais au fait que Deng Xiaoping les a fait rompre avec celui-ci.

Cette supériorité du modèle libéral, polycentrique, d’organisation sociale a été découverte pas à pas, et les chrétiens ont joué dans ce progrès de la science sociale un rôle éminent. Je pense qu’ils étaient spécialement bien orientés pour faire ces découvertes du fait qu’ils avaient une motivation religieuse à entreprendre d’améliorer le monde. Saint Thomas d’Aquin, déjà, s’est progressivement éloigné de la vision aristotélicienne de l’économie qui considérait tout développement capitaliste comme une forme d’hybris, de monstruosité propre à semer le chaos dans la Cité en s’écartant du modèle fixiste de la nature. Saint Thomas, qui vivait en Italie à l’époque où les Républiques marchandes y prospéraient plus que jamais auparavant, a multiplié les exceptions au principe de l’interdiction du prêt à intérêt, ou du respect d’un « prix naturel » dans les échanges nonobstant les variations de l’offre et de la demande. C’est lui qui a commencé à penser l’économie autrement que comme un jeu à somme nulle où les prix doivent être étalonnés sur un prétendu prix naturel que les autorités politiques devraient faire respecter par la contrainte. Ce faisant, il a jeté les bases de l’école thomiste de Salamanque qui forgera les concepts de l’économie moderne au XVIe siècle.

Une grande part de la pensée économique moderne sort de cette « École de Salamanque » composée de théologiens professionnels, et donc de bons chrétiens qui pensaient qu’ils œuvraient en faveur de l’avènement du Royaume de Dieu et non, certes, de la satanisation du monde. Par la suite, leurs idées passeront au Hollandais Grotius, lui-même un chrétien enflammé, à Locke et au monde anglo-saxon protestant. En France même, il y a eu beaucoup de chrétiens parmi les premiers libéraux. C’est afin de mettre un terme aux famines et donc par compassion spéciale pour les pauvres qu’un chrétien comme Pierre de Boisguilbert préconisait la libéralisation du commerce des grains. On retrouve d’autres grands chrétiens chez les penseurs libéraux comme les protestants Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant, Édouard Laboulaye ou les catholiques Frédéric Bastiat, Paul et Anatole Leroy-Beaulieu. Ce sont ces chrétiens inspirés par l’esprit de l’Évangile qui ont souhaité libéraliser non seulement l’économie, mais aussi la politique et la vie intellectuelle – car ils ont compris qu’il fallait que les idées fussent libres, si l’on voulait faire progresser la science, progrès nécessaire poir améliorer la condition des pauvres. Ils ont donc, à ce titre, souffert du néo-dogmatisme de l’Église incarné par le malheureux Syllabus de Pie IX. Ils n’ont guère trop aimé non plus l’anti-libéralisme économique de l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, fort heureusement corrigé depuis par Centsimus annus de Jean-Paul II (un pape qui savait d’expérience ce qu’est le socialisme) et Caritas in veritate de Benoît XVI (un pape très intelligent).

Le Temps d’y Penser : Mais alors, pourquoi cette hostilité encore aujourd’hui chez les catholiques français vis-à-vis du libéralisme ?

Philippe Nemo : A cause de la situation générale des idées en France. Les idées libérales sont interdites et présentées de façon déformée et frauduleuse par l’Éducation nationale et les médias. C’est l’Éducation nationale, elle-même sous la mainmise de la franc-maçonnerie, du parti socialiste, du parti communiste et de leurs syndicats affidés, qui rédige le catéchisme des enfants de France petits et grands depuis au moins cent ans. Cette mainmise sur l’éducation doublée après-guerre par la mainmise des communistes sur les médias a abouti à un monopole de la pensée hostile au libéralisme. Celui-ci est présenté comme un produit d’importation des Anglo-Saxons. C’est d’autant plus singulier qu’en pratique l’économie française est encore assez libérale. Le pays vit donc très largement grâce à un modèle que son idéologie dominante caricature et condamne….

Le Temps d’y Penser : C’est un cas de schizophrénie politique assez curieux.

Philippe Nemo : Oui, et qu’on ne retrouve qu’en France, pour des raisons historiques complexes, mais qu’il serait trop long d’exposer dans le présent entretien. En Italie, par exemple, la situation idéologique est très différente : l’Église y est influente, le système universitaire relativement pluraliste, notamment en raison de l’autonomie des régions. Certaines universités sont dominées par les francs-maçons, d’autres par la droite libérale, d’autres par la gauche communiste, etc. Même chose pour les médias. C’est grâce à cette diversité qu’il n’y a pas, comme en France, d’opinions interdites. Il existe, certes, des idées à la mode, d’autres que la mode néglige, d’autres qui ont carrément mauvaise presse. Mais il n’existe pas ces tabous quasiment religieux que la gauche a réussi à imposer en France, cette « pensée unique » qui permet de traiter de quasi-nazis, par exemple, ceux qui émettent le souhait de créer de nouvelles écoles affranchies de la tutelle de l’État et de sauver ainsi la jeunesse française de la machine à crétiniser qui a été mise en place depuis quelque trente ans dans notre pays. Si vous proposez, en France, de « changer de paradigme » et de rompre avec l’idée jacobine et totalitaire d’école unique, on ne vous répondra pas sur un mode rationnel avec des arguments pro et contra mais on vous accusera de vouloir revenir à une école « élitiste », c’est-à-dire d’être contre le Progrès et donc contre le Bien. Ces critiques, loin d’être rationnelles, traduisent une adhésion à de véritables mythes. Si l’on raisonne de façon rationnelle et objective sur ces questions, on pourra observer que l’« école unique » est une idée datant des années 1920 et 1930, quand triomphaient dans maints pays d’Europe les idées totalitaires. La gauche se garde bien de rappeler que l’un de ses grands théoriciens, n°2 du parti socialiste d’alors et haut dignitaire maçonnique, ne fut autre que Marcel Déat, futur chef du principal parti français pro-nazi pendant la guerre. Lui, du moins, avait de la suite dans les idées ! L’école unique, refusée deux fois au Parlement sous la IVe République, a été mise en place par la Ve en raison d’une fatale erreur d’analyse de De Gaulle. Loin de produire le progrès et le bien, elle a produit la régression et toutes les formes imaginables de mal : effondrement du niveau, médiocrité, immoralité, mensonges et novlangue orwelliens, chute honteuse de la France au bas des classements internationaux… Mais le discours que je tiens là n’est pas audible dans la France actuelle (du moins sur l’agora, entièrement occupée par la gauche), puisque celui qui le tient trahit par là même le fait qu’il n’adhère pas à la nouvelle religion dominante. On refuse donc de seulement discuter avec lui…

Le Temps d’y Penser : « On ne discutera pas avec vous » c’est ça le plus grave !

Philippe Nemo : En effet, et je conclurai là-dessus. Cette occlusion non seulement de certaines thèses, mais même de certains sujets sur l’espace public fait qu’il n’y a plus de véritable débat public en France, contrairement à ce qui se passe dans toutes les démocraties voisines. C’est ce qui fait qu’on peut soutenir que la société française est actuellement une société sans tête ou décérébrée. En effet, dès lors que règnent partout les tabous de la nouvelle religion, nombre de problèmes de société, et comme par hasard les plus importants et les plus urgents – éducation, immigration, famille et mœurs sexuelles, fiscalité, politiques sociales, sécurité, justice… – ne peuvent être posés dans le débat public dès lors que les débatteurs entendent sortir du cadre des solutions que la gauche a données à ces problèmes. La gauche voit très bien que le simple fait d’en parler semble signifier qu’ils ne sont pas déjà résolus, ce qui est, en soi, suspect. Pour empêcher qu’on propose à certains de ces problèmes des solutions jugées non orthodoxes, on a même interdit, par de véritables lois de censure – loi Gayssot, lois « mémorielles », loi sur la HALDE… – d’en parler librement. Ces interdictions sont assorties d’amendes hystériques et même de peines de prison, ce qui fait que la terreur est efficace et que les gens se taisent. Ils n’en pensent pas moins, ils parlent librement dans les cercles privés (et, Dieu merci, sur Internet), mais les dissidents n’ont plus accès à l’agora de la Cité, c’est-à-dire aux institutions académiques officielles et aux grands médias. Le débat public reste donc enfermé dans les stricts cadres de la nouvelle orthodoxie, il se réduit à un bavardage insipide, à la « politique-spectacle » et, en ce qui concerne l’université, aux faux problèmes « byzantins » qui ne font peur à personne. Quant aux vrais problèmes, ils continuent, sans doute, à être débattus dans des cercles savants restreints, mais ils ne sont plus jamais posés et analysés sur l’espace public comme il conviendrait dans une démocratie normale.

Or des problèmes qui ne peuvent pas être posés n’ont évidemment aucune chance d’être réglés. La société, ainsi rendue aveugle, ne peut donc que foncer tranquillement dans le mur. Il risque d’arriver à la France ce qui est arrivé à l’Espagne et à l’Italie à partir du XVIe siècle quand l’Inquisition eut fini d’établir son contrôle sur ces pays. Alors qu’ils étaient à la tête de la civilisation européenne, ils ont rétrogradé en queue de peloton et leur retard par rapport à l’Europe du Nord plus libérale s’est prolongé jusqu’en plein XXe siècle. Je pense sérieusement que la France est désormais sur une pente de ce genre.

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52 Réponses »

  1. Excellent entretien, bien que, comme souvent, Philippe Nemo voie la situation des autres pays occidentaux plus rose qu’elle ne l’est. Tous sont engagés sur la route de la servitude, même si la France caracole en tête…

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  2. @ Roman Bernard
    Que voulez-vous dire ?
    Rien que sa dernière phrase trahit un certain pessimisme, ne trouvez-vous pas ?

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  3. Un pessimisme certain concernant la seule France, et pas les autres pays occidentaux… Or, sur la pente dont parle Nemo, se trouve certes la France, c’est entendu, mais également l’ensemble des pays occidentaux…

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  4. Oser citer les Etats-Unis comme exemple de société socialement pacifique, c’est soit de l’inculture soit de l’hypocrisie…

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  5. Et si je comprends bien son raisonnement, pour ce monsieur tout est très simple : les riches sont riches parce qu’ils travaillent, sauf quand ils sont membres de l’Etat, dans quel cas ce sont simplement des rapaces, et les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne foutent rien. Comme modèle de pensée et de réflexion, c’est quand même un peu court !

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  6. @ James Becht

    Je conçois que ce texte est long à lire et surtout sur Internet. Vous en trouverez un pdf sur l’onglet approprié.
    Cela vous évitera l’écueil que vous reprochez à « ce monsieur » (qui au passage, s’appelle Philippe Némo) : la simplification abusive et caricaturale.
    Vous concernant, et vu votre pedigree, je serais donc tenté de privilégier l’hypocrisie à l’inculture.

    Avec des sujets polémiques comme l’est le libéralisme en France, nous nous attendions à voir surgir des trolls. Dommage que quelqu’un comme vous endosse le rôle…

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  7. @Henry le Barde
    Cher Monsieur, ne voyez dans mes réactions nulle hypocrisie et, svp, ne me qualifiez pas de troll :-) Ce n’est pas dans mes pratiques. Je prends note de votre remarque et vais réviser ma copie. Cordialement.

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  8. En général, la parole qui se situe au dessus de tous les préjugés, des clichés et autres aspects du politiquement correct possède toujours pour moi une grande valeur, que je soi d’accord avec elle ou pas d’ailleurs. Le provocateur intelligent, qui prend du recul par rapport aux évènements et affirme ses idées sans les cacher derrière une bienséance quelconque manifeste ainsi son statut d’homme libre. Et ils nous en faut, des hommes libres, dans ce monde où la liberté de parole diminue aussi vite que croît la revendication de la sacro-sainte « liberté d’expression » qui consiste à exprimer de la manière la plus violente ce que tout le monde a le devoir de penser . En cela, je suis tout à fait l’avis de M. Nemo et je reconnais en lui un homme libre et donc forcément quelqu’un à écouter attentivement. Je me suis donc plongé avec délectation et attention dans cet interview qui sent bon la parole ouverte et la franchise intégrale.

    Mais je dois avouer que mon espérance en l’homme, mon optimisme forcené et peut-être aussi ma grande naïveté n’a pas vraiment été comblée à la lecture des propos de M. Nemo… Après avoir lu le texte ma première et unique question a été : « Bon, ok, la France va mal et maintenant qu’est ce qu’on fait ? » Je suis toujours un peu étonné de voir des gens qui ont autant de recul sur le monde et la société avoir une très bonne analyse des situations mais qui ne proposent absolument rien pour les améliorer. Le jeune idéaliste que je suis sait bien que le monde va mal, que notre société soit disant moderne marche en fait à reculons sur les mains reniant son passé et fuyant son avenir dans tous les domaines (économique, politiques, social…). Mais j’ai la prétention de croire qu’une bonne analyse ne sert à rien si il n’y a pas de plan d’action qui la suit. Découvrant sur ce site l’existence de M. Nemo (oui oui je suis un peu inculte aussi…), je ne l’accuserais pas d’une telle attitude puisque je ne le connais pas assez mais dans les paroles qu’il exprime ici je n’ai pas vu beaucoup de portes ouvertes, mais plutôt la description réaliste et intelligente d’une succession de portes fermées.
    Je pense qu’effectivement la France a besoin d’une remise en cause de beaucoup de choses qu’elles considère comme des pilliers et qui ne sont que des mirages destinés à masquer un gouffre béant. Mais elle n’a plus besoin d’une remise en cause qui accuse, elle a besoin d’une remise en cause qui propose.

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  9. @ Le Gambrinus

    Si vous voulez des propositions de Philippe Nemo, je tiens à votre disposition une étude de sa part intitulée « Pour le pluralisme scolaire », et qui prône l’adoption du chèque-éducation dans le système éducatif français, une mesure qui serait révolutionnaire.

    Mon adresse : romanbernard@contribuables.org .

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  10. @ Roman Bernard

    Je lirai bien volontiers ces propositions de Phillipe Nemo. Notez que je ne l’accuse pas de ne rien proposer, c’est une remarque qui concerne uniquement l’interview réalisé ici.

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  11. @ LeGambrinus
    Oui ok c’est ça. C’est la faute des intervieweurs ;)

    Plus sérieusement, je pense que les deux aspect sont séparés.
    - Du point de vue chronologique : il y a un temps pour l’analyse de la situation, pour le diagnostic. Et nous en débattons ici. Puis vient le temps des propositions, de l’action…
    - Du point de vue statutaire : je ne suis pas sûr qu’il revienne à l’intellectuel, au chercheur de proposer quoi que ce soit. Ou plutôt, on ne peut lui reprocher de ne pas le faire. S’il prend la parole, il n’est alors plus chercheur mais citoyen.
    Cette confusion des genres est à l’origine de ce phénomène des intellectuels à la française, de cette république des experts qui nous envahit chaque jour.
    Sur le coup, je sais gré à Philippe Nemo de nous livrer sa vision, éclairée par l’Histoire et contextualisée.
    A nous, citoyens, d’en tirer les conclusions qui s’imposent si nous sommes d’accord avec son diagnostic.

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  12. Les intervieweurs sont sans aucun doute très compétents et n’ont pas à rougir de leur prestation …
    Pour le côté plus sérieux, je ne suis pas sûr que l’intellectuel ou le chercheur doivent rester dans le champ de l’analyse et du dignostic même si c’est là que certains se sentent le plus à l’aise. L’analyse sans voies d’ouverture vers l’action ne pousse pas au changement et ne fait que condamner un état de fait, ce qui n’est pas vraiment fructueux. Je ne dis pas que l’intellectuel doit chercher des application ou des idées de mises en pratique concrètes, ce n’est effectivement pas son rôle ou même son talent, par contre je pense qu’il doit justement ouvrir son discours sur des idées utilisables.
    Le risque de ce genre d’idées est de s’enfermer dans un logique d’opposition qui ne trouve le bien que dans ce qu’on pense, on est dans ce cas très vite marginalisé ce qui enlève (malheureusement) toute crédibilité à l’auteur. L’analyse crue est peu assimilable par la société actuelle et il convient, même si c’est fastidieux et accessoire, d’ »enrober » parfois sa pensée pour ne pas braquer l’interlocuteur d’entrée. Le problème de la « république des experts » comme tu la nomme si bien, c’est qu’elle se contente de l’emballage…
    Dernier point, je trouve toujours plus facile de trouver ce qui va mal et de l’expliquer que de trouver ce qui va bien pour y baser une réflexion. Dire « Regardez comme on va vers le gouffre » est toujours plus facile et moins courageux que de dire « Regardez comment certains remontent la pente ». Ceci étant dit je suis le premier à râler sur ce qui va mal, mais j’attends des gens qui ont plus de recul que moi un encouragement à me tourner vers ce qui va bien…

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  13. @ Le Gambrinus
    Et dire que Roman Bernard le trouvait, lui, plutôt optimiste…

    Personnellement, les voies d’action à poursuivre, selon Philippe Nemo, me semblent assez claires…
    Quand il déplore la main-mise de l’Etat sur l’éducation, par exemple, ne devine-t-on pas la solution qu’il préconise ?
    Quand il se plaint du système de retraite, système authentiquement socialiste, ne subodore-t-on pas où il veut nous emmener ?
    Après, on peut agréer ou pas !

    Quand je parlais de République des experts, je voulais appuyer la prétention des experts à gouverner, pouvoir qu’on leur confie facilement afin de s’ôter, nous citoyens, eux/nous, hommes politiques, toute responsabilité.
    Le fonctionnement actuel de l’UE est à cet égard emblématique. Je pourrais également citer l’indépendance de la Banque centrale européenne… Etc.

    A poursuivre !

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  14. excellent, on arrive à parler de l’État, ou plutôt du Moloch français.

    L’Etat est fondamental, et j’ai écris des mots sur le sujet. L’État français fut longtemps un service, pour ne pas dire une cléricature, se distinguant très nettement de ses homologues occidentaux (les autres je ne les connais pas).

    Mais ce que dit P.Nemo est autant libéral que très français: notre statolatrie est une toute autre chose que notre besoin d’état.

    Sur l’Éducation, cela est significatif. Qui se souvient qu’il y a peine vingt ans, l’enseignement LIBRE (et pas seulement sous contrat) faisait reculer la clique socialiste (au sens politique et économique).

    Cela serait il encore possible ?

    il n’y a plus assez de troupes éprises de liberté scolaire.

    les Modernes ont confisqué tout ce que le privé avait de spécifique (enseignement religieux devenu quasi facultatif, même pour les évêques, approche non statutaire, liberté du contenu des programmes, pédagogie…)

    le résultat est que l’absence de liberté fait craquer la machine de toute part, mais de manière paradoxale.

    les plus faibles paient cash l’effondrement de l’Ecole publique, jadis excellente.
    ils reportent l’exigence de service public sur le privé contractuel, lui même étranglé entre sa nature (catholique en grande majorité), la disette (croyez vous que les suppressions de poste ne touchent pas non plus le privé ?) en se trompant sur sa mission (désolé, mais bien que sous contrat de service public, cet enseignement est CATHOLIQUE en premier lieu).

    les prépas intensives, le système concurrentiel privé et les écoles hors contrats se nourrissent de l’impuissance et de la médiocrité publiques.

    le libéral, là dedans, doit exiger de cesser de payer deux fois (impôt et droits d’inscriptions) et exiger que le vieux système du monopole des grades universitaires ainsi que la définition CENTRALISEE ET UNIQUE DES PROGRAMMES soient supprimés.

    l’Égaaaalité, comme diraient les Mélanchon de service, n’y perdra pas.

    On arrêtera de caricaturer les écoles hors contrats comme vichystes (la bête immonde réside davantage dans le corpus intellectuel marxiste des prof, hein…)
    on aura des universités avec des ressources et non gérant la pénurie.
    Ceci étant la loi LRU a déjà fait des progrès sur le premier.

    Nemo a l’intelligence de souligner que la seule chose indispensable est la transmission du savoir. Enfin je crois avoir lu cela dans ses lignes. En détruisant cela, ainsi que l’autorité qui va avec, la France a fait mieux que la Révolution culturelle de Mao, parce qu’elle n’a fait aucun morts… mais massacré l’intellect et la liberté d’une génération entière (non pas la sienne, mais ses enfants).

    Mais trop peu d’universitaires ont dénoncé le gigantisme du gâchis, l’effondrement de la qualité (à l’époque considérable) de l’enseignement français.
    Jamais je ne collerai mes mômes dans un système aussi soviétoïde, dus je y claquer ma paie.
    LA seule chose a débattre en plus, c’est le sens de la distinction entre éducation et instruction. le socialisme français fusionne tous les jour davantage les deux.
    Heureusement que le Pape et des libéraux sont là pour rappeler la mission fondamentale de la FAMILLE sur ce sujet… à suivre

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  15. @ Henry Le Barde

    « Et dire que Roman Bernard le trouvait, lui, plutôt optimiste… »

    Henry, relisez mon commentaire, je n’ai jamais dit ça, j’ai dit ceci :

    « Un pessimisme certain concernant la seule France, et pas les autres pays occidentaux… Or, sur la pente dont parle Nemo, se trouve certes la France, c’est entendu, mais également l’ensemble des pays occidentaux… »

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  16. @ Roman Bernard

    … et avant vous écriviez ceci :

    « [...] Philippe Nemo voie la situation des autres pays occidentaux plus rose qu’elle ne l’est. » ce qui est le propre de l’optimisme, non ?

    Je vous l’accorde, votre réflexion portait sur sa vision des pays occidentaux à l’exception de la France.

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  17. Ben, voilà…

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  18. Après une première intervention plus viscérale que foncièrement réfléchie, et ayant pris « le temps d’y penser », je reviens ici sur les critiques qui me semblent pouvoir être formulée à l’encontre des propos de Philippe Nemo.

    Le libéralisme, comme d’autres doctrines politiques, s’articule entre une position économiste et une position que nous dirons culturaliste. Il y a le libéralisme économique et le libéralisme des mœurs, les deux marchant de pair, un peu comme le corps et l’esprit chez Spinoza. Les libertés politiques (démocratie) et les libertés intellectuelles (liberté de pensée et d’expression) sont ainsi indissociables des libertés économiques (le marché). C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est vain de se réclamer des unes sans se réclamer des autres ou en faisant mine de les ignorer. Cependant , en se rabattant sous une « figure absolue de la liberté » et sous une « idée absolue de la liberté », idée et figure dont j’ai par ailleurs déjà formulé la critique (cf. dans mes publications sur http://www.rosaalba.ch/publications/publications.html, le texte sur Max Stirner), le libéralisme détache l’individu du cadre communautaire et historique dans lequel il est né et a évolué et en fait le seul et unique responsable de ses actes, ce qui est tout autant noble qu’illusoire : « chaque être humain doit être responsable de lui-même, travailler à la sueur de son front, assumer lui-même son présent et son avenir – sauf s’il en est incapable parce qu’il est enfant, vieillard ou impotent. » Cette figure ultra-individualiste de la responsabilité ne tarde pas à affecter la pensée de Philippe Nemo concernant le travail et les richesses.

    Ainsi, ma toute première remarque, qu’Henry le Barde m’avait vertement reproché, était motivée par plusieurs passages concernant le travail, dont celui dans lequel Philippe Nemo qualifie de « raisons fumeuses » le fait « que la richesse des riches résulte du travail de toute la société, et non pas seulement du leur et de celui de leurs ascendants, moyennant quoi c’est indûment qu’ils possèdent la plus grande part de leurs richesses, qu’ils doivent donc restituer à la société, jusqu’à ce que leur fortune rejoigne celle de la moyenne des citoyens. » Moyennant quoi, il ne me semble pas tout à fait hasardeux de supposer que pour Philippe Nemo, « la richesse des riches » provient presque essentiellement de leur travail et de celui de leurs ascendants. Ce que j’interprétais apparemment outrageusement par : les riches sont riches parce qu’ils travaillent (bien) et les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne travaillent pas (ou mal). Tout comme il me semble exagéré de dire que par « solidarisme » les pauvres seraient en droit « de réclamer à la société des ressources sans offrir en échange aucun travail. » (je relève ici le fait que le « solidarisme » dénoncé, semble pourtant bien aller dans le sens de la « charité » définie plus bas : « je dois tout à autrui (…) quand bien même il ne me paierait pas de retour »). Par exemple dans le cas de l’impôt sur le revenu, qui concerne tout de même à peu près la moitié des foyers, il ne me semble pas que ceux qui travaillent le moins en profitent le plus. Ceux qui ne le paient pas travaillent, et dans le domaine des bas salaires, ce ne sont pas forcément ceux qui travaillent le moins qui ont les salaires les plus bas. Et je dis ça sans tomber dans l’ouvriérisme à tout crin. Le SMIC est un bas salaire, et si vous gagnez le SMIC, vous flirtez avec le seuil de pauvreté. C’est en outre un petit bâteau de l’analyse sociologique que de constater la profonde reproduction qui existe au niveau des origines sociales (tel pourcentage de fils d’ouvriers deviendront ouvriers, tel pourcentage de fils de cadres deviendront cadres, etc, les statistiques sont assez inexorables en la matière…). D’autant plus que Philippe Nemo semble plus loin déplorer l’imposition de bas salaires dûe à l’immigration de populations extérieures à la sphère européenne. Il doit donc bien comprendre que ce sont parfois les calculs de certains capitalistes qui les rendent riches et qui rendent les autres pauvres, sans que la question du travail des uns ou des autres, ou de leurs ascendants, n’intervienne dans ce phénomène.

    Par ailleurs, c’est une chose de dire qu’« Il ne peut y avoir de prospérité générale que si le travail est bien organisé », ce que personne ne viendra décemment contredire, et c’en est une autre de dire que la bonne organisation du travail passe nécessairement « par les mécanismes de marché, lesquels supposent la propriété privée qui permet à chacun d’utiliser ses ressources en connaissance de cause et pour l’usage le plus efficient. » L’Histoire de l’humanité nous a montré à de nombreuses reprises que la propriété collective, de la terre par exemple, permettait tout autant d’atteindre une prospérité générale qui se passait totalement des mécanismes du marché et de la propriété privée.

    Fustiger « les impôts qui ne sont payés que par une partie des citoyens » comme étant des « impôts sans contrepartie », c’est-à-dire des impôts qui ne serviraient en rien à la collectivité nationale, me semble relever d’un calcul tout à fait hasardeux, sans compter qu’une telle critique implique bien entendu de privilégier des impôts « payés par tous » comme la TVA dont on sait très bien qu’ils maintiennent des inégalités qui ne sont pas toujours dues aux performances dans le travail des uns et des autres.

    A quoi cela sert-il de nier l’injustice de certaines inégalités sociales et économiques et de faire comme si ces inégalités étaient toutes simplement naturelles ? Ce raisonnement n’est pas nouveau, puisqu’il s’ancre fermement aux origines de la pensée libérale, chez des économistes classiques comme Adam Smith. C’est toujours et encore le mythe de la naturalité de l’échange marchand et du marché. Qu’il y ait eu des formes d’organisation sociale dans lesquelles l’échange marchand n’était qu’un phénomène marginal de l’organisation de l’économie, et ce à de grandes échelles et pendant des siècles, devrait tout de même inciter à penser autrement la soit-disant « naturalité » de l’économie marchande et de ses lois.

    Par ailleurs, tout autre point, je ne comprends pas bien l’argument suivant lequel le projet « grandiose et raisonnable » d’extension de « la division du travail et (du) libre échange » devrait supposer « une homogénéité culturelle suffisante. » Non seulement il me semble que cet énoncé est en contradiction avec le reste du discours économique libéral de Philippe Nemo, mais en outre il me semble parfaitement contredit par l’extension mondiale de l’économie marchande et du capitalisme sur ces derniers siècles (il est vrai, par contre, et là je rejoins notre auteur, que cela s’est fait avec nombre d’« ambiguïtés, de conflits et de blocages »). En outre, les institutions internationales n’ont-elles pas accompagné le devenir-monde de l’économie marchande en contribuant à répandre dans le plus grand nombre de pays une idéologie universelle comme l’idéologie des Droits de l’Homme ? N’y a-t-il pas aujourd’hui un double socle commun, idéologie humaniste et idéologie marchande, qui petit à petit fourni à l’ensemble des habitants de la planète une « homogénéité culturelle suffisante » à l’expansion internationale du marché, de la consommation marchande et du salariat ? Et cela n’a-t-il pas été prouvé historiquement, quoi qu’il en soit ?

    En étant un peu plus provocateur, mais sincèrement sans le souhaiter, je serai même tenté de vous demander si la mondialisation ne « noie » justement pas l’ensemble de la planète dans « la civilisation européenne » (mais, bien sûr, il faudrait peut-être déjà définir ce que l’on entend par civilisation européenne… ici, je veux bien entendu dire la civilisation qui a été le berceau de l’expansion du système marchand et des Droits de l’Homme).

    Il me semble, en ce sens, que le fondement idéologique principal du monde dans lequel nous vivons est bel et bien le libéralisme économique, qui se double toujours d’un libéralisme politique et d’un libéralisme culturel, parfois imposés les armes à la main par les pays occidentaux. Mêmes les pays historiquement les moins enclins à s’y convertir y viennent progressivement, les exemples de la Chine et de la Russie me semblant tout à fait parlants (même si, bien entendu, il y a encore un sacré bout de chemin à faire, mais quand même, nous sommes loins aujourd’hui du Tsar et du Mandat Céleste, ou de Staline et de Mao).

    « le marché, par sa supérieure efficacité qu’analyse et explique la raison économique »… mais encore ?

    Tout à fait d’accord (quand même) sur le fait que le capitalisme n’a pas « appauvri les hommes » mais qu’il a « multiplié les pauvres ». Pas d’accord, par contre, sur ce fameux « vivre mieux », que Philippe Nemo n’est d’ailleurs, et de loin, pas le seul à brandir en défense et illustration des bénéfices du capitalisme et de l’économie marchande. La déshérence spirituelle et le profond désoeuvrement moral de la plus grande partie des habitants de la planète me semble totalement contredire une analyse qui se borne en fin de compte à confondre « mieux vivre » et confort moderne, bonheur et accumulation de biens matériels.

    « la vision aristotélicienne de l’économie qui considérait tout développement capitaliste comme une forme d’hybris », là encore, je me permettrai d’émettre un doute, car pour poser une pareille affirmation il faut en fin de compte rabattre le capitalisme sous l’économie marchande, alors que ces deux formes économiques, si elles sont certes historiquement liées, n’en restent pas moins foncièrement différentes. Et il ne suffit pas qu’il y ait économie marchande pour qu’il y ait capitalisme. La première remonte certes probablement aux tous premiers échanges qu’il y a eu entre les hommes, sous la forme primitive du troc, quoi qu’elle soit restée marginale pendant des siècles, voire des millénaires. Le second ne se développe réellement qu’à partir de la Renaissance, du développement d’une bourgeoisie qui bénéficiera de son accumulation et du déploiement du salariat.

    Pour ce qui est de l’enseignement en France, l’économie qui est enseignée dans les filières techniques suit mot pour mot tous les préceptes et concepts du libéralisme. Il suffit pour s’en rendre compte d’ouvrir un manuel de première ou de terminale STT. Mais, je le concède, c’est un peu différent quand on ouvre un manuel de section ES. Quant à l’Université, ça fait bien longtemps qu’elle n’est plus marxiste ! Et ce ne sont pas les écoles de commerce qui sont hostiles au libéralisme. Je ne vois donc pas en quoi il y aurait dans l’éducation un « monopole de la pensée hostile au libéralisme », pas plus que dans le reste de notre société par ailleurs. En ce sens, il ne me semble pas que le libéralisme propose « un troisième paradigme » à côté de la droite et de la gauche (qui, d’ailleurs, ne sont nullement des « paradigmes »), mais bel et bien le socle commun des pensées de droite et de gauche telles qu’elles s’expriment aujourd’hui.

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  19. « Il me semble, en ce sens, que le fondement idéologique principal du monde dans lequel nous vivons est bel et bien le libéralisme économique »

    James Becht, avez-vous déjà entendu parler de John Maynard Keynes ?

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  20. @Roman Bernard

    tout d’abord, l’intervention de l’Etat dans l’économie, puisque je suppose que c’est à ça que vous faites référence, n’est pas incompatible avec le libéralisme, ce qui ne me semble guère contestable au regard des nombreuses politiques menées par des dirigeants libéraux, en particulier aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Ensuite, je me permets de vous conseiller la lecture de « Am I a liberal ? » du dénommé Keynes, elle apportera des réponses claires à votre question.

    Entre autres passages de ce texte, sur un plan politique :

    “I can be influenced by what seems to me to be Justice and good sense; but the Class war will find me on the side of the educated bourgeoisie.”

    Et dans un de ses derniers écrits, sur la question de l’économie et des mécanismes du marché :

    “I find myself moved, not for the first time, to remind contemporary economists that the classical teaching embodied some permanent truths of great significance.There are in these matters deep undercurrents at work, natural forces, one can call them, or even the invisible hand, which are operating towards equilibrium. If it were not so, we could not have got on even so well as we have for many decades past.”

    (dans l’article posthume intitulé “The Balance of Payments of the United States”, Economic Journal 56, juin 1946)

    Je parle bien, bien entendu, de Keynes, et non pas de certains de ceux qui ont pu par la suite s’en réclamer. Mais, lisez-le, il vous en dira plus que moi.

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  21. « tout d’abord, l’intervention de l’Etat dans l’économie, puisque je suppose que c’est à ça que vous faites référence, n’est pas incompatible avec le libéralisme, ce qui ne me semble guère contestable au regard des nombreuses politiques menées par des dirigeants libéraux, en particulier aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne »

    Vous n’êtes pas sans savoir que « liberal » et « liberalism » ont un sens inverse à celui de leurs équivalents français.

    James Burnham a expliqué pourquoi dans Suicide of the West: An Essay on the Meaning and Destiny of Liberalism (1964) :

    http://criticusleblog.blogspot.com/2009/12/la-mutation-du-liberalisme-classique.html

    L’intervention de l’État dans l’économie est incompatible avec le libéralisme classique de l’École autrichienne, et c’est à celui-ci que Philippe Nemo se réfère, pas au « liberalism » de Keynes qui est une tentative de synthèse entre libéralisme et socialisme.

    C’est ce « liberalism qui est le « fondement idéologique principal du monde dans lequel nous vivons », pour reprendre votre expression. J’ajoute qu’au regard du poids des États et de la pression fiscale dans les pays occidentaux (les dépenses publiques rapportées au PIB atteignent 57 % en France), on est depuis plusieurs décennies davantage dans le socialisme que le libéralisme.

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  22. A la lecture de ce premier paragraphe,

    « Le libéralisme, comme d’autres doctrines politiques, s’articule entre une position économiste et une position que nous dirons culturaliste. Il y a le libéralisme économique et le libéralisme des mœurs, les deux marchant de pair, un peu comme le corps et l’esprit chez Spinoza. Les libertés politiques (démocratie) et les libertés intellectuelles (liberté de pensée et d’expression) sont ainsi indissociables des libertés économiques (le marché). C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est vain de se réclamer des unes sans se réclamer des autres ou en faisant mine de les ignorer. Cependant , en se rabattant sous une « figure absolue de la liberté » et sous une « idée absolue de la liberté », idée et figure dont j’ai par ailleurs déjà formulé la critique (cf. dans mes publications sur http://www.rosaalba.ch/publications/publications.html, le texte sur Max Stirner), le libéralisme détache l’individu du cadre communautaire et historique dans lequel il est né et a évolué et en fait le seul et unique responsable de ses actes, ce qui est tout autant noble qu’illusoire : « chaque être humain doit être responsable de lui-même, travailler à la sueur de son front, assumer lui-même son présent et son avenir – sauf s’il en est incapable parce qu’il est enfant, vieillard ou impotent. » Cette figure ultra-individualiste de la responsabilité ne tarde pas à affecter la pensée de Philippe Nemo concernant le travail et les richesses. »

    et la confusion des genres m’incite fortement à penser que certaines personnes feraient de s’abstenir de leur analyse prétendument mûrie. La suite est fatalement entachée de multiples confusions, voire de grossières erreurs, donc bancale ou inepte. La figure de style est hors sujet. Cette personne davantage adepte, semble-t’il, de science économique – fiction n’a aucune véritable compréhension des concepts économiques développés dans l’article initial.

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  23. @Roman Bernard

    merci pour ces précisions dont je prends bonne note.

    @Mohammed Haddad

    pourriez-vous préciser les « multiples confusions » et « grossières erreurs » ? sinon je ne vois pas le sens de votre intervention… et, finalement, Henry le Barde m’accordera peut-être que je n’étais pas le troll de cette histoire :-)

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  24. @Roman Bernard

    Si l’on se concentre sur le libéralisme de l’Ecole Autrichienne, celui-ci n’a-t-il pas influencé Ayn Rand et, par cet intermédiaire, Alan Greenspan et Ronald Reagan ? (à titre d’exemple)

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  25. Ayn Rand était surtout une romancière, et l’on ne peut pas dire que son œuvre se signale par l’originalité de sa réflexion économique…

    Cela dit, vous avez raison de souligner que la pratique politique de Ronald Reagan et d’Alan Greensan a pu contredire les idées qu’ils étaient censés défendre : par exemple, le creusement des déficits publics sous Reagan et la création monétaire expansionniste sous Greenspan. Mais à mon sens, cette contradiction est inhérente à toute pratique politique, et ne remet pas en cause la cohérence des idées sur le papier. Il faut juste, lorsqu’il y a contradiction, considérer que la politique menée n’est plus que partiellement libérale, et non pas que les idées libérales sont partiellement étatistes. Le libéralisme n’est pas un programme électoral !

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  26. @Mohammed Haddad et James Becht
    Tout à fait d’accord en l’occurrence : on peut signaler toutes les erreurs et confusions que l’on souhaite, et sans concession intellectuelle aucune, si on prend la peine d’en développer au moins quelques unes ! C’est à cette condition que le débat ne virera pas à la foire d’empoigne. Je sais d’ailleurs gré à James Becht d’avoir su dépasser mon accueil initial peu amène pour nous proposer ses réflexions.

    @James Becht et Roman Bernard
    Même si on comprend aisément que vous venez de cultures politiques quelque peu différentes, j’ai le sentiment que vos définitions du libéralisme diffèrent quelque peu : pour l’un il désignerait toute économie de marché, régulée ou non – et on comprend que Keynes, dans ce contexte, est un libéral dans la mesure où il reste essentiellement capitaliste, pour l’autre il ne sera limité qu’à une conception du marché indépendante de l’État. Je schématise et caricature radicalement à dessein, bien entendu. Mais le périmètre de votre libéralisme respectif ne me semble pas le même.

    Néanmoins, il y a une composante, essentielle à mes yeux, que James Becht a d’ailleurs évoquée : le libéralisme politique, troisième pied du tabouret. Je ne conçois personnellement pas un libéralisme qui ferait l’impasse sur un de ces trois aspects. J’en ai d’ailleurs fait le reproche à Christine Boutin qui illustre à elle seule l’ambiguïté des catholiques vis-à-vis du libéralisme.

    Par ailleurs, James Becht, vous dites :

    En étant un peu plus provocateur, mais sincèrement sans le souhaiter, je serai même tenté de vous demander si la mondialisation ne « noie » justement pas l’ensemble de la planète dans « la civilisation européenne » (mais, bien sûr, il faudrait peut-être déjà définir ce que l’on entend par civilisation européenne… ici, je veux bien entendu dire la civilisation qui a été le berceau de l’expansion du système marchand et des Droits de l’Homme).

    Personnellement, j’ai parfois un peu peur de l’inverse. Que le « capitalisme mondial » ne dilue les fondements humanistes de l’Europe, qui ont présidé tout de même à l’avènement du libéralisme au profit d’un capitalisme dépourvu de toute morale mais dévolu à la performance. En clair, que ce libéralisme qui, pour Nemo, n’est qu’un outil, ne devienne le cadre indépassable des relations humaines.

    Dans ce cadre, j’en viens parfois à me demander si le libéralisme ne sied pas un mieux à un ensemble homogène.

    Comme je l’ai dit, le libéralisme n’est pas tenable sans ses trois composantes. Le libéralisme politique a besoin d’un cadre politique. Un cadre politique doit être cohérent. Pour l’heure, l’Europe est déjà trop grande… Alors le monde ?

    Notez que ce sont surtout des interrogations…

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  27. « Je ne conçois personnellement pas un libéralisme qui ferait l’impasse sur un de ces trois aspects. »

    Moi non plus.

    « j’en viens parfois à me demander si le libéralisme ne sied pas un mieux à un ensemble homogène »

    Moi aussi.

    ;)

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  28. Finalement, en lisant le texte de James Burnham indiqué par Roman Bernard (et je l’en remercie), je me dis que ce sont nos deux lectures qui sont, si ce n’est fautives, en tout cas excessives : « The ideological movement has gone both ways: just as liberalism shifted toward socialism in its doctrine of the state and its economics, so has the reformist or democratic wing of traditional socialism shifted toward liberalism. » Ce passage résume exactement ce que je ressens depuis de nombreuses années : l’évolution du socialisme (de parti) vers le libéralisme (le bouquin de Delanoë, sur le plan idéologique, est en ce sens tout à fait significatif). Mais vous me rétorquerez que c’est au contraire le libéralisme qui s’est « socialisé ». Bref, c’est bien Burnham qui me semble décrire le plus justement la situation… Ce sont les deux courants qui se sont rapprochés l’un de l’autre.
    Mais tout ceci me fait aussi penser que cette question est profondément liée à la nature de l’Etat dont on parle ou que l’on entend défendre. Ainsi, il apparaît que la forme jacobine de l’Etat est la plus à même de défendre un socialisme libéral, ou un libéralisme social, c’est comme vous voudrez. Tandis qu’au contraire, une démocratie directe et un Etat fédéral, donnant plus de pouvoir au peuple et cassant les fondements d’une oligarchie des partis, devraient aller dans le sens de ce que vous me semblez, maintenant (tout ça me semble plus clair), appeler libéralisme. Est-ce exact ?
    Une dernière question : que ce soit dans l’entretien mené avec Philippe Nemo ou dans les commentaires, il me semble parfois poindre une critique du capitalisme, ou à tout le moins d’un certain capitalisme. Or, pour moi, libéralisme et capitalisme sont indissociablement liés, le premier étant en quelque sorte (mais je caricature) l’idéologie la mieux adaptée au second, comme forme d’organisation de l’économie. Ma question est donc (et sans doute paraîtra-t-elle incongrue) : peut-on concevoir un libéralisme anti-capitaliste ? Pouvez-vous m’éclairer ?

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  29. Attention, c’est du liberalism que le socialisme s’est rapproché, et non du libéralisme au sens où nous l’entendons en France.

    La gauche française « libérale » (les guillemets sont importants) a fait une césure artificielle entre le politique et l’économique pour distinguer un libéralisme politique qu’elle révère, et un libéralisme économique qu’elle exècre, qualifiant tour à tour ce dernier d’« ultralibéralisme » ou de « néo-libéralisme ». Le meilleur exemple en est fourni par Catherine Audard qui, dans son Qu’est-ce que le libéralisme ? paru cette année, allait jusqu’à affirmer en introduction que Barack Obama avait sauvé le libéralisme !

    Au-delà du hiatus linguistique dont j’ai parlé tantôt, il y a la volonté de la gauche non-marxiste de se défaire d’un socialisme désuet.

    « Tandis qu’au contraire, une démocratie directe et un Etat fédéral, donnant plus de pouvoir au peuple et cassant les fondements d’une oligarchie des partis, devraient aller dans le sens de ce que vous me semblez, maintenant (tout ça me semble plus clair), appeler libéralisme. Est-ce exact ? »

    C’est exact.

    « que ce soit dans l’entretien mené avec Philippe Nemo ou dans les commentaires, il me semble parfois poindre une critique du capitalisme, ou à tout le moins d’un certain capitalisme. Or, pour moi, libéralisme et capitalisme sont indissociablement liés, le premier étant en quelque sorte (mais je caricature) l’idéologie la mieux adaptée au second, comme forme d’organisation de l’économie. Ma question est donc (et sans doute paraîtra-t-elle incongrue) : peut-on concevoir un libéralisme anti-capitaliste ? »

    Un libéralisme anti-capitaliste, non, pas au sens où nous entendons « libéralisme » en France. Par contre, certains liberals américains peuvent, en effet, être très critiques du capitalisme : John Rawls est probablement la figure de proue de cette tendance.

    En revanche, un capitalisme anti-libéral est tout à fait envisageable : il suffit de prendre les exemples de la Russie et de la Chine.

    Mais on pourrait prendre aussi l’exemple de la France, dont le système économique peut être qualifié de « capitalisme d’État ».

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  30. Cet entretien est par ailleurs discuté et commenté sur cet excellent blog. Nous vous conseillons le coup de clic !

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  31. Si vous voulez comprendre pourquoi certains se réclament du socialisme ou d’autres mouvements qui combattent le capitalisme sauvage, je vous invite à lire l’article ci-après, pour en finir avec les prédateurs qui utilisent les libertés comme bon leur semblent. C’est du concret et ça explique tout sans théories enfumeuses…

    Rarement accusé, le libéralisme qui sous-tend le capitalisme sauvage est pourtant à la source de la révolte sociale qui secoueront encore les banlieues !!!

    Point de vue d’un enfant des banlieues :

    En France, ou ailleurs, les vrais problèmes ne viennent pas des systèmes creux, alibis et superficiels (libéralisme, capitalisme, socialisme, gauche, droite, etc) mais de l’échec de certains de leurs idéologues sur la conception qu’ils se font de la vie, de l’homme et de son éducation.

    Tous les systèmes d’organisation « de parti pris d’intérêt » qui se terminent en « ismes figés» sont en échec. Tous les éléments de la filière qui ont porté leurs représentants aux affaires, naïfs ou non devant les puissants intérêts des multinationales et de leurs actionnaires, ont démontré leur incapacité à convaincre et s’accorder sur les valeurs nécessaires pour permettre aux hommes de vivre ensemble sans conflits.

    Les composantes du corps social sont incapables de vivre en harmonie. Les responsables de ces pseudos systèmes sont impuissants et incompétents pour rendre la Société belle, juste et équitable, et en conséquence les êtres humains heureux.

    J’estime que l’une des causes de ce désordre vient essentiellement d’hommes et femmes, au sein même de leur organisation, parvenus au pouvoir de leur sphère d’influence. Généralement sans scrupules, à l’image de certains prédateurs nuisibles, ils sont une minorité agissante qui salit l’humanité. Cet article a pour but d’inviter chacun à les repérer pour les empêcher d’accéder à tout mandat électif, dans tous les domaines de la vie sociale, politique, et culturelle. À chacun de prendre ses responsabilités, si, tant soit peu, les règles du jeu utilisées par ces prédateurs ont été comprises.

    Ces individus en question (hommes ou femmes) sont des manipulateurs conscients et exercés. Ils savent jouer sur les instincts et la fragilité de la nature biologique de l’être humain. Les plus cyniques d’entre eux sont prêts à tout pour leur orgueil, avoir du profit facilement et rapidement et jouir dans tous les sens du terme. Attention, nous sommes de plus en plus en danger, qui plus est avec les connaissances des mécanismes de la manipulation mentale dérivée des connaissances scientifiques (notamment de la neurologie). Avec le développement des moyens de communication, amplifiés par les nouvelles technologies, tout est à craindre de leur part et de leurs groupes de pression ! Ces individus méprisables ont l’art, pour arriver à leurs fins, de fouiner et d’utiliser la mauvaise part de l’animalité qui abrite l’agressivité mal canalisée de l’homme ; ceci à tous les niveaux, en France et ailleurs, sur tous les continents, dans tous les pays riches ou en voie de développement.

    Ces prédateurs, qui représentent une minorité agressive mais puissante, on les retrouve avec les mêmes intentions égoïstes dans toutes les étapes de l’histoire. Ils s’agglutinent subtilement dans des organisations mafieuses, mais aussi à l’air respectable. Dans les deux cas, ils combinent en sous-main leurs affaires ensemble pour conserver partout leurs intérêts (par le biais de leur parti, d’associations, de groupes de lobbying qui s’insèrent même dans les mouvements religieux et syndicaux). Il s’agit à tout prix pour eux de satisfaire leur besoin de domination, d’accroître leur pouvoir, leur sécurité matérielle et celle de leurs proches qu’ils dominent également, leurs jouissances perverses ou non.

    Pour leur narcissisme forcené, leur mépris de l’humanité, et la conception qu’ils se font de la réussite et de la démocratie, qu’importent pour eux les plus faibles qu’ils écrasent de leur supériorité, les pauvres gens qui ne demandent qu’à vivre en paix, à travailler pour gagner leur vie tout en se rendant utiles, et à élever dignement leurs enfants.

    Qu’importent pour eux les dommages à l’environnement et les conflits militaires générés qui tuent des innocents en enrichissant ceux qui vivent de leur commerce.

    Ils m’écoeurent ! Ils me donnent la nausée ! Honte à eux ! Honte pour leur manque d’amour envers le genre humain et ses capacités inconditionnelles à aimer auxquelles ils ne croient pas, mais dont ils abusent et veulent toujours plus tirer profit égoïstement.
    En reprenant une déclaration politique employant le terme injurieux de « racaille » – dont parlait « un Certain » aux multiples faciès des banlieues – il serait préférable de mieux orienter sa signification sur « certains visages de toutes couleurs de personnalités rangées » à l’abri du besoin ; je veux parler de ces individus à l’allure trompeuse et grassouillette de poupons souriants. On retrouve leurs visages frais, sans peur du lendemain, repérables dans les catégories et lieux feutrés « de certains cols blancs » ; souvent ils se tapent sur l’épaule avec des « cher ami » !. Beaucoup de ces prédateurs en question leur ressemblent, vous l’avez deviné. Initiés en tout genre, faiseurs de coups en bourse, siégeant le plus possible dans les assemblées lucratives, bidouilleurs de plans d’occupation des sols en milieu rural ou urbain, traficoteurs de toute nature, on les retrouve presque partout et prêt à corrompre d’aussi minables qu’eux par des services, des promesses ou des avantages certains.

    Ces hommes ou femmes dominants, qui se croient intelligents, mais qui ne sont que malins et pervers, toujours en recherche de reconnaissance des autres et de gratifications de toutes sortes, devraient se rappeler qu’il existe une chose plus importante que leurs lamentables combines, les systèmes qu’ils entretiennent, leur parti, classe ou groupe qu’ils pourrissent. Une chose plus importante que leur propre intérêt égoïste et ceux de leur entourage profiteur, conscient ou inconscient : « que personne dans ce bas monde ne crache le sang pour que d’autres vivent mieux ».

    Ayons honte de tous ceux qui ne font rien pour que cela change et qui, sans discernement, se soumettent en pensant que « la loi du plus fort est toujours la meilleure !

    Partout dans le monde, pour en finir avec la misère matérielle, affective et morale, commençons, dans tous les milieux, à identifier à tous les niveaux d’organisation de la société, sans exceptions, « ces insupportables, leurs complices et obligés ». Il faut les empêcher de nuire en les écartant de tous les postes ayant un pouvoir de décision ; principalement à tous les échelons ayant un caractère économique, politique, social et culturel. Que chacun réfléchisse au moment des élections en tout genre…
    C’est vital pour la république, et une saine et vraie démocratie qui doit en finir de reposer sur l’hypocrisie. Hypocrisie justifiée par des raisonnements fallacieux, eux-mêmes entretenus par des consensus frauduleux relayés volontairement ou non par tous ceux qui ont une influence sur la population, notamment la presse, la radio, et la télévision. Mais aussi le monde de la littérature, du théâtre, des arts, du spectacle, de la musique et du cinéma qui, avec la séduction complice de leurs mercenaires, font lâchement ou bêtement passer certains messages dans les oeuvres de fiction ou non. Ces médias qui, sans généraliser, sont contrôlés subtilement, voire dominés, directement ou indirectement, dans l’ombre, par les obligés ou représentants de ces tristes individus qui font, dans les banlieues et ailleurs, désespérer de la société et de l’humanité.

    Posons-nous les véritables questions : comment le pouvoir et la domination s’exercent sur les individus que l’on peut qualifier « d’agressifs congénitaux », comment « le système de la peur » instrumentalise la violence psychique et physique ? Instrumentalisation d’une peur distillée avec un certain sadisme dans les médias, sans relâche, jour après jour, avec les mêmes ressorts de fond de commerce utilisant le sensationnel, les sous-entendus, les rumeurs. Elle vient de ces « écoeurants » qui l’utilisent ou en sont complices pour l’organiser comme moyen de contrôle social permanent.

    Ces agressifs congénitaux participent à la sécrétion d’Informations manipulatrices, préparées par eux-mêmes ou des mercenaires manipulés par les forces de l’argent. Ils se croient intelligents à l’abri des agences nationales et internationales de presse. Pseudo journalistes compromis par lâcheté ou inconscience, ils n’en finissent pas d’être ridicules sur des informations le plus souvent ânonnées sur des téléprompteurs, rabâchées, martelées et relayées en compromission à l’identique ; elles donnent, en regardant et lisant certains journalistes, envie de vomir.

    Je vous invite à publier largement et partout ce commentaire, car beaucoup de ces individus se reconnaîtront, j’en suis sûr ! Ils sauront que les braves gens, des banlieues, des zones défavorisées volontairement, ou d’autres lieux sur terre, ne sont pas dupes même s’ils n’ont pas encore bien identifié la cause de leur malheur et désespoir qui vient essentiellement de ces cyniques; et par voie de conséquence de ceux qui se complaisent à les imiter, servir, couvrir et malheureusement les représenter, jusque dans le monde politique.

    L’homme est grand, je crois en lui !
    La vie est belle ; ne laissons pas les prédateurs « Les mauvais de cette nature » nous la gâcher ! Agissons pour une saine et véritable démocratie débarrassée des malfaisants au pouvoir.

    Si vous cherchez les responsables des désordres les voici décrits.

    Vous avez compris, dans toutes les situations où vous devez élire, regardez attentivement pour qui vous votez !

    Cordialement !

    Signé : Un enfant des banlieues

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  32. Merci de votre commentaire.

    Question idéologie, votre article (non sourcé) se pose là… Comme toutes les théories du complot.

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  33. Entretien intéressant et riche avec un intellectuel qui défend très bien sa boutique. Némo a l’air d’en avoir contre les franc-maçons mais il oublie que la révolution française et ses droits de l’Homme (dont le droit de propriété) sont d’origine franc-maçonne. Aujourd’hui, les groupes comme Le siècle, la Trilatérale ou le Bildenberg (composés de beaucoup de franc-maçons) prônent une idéologie sans-frontiériste où le marché global profitera de l’inculture et de l’absence de valeurs d’individus déracinés avides de consommation effrénée. Marx avait raison quand il considérait que le capitalisme détruit tous les systèmes de valeurs traditionnelles.

    Quant à l’absence de relai médiatique de la pensée libérale, que dire d’Attali, de Laine ou de Minc ?

    Autant je comprend les liens qu’entretiennent protestantisme et libéralisme (égalité sur terre avec un individu face à dieu sans intermédiaire, inégalité aux cieux du fait de la prédestination), autant je ne vois pas les liens entre catholicisme et libéralisme (inégalité sur terre, le prêtre ayant une position dominante et égalité aux cieux).

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  34. @ Larmo : la Trilatérale et le Groupe de Bilderberg ne sont pas libéraux, ce sont des sociaux-démocrates mondialistes, tout simplement. Je vous invite à regarder le documentaire d’Alex Jones « The Obama deception ». Jones y démontre que les soutiens de Barack Obama, en 2008, qui étaient liés à Wall Street et aux groupes précités, sont tous favorables à des mesures étatistes, comme le renflouement des banques par les contribuables, ou le rachat par la Fed (planche à billets) de la dette émise par le Trésor américain.

    Vous semblez lier libéralisme et consumérisme, mais ce dernier est d’essence keynésienne, pas libérale, comme le démontre l’article suivant.

    « Quant à l’absence de relai médiatique de la pensée libérale, que dire d’Attali, de Laine ou de Minc ? »

    Attali et Minc ne sont pas des libéraux, ce sont également des sociaux-démocrates. Quant à Laine, il n’a sûrement pas la même présence médiatique que les sociaux-démocrates, bien plus nombreux.

    « je ne vois pas les liens entre catholicisme et libéralisme »

    Parce que vous n’avez pas lu l’entretien. La pensée libérale commence non pas avec la Réforme, comme cela est souvent dit (à tort), mais avec la Seconde scolastique espagnole au XVIe siècle, qui s’appuyait sur la pensée de saint Thomas d’Aquin. On faisait difficilement plus catholique que l’Espagne du XVIe siècle. Plus tard, au XVIIIe et au XIXe siècles, c’est dans la France catholique que cette pensée sera poursuivie, avant d’être transmise à l’Autriche catholique, avec l’École de Vienne.

    La pensée libérale anglaise, apparue au XVIIe siècle, a débouché sur l’école utilitariste anglaise du XIXe (Smith, Ricardo, Stuart Mill), qui, à l’image du dernier nommé, a dérivé vers le socialisme. Si l’on prend les pays protestants aujourd’hui, tous sont marqués par cette mutation, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, de la mutation du libéralisme vers le socialisme, comme l’a bien expliqué James Burnham dans Suicide of the West (1964). Aujourd’hui, la doxa veut que les pays protestants soient libéraux, mais si l’on se penche sur plusieurs pays protestants (Suède, Pays-Bas, Canada, Royaume-Uni, États-Unis), on se rend compte que les libertés, notamment en matière de pensée et d’expression, y sont bien moins respectées que dans un pays catholique comme l’Italie.

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  35. @ Roman Bernard : la France, bien que catholique, est restée rurale plus longtemps que ses voisins protestants. En outre, le taux alphabétisation des pays protestants était pour la même période bien plus élevé que celui des pays catholiques.

    Quant aux organisations mondialistes, elles plaident pour un marché mondial sans entrave c’est-à-dire exempt de barrières commerciales (d’où l’idée de destruction des nations, v. les livres de Pierre Hillard).

    Concernant la liberté d’expression, elle me paraît tenir une place beaucoup plus importante aux USA et en Angleterre qu’en France ou en Italie où la presse est détenus par de grands groupes. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la diversité de la recherche universitaire aux USA.

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  36. « la France, bien que catholique, est restée rurale plus longtemps que ses voisins protestants. En outre, le taux alphabétisation des pays protestants était pour la même période bien plus élevé que celui des pays catholiques. »

    Aucun rapport avec le débat sur le libéralisme et son lien avec le protestantisme ou le catholicisme.

    Contrairement à ce qu’avancent les socialistes, l’alphabétisation n’est pas émancipatrice. L’Europe médiévale était infiniment plus libre à tous égards que l’URSS, qui était alphabétisée à 100 %…

    Quant à l’urbanisation, elle convient bien plus au socialisme que le libéralisme, et inversement : une société urbanisée a davantage besoin de l’État qu’une société rurale. Ce n’est pas pour rien que les révolutionnaires français, proto-socialistes, voulaient urbaniser à toute force une France réticente.

    « Quant aux organisations mondialistes, elles plaident pour un marché mondial sans entrave c’est-à-dire exempt de barrières commerciales (d’où l’idée de destruction des nations, v. les livres de Pierre Hillard). »

    J’ai lu Pierre Hillard, j’ai même recensé l’un de ses livres et l’ai rencontré pour l’interviewer, en 2008 « Europe fédérale… ou féodale ? ». L’analyse de Pierre Hillard fait fi de l’« éléphant dans le salon » qu’est l’État, que celui-ci prenne la forme de l’État-nation (dont le poids en termes de dépenses publiques rapportées au PIB est en constante augmentation…), de cartel d’États-nation (Union européenne, Alena) ou d’organisations préfigurant un gouvernement mondial (FMI, Banque mondiale, OMC, etc.). Toutes les instances que je viens d’évoquer sont publiques, i.e. financées par l’impôt. Aucun libéral authentique ne saurait donc souscrire à la mondialisation bureaucratique qui a cours actuellement.

    Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de frontières que nous vivons dans un monde libéral, le libre-échange n’étant pas l’essentiel du libéralisme. Si le marché mondial est réglementé par un État mondial liberticide, nous ne sommes pas dans une configuration libérale, mais clairement socialiste.

    « Concernant la liberté d’expression, elle me paraît tenir une place beaucoup plus importante aux USA et en Angleterre qu’en France ou en Italie où la presse est détenus par de grands groupes. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la diversité de la recherche universitaire aux USA. »

    J’aurais dû mettre un bémol pour les États-Unis, mais un bémol très léger. Si, pour l’instant, le 1er amendement de la Constitution existe, l’institution judiciaire a contourné le principe de la liberté de pensée en instaurant un hate crime dans la jurisprudence américaine. Aux États-Unis comme en France, vous êtes condamné à une plus lourde peine de prison si le crime que vous avez commis est jugé « raciste », même si le fait de juger l’intention, et non l’acte, est contraire à l’État de droit et fait régresser la procédure judiciaire au niveau de l’Inquisition (charge de la preuve incombant à la défense et non à l’accusation, non-respect de la présomption d’innocence, obligation pour l’accusé de prouver son innocence alors qu’il est logiquement impossible de prouver l’absence d’une chose…). Aggraver une peine pour cause de « racisme », c’est de fait criminaliser une pensée.

    Je suis américanophile, mais il ne faut pas être naïf non plus. Le 1er amendement est en lambeaux.

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  37. Vous semblez faire une différence entre le libéralisme économique (marché libre sans contrainte étatique donc libre échange) et libéralisme politique (libertés publiques ou droits fondamentaux) alors que c’est en réalité un tout (v. Michéa, l’empire du moindre mal).

    Sur le mondialisme, en somme, vous pourriez souscrire à un gouvernement mondial dès lors qu’il garantit les libertés. La différence public/privé est inopérante puisqu’à terme ce sont les multinationales qui remplaceront l’Etat.

    S’agissant des dépenses publiques, en réalité leur proportion n’a pas augmenté. Ce qui a tout bouleversé, c’est l’intérêt de la dette que les contribuables doivent payer aux banques privées (depuis la loi Pompidou-Rotschild de 1973).

    En tous les cas, il est heureux de voir que certains libéraux ne défendent pas de façon acharnée l’UE actuelle et toutes les instances globalisantes (FMI, banque mondiale etc.). Une alliance sera donc un jour possible entre certains libéraux et les nationalistes lorsque le monde orwellien qu’on nous prépare verra le jour. C’est sur les solutions que les divergences naîtront.

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  38. « Vous semblez faire une différence entre le libéralisme économique (marché libre sans contrainte étatique donc libre échange) et libéralisme politique (libertés publiques ou droits fondamentaux) alors que c’est en réalité un tout (v. Michéa, l’empire du moindre mal). »

    Ah, non, je ne fais pas de différence entre liberté politique et liberté économique. La liberté est un tout, et si l’on veut défendre la liberté de façon conséquente, on doit la défendre dans tous les domaines.

    De même, si l’on veut défendre la liberté d’un peuple, d’une nation, on doit aussi défendre la liberté des individus qui les composent, et cela aussi bien en matière économique qu’en matière politique.

    « Sur le mondialisme, en somme, vous pourriez souscrire à un gouvernement mondial dès lors qu’il garantit les libertés. La différence public/privé est inopérante puisqu’à terme ce sont les multinationales qui remplaceront l’Etat. »

    Non, puisqu’État mondial et liberté s’excluent mutuellement. Un État mondial, cela signifie le monopole absolu de la contrainte sur tout le territoire de la planète. Ce qui ne laisse aucun moyen d’éviter qu’il suive la pente naturelle de tout État : l’accroissement de son pouvoir. En effet, dans le cadre d’un État mondial, on ne peut plus fuir la coercition comme le font aujourd’hui les Français qui vont en Suisse pour être moins spoliés qu’ils ne le sont aujourd’hui par le fisc, ce qui, tant qu’ils peuvent le faire (mais c’est en train de se terminer, cf. affaire HSBC), oblige Bercy à plus de sobriété.

    « S’agissant des dépenses publiques, en réalité leur proportion n’a pas augmenté. Ce qui a tout bouleversé, c’est l’intérêt de la dette que les contribuables doivent payer aux banques privées (depuis la loi Pompidou-Rotschild de 1973). »

    Si, en proportion du PIB, les dépenses publiques ont explosé. Elles étaient de 39 % en 1974, elles sont de 56 % aujourd’hui. Et la « solution » que vous proposez implicitement n’est pas la bonne.

    En gros, vous voudriez que comme avant 1973, l’État emprunte sans intérêt à la Banque de France de l’argent créé ex nihilo. L’accroissement de la masse monétaire qu’une telle politique permet se retourne contre les Français, qui financent indirectement les largesses de l’État par l’inflation. C’est d’ailleurs cette politique qui est menée aux États-Unis, avec le succès que l’on sait. Non, la solution, c’est de revenir à la modestie, avec la fin du crédit laxiste (aussi bien aux États qu’aux ménages), en laissant l’épargne financer l’investissement. La création monétaire débridée, elle, détruit l’épargne.

    « En tous les cas, il est heureux de voir que certains libéraux ne défendent pas de façon acharnée l’UE actuelle et toutes les instances globalisantes (FMI, banque mondiale etc.). »

    Pas certains libéraux, tous les libéraux authentiques. Les autres sont des imposteurs, rien de plus.

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  39. On se mettra peut-être d’accord sur une chose avec Hegel : pas de liberté sans Etat car qui d’autre que l’Etat pour garantir les libertés ? Sans état, on aboutit à l’anarchie, au désordre ou à l’explosion du fait de la mise en lumière des contradictions du marché à savoir la production de fortes inégalités sociales. Car s’il vaut rendre hommage à tout innovateur de talent, qu’est-ce qui légitime que ses héritiers qui n’ont rien démontré profitent massivement du talent de leur ancêtre ? A ce sujet, un petit extrait de l’histoire de France de Bainville :

    « ainsi naquit une multitude de monarchies locales fondées sur un consentement donné par la détresse. Les abus de la féodalité ne furent sentis que plus tard, quand les conditions eurent changé, quand l’ordre commença à revenir, et les abus ne s’en développèrent aussi qu’à la longue, la valeur du service ayant diminué et le prix qu’on le payait étant resté le même. C’est ce que nous voyons tous les jours pour le régime capitaliste. Qui se souvient des premiers actionnaires qui ont risqué leur argent pour construire des chemins de fer ? A ce moment- là, ils ont été indispensables. Depuis, par voie d’héritage ou d’acquisition, leurs droits ont passé à d’autres qui ont l’air de parasites »

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  40. Je suis d’accord sur le rôle de l’État : assurer la sécurité intérieure (police), extérieure (armée), protéger la liberté et la propriété (justice), et assurer des relations le moins guerrières possibles avec l’étranger (diplomatie). Depuis les années 1930 et surtout depuis 1945, l’État a largement outrepassé ce rôle.

    Quant à l’héritage, les seules fortunes qui durent à travers les décennies et les siècles sont celles qui sont réinvesties (autrement, l’érosion monétaire les détruit sur la durée). On peut trouver parasitaires les gosses de riches qui ne font rien d’un argent qu’ils n’ont pas mérité, mais ces gens sont juste en train de dilapider la fortune qu’ils ont héritée. Les familles qui réussissent à conserver et transmettre leur fortune sont celles qui œuvrent, en actes sinon en intentions, pour le bien commun (exemple : les Michelin).

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  41. Némo a bien trahi Clavel hein salaud!!

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  42. Quelle merveille ,deux ans plus tard , de lire cet interview de Philippe Nemo.
    Ce matin nous l’avons entendu dans l’émission de Finkelkraut .
    Cette passion pour la vérité , cette clarté qui provient de son intérêt sincère pour le fonctionnement intellectuel de l’Autre , sont si rares chez ceux qui accèdent aux micros des médias .
    Il faut le remercier et pour ma part je vais essayer modestement de vérifier que tous autour de nous ont eu connaissance de cette magnifique vision de notre pays ,vision si nette et si bien expliquée , vision si terriblement utile .

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