Confesser les fautes du passé ?

“C’est marrant, t’es catho et pourtant t’es sympa !”. Cette phrase, prononcée avec candeur, m’a déjà transpercé le cœur à plusieurs reprises alors que, au détour d’une conversation du lundi matin sur l’activité du week-end, je mentionnais à mes interlocuteurs que j’étais allé à la messe dominicale.

Cette remarque m’a révélé l’image que la plupart de nos contemporains ont des catholiques – c’est-à-dire de l’Eglise – et par extension la méfiance qu’ils nourrissent envers tout ce qu’elle est susceptible de dire.

C’est l’une des raisons pour laquelle les catholiques ont beaucoup plus de mal à témoigner de Jésus Christ que nos frères évangéliques. Ils n’ont pas à porter le fardeau du passé. Du moins en France où l’alliance du sabre et du goupillon n’est toujours pas passée dans l’inconscient collectif. Aux Etats-Unis où l’Eglise catholique a toujours été du côté des pauvres et des immigrants son image est bien meilleure et ce sont les pentecôtistes anglo-saxons qui incarnent la religion officielle et aliénante. On paye toujours pour les fautes des autres générations.

1/ Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées

Indépendamment des faiblesses que l’on peut reprocher aux fidèles catholiques eux-mêmes, comme le manque de formation théologique et scripturaire ou même la trop faible vie de prière et d’intimité personnelle avec le Christ, le fait est que qu’il leur est très difficile de témoigner car ils portent sur leurs épaules le poids d’un passé qui ne passe pas et dont ils ne sont pas responsables.

Nous avons tous fait l’expérience de situations où ce que nous voulions dire – notre foi en Jésus et notre joie d’être aimés et sauvés par lui – n’a même pas pu ne serait-ce qu’être entendu par nos interlocuteurs qui se sont précipités dans des réquisitoires plus ou moins enflammés et plus ou moins bien informés sur des épisodes de l’Eglise antérieurs à notre naissance (l’inquisition, les croisades, les guerres de religion…) ou indépendants de notre responsabilité (les prêtres pédophiles, les évêques qui les couvraient, la corruption au sein de la Curie, les liens entre la banque du Vatican et les mafias etc.).

Nous n’y étions pour rien et, en une fraction de secondes, nous nous sommes retrouvés dans le box des accusés. Nous étions sommés de nous justifier et de rendre des comptes sur des comportements passés qui n’étaient pas les nôtres et que nous désapprouvions. Notre présomption d’innocence était pulvérisée et nous devions porter la charge de la preuve.

Le sentiment d’injustice (“nous n’y sommes pour rien !”) et l’exaspération du “deux poids deux mesures” (jamais nos interlocuteurs ne se comporteraient ainsi vis-à-vis de musulmans) poussent parfois certains à vouloir justifier ce qui leur est injustement reproché et à désavouer ouvertement les manifestations officielles de repentance des papes successifs : de Jean-Paul II faisant officiellement repentance au seuil de l’an 2000 pour les fautes commises et/ou couvertes par l’Eglise pendant les siècles passés au pape François invitant les catholiques à l’examen de conscience sur leur attitude vis-à-vis des personnes homosexuelles et la nécessité de leur demander pardon quand ils les ont offensées.

“Marre de la repentance tous azimut” s’écrient certains. “La priorité n’est pas de battre sa coulpe et à l’heure où l’islam gonfle ses muscles et où les chrétiens d’Orient sont exterminés” disent d’autres.
Ces réactions sont parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain mais, malheureusement, parfaitement inacceptables du point de vue du Christ tel qu’il nous est dévoilé dans les évangiles. Autrement dit c’est inacceptable d’un point de vue chrétien.

D’abord parce que le Christ lui-même ne nous laisse pas le choix : “Si donc, au moment de présenter ton offrande devant l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis tu reviendras présenter ton offrande” (Matthieu 5, 23-24).

Ensuite parce que le Christ nous a explicitement annoncé qu’il nous envoyait comme des agneaux au milieu des loups (Luc 10, 3).

Sans compter que cela reviendrait à donner raison à ceux qui pensent que les catholiques français n’ont pas changé depuis l’affaire Dreyfus et qu’ils préfèrent toujours une injustice à un désordre. Ou encore à affirmer avec Nicolas de Chamfort que la France est le pays où on laissait en paix les incendaires et où l’on poursuit ceux qui sonnent le tocsin. Contre-témoignage garanti.

2/ On paye pour les fautes d’autrui mais c’est d’abord l’annonce du Christ en pâtit

Il n’en reste pas moins vrai que le poids écrasant de l’histoire pèse sur l’épaule des catholiques d’aujourd’hui et limite grandement leurs possibilités de témoigner de leur foi.

C’est une réalité qui est décrite en termes imagés par un proverbe hébreu passé dans le vocabulaire courant (quoique de moins en moins courant en raison de l’illettrisme croissant de la société française mais ceci est un autre débat…) : “Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées” (Ezéchiel 18,2). En d’autres termes nous payons toujours pour les fautes des générations précédentes.

Pour d’évidentes raisons d’ordre chronologique nous ne sommes coupables ni de l’inquisition, ni des croisades, ni des guerres de religion et pourtant c’est souvent de cela que nous sommes sommés de nous justifier dès que nos interlocuteurs apprennent que nous sommes catholiques.

La tentation est grande de se braquer et de refuser de demander pardon. Demander pardon pour ses propres péchés est déjà une démarche éprouvante – nous l’expérimentons à chaque fois que nous nous confessons – mais alors demander pardon pour des péchés qui ne sont pas les nôtres !

Pourtant il est impératif que nous confessions ces péchés qui ne sont pas les nôtres pour assurer et rassurer nos interlocuteurs : oui ce sont bien des péchés et nous nous en désolidarisons au nom de notre conscience et, plus encore, en raison de notre attachement à Jésus Christ.

Les chrétiens sont en effet tenus d’annoncer un Dieu qui a accepté de payer de sa vie pour les péchés d’autrui. Jésus Christ, l’amour incarné conçu sans péché, n’a commis lui-même aucun péché et a racheté à Satan l’humanité qu’il retenait prisonnier en se laissant traiter comme le pire des pécheurs. Il l’a payé de sa personne au sens propre du terme. Il n’était pas tenu de souffrir pour nous sauver des conséquences de nos péchés.

“Il était méprisé, et nous n’avons fait aucun cas de sa valeur. Pourtant, en vérité, c’est de nos maladies qu’il s’est chargé, et ce sont nos souffrances qu’il a prises sur lui, alors que nous pensions que Dieu l’avait puni, frappé et humilié. Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé” (Esaïe 53, 3-5).

Les péchés d’hier ont été commis par nos pères et nous en payons le prix aujourd’hui mais c’est d’abord et surtout l’annonce du Christ qui en pâtit.
Si, en plus de cela, nous nous mettons au premier plan – soit comme avocat de nos pères, soit comme victimes injustes de reproches anachroniques – nous nous interposons nous mêmes entre le Christ et ceux auxquels nous prétendons l’annoncer.

Nous leur parlons de nous ou de nos aînés mais pas ou plus de celui qui est venu les sauver. Ce genre d’attitudes détourne nos interlocuteurs de l’essentiel : la mort et le résurrection de Jésus Christ. La bonne nouvelle c’est qu’“Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier” (1 Jean 2,2).

C’est pour cette raison que la pire réaction consiste à expliquer que les épisodes sombres de l’histoir des chrétiens sont “plus compliqués que ça” et qu’il faut les “replacer dans leur contexte historique” et ne pas les juger “avec notre mentalité d’aujourd’hui”.

Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où l’on chercher à atténuer l’horreur de la saint Barthélémy et de la responsabilité morale de ceux qui s’y sont livrés alors il n’y a plus aucune raison que nos interlocuteurs admettent l’horreur du massacre des innocents et encore moins l’ignominie de la mort sur la croix de l’Innocent par excellence. A ce compte là l’attitude Ponce Pilate était compréhensible au vu du contexte politique “très délicat”. Non ?

Mais le pire serait de refuser de demander pardon pour les fautes de nos aînés au nom d’une solidarité de groupe ecclésiale qui ne serait ordonnée ni à la vérité ni à la charité. Ce serait la quintessence du cléricalisme. Le message que l’on envoie inévitablement dans ces cas là c’est : “faites ce que je dis, pas ce que je fais” et ça ruine toute crédibilité. Or, la force du témoignage dépend très directement de la crédibilité des témoins.

3/ Triomphalisme hier, pharisaïsme aujourd’hui ?

Sans compter que nous serions bien avisés dès aujourd’hui de montrer l’exemple à nos descendants en demandant pardon pour les péchés de nos pères afin de montrer l’exemple à nos fils quand, demain, ils seront soméms de demander pardon pour les péchés que nous aurons commis c’est-à-dire…ceux que nous sommes en train de commettre actuellement.

Certes notre tendance n’est pas ou n’est plus au triomphalisme et à l’intolérance. Mais notre tentation actuelle ne serait-elle pas plutôt le pharisaïsme ? La tentation de vouloir mutiler l’évangile pour le tailler à notre mesure et éviter d’écouter ces appela à la conversion qui impliqueraient de remettre en question notre civilisation et nos choix de vie ?

Je pense notamment à la tendance, dans certains catégories socio-professionnelles appelées supérieures par les sociologues (les fameuses CSP+) à réduire les exigences de l’évangile à des questions de morale privée (refus de l’avortement, du mariage homosexuel, de la PMA-GPA) pour mieux occulter les questions de morale sociale.

En d’autres termes on défilera contre la loi Taubira au nom de la défense de la famille mais pas contre les lois qui organisent l’exploitation économique des salariés et détruisent la possibilité même d’une vie de famille (loi sur le travail du dimanche ou loi El Khomry).

Dans certaines familles catholiques, la tentation est permanente d’insister exclusivement sur les questions qui ne remettent pas en cause l’ordre économique et sociale dont leurs membres sont les premiers bénéficiaires…et les bénéficiaires de plus en plus exclusifs.

Par exemple quand, lors des réunions de famille, oncle Hubert qui travaille chez Total explique sur un ton mesuré que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie à l’occidentale et que les dictateurs avec lesquels il fait des affaires sur place sont injustement vilipendés par une presse française qu’aveugle le politiquement correct.

De même quand le cousin Xavier qui achète et vend des dettes à Londres – il travaille dans la finance – explique avec enthousiasme que l’Angleterre a su renouer avec la croissance contrairement à la France et à ses rigidités archaïques (protection sociale, système de retraite, santé publique…) : qui viendrait lui opposer les mises en garde de Jésus sur l’amour de l’argent et la doctrine sociale de l’Eglise ?

Et quelle brute au cœur de pierre pourrait opposer quoi que ce soit à la grande sœur Ségolène, DRH chez Saint Frusquin – fleuron du luxe à la française – qui raconte toujours avec beaucoup d’émotion ses nuits blanches quand, le lendemain, elle doit annoncer leur licenciement à des salariés pour que l’entreprise reste compétitive face à la concurrence internationale et continue à faire des bénéfices ?

4/ Confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu

Le principal obstacle à l’annonce du Christ c’est, aujourd’hui comme hier, notre propre péché et la forme qu’il prend aujourd’hui c’est moins la violence et l’intolérance de nos pères que l’ hypocrisie satisfaite de leurs fils.

Nous disons croire en Dieu mais au fond nous refusons de croire ce que Dieu nous dit et c’est pour cela que nous refusons de faire Sa volonté. Quand nous invoquons Sa volonté à Lui c’est, en fait, pour exalter la nôtre. Inévitablement on en vient à faire et à cautionner des choix existentiels et politiques qui sont radicalement incompatibles avec la volonté de Dieu telle qu’elle nous est dévoilée par le Christ dans l’Evangile. On remplace le culte que l’on doit à Dieu par le culte de la croissance. Pourtant la conversion du cœur n’est pas une option mais la voie étroite mais unique qui nous mène à Dieu et nous permet de réaliser notre vocation d’homme…

L’adhésion au Christ est toujours un choix personnel qui implique d’être prêt à accepter d’entrer dans une logique spirituelle qui n’est pas la nôtre et qui entraîne une métamorphose de notre être (sanctification). Comme tous les choix cela suppose de renoncer à un certains nombres de désirs et d’aspirations qui sont des aspirations mondaines.

Dieu prend ce qu’il y a de plus petit pour révéler sa puissance. Dieu fait tout pour nous mais rien sans nous. Il nous demande de l’aimer et d’aimer notre prochain, il nous demande de nous préoccuper d’abord du royaume de Dieu et de sa justice et nous promet que tout le reste nous sera donné de surcroît.

La seule question qui nous concerne est la suivante : allons-nous décider de le croire – et donc de le suivre – ou pas ? Ce n’est pas d’abord une question théorique ni même théologique mais un choix personnel et existentiel. Toute tentative pour esquiver ce choix est inspirée par le prince de ce monde.

A défaut de faire toujours le bon choix – nous tombons souvent et nous sommes appelés à nous relever tout le temps – il nous incombe de ne pas contrefaire la nature de ce choix. “Car celui qui est préoccupé de sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera” (Matthieu 16, 25).

Le Christ désarme complètement ceux qui prétendent le suivre. Ils doivent annoncer la paix et suivre un Dieu qui prend à rebrousse-poils leurs évidences et, parfois, leurs intérêts catégoriels immédiats. Le Dieu que nous annonçons et dans lequel nous avons mis notre espoir est un Dieu tellement bon qu’il a accepté de payer pour nos péchés et c’est lui que nous sommes invités à suivre.

Bien sûr notre fidélité au Christ est toujours partielle et n’est jamais acquise. La conversion de notre cœur est à la fois une activité à plein temps et une activité de chaque instant puisque nous sommes soumis en permanence à la force d’attraction terrestre du Prince de ce monde et que la lutte pour s’arracher définitivement à son orbite ne prendra fin qu’à la dernière seconde de notre dernière heure. Quand on cherche à convertir au Christ son cœur, sa volonté et son esprit, on découvre ce qu’est le mouvement perpétuel.

Mais pour en témoigner encore faut-il l’admettre et en tenir compte concrètement. Cela suppose, entre autre choses, de confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu et ainsi dégager l’horizon de ceux auxquels nous nous adressons.

L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques

Quand le pape François fait le constat que la majorité des mariages catholiques ne sont pas valides il pose un diagnostic mais il ne modifie pas une virgule de la doctrine catholique. Pourtant il provoque des réactions hystériques chez un certain nombre de fidèles.

C’est plutôt curieux car, pourvu qu’on se donne la peine d’aller lire ce qu’il a effectivement déclaré et non les citations hors contexte voire carrément tronquées que l’on trouve sur la réacosphère, on constate que tout ce qu’il dit est dans la droite ligne de l’enseignement de l’Eglise sur le sacrement de mariage : le mariage est indissoluble dès lors qu’il est valide sacramentellement ce qui suppose que certaines conditions de validité soient réunies au préalable. C’est ce qui explique que dans certains cas l’Eglise reconnaisse a posteriori que certains mariages que l’on croyait valides ne l’étaient en fait pas. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de nullité de mariage (et non l’annulation du mariage).

Le constat qu’il fait sur l’état d’immaturité affective, psychologique et spirituelle de nombreux catholiques n’est malheureusement pas surprenant quand on se donne la peine d’ouvrir les yeux sur la réalité. Si tel n’était pas le cas nous n’aurions pas tous ces débats sur la question des divorcés-remariés. Rien de nouveau sur ce point.

Pourtant quand il dit tout haut ce que tout le monde constatait jusque là sans oser le dire à haute et intelligible voix, certains catholiques s’offusquent. D’autres expriment leurs réprobation en s’étonnant ouvertement.

Mais ce qui est étonnant n’est-ce pas plutôt l’allergie d’un certain nombre de catholiques à l’honnêteté du pape François ?

De même quand le pape François déclare « L’Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu’elle a offensées » il ne fait que rappeler l’évangile : il invite à la conversion ceux qui se sont comportés de manière non charitable envers les personnes homosexuelles et il s’inclut lui-même dans le lot. En revanche il ne change rien sur la position de l’Eglise à propos de l’homosexualité. En ce sens il n’a pas changé depuis qu’il a organisé l’opposition à la loi sur le mariage homosexuel en Argentine….

Pourtant certains catholiques se disent déstabilisés. Mais n’est-ce pas précisément leur réaction qui est déstabilisante ?

Qu’y a-t-il de déstabilisant à prêcher aux catholiques la conversion du cœur et du regard ? Qu’y a-t-il de déstabilisant à dire aux catholiques que s’ils ont blessé un frère ou une sœur ils doivent lui demander pardon ? Ce que dit le pape François correspond à l’esprit et la lettre même de l’évangile. Le lui reprocher quand on est adepte de la religion de l’amour c’est une contradiction manifeste et grotesque à la fois.

Mais c’est surtout l’indice que quelque chose ne tourne pas rond. Du moins dans certains milieux. Car les préventions contre le pape François sont loin d’être partagées par tous à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise….

1/ Les réactions hystériques d’une certaine frange de catholiques

Certain milieux catholiques s’acharnent à critiquer le pape au nom d’une identité catholique qu’ils confondent avec la somme des mauvaises habitudes, des partis pris et des préjugés qu’ils ont hérités de leur famille et de leur milieu. C’est cet héritage qu’ils assimilent au dépôt de la foi et qu’ils accusent le pape de vouloir brader.

Ils ne lui pardonnent pas de rappeler que la seule identité du chrétien est de suivre le Christ et que ça suppose très souvent de changer beaucoup de choses en soi et autour de soi…et donc de rompre avec les préjugés et les solidarités de son milieu d’origine.

Un certain nombre de catholiques par héritage refusent de devenir des chrétiens par choix. Ils font ce qu’on appelle en équitation un refus d’obstacle et tentent de faire passer leur raideur et leur dureté de cœur pour de la fidélité au magistère de l’Eglise.

D’où le paradoxe de ces catholiques qui se se réfèrent davantage à la pensée de Charles Maurras et de Pierre Gattaz qu’à celle des pères des Pères de l’Eglise et qui se veulent plus catholiques que le pape au point de prétendre lui donner des leçons de catholicisme. Quand ils ne l’accusent pas carrément de trahir le dépôt de la foi !

Sous prétexte de dénoncer les méfaits, bien réels, du clergé et de l’épiscopat français qui avaient pris prétexte de Vatican II pour justifier leurs propres fantaisies (pastorales théologiques, liturgiques et morales) et in fine leur propre apostasie, certains milieux catholiques veulent en faire porter la responsabilité à un pape argentin qui n’y est pour rien !

La contradiction manifeste entre ce qu’ils disent être – à savoir des catholiques qui se veulent fidèles à l’autorité de l’Eglise parce qu’elle est guidée par l’Esprit saint – et leur comportement de protestants – ils dénient au pape son autorité intellectuelles, spirituelle et morale – saute aux yeux de tous sauf d’eux-mêmes. Ils semblent les seuls à ne pas en être conscients.

Mais ce qu’il y a de plus absurde dans ce genre de comportements c’est qu’ils sont délibérément blessants et qu’ils ne reculent devant aucun procédé malhonnête et malveillant : insultes, calomnies, insinuations, citations tronquées ou citées hors contexte, accusations sans preuves… Toute la petite panoplie du manipulateur au complet (ou plutôt au complot).

Ces comportements prennent le contrepied de ce que le Christ nous a demandé (aimer notre prochain comme nous mêmes). Ceux qui utilisent de tels procédés refusent au pape François non seulement la présomption d’innocence mais surtout refusent d’adopter envers lui le parti pris de la bienveillance. Ce sont des contre-témoignages pour tous les non-chrétiens. Ils découragent les meilleurs volontés et font fuir les autres.

Une telle attitude traduit (trahit ?) chez ceux qui l’adoptent une malveillance profonde indissociable d’une forme d’orgueil consistant à se considérer, eux, comme le conseil d’administration de l’Eglise et le pape François comme un PDG d’entreprise qui devrait leur rendre régulièrement des comptes et surtout leur donner satisfaction.

Malheureusement pour eux l’Eglise a été voulue et conçue par le Christ et le pape désigné par l’Esprit saint. Ne pouvant le destituer ils se consolent en le mettant en cause, un peu comme quand Alain Juppé avait dit de Benoît XVI qu’il commençait « à poser un vrai problème » et qu’il vivait « dans une situation d’autisme total ».

2/ L’opposition au pape et le refus de l’évangile

Ce qui est reproché au pape c’est au fond de demander aux catholiques d’être fidèles à l’évangile .

Le pape François nous met en garde contre le risque ou plutôt contre la tentation de préférer défendre le contenant (la culture chrétienne) plutôt que de vivre de son contenu (le Christ).

Ce que certains catholiques lui reprochent c’est de leur rappeler que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais qu’il recherche des témoins et ce n’est pas la même chose (sinon il aurait appelé des légions d’anges pour échapper à sa Passion).

Ce qui lui est reproché par certains athées pieux c’est de dire tout haut que les catholiques européens ne sont pas ici-bas pour rappeler à des masses ignorantes les beautés de l’art roman mais pour leur annoncer la bonne nouvelle de notre rédemption par Jésus-Christ en commençant par vivre eux-même en cohérence avec cette bonne nouvelle.

Certains le détestent parce qu’il leur rappelle qu’ils ont une mission : témoigner par leur vie et par la paroles que Dieu est un Dieu d’amour et que Lui seul peut combler l’aspiration fondamentale de l’être humain à être aimé (« Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, Répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui, sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’amour absolu de toute éternité »).

Ce qu’ils détestent par dessus tout c’est quand le pape François leur rappelle que cette responsabilité leur incombe aussi à eux en tant que baptisés, qu’ils ont un devoir d’exemplarité parce que la sainteté n’est pas une option qu’ils pourraient décider de ne pas prendre mais qu’elle est leur vocation unique, leur seule raison d’être ici bas et la condition de leur salut.

Certains le haïssent parce qu’ils ne veulent pas entendre que la foi chrétienne est la foi en un Dieu tout-puissant qui a décidé d’avoir besoin de nous pour réaliser le salut de l’humanité. Ils lui préféreraient un Dieu musulman qui leur commande d’utiliser la force.

Leur obsession de l’islam est le reflet de leur envie et l’expression de leur regret de ne pouvoir exalter leur propre volonté de puissance, à l’image de ces musulmans qui peuvent justifier leur volonté de dominer en invoquant le jihad et imposer, quand ils sont en position de force, le statut de dhimmis aux non-musulmans….

De même que l’amour rend intelligent, la malveillance rend aveugle. A force de vouloir faire dire au pape ce qu’il n’a pas dit, par exemple en l’accusant d’avoir dit que tous les mariages étaient nuls, les ennemis  du pape François se condamnent à ne rien comprendre.

Car en posant un diagnostic sans complaisance sur la réalité de certains mariages célébrés dans les formes, il pointait du doigt les conséquences de l’apostasie et du laxisme d’un certain nombre de responsables du clergé qui ont renoncé à éclairer les consciences en refusant de célébrer un mariage sacramentel quand les conditions de validité n’étaient pas réunies !

En refusant d’écouter ce que le pape dit réellement et en préférant le calomnier les catholiques qui aiment le détester se condamnent à la cécité volontaire.

L’hystérie que déclenchent chez certains le pape François ne nous dit rien de ce que fait ou pense le pape François mais il nous en apprend beaucoup sur l’état intérieur de ses détracteurs.

De ce point de vue là l’allergie au pape François est un bon révélateur des incohérences et des turpitudes de certains milieux catholiques. En un sens c’est une bonne nouvelle : les masques tombent !

Comment et pourquoi avoir une gueule de ressuscité ?

Nietzsche reprochait aux chrétiens qu’il voyait de ne pas être vrais et disait qu’il pourrait peut-être croire en Dieu si au moins ils avaient « des gueules de ressuscités ».

Cette remarque est pleine de bon sens : quand on est heureux, quand on est habité par une flamme, une espérance ça se se voit et, à l’inverse, quand on vit dans l’ennui, l’inquiétude, la frustration, l’angoisse ou le malheur ça se voit aussi.

Pourtant quand on fait remarquer cela certains chrétiens ont tendance à répondre «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?» comme dans la chanson éponyme de Johnny Halliday.

1/ «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?»

C’est la tentation de l’identitarisme chrétien. Chez nos frères orthodoxes c’est la tentation de se claquemurer à l’intérieur d’Eglises autocéphales. Chez nos frères réformés c’est la tentation de se scinder en petites sectes protestantes toujours plus exclusives. Chez les catholiques de France, aujourd’hui, c’est la tentation du repli identitaire avec la perspective – espérée ou redoutée – de l’affrontement communautaire : «Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Si tu veux te la payer, viens je rends la monnaie. T’as rien dit tu l’as déjà dit, On n’va pas y passer la nuit»

Confrontés à l’hostilité, bien réelle, de la société médiatique et des institutions publiques qui ne perdent pas une occasion de nier l’existence et la légitimité de la communauté catholique en France, la tentation est grande pour certains de réagir comme une forteresse assiégée et de défendre une logique de l’honneur : «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ?».

Cette logique de l’honneur est héritée de l’aristocratie et du monde féodal, pas de l’évangile. C’est parce que saint Vincent de Paul a fini par en convaincre son bienfaiteur, monsieur de Gondi, que celui-ci a renoncé à se se battre en duel pour laver son honneur. Mais cette mentalité est également celle qui prévaut encore très largement parmi nos frères musulmans et la tentation identitaire, pour les chrétiens, c’est d’adopter une mentalité de musulmans plutôt qu’une mentalité de chrétiens. D’où la surenchère victimaire à laquelle se livrent certains chrétiens en traquant sytématiquement les manifestations de cathophobie, néologisme mimétique de celui d’islamophobie.

Plus profondément encore – et plus gravement – c’est donner tort au Christ quand il dit à saint Pierre qui voulait prendre sa défense : «Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée» (Matthieu 26, 52).

C’est la tentation d’oublier que les disciples ne sont pas plus grands que leur maître et que si le Fils de Dieu en personne, l’Amour fait homme n’a pas été aimé et reconnu par les hommes, ses disciples ne doivent pas s’attendre à être mieux traités.

Les persécutions sont le lot des disciples du Christ depuis le début du christianisme et elles ont été annoncées par le Christ lui-même : «Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande au ciel. En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés» (Matthieu 5, 11-12).

C’est aussi vouloir substituer la logique des hommes à la logique de Dieu : Dieu se manifeste de manière paradoxale en choisissant ce qu’il y a de plus petit et de plus faible et c’est pour cela que les périodes au cours desquelles les chrétiens sont persécutés sont suivies de périodes de conversions. Comme le disait Tertullien dans sa célèbre formule : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ».

La tentation identitaire c’est la tentation de détourner notre attention de la vie éternelle et de ce qu’il nous faut faire ici bas pour accéder au paradis : « Recherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné en plus » (Matthieu 6, 33).

La tentation identitaire, c’est aussi donner tort à saint Paul quand il déclare : « J’estime que les souffrances du moment présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous » (Romains 8, 18). C’est vivre en athée tout en se proclamant catholique.

C’est la tentation de Charles Maurras, positiviste et disciple d’Auguste Comte : transformer la Bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour tout homme en une unité de combat : « Quoi, ma gueule? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule? De galères en galères, elle a fait toutes mes guerres».

Non seulement on passe de l’espérance de la résurrection et de la vie éternelle au triste et traumatisant spectacle de la méchanceté humaine mais surtout on oublie que la méchanceté humaine passe aussi par nous, individuellement et collectivement.

Individuellement parce que la frontière entre le bien et le mal traverse notre propre cœur et c’est pour cela que nous avons besoin de nous confesser régulièrement et de nous convertir en permanence.

Collectivement, parce que les péchés peuvent aussi être décuplés au sein d’une communauté, même religieuse et c’est pour cette raison que saint Jean-Paul II a officiellement fait acte de repentance en l’an 2000 pour toutes les fautes et les crimes commis et/ou couverts par l’Eglise catholique.

La tentation identitaire consiste, à l’inverse, à refuser tout examen de conscience en faisant primer la solidarité partisane sur la vérité et la justice : «Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Je m’en fous qu’elle soit belle, au moins elle est fidèle».

Cette tentation apparaît comme une position de repli et une consolation pour les nombreux catholiques qui ont été légitimement traumatisés par l’apostasie d’une grande partie de l’épiscopat et du clergé au cours des années 1970. Des catholiques sincères qui ont parfois été abandonnés et vilipendés par leurs propres pasteurs parce qu’ils voulaient rester fidèles au dépôt de la foi et à la tradition apostolique !

C’est donc souvent d’un amour déçu avec l’Eglise – du moins avec ses dirigeants – que naît cette rancœur. C’est le souvenir jamais effacé d’une injustice commise par ceux là même qui leur demandaient de confesser leurs péchés ! C’est la conscience d’une injustice commise à leur égard et pour laquelle aucune demande de pardon n’a été formulée. Cette la douleur indicible d’un amoureux trompé et bafoué par sa bien-aimée : «C’est pas comme une que je connais, une qui me laisse crever tout seul, mais je n’veux même pas en parler, une qui se fout bien de ma gueule».

2/ Convertir son regard pour convertir son cœur

« A celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien » disait Jean Jaurès.

La colère des identitaires a pour source un profond pessimisme dans lequel ils essaient de ne pas se noyer en se raccrochant à leur identité (réelle ou imaginaire peu importe) . Mais leur désespérance est d’autant plus tragique qu’elle reste clandestine.

Ils ne peuvent pas l’exprimer (trop) ouvertement puisque, officiellement, ils revendiquent la foi et l’espérance, ces deux vertus théologales qui sont le marchepied de la troisième et la plus haute : la charité !

A l’inverse celui qui a eu la chance de recevoir le don de la foi n’a aucune raison de désespérer, au contraire ! Il sait que sa mission ne consiste pas à défendre un contenant (la culture chrétienne) mais son contenu (le Christ) et il sait que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais des témoins.

Il lui incombe donc de manifester son espérance et sa charité : il n’a pas le droit, par paresse, de laisser les soucis du monde ou le poids du jour les submerger.

Il a d’abord le devoir d’être toujours prêt à rendre compte de l’espérance qui est en lui – « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3, 15) – ne serait-ce parce que parce que c’est le minimum syndical ! Mais ensuite il a le devoir d’en rayonner car ce que l’on vit est plus éloquent que ce que l’on dit.

Oui mais concrètement, on fait comment pour avoir une gueule de ressuscité ?

On commence par se réjouir de vivre ici et maintenant car c’est en changeant le regard que nous portons sur la réalité extérieure que nous pouvons commencer à changer nos dispositions intérieures et convertir notre cœur. Et ça, ça se voit !

Mais ce n’est pas un choix léger ou anodin. Habituer notre regard à découvrir et à admirer les merveilles nichées dans les plis de la réalité, discerner ce qui est poétique dans ce qui est prosaïque c’est un exercice spirituel permanent.

C’est une hygiène de vie intérieure qui nourrit l’âme et réjouit le cœur de l’homme. C’est une ascèse qui, comme toute ascèse, est la source d’une joie intime et profonde. Une joie qui dépend moins des circonstances extérieures que des nos dispositions intérieures et qui, à ce titre, est beaucoup moins aléatoire. Bien sûr ce n’est pas un bonheur permanent, c’est encore un bonheur à éclipses mais c’est déjà l’avant-goût du bonheur éternel.

C’est une sorte de discipline sportive comparable aux programmes de préparation physique que suivent les athlètes qui veulent se donner les moyens de gagner les grandes compétitions. C’est un entraînement permanent dont l’objectif est de muscler notre capacité à repérer, voir, contempler, admirer accueillir et goûter ce que ce monde, par ailleurs abîmé par le péché, a conservé d’aimable

Plus nous serons en mesure de nous émerveiller et d’aimer la création et plus nous serons en mesure de bénir et d’aimer son créateur quand nous Le rencontrerons. A l’inverse, moins nous serons capables d’aimer et d’accueillir son amour et plus sa présence nous sera insupportable e traumatisante. Ce que d’autres vivront comme un paradis nous le vivrons – au sens propre du terme – comme un enfer.

Sans compter que c’est en développant dès maintenant notre capacité d’émerveillement et de gratitude que nous rendrons déjà témoignage et justice à Celui qui «a fait toute chose belle en son temps» (Ecclésiaste 3, 11).

La fin d’un mariage ou la possibilité d’une révélation

La multiplication des échecs conjugaux dans le milieu catholique l’atteste : de plus en plus de mariages présumés sacramentellement valides se révèlent invalides parce que non-viables pour des raisons qui, bien souvent, dépassent la bonne volonté et la sincérité des intéressés. Le bilan pastoral de nombreux prêtres est sans appel : la plupart des mariages sacramentels célébrés dans les formes ne sont pas valables faute de discernement de la part d’au moins l’un des conjoints.De nombreux prêtres le confient en privé. C’en est même un secret de Polichinelle…

Mais dans une société de la consommation où le consumérisme imbibe les personnalités jusque dans les moindres replis de leur psychologie, de leur affectivité et de leur inconscient n’est-ce pas le contraire qui serait surprenant ? Combien de futurs mariés font une claire distinction entre “être amoureux” et “aimer” ?

A cela s’ajoute l’absence trop fréquente de cette maturité psychologique et spirituelle qui grandit normalement au fil des années et qui est l’objet même de l’éducation. De nos jours en effet, et surtout dans certains milieux sociologiquement catholiques, l’éducation se confond purement et simplement avec la réussite scolaire.

Une réussite scolaire qui suppose notamment de délaisser l’étude de ce que l’on appelait “les humanités” et qui avaient pour objet de mieux comprendre la nature humaine et donc de mieux se comprendre soi-même. Une réussite scolaire qui monopolise l’essentiel de l’emploi du temps, accapare toute l’attention et jette le discrédit sur tout ce qui est gratuit : vie intérieure et vie relationnelle. Corollaire : plus de temps pour la vie de prière et surtout plus de raison d’y consacrer du temps. Plus de temps à consacrer à autrui, plus de temps pour lâcher prise et plus de temps pour “prêter l’oreille de son cœur à la voix du Seigneur”.

La maturité spirituelle que l’on pourrait espérer trouver dans les milieux catholiques et qui s’acquiert par la prière, la lecture patiente et la méditation régulière de textes littéraires, bibliques et théologiques a pratiquement disparu. Les conséquences de cette atrophie de la liberté intérieure sont d’autant plus tragiques chez ces catholiques que, contrairement à la plupart de leurs contemporains, ils voient dans le mariage un engagement indissoluble.

1/ Oui au divorce, mais avant le mariage !

Comment être libre quand on n’est encore que l’ébauche de soi-même ? Trop souvent en effet la personnalité de ceux qui aspirent à se marier pour l’éternité n’est ni assez affermie, ni assez affirmée. Heureux ceux qui ont pu découvrir progressivement leurs propres contradictions et prendre conscience d’eux-mêmes à mesure qu’ils accumulaient les déboires sentimentaux ! Heureux ceux qui se sont découverts eux-mêmes avant de se marier et non après !

A force de reproduire les mêmes schémas d’échec on finit parfois par comprendre à quel point la peur de ne pas être aimé peut parasiter le discernement et écourter, voire escamoter, la phase indécise mais indispensable de la libre introspection. La peur de rester seul(e) explique que l’on puisse instinctivement s’interdire de laisser se refermer une fenêtre d’opportunité.

Ce mode de fonctionnement, inconscient, ne présume en rien de la sincérité des intéressés. Mais combien ne se connaissent pas encore suffisamment pour comprendre les ressorts de leur comportement ? Combien ne sont encore que l’ébauche d’eux-mêmes et n’en sont pas conscients ?

A l’inverse un séminariste dispose d’au moins sept ans de réflexion pour se mettre au clair sur lui-même c’est-à-dire sur celui qu’il est et sur ce qu’est sa vocation…

Heureux ceux qui ont connu le divorce avant le mariage en découvrant qui ils étaient en vérité et ce qu’ils voulaient. Mais combien n’ont fait la lumière sur eux-même qu’après coup ?

2/ L’échec conjugal : une apocalypse ?

L’échec d’un mariage ne peut pas être vécu autrement que comme une tragédie, car c’en est une. Et encore plus quand il y a des enfants. On peut essayer de la vivre du mieux qu’on peut, c’est-à-dire en fait le moins mal possible, mais il n’y a pas de divorce réussi. Les conséquences et les séquelles ne disparaîtront pas par enchantement. Malheureusement. Parfois le désespoir est tel qu’on vit cette rupture comme la fin du monde et qu’on se dit que c’est l’apocalypse.

Mais c’est aussi l’occasion d’une apocalypse au sens premier et profond du terme : au sens d’une révélation de choses qui étaient cachées jusque là. Comme toute crise, l’échec d’un mariage peut aussi être la révélation d’un certain nombre de vérités qu’on avait plus ou moins occultées ou que l’on ignorait en toute sincérité.

Ce peut être l’éventualité de découvrir que l’on avait pris nos désirs pour des réalités. Que la réalité ne correspond pas à l’image que nous nous en faisions. Que l’autre est autre que ce que nous imaginions et que nous mêmes ne sommes pas celui ou celle que nous pensions.

Cette plaie ouverte, source de tant de souffrances, peut aussi être une brèche par laquelle passe la lumière. Celui qui croyait savoir ce qu’il voulait et ce qu’il lui fallait pour être heureux découvre parfois que ce qu’il voulait n’était pas vraiment ce qu’il lui fallait. C’est la possibilité de comprendre que l’adage selon lequel « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » n’est pas toujours vrai. Quand nos désirs sont des illusions c’est le contraire. Dans ce cas là on n’est jamais mieux asservi que par soi-même.

La souffrance elle-même est à la mesure de l’espoir placé dans le mariage. Elle donne la mesure de l’aspiration à aimer et à être aimé qui se trouve dans le cœur humain. L’échec souligne cruellement la disproportion qui existe entre ce besoin d’être aimé parfaitement et l’imperfection de tout amour humain. Il témoigne que le désir d’être aimé est un désir infini que personne ici-bas ne sera jamais en mesure de combler totalement : “Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté ? Toi l’amour absolu de toute éternité ?” s’interrogeait saint Augustin.

L’échec d’un mariage, malgré et avec toutes les tragédies qui l’accompagnent, peut être la « chance » paradoxale de lever le voile sur ce qui était caché et de se découvrir soi-même en vérité. Cette tragédie peut se révéler une apocalypse, au double sens du terme, si elle permet de faire le deuil de ses illusions et de mieux comprendre que notre vocation fondamentale ne pourra se réaliser pleinement et définitivement qu’auprès de Dieu et que c’est le but unique de notre existence. Comme le disait, une fois encore, saint Augustin : “Plus près de toi, mon Dieu, j’aimerais reposer, c’est toi qui m’as créé et tu m’as fait pour toi, mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi”.

On ne peut pas être à la fois signe de contradiction aux yeux des hommes et garant de l’ordre social

Pourquoi la résurgence de l’esclavage dans les pays de chrétienté n’a-t-elle pas provoqué de la part de l’Eglise instituée une réaction aussi impitoyable que l’apparition du protestantisme ? Le commerce triangulaire n’a jamais été un motif de croisade ou de guerre sainte pour une raison très simple : elle ne menaçait ni directement, ni indirectement les intérêts du clergé qui était à la fois, rappelons le, l’un des trois ordres soutenant l’ancien régime et sa caution morale.

A l’inverse, à mesure qu’il se développait et que les grands féodaux se ralliaient à lui, le protestantisme devenait le fer de lance de la contestation de le l’autorité du roi dont le clergé était à la fois l’obligé, l’otage, le complice et la caution morale. On ne peut même pas parler de collusion du clergé avec le pouvoir en place puisque le clergé était lui-même un des piliers du pouvoir en place.

De là découle sans doute aussi la tendance qu’a eu longtemps le clergé à s’accrocher au latin non seulement en tant que langue liturgique mais également en tant que langue d’enseignement. Enseignement de la théologie d’enseignement tout court.

Enseignement de la théologie : saint Jean-marie Vianney faillit ne jamais être ordonné faute de pouvoir répondre en latin aux questions théologiques de ses examinateurs. Il fallut lui permettre exceptionnellement de répondre en français pour qu’il puisse démontrer qu’il avait une intelligence de la foi suffisante pour pouvoir être prêtre.

Enseignement tout court : le savoir c’est le pouvoir. Il suffit de se rappeler le roman de Stendhal intitulé Le Rouge et le Noir, initialement sous-titré Chronique du XIXème siècle puis Chronique de 1830. C’est l’histoire, tragique en l’occurrence, d’un jeune fils de paysan ambitieux qui endosse le « triste habit noir » de séminariste pour effectuer l’ascension social qu’il ne peut plus espérer faire en s’engageant dans l’armée napoléonienne (le rouge). Et son ascension commence quand, enfant, il obtient la protection du curé de son village qui repère ce petit paysan capable de réciter par cœur le Nouveau Testament en latin.

Cela paraît absurde a posteriori mais c’est parfaitement cohérent du point de vue d’un corps constitué qui souhaite tenir les laïcs à distance afin de garder intact son monopole intellectuel et son autorité morale. N’importe quelle corporation entoure de barbelés ses prérogatives et ses avantages comparatifs. De ce point de vue la restriction de l’accès au savoir était un enjeu fondamental.

Elargir la possibilité d’accéder au patrimoine intellectuel et spirituel qui constitue la tradition de l’Eglise pour aider les laïcs à grandir en maturité spirituelle et en discernement aurait eu pour corollaire de les rendre moins dépendants de ce que leur disait le clergé . Pour ce dernier cela revenait à scier la branche sur laquelle ils étaient assis.

De même la méfiance et la suspicion dont ils ont entouré la Bible et qui a été intégrée très largement par les fidèles catholiques eux-mêmes. Elle a été très longue à disparaître, à supposer même qu’elle ait disparu aujourd’hui : je me rappelle qu’une de mes grands-mères, pourtant femme et chrétienne remarquable, m’avait fait part de sa réticence à l’idée que les catholiques lisent par eux-mêmes la Bible qu’elle jugeait trop subversive. Le père Stan Rougier rapporte de ses années de séminaire un témoignage similaire.

De manière générale le manque de formation des laïcs et des parents qui ne parviennent pas à transmettre la foi à leurs enfants parce qu’ils ne parviennent pas à répondre de manière intelligible et convaincante à leurs questions et à leurs objections vient de là.

La trahison des clercs devient inévitable et systématique quand le clergé se compromet avec les pouvoirs mondains. D’accords pragmatiques en compromis raisonnables il aboutit toujours à des compromissions qui trahissent l’évangile et défigurent le visage du Christ aux yeux des hommes dans mais surtout à l’extérieur de l’Eglise. “Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne” (Matthieu 10, 28).

Voilà pourquoi il est paradoxalement souhaitable que le clergé soit en butte aux pouvoirs et aux intérêts du monde : ce n’est pas une garantie mais c’est au moins une forte présomption de fidélité au Christ. Les persécutions, sanglantes ou sournoises, en sont la contrepartie. “Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi” (Matthieu 5, 11).

De ce point de vue le déchaînement de haines souvent hystériques que déclenche le pape François dans certains milieux conservateurs et cercles économiques est une très bonne nouvelle. Paradoxalement elles constituent plutôt un encouragement.

Pourquoi le pape François accorde la priorité à la vérité de l’amour et non à l’amour de la vérité

Que nous le voulions ou non à chaque fois que nous nous exprimons, poussés par le zèle de la vérité, nous parlons toujours – au moins un peu – de nous-mêmes. L’amour de la vérité que nous proclamons ne nous permet que de parler de nous croyons être la vérité, de ce que , dans le meilleur des cas, nous en comprenons.

Avec toute la marge d’erreur inhérente à la conscience humaine – errare humanum est – et dans les limites propres à notre condition d’être humaine qui est celle d’un être limité. Comme le disait Blaise Pascal : « Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature ».

Tout homme est en effet exposé en permanence au risque de réduire la vérité à ce qu’il en comprend, à ce qu’il croit en comprendre et surtout à ce qu’il veut en comprendre. Entre l’autosuggestion et le mensonge délibéré la frontière est souvent floue et c’est là que cela devient dangereux : errare humanum est, perseverare diabolicum. C’est vrai dans le domaine profane mais c’est encore plus vrai dans le domaine spirituel. Comme disait le prophète Jérémie : « Le cœur de l’homme est compliqué et malade ! (Jérémie 17,9) ».

C’est pour cela que le prosélytisme en général suscite la méfiance instinctive de nos contemporains et même de beaucoup de chrétiens. Au fond de chacun d’entre nous sommeille la même objection : « Je veux bien croire à leur sincérité mais dans le fond que savent-ils de la vérité ? ». C’est la limite de tous les argumentaires : ils sont cohérents, ce qui est quand même la moindre des choses, mais rarement convaincants.

Sans compter qu’on peut emporter l’adhésion pour de très mauvaises raisons et aliéner autrui avec n’importe quelle religion. Certains missionnaires, catholiques hier, et pentecôtistes aujourd’hui ne sont pas très différents des prêcheurs salafistes. Le bourrage de crâne insistant au début puis aliénant se fait toujours au nom de l’amour de la vérité. Toute religion dominante est une religion aliénante, non pas d’abord en raison de son contenu mais en raison de son statut.

Même le christianisme peut être vécu comme une prison au lieu d’être vécu comme une libération. Et s’il est en si mauvais état en Europe actuellement c’est parce qu’il a été vécu comme tel pendant des siècles et que la réaction de rejet est à la mesure de la pression sociale et du poids moral endurés. La rupture de la transmission de la foi et l’apostasie généralisée d’une grande partie du clergé dans le sillage de mai 68 ne s’explique pas autrement.

C’est ce que dit explicitement le pape François dans La joie de l’amour : « Nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les convictions chrétiennes et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction d’autocritique (Amoris Laetitia, § 36) ».

C’est pour cela que le pape François insiste d’abord sur la miséricorde qui est un des noms de l’amour. Après tout nous serons jugés sur l’amour, pas d’abord sur la théologie !

1/ La vérité de l’amour : c’est quoi ?

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que l’amour est contagieux et porte des fruits que nous ne soupçonnons même pas.

Quand la fille de pharaon s’est laissée toucher par le bébé hébreu qui dérivait dans son panier d’osier sur le Nil elle a posé un geste d’amour dont les conséquences lui étaient inimaginables : l’émergence de Moïse, prophète de l’Eternel et libérateur d’Israël.

D’ailleurs nous le savons d’expérience : nul ne mesure jamais la portée de ce qu’il fait, en bien comme en mal. En termes profanes on appelle ça l’effet papillon.

Une professeur de français à la retraite m’a raconté, émue, cette anecdote. Elle avait été abordée par un jeune jésuite français plein d’allant qui s’occupait d’enfants dans les bidonvilles de Manille.Elle ne se souvenait absolument pas de lui mais lui se souvenait parfaitement d’elle. Il était venu la remercier de tout ce qu’elle avait fait pour lui. Intriguée la professeur lui demanda de quoi il s’agissait.

L’ancien élève lui répondit alors qu’il avait été son élève en classes de 6ème et de 5ème et qu’à cette occasion elle avait fait découvrir à ses élèves quelques extraits de la Bible et d’Homère. Elle avait même lu et commenté quelques passages de la Genèse. Elle ne s’en souvenait même pas mais pour lui ce fut une expérience extraordinaire qui, de son propre aveu, a joué un rôle déterminant dans sa vie et dans son parcours ultérieur. Très émue, cette professeur a pris le temps de discuter avec lui et découvert l’influence insoupçonnée qu’elle avait exercé dans sa vie.

C’est aussi la trame du film de Franck Capra intitulé La vie est belle (It’s a wonderful life 1946), à  ne pas confondre avec le film homonyme de Roberto Benigni, La vita è bella, réalisé en 1997.

Convaincu que sa vie n’a servi et persuadé, le héros se persuade que la seule chose utile qu’il puisse encore faire pour sa femme et ses enfants est de suicider afin qu’ils bénéficient au moins de son assurance-vie. Il est repêché in extremis par un ange qui lui fait voir ce qu’aurait été la vie de tous ses proches s’il n’avait pas été là pour les aider et les aimer. Il découvre l’horreur qu’aurait été leur vie sans lui. La fécondité des actes d’amour anodins et insignifiants qu’il avait posés lui apparaissent alors.

Le primat accordé à la miséricorde n’est pas une concession à l’air du temps. La priorité du pape François n’est pas de manifester d’abord notre amour de la vérité mais la vérité de l’amour de Dieu.

2/ La vérité de l’amour ou l’effet papillon de Dieu

L’effet papillon est une expérience quel’on peut faire sans être chrétien mais pour le chrétien c’est une vérité de foi parce que c’est le coeur même de sa foi : si l’amour est contagieux et s’il porte du fruit c’est parce que l’amour vient de Dieu. Ou plutôt parce que l’amour c’est Dieu puisque Dieu est amour. « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour »(1, Jean 4,8).

La volonté de Dieu se réalise à chaque fois que nous aimons et que nous posons un acte d’amour alors même que nous ne savons pas ce à quoi cela servir. Nous faisons sa volonté qui, on le sait est mystérieuse et souvent très déconcertante : il n’y a qu’à voir comment Dieu le Père a traité son Fils lorsque ce dernier lui demandait de lui épargner la croix….

Mais si nous croyons réellement à ce que nous disons quand, lorsque nous prions le Notre Père, nous lui disons «que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel» alors nous savons qu’à chaque fois que nous aimons nous contribuons à ce que sa volonté soit faite.

A la différence de la foi d’un musulman ou d’un juif pour lesquels la fidélité à Dieu passe d’abord par l’observation d’une loi, la foi du chrétien lui impose de consentir à se transformer en un corps conducteur de l’amour de Dieu pour les hommes, un peu comme on dit d’un objet que c’est un corps conducteur d’électricité. C’est en effet la seule façon de manifester la nature même de Dieu sans s’interposer entre lui et les hommes sous prétexte de témoigner de notre amour de la vérité.

Mais comme le chrétien sait qu’il n’est pas naturellement un corps conducteur et qu’il aurait plutôt tendance à être un corps isolant il faut préalablement et en permanence qu’il se transforme de l’intérieur ou plutôt qu’il se laisse transformer en profondeur, qu’il change de nature. C’est ce qu’annonce Dieu par la bouche du prophète Ezéchiel quand il dit : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ezéchiel 36,26) .

La conversion du coeur et l’amour du prochain priment sur l’annonce de l’évangile car la priorité d’un homme en train de mourir de soif c’est de s’abreuver à l’eau du torrent. Ce n’est qu’une fois déshydraté qu’il est en mesure d’écouter ceux qui lui indiquent où se trouvent la source et l’oasis qu’elle a créée pour rendre la vie possible.

L’évangélisation n’est pas devenue superflue avec le pape François contrairement à l’image d’un pape fossoyeur de la foi que ses ennemis au sein de l’Eglise propagent. L’annonce de l’évangile est bien sûr absolument nécessaire mais elle est secondaire dans l’ordre chronologique. Secondaire ne signifie pas accessoire ou optionnelle. L’évangélisation est indissociable de la vérité de l’amour parce qu’elle en est le prolongement naturel et organique.

Mais l’amour de la vérité sera toujours moins convaincant que la vérité de l’amour parce que l’amour de la vérité rend d’abord témoignage à l’amour de la vérité que nous proclamons c’est-à-dire à nous-mêmes. La vérité de l’amour, elle, rend d’abord témoignage à Dieu qui est l’amour.

La vérité de l’amour c’est en effet que l’amour possède une logique intrinsèque et des caractéristiques qui lui sont propres.

“L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil”(1, Corinthiens 13,4). Ce n’est pas lui qui inspire à l’Eglise la tentation du triomphalisme, du carriérisme, du cléricalisme et de la mondanité que le pape François dénonce à tours de bras.

“Il ne fait rien d’inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt” (1, Corinthiens 13,5). Il vient en aide aux victimes des prêtres pédophiles et les aide à obtenir justice plutôt que de chercher à étouffer ou à minimiser le scandale au motif de protéger l’institution.

“Il ne s’aigrit pas contre les autres”. Il ne hurle pas au complot anti-catho quand les médias exhument des scandales que le clergé et l’épiscopat avaient consciencieusement enterrés.

“Il ne trame pas le mal” (1, Corinthiens 13,6) contrairement aux campagnes de dénigrement, de désinformation et de calomnie du pape François qu’orchestrent certains réseaux d’athées pieux dans les milieux catholiques français. Au nom de la fidélité à la Tradition et à la Vérité, bien sûr…..

“L’injustice l’attriste, la vérité le réjouit” (1, Corinthiens 13,6). Ce n’est pas la logique de l’amour qui jette pas l’opprobre de manière indistincte sur tous les réfugiés et tous les migrants en agitant le chiffon rouge des invasions barbares et de la subversion islamiste.

3/ La pédagogie unit la vérité de l’amour et l’amour de la vérité

L’amour de la vérité se manifeste, entre autres choses, par la recherche philosophique et théologique et par l’enseignement. La garantie que l’enseignant n’enseigne pas lui-même mais la bonne nouvelle de Jésus Christ se situe dans la cohérence entre ce qu’il dit et ce que l’Eglise dit depuis 2000 ans. Mais pour que l’enseignement soit vrai il faut aussi qu’il soit authentiquement inspiré par l’amour.
Concrètement cela signifie que celui qui transmet ce qu’il sait et qui fait sa supériorité sur celui qui ne sait pas consent en même temps à renoncer progressivement à ce qui faisait sa supériorité. L’amour vrai est « patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil ».

C’est la différence entre un sourcier et un sorcier : le sorcier fait jaillir une source puis s’en va, laissant les autres libres de s’en abreuver gratuitement et autant qu’ils le veulent. Le sorcier distribue au compte-gouttes son savoir pour garder son auditoire captif et dépendant afin d’asseoir son propre pouvoir. Pour lui le savoir, c’est le pouvoir.

A l’inverse celui qui enseigne par amour accepte de devenir de moins en moins indispensable à mesure qu’il rend autonome son élève, comme un père qui s’efface derrière l’enseignement qu’il transmet à son fils pour l’aider à devenir à son tour un homme libre et autonome. Quand la vérité d’un tel amour se manifeste par la transmission, il passe nécessairement par la pédagogie.

La pédagogie est concrète parce c’est du sur-mesure. C’est la manifestation concrète de l’effort d’imagination, d’observation et d’obstination que nous avons fait pour nous adapter à la tournure d’esprit, au contexte culturel mais aussi au parcours personnel, de cet autrui singulier auquel on s’adresse. C’est quand nous faisons l’effort d’aller vers autrui de manière désintéressée que nous avons la certitude que nous réalisons volonté de Dieu et non la nôtre sous couvert de la sienne.

Il ne s’agit pas tant de se mettre à son niveau – expression la plupart du temps condescendante signifiant « descendre » à son niveau que d’entrer en connexion avec lui en tenant compte de ses insuffisances, ses lacunes, ses besoins, ses atouts et ses attentes, ses blocages psychologiques, ses blessures affectives et ses difficultés spirituelles. On ne peut faire du sur-mesure qu’en le comprenant préalablement.

On ne peut le comprendre qu’en le comprenant de l’intérieur. On ne peut le comprendre de l’intérieur qu’à force de l’aimer car contrairement à la connaissance des choses ou des idées la connaissance véritable des êtres ne peut s’acquérir que dans une relation d’intimité avec eux. Cela n’a rien d’anodin car une telle relation nous engage pleinement. Elle suppose que nous consentions à nous dévoiler, à tomber le masque et l’armure, à exposer nos faiblesses et donc à nous rendre vulnérables.

Tous ceux que je connais qui ont eu la chance de rencontrer et de fréquenter régulièrement le cardinal Joseph Ratzinger, avant et après sa désignation comme pape, disaient tous que quand on le rencontrait et qu’on discutait avec lui on ressortait en ayant l’impression d’être plus intelligents…

Il écoutait avec beaucoup d’attention, de patience et de bienveillance les propos de son interlocuteur puis, quand il prenait la parole, commençait par reprendre ce qu’il estimait juste et vrai dans ce qu’il avait écouté. Puis il le complétait, attirait l’attention de son interlocuteur sur certains de ses présupposés faux ou incomplets et lui proposait une reformulation plus complète et enrichie de liens et de connexions auxquels ce dernier n’avait pas songé. C’est particulièrement évident dans les livres interviews qu’il a accordés au journaliste allemand Peter Seewald Le sel de la Terre (1996) et Lumière du monde  (2010).

La vérité de l’amour transparaît dans l’amour d’une vérité qui nous dépasse et qui se manifeste de manière objective parfois même malgré nous et contre nous : l’amour de Dieu est plus fort et plus fécond que l’image que nous nous en faisons et que les péchés que nous commettons.

C’est pour cela que la vérité de l’amour doit primer sur l’amour de la vérité.

Pourquoi je suis souverainiste et pourquoi je soutiens le pape François

1/ Vagues de migrants et Etat défaillant depuis 40 ans

Le contexte dans lequel arrivent les vagues de migrants est, pour la France et pour de nombreux autres pays européens, celui d’un Etat défaillant.

Un Etat qui ne parvient plus à assurer la sécurité de ses ressortissants parce qu’il ne se donne pas les moyens matériels, financiers et juridiques de sanctionner les délinquants de manière dissuasive.

Un Etat qui ne cherche plus à faire respecter les lois dans certaines zones urbaines et péri-urbaines qui sont de facto des places fortes comparables aux places fortes protestantes sous l’Ancien régime.

Un Etat qui ne parvient pas à promouvoir l’emploi, la solidarité nationale et la prospérité parce qu’il a explicitement renoncé à promouvoir l’emploi au nom de la compétitivité, la solidarité au nom de la dérégulation généralisée et la prospérité générale au nom de la loi du marché qui veut que dans le système capitaliste y ait des gagnants et des perdants.

Un Etat qui a organisé lui-même la rupture de transmission de ce qui fait la culture et l’identité nationale : la langue, l’histoire, la mémoire – ravalée au rang de séances d’auto-flagellation publiques et systématique –, la culture.

Un Etat qui a renoncé à exercer ses prérogatives régaliennes c’est-à-dire à jouer son rôle : monopole de la violence légitime contre les délinquants et promotion de l’intérêt général contre les intérêts catégoriels (lobbies financiers et associatifs, corporatismes de la fonction publique, communautarisme politiquement correct et incivisme).

C’est dans le contexte d’un Etat défaillant qu’arrivent en masse des vagues d’immigrés au sien desquelles on trouve des familles chrétiennes persécutées, des familles musulmanes également persécutées mais aussi des apprentis terroristes qui ont pris le train en marche et des hommes jeunes et dans la force de l’âge qui sont en fait des migrants économiques qui candidatent à l’amélioration de leur sort individuel après avoir délaissé parents, femmes et enfants. On se demande pourquoi ils ne prennent pas les armes chez eux pour défendre leur pays (la Syrie) et/ou de le développer économiquement (pays africains) plutôt que de le déserter et de laisser ce soin à d’autres.

On comprend donc la réaction indignée des Français – et notamment des catholiques ou des sympathisants catholiques – à l’idée de devoir absorber des vagues de migrants indistincts dans un pays déjà miné par l’insécurité, le chômage, la récession la pauvreté1 et l’absence à peu près totale de perspectives pour eux-mêmes et pour leurs propres enfants.

L’exaspération atteint son comble quand ce sont les élites libérales-libertaires qui leur font la leçon et exercent le chantage moral : journalistes et classes politique quisont à cul et chemise depuis des années. Au sens littéral du terme : on ne compte plus les journalistes célèbres ayant épousé ou vivant avec des hommes politiques en vue…

Mais par simple souci de cohérence et d’honnêteté on ne peut pas attribuer au pape François la responsabilité des démissions successives de nos dirigeants. Depuis 40 ans.

2/ Nos dirigeants politiques ne jouent plus leurs rôles mais le pape François, lui, joue le sien

Le point commun du pape et des dirigeants politiques – en théorie du moins – c’est qu’ils sont au service du bien commun, chacun à son échelle : planétaire chez l’un, nationale chez les autres.

De ce point de vue il est normal que le pape rappelle qu’aimer son prochain c’est aimer celui qui est là et qui est à notre portée.

Aimer son prochain c’est aimer celui que Dieu a placé sur notre chemin, pas celui qu’on aurait spontanément choisi. Aimer son prochain comme Dieu nous aime nous c’est aimer autrui non parce qu’il le mérite – je ne mérite pas l’amour de Dieu – mais aimer l’autre parce qu’il en a besoin. Aimer comme Dieu aime c’est prendre l’initiative d’aimer. Sinon il ne s’agit pas de l’amour de Dieu mais de nos propres affinités et nous n’agissons pas conformément à la volonté de Dieu mais conformément à la nôtre. Dans la prière du Notre Père que le Christ nous a apprise on dit au Seigneur “que Ta volonté soit faite” et non pas “que ma volonté soit faite”. Décemment le pape ne peut pas faire autre chose que de marteler ce qui est au coeur de notre foi : un Dieu d’amour qui nous demande d’aimer autrui comme lui nous aime.

Ce qui n’est pas normal en revanche c’est que l’Etat français et les Etats européens aient renoncé à assumer leurs prérogatives régaliennes de contrôle des frontières, de souveraineté nationale pour faire des contrôler les flux qui entrent et faire des choix prudentiels ordonnés au bien commun.

Mais si les Etats et la classe politique ne font pas leur boulot depuis 40 ans et nous acculent à des situations intenables ce n’est pas la faute du pape François ! Que tous ceux qui ont voté pour le traite de Maastricht, le projet de Constitution européenne, pour le PS, l’UMP, les Verts,le Centre et les parlementaires lobbotomisés par des lobbies fassent leur examen de conscience. Mais qu’ils n’aient pas la malhonnêteté de rendre le Pape responsable de leurs propres forfaitures !

Le pape n’a ni le mandat, ni les moyens de se substituer à nos politiques démissionnaires et aux Etats européens défaillants. Il n’a ni le mandat ni les moyens de régler les problèmes récurrents des pays européens. C’est décevant mais ce n’est pas nouveau : il y a 2000 ans déjà le Christ a déçu beaucoup de Juifs en leur disant que son royaume n’était pas de ce monde. Le disciple, François, ne peut pas faire mieux que son maître, Jésus !

Mais surtout il est normal qu’il ne tienne pas compte exclusivement ni même priotirairement des déséquilibres internes que l’arrivée de migrants risque de provoquer. D’abord parce qu’il s’agit de vies qui sont en danger. Ensuite parce que les réfugiés sont les premières victimes de situations géo-politiques imputables à la promotion des Etats-Unis et de ses alliés – à moins que ce ne soient ses vassaux – européens et qu’on ne voit pas au nom de quoi ces mêmes pays européens. Nous, nous ne formons que la deuxième catégorie de victimes. Nous ne sommes pas (encore ?) les plus à plaindre. Donc priorité aux priorités.

Les vagues de migrants sont le résultat de 15 ans de politique américaine au Moyen-Orient à laquelle les gouvernements européens se sont associés pour pouvoir vendre des armes et faire des affaires avec les alliés locaux des Etats-Unis qui sont également les soutiens et les soutiers de DAECH : l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Que le pape considère que le sort de ses réfugiés est moins tragique que le nôtre et que leur sort est prioritaire sur toute autre considération est désagréable à entendre mais normal. Le jour où les Français et les Européens chercheont à migrer et à tout laisser derrière eux pour tenter de sauver leur vie en s’installant, même illégalement, en Syrie ou en Iraq alors nous serons passés dans la première catégorie. Ceci dit je ne suis pas sûr que ce changement de catégorie soit véritablement une promotion.

Qu’il considère que l’urgence prime et que la priorité doit aller à la tragédie non seulement humanitaire mais humaine est également normal.

Qu’il considère que c’est plus grave que l’affaissement de nos propres équilibres et de notre propre cohésion nationale c’est difficile à admettre pour nous mais ce n’est pas illégitime : le pape n’est pas le président du club des pays post-modernes de l’ancienne chrétienté mais le vicaire du Christ pour le monde entier.

Pour le monde entier et pas uniquement pour les chrétiens. Ne serait-ce que parce que si l’on veut annoncer l’Evangile au monde entier la priorité c’est de commencer par aimer ceux auxquels on veut s’adresser. Annoncer un Dieu d’amour sans être capable de fournir un échantillon ne concainc personne Les chrétiens ne peuvent qu’annoncer le Christ : ils n’ont pas d’autre contribution à apporter. Encore faut-il l’annoncer de la bonne manière. Car annoncer le Christ c’est d’annoncer une Bonne nouvelle et pas pratiquer la préférence communautaire. Pour rendre crédible l’amour de Dieu pour nous il faut commencer par rayonner soi-même de cette tendresse, de cette bienveillance, de cette espérance qu’il nous insuffle.

Que le pape François considère le sort des pays européens comme plus enviable que celui de s migrants est normal. La priorité c’est l’homme car c’est l’homme que le Christ est venu sauver. Pas les nations. Les nations passent et ne seront pas ressuscitées, contrairement aux personnes.

3/ Concrètement on fait quoi ?

Concrètement on vote pour un parti souverainsite à la prochaine élection et on vote pour lui en sachant pourquoi, sans s’exciter mais sans se boucher non plus le nez.

C’est quand l’Etat aura restauré le contrôle de son territoire et de ses frontières qu’il pourra lui-même filtrer parmi les migrants ceux qui sont des vrais réfugiés et ceux qui viennent par opportunisme et qui pourraient rester chez eux.

Pour cela il faut que l’Etat retrouve ses instruments de pilotage et qu’il retrouve les moyens de faire une analyse de la situation indépendante de celles des lobbies qui gravitent à Bruxelles autour des institutions européennes et qui sont dédevenus prescriptrices des normes nationales.

Tant que la mobilité des capitaux et de la main-d’oeuvre – c’est moins glamour que de parler de la liberté d’aller et de venir mais c’est plus authentique – seront érigés en dogmes intangibles jamais l’Etat et nos gouvernants ne reprendront la main.

Jamais ni les Français ni les Syriens ne pourront espérer de nouveau vivre et travailler au pays ce qui est pourtant l’aspiration de ceux qui veulent simplement vivre et vivre simplement. Vivre et travailler au pays, c’est le désir spontané de la plupart des hommes et ce quels que soient les continents. C’est quelque chose à prescrire plutôt qu’à proscrire. Et pas seulement pour les chrétiens d’Orient.

A contrario l’immigration de masse n’est pas un phénomène spontané : c’est parfois une arme géopolitique et le plus souvent un phénomène organisé au bénéfice d’un petit nombre d’intérêts économiques. C’est un phénomène organisé mais pas en vue du bien commun.

Aujourd’hui l’immigration de masse sert à mettre en concurrence sur le marché du travail des autochtones précarisé et des prolétaires importés pour faire jouer les salaires à la baisse. C’est parce que Angela Merkel a d’abord écouté complaisamment la voix du patronat allemand – qui avait besoin d’une main-d’œuvre nombreuse et bon marché – qu’elle a, en un premier temps, annoncé qu’elle ouvrirait grand ses frontières.

L’importation massive de prolétaires déracinés au détriment d’aurtochtones fragilisés n’est en rien une marque d’amour du prochain. C’est la forme moderne de l’exploitation de l’homme par l’homme. Ça n’est bon que pour ceux qui organisent cette transhumance inhumaine (grand patronat, organisations mafieuses, associations anti-racistes salariées par l’argent public) mais pour personne d’autres et certainement pas pour les pays d’origine des migrants.

La préférence supranationale est en grande partie responsable de leur déclin puisqu’on siphonne leurs forces vivres sous le regard complaisant de leurs dirigeants. La complaisance de ces derniers est d’autant plus assurée qu’elle est tarifée. Les fonds versés au titre de la coopération et du développement finissent invariablement dans les caisses des dictateurs « amis de la France » ou « pro-occidentaux » et de leur clientèle.

Ce système où les pauvres des pays riches payent pour les riches des pays pauvres est en effet la garantie que le cercle vicieux de l’immigration de masse ne sera pas rompu. Car il s’agit bien d’un système vicieux ou, pour reprendre la terminologie de saint Jean-Paul II, d’une « structure de péché ». Comment en effet un pays pourrait espérer se développer quand chaque année il est privé de ses ressortissants les plus jeunes, les plus courageux et parfois les plus instruits qui vont tenter leur chance en France en croyant y trouver un eldorado qui n’existe que dans leurs rêves ?

C’est cela que dénonce le pape François quand il dénonce l’égoïsme des pays riches c’est-à-dire des choix géo-économiques reconduits depuis des décennies par leurs élites dirigeantes. Toutes les femmes et les hommes politiques qui, par conviction ou par démission, ont ratifié ou appliqué les accords de Schengen qui interdisent désormais à l’Etat français de décider qui a le droit de venir s’établir sur son sol et qui doit s’en aller sont responsables des flux incontrôlés de migrants, réfugiés ou migrants économiques, parce que ce sont eux qui ont pavé la voie et qui ont lié les mains des Etats.

Cette condamnation, il a raison de la faire : il défend le bien commun à l’échelle planétaire.

A nous d’être cohérent et de défendre le bien commun à l’échelle de notre pays en votant pour un parti résolument souverainiste qui s’autorisera enfin à aborder la question du bien commun dans le cadre de nos frontières.

Mais il ne faut pas reprocher au pape François de ne pas le faire à notre place….

Eloge d’un art martial profondément chrétien

Aimer ses ennemis ? Plus facile à dire qu’à faire ! Surtout quand l’ennemi en question est occupé à vous rouer consciencieusement de coups.

Dans ces cas là, concrètement, on fait quoi ? Souvent la réponse à cette question est évanescente car comme on ne sait pas quoi faire on ne sait pas quoi dire. Dans ce genre de situations la plupart du temps on fait ce que l’on peut. Il existe pourtant une réponse concrète.

« Ah, oui . Et on fait quoi dans ces cas là ?

du systema.

du quoi ? ! »

1/ Qu’est-ce que le Systema ?

Le systema (ou système en russe) est un art martial inventé par des militaires russes – donc a priori pas des poètes ! – mais qui repose pourtant sur l’économie des mouvements et la décontraction au coeur même de l’affrontement. A ce titre il présente des similitudes surprenante avec des arts martiaux peu prisés – voire méprisés – par les spécialistes des métiers de la sécurité comme l’aïkido, le tai chi chuan et, plus largement, la famille des arts martiaux dits « internes ».

Tout repose en fait sur l’apprentissage et le contrôle de la respiration. C’est elle qui doit permettre de dissiper la douleur, de porter les coups, d’échapper à « l’effet tunnel » pour rester pleinement conscient de son environnement et demeurer dans de bonnes dispositions psychologique et physiologique pour ne pas subir. Le systema ne cherche pas à contrôler le déroulement chaotique du combat mais plutôt à surfer sur les énergies qui s’y déploient de manière anarchique, à la l’image d’un planeur ou d’un dirigeable qui accroche les courants ascendants et joue avec eux pour aller où il veut. La bonne utilisation de la respiration et la préférence accordée à l’esquive plutôt qu’au choc frontal ne constituent pas en elles-mêmes des nouveautés. Rien de nouveau sous le soleil des arts martiaux. Rien qui distingue le systema des autres arts orientaux. De fait l’originalité du systema n’est pas là.

La vraie différence c’est que, contrairement aux autres arts martiaux, on n’yapprend à peu près aucune technique : c’est ça qui en fait l’intérêt ! On n’y apprend aucune technique spécifique mais on y apprend des principes liés au combat qui développent notre capacité d’improvisation en toutes circonstances. Les coups portés y sont relativement libres et il n’existe pas de postures, ni d’enchaînements prédéfinis. Seule la vitesse de l’exercice varie en fonction du niveau des combattants, ce qui permet de décomposer des attaques réelles et, petit à petit, d’augmenter la vitesse d’exécution.

2/ Faire la vérité sur soi-même pour se (re)connecter à la réalité

Dans la plupart des arts martiaux, on cherche à éviter les coups en les esquivant et en les bloquant. Partant du principe qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, on cherche à donner des coups et non à en recevoir. En revanche on n’y enseigne rarement comment gérer les coups que l’on reçoit. Une des approches est de supporter la douleur, d’endurcir délibérément son corps et d’en renforcer certaines parties comme en boxe thaïlandaise ou en karaté kyokushinkaï. Mais outre que ces pratiques sont destructricess elles sont également et peut-être surtout illusoires : elles ne protègent que contre les coups que l’on a anticipés. Ce sont des cuirasses de chair et d’os martyrisés qui ne protègent qu’une partie du corps. C’est le mythe de l’élixir d’invincibilité. Or, la réalité c’est que nous sommes tous vulnérables et que l’élixir d’invincibilité n’existe pas.

C’est poutant sur ce mythe implicite que bien des écoles d’arts martiaux prospèrent. En un sens c’est assez compréhensible : tout être humain normalement constitué a peur des coups et ressent un mélange de colère et d’humiliation lorsqu’il en reçoit ! Pourtant prétendre pouvoir y échapper n’est une illusion qui vise à masquer notre propre peur, un mensonge que nous nous racontons pour nous rassurer. La réalité est beaucoup plus prosaïque. La triste réalité c’est que même le meilleur combattant au monde reçoit des coups lorsqu’il combat. Personne n’est capable d’éviter tous les coups, surtout lorsqu’il est attaqué par plusieurs agresseurs. Certes Bruce Lee était un génie des arts martiaux et les combats qu’il tournait dans ses films sont aujourd’hui encore inégalés mais il s’agissait de combats chorégraphiés et mis en scène, comme il se doit au cinéma, et non de combats réels ! Or, la plupart des arts martiaux font l’impasse sur cette réalité

Le propre du systema c’est de commencer, paradoxalement, par apprendre à recevoir des coups. L’idée est de partir de la réalité et la réalité c’est qu’apprivoiser la douleur et la peur de la douleur est la clef de tout. Il ne s’agit pas de rechercher à s’endurcir les membres, d’apprendre à encaisser passivement et stoïquement ou de repousser toujours plus loin les limites de la douleur. Il s’agit ni de la rechercher ni de la fuir mais d’apprendre à l’accueillir et à la racompagner gentillement vers la sortie.

Pour cela il faut commencer par consentir à regarder la réalité en face et donc à se regarder soi-même en face. Il faut prendre conscience de l’existence de ces blocages psychologiques car ce sont eux qui sont à l’origine des blocages physiques et des raideurs qui nous rendent encore plus vulnérables en situation d’agression.

3/ Apprivoiser la douleur et la peur de la douleur

La seule solution pour ne pas être tétanisé par la peur de recevoir des coups et pour en amortir la puissance c’est d’apprendre à respirer en permanence y compris et surtout au coeur de l’action. Dans le tourbillon infernal où la peur entraîne la tension qui, à son tour renforce la peur, c’est la respiration qui vient rompre le cercle vicieux. La respiration est en effet la ressource physique la plus utile et la plus facile à mobiliser.

C’est pour cela que le systema comporte énormément d’exercices de réception de coups par la respiration. Il ne s’agit pas de s’aguerrir c’est-à-dire de conditionner son corps et son esprit à affronter les horreurs de la guerre mais d’accueillir les coups en les absorbant dans un mouvement circulaire pour les faire ressortir en expirant. La respiration permet d’accueillir la violence du coup et l’expiration permet d’expulser la douleur. L’alternance des deux permet d’évacuer au sens littéral du terme les émotions comme la peur, la colère et l’auto-apitoiement.

J’en ai personnellement fait l’expérience. C’était à l’occasion d’un exercice de trois minutes consistant à respirer calmement tout en absorbant des coups. J’avais peur avant de commencer mais ce que j’ai expérimenté c’est qu’en me concentrant exclusivement sur la régularité de ma respiration la douleur ne restait pas : elle repartait. Cause ou corollaire, mon esprit était trop occupé pour que mon imagination puisse anticiper les coups ou conserver en mémoire la trace de la douleur une fois celle-ci éliminée. J’ai pu ainsi vérifier par moi-même que l’imagination crée la peur, que la peur engendre la raideur et que la raideur amplifie tellement la violence de l’impact qu’en un sens elle crée la douleur. La peur crée la douleur dans la mesure où elle transforme en douleur ce qui n’était au début qu’un flux d’énergie inattendu.

Cette prise de conscience n’est pourtant que celle d’un débutant. Je suis encore incapable de conserver cette attitude intérieure en toute cicrconstance, notamment en cas d’agression mais désormais je sais d’expérience que c’est possible. Mieux ! Au terme de ces trois minutes mon corps portait des marques mais j’éprouvais un état de bien-être incongru et inattendu comme si je sortais d’une séance de massage.

Or, c’est là une autre expérience fondamentale que l’on fait en systema : avec la bonne disposition intérieure, la frontière séparant la douleur du plaisir se brouille. On découvre ce paradoxe étonnant qu’il existe des coups « bienveillants » qui relaxent au lieu de créer des tensions . C’est le principe des massages russes que l’on pratique en systema. Certains coups sont donnés pour supprimer ou réduire ces tensions. Ces coups, très spécifiques, réchauffent la personne qui les reçoit, augmente sa circulation sanguine, lui procure une sensation de chaleur et fait disparaître ses tensions.

Le systema ne consiste pas seulement à opposer la souplesse à la force comme en judo ou en aïkido, mais à être libre dans son corps et dans sa tête pour pouvoir s’adapter en temps réel à une situation inattendue, imprévisible et mouvante. C’est pour cela que le systema ne prétend enseigner aucune technique car, comme toute boîte à outils, n’importe quel éventail de techniques répertoriées est nécessairement limité. Il ne contient qu’un nombre fini de solutions alors que la variété des problèmes potentiels est infinie. En se dotant d’un arsenal technique on s’impose un cadre technique c’est-à-dire qu’on s’enferme et qu’on s’enferre dans un cadre en-dehors duquel on se retrouvera très démuni en cas de situation non conforme surtout si l’on est pris par surprise et paralysé par le stress.

Or, la vie et les événements sont par nature non conformes à ce que l’on pouvait envisager. Comme le disait John Lennon “La vie c’est ce qui se passe quand on avait tout prévu”. Think out of the box est un excellent conseil mais la probabilité d’y parvenir est très faible quand la lucidité est troublée et la capacité d’initiative est entravée. Le systema cherche au contraire à nous mettre dans les meilleures dispositions possibles pour pouvoir improviser à partir de la réalité concrète qui s’impose à nous.

4/ Libéré de la peur

C’est en effet à condition d’être décontracté – et par définition on ne l’est pas quand on se fait agresser – que l’on peut réagir car, paradoxalement, c’est l’agresseur lui-même qui apporte la solution à son attaque. A l’inverse, toute projection, toute anticipation, toute prévision nous font quitter le moment présent. Le cerveau analytique reprend le contrôle mais, comme il est débordé, il nous prive de toute capacité d’improvisation. La pensée analytique se base sur des expériences déjà connues et en tire des conclusions standardisées qui bloquent la créativité.

La solution réside dans la réceptivité qui permet de percevoir le jeu des forces en présence : celles de notre corps mais surtout celles du corps de notre agresseur, ses zones de blocage et ses déséquilibres. Cette réciptivité ne se confond pas avec la passivité. On ne subit pas les événements, on prend au contraire l’initiative en se déplaçant préventivement – sans chercher à prendre le large pour autant – et toujours en respirant avec régularité afin de conserver les muscles et le cerveau ventilés. Ce n’est qu’à ces conditions et avec de l’entraînement – car pour faire preuve d’une telle réceptivité sur le moment, il faut l’avoir développée auparavant – que la solution à l’agression viendra naturellement..

C’est parce qu’une agression – au même titre que n’importe quelle catastrophe ou crise systémique – est imprévisible que le systema ne propose pas d’entraînement fixe ou de combinaisons de mouvements. Le systema n’enseigne pas de positions de combat mais apprend à se battre dans toutes les positions, vous autorise à frapper dans des angles étranges, à sourire au combat au lieu d’adopter un visage féroce et crispé.

La pédagogie des entraînements repose entièrement sur la respiration, la décontraction, sur le fait de ralentir les mouvements plutôt que de les accélérer car la lenteur est capitale pour progresser. C’est seulement en rentrant dans le flux du combat à vitesse lente que l’on peut éveiller la sensibilité et la conscience à ce qui se passe vraiment au moment de l’affrontement. C’est seulement la lenteur qui permet de percevoir le mouvement, la distance et les différentes options autrement que par les yeux. L’enjeu est de développer l’intelligence de situation – c’est-à-dire l’intuition – plutôt que rechercher la performance immédiate. Cela se manifeste par un entraînement, un travail effectué à vitesse réduite.

C’est une forme de lâcher prise qui ne prétend pas faire systématiquement l’économie la douleur mais qui en réduit considérablement les conséquences : l’intensité et la portée. C’est une manière d’accueillir la douleur pour mieux l’expulser. Apprendre à gérer la douleur et à ne plus avoir peur à de l’idée d’avoir mal permet de préserver son intégrité émotionnelle et son estime de soi, en cas de défaite comme en cas de victoire.

La progression en systema dépend directement celle de notre liberté intérieure. En systema on progresse à mesure que se développent la capacité à comprendre et à prendre des décisions rapidement. Pour cela il faut commencer par se débarrasser du stress et des tensions excessives et se sentir à l’aise et donc apprendre à respirer correctement. Pour y parvenir il faut préalablement s’être libéré de tous les obstacles qui nous empêchent de trouver le lien avec votre partenaire : nos peurs, nos doutes, nos tensions, nos certitudes, nos jugements, notre ego, nos comparaisons, notre désir de vouloir bien faire ou notre volonté de gagner.

Or, cette liberté intérieure passe au préalable par la conversion du coeur.

5/ De la conversion du coeur à la connexion avec l’agresseur

Pour acquérir cette liberté intérieure il faut cesser de considérer le coup comme une agression – ce qu’il est pourtant objectivement – et le regarder comme un transfert d’énergie qui nous est parvenu par erreur: à réceptionner et à rendre à l’envoyeur ! Cela signifie que l’attaquant doit repartir avec ce qu’il nous a donné, à l’image d’une balle de caoutchouc lancée à pleine force contre un mur solide et qui rebondit immédiatement vers le lanceur sans que celui-ci puisse l’éviter. De manière comparable notre corps peut renvoyer l’énergie à condition de la laisser circuler et revenir sur l’assaillant selon des modalités – des vecteurs de force ! – qu’il lui sera très difficile voire impossible à éviter.

Mais pour parvenir à cela il faut au préalable changer sa disposition intérieure, changer le regard que l’on porte sur soi-même et sur les autres c’est-à-dire convertir son coeur.

En effet la peur produit la rigidité, la confiance engendre la fluidité. Souvent, des personnes ivres sortent relativement indemnes de bagarres parce qu’ielles n’auront pas eu suffisamment peur pour s’endommager elles-mêmes en luttant contre l’énergie cinétique : des côtes flexibles absorberont l’impact des coups alors que si les muscles sont tendus, les côtes se briseront sous le choc avec une perforation potentielle du poumon.

La vérité, c’est que souvent nous nous blessons nous-mêmes en voulant tout maîtriser de manière volontariste et illusoire au lieu de tirer avantage des forces en présence. La même vague qui renverse le plaisancier et le noie, permet au surfeur d’avancer avec un minimum d’efforts et un maximum de détente et d’énergie.Un corps souple peut absorber un stress beaucoup plus important qu’un corps rendu rigide par la peur. Nous récoltons ce que nous semons et si nous semons la peur, nous récolterons la douleur.

Pour cela il faut commencer par renoncer à voir le monde en termes de victoires et de défaites mais comme une circulation de flux d’énergies, souvent mal orientées. Renoncer à voir le monde en termes de performance pour le voir en termes de relations.

Le but est de parvenir à considérer une agression physique exactement comme on considère un accident de la circulation. On va tout faire pour l’éviter, pour l’anticiper, pour donner un bon coup de volant au bon moment et pour freiner à temps. On ne subira pas, on prendra des initiatives parce qu’on aura développé l’intelligence de ce genre de situations – du moins le permis de conduire est censé l’attester – et on cherchera à jouer sur les différentes forces en présence comme on joue de son levier de vitesses mais jamais on ne prendra un accident comme un affront personnel, une remise en cause de sa valeur, une atteinte à sa dignité ou à son ego.

Si défaite il doit y avoir elle ne sera pas synonyme d’humiliation. La soumission et la fuite entraînant nécessairement une dégradation de l’estime de soi on y aura échappé parce que, quel que soit le résultat, on n’aura pas subi, on n’aura pas été paralysé par la peur ou la douleur. Même physiquement perdant on en ressortira émotionnellement gagnant car on aura échappé au piège de la rivalité mimétique, pour reprendre l’expression de René Girard.

On n’aura pas considéré l’affrontement comme une compétition, comme un match, comme une défaite et, pour cette raison même, on ne sombrera pas dans l’épuisement, l’auto-dénigrement ou les souvenirs traumatisants. Parce qu’on aura préalablement renoncé à la logique de l’honneur et de la performance. Et en cas de victoire on aura préservé son intégrité physique mais surtout émotionnelle parce qu’on n’aura pas cherché à puiser sa force et son énergie dans la peur et dans la colère.

6/ La logique du systema est une logique chrétienne

Pour faire du systema il n’est évidemment pas nécessaire de croire en Dieu ni même de croire que Dieu a envoyé son Fils pour le rachat de nos péchés, qu’il est mort et qu’il est ressuscité le troisième jour conformément aux écritures. Aucun certificat de baptême n’est demandé à l’inscription !

Néanmoins si l’on veut bien admettre que la foi chrétienne n’est pas d’abord une série de dogmes ou un jeu de l’oie des sacrements (“Moi je suis allé jusqu’à la confirmation”) mais un mouvement de conversion du coeur et un pélerinage terrestre au cours duquel nous nous transformons progressivement pour être en mesure de rencontre cet Autre qui nous attend au bout du chemin alors je crois que l’on peut tranquillement affirmer que la logique du systema est une logique profondément chrétienne.

Si son pays de naissance est la Russie, pays orthodoxe par excellence, et non un pays asiatique de culture bouddhiste ce n’est pas un hasard. Certes que le systema repose sur le souffle, le renoncement à la volonté de puissance, à l’illusion que l’on peut échapper à la souffrance et à l’orgueil. Il y a pas ni grade ni tenue spécifique ce qui permet de laisser l’ego au vestiaire. Néanmoins le propre du systema c’est le principe de connexion ou l’option de ne pas rompre la relation avec autrui sous prétexte qu’il nous agresse. Le principe de connexion c’est la charité en action.

C’est une sorte d’oscillement intérieur qui permet d’être en vibration avec son assaillant. Un oscillement qu’on obtient en s’étant préalablement affranchi de la peur, de la peur de la douleur et et de la peur de perdre la face (le déshonneur). Ce n’est qu’à ce prix et qu’on peut entrer en connexion avec autrui. Dès lors on devient son ombre et on coordonne ses mouvements avec les siens de sorte que l’on forme avec lui un duo au sein duquel chaque flux d’énergie est rendu à celui qui l’a envoyée par des mouvements fluides et harmonieux. Aucune situation ne met plus dans l’embarras. On n’est plus surpris, on est simplement au bon endroit, au bon moment. Les coups que l’on délivre sont lourds, profonds et détendus, les poings se posent naturellement sur les zones de tension de l’aversaire.

Entrer en connexion suppose néanmoins de lâcher prise, de laisser à l’autre l’initiative – au risque de se laisser surprendre par lui. Cela suppose de lui accorder son attention pour mieux comprendre son intention et s’affranchir des distances de sécurité pour être en sa présence. Un peu comme on dit qu’il faut être proche de ses alliés et encore plus proches de ses adversaires.

C’est une manière de regarder le monde avec bienveillance qui repose sur la confiance : on ne projette plus nos propres peurs sur le monde extérieur. Ce n’est pas de la naïveté pour autant. C’est même le contraire de la naïveté puisque c’est une manière d’être dans le monde, en l’acceptant tel qu’il est – et il est violent – sans approuver cette violence pour autant. C’est une manière de se réconcilier avec le monde et de l’aimer sans le cautionner ni le juger. Entrer en connexion c’est accepter de courir le risque de la relation même avec quelqu’un qui, a priori, ne vous veut pas du bien.

Mais au fond n’est-ce pas cela aimer même ses ennemis ?

Nota Bene : Tous ceux qui seraient curieux ou sceptiques – et plus vraisemblablement les deux à la fois – peuvent en savoir et surtout en voir plus sur le site : http://www.globalsystema.fr/articles-systema/systema/. Néanmoins les démonstrations de systema qu’on peut voir sur internet laissent souvent dubitatifs parce que ce qui s’y passe est largement invisible à l’oeil ce qui, au fond, n’a rien d’étonnant si l’on admet que l’essentiel est invisible pour les yeux. Il s’agit d’interactions qui passent par de nombreux signaux sensoriels qui échappent au regard extérieur. Comme pour la vie intérieure, il s’agit d’abord d’une expérience à faire. Je ne saurais trop recommander de faire un cours à l’essai, gratuit et sans engagement, pour se faire sa propre idée. Comme disait un célèbre un rabbin palestinien : “Venez et voyez”.

Comment je me suis réconcilié avec saint Paul

J’ai toujours eu beaucoup de mal à accepter les passages de saint Paul exhortant les femmes à être soumises à leurs maris.

Ça m’a toujours gêné parce que ça m’a toujours semblé extrêmement misogyne. Et toutes les contorsions exégétiques pour transformer cette soumission en son opposé, une décision libre de la part de la femme, me mettaient encore plus mal à l’aise car j’avais l’impression d’avoir affaire à une explication non seulement hypocrite mais surtout pitoyable.

La plupart des homélies sur le sujet étaient toutes structurées en deux parties : première partie la dénégation (« il ne s’agit évidemment pas de machisme »), deuxième partie le relativisme culturel (« il faut remettre les paroles de saint Paul dans le contexte de son époque »). D’où la question que je me posais inévitablement : « s’il ne s’agit pas de machisme alors pourquoi faut-il replacer les propos de saint Paul dans leur contexte ? S’il n’y avait pas de problème que fallait-il relativiser ? »

J’en concluais que si les prédicateurs que j’entendais n’utilisaient pas des arguments meilleurs et plus convaincantes c’est qu’ils n’en avaient vraisemblablement pas en magasin ce qui accroissait mon malaise et ma suspicion ainsi que ma méfiance envers ces prêtres..

Ce qui me choquait le plus c’est que j’avais l’impression qu’on demandait aux femmes davantage qu’aux hommes.

Aux hommes Paul demandait « seulement » d’aimer leurs femmes ce qui, après tout n’est que le minimum syndical quand on décide de se marier. N’est-ce pas l’objet même du mariage ? Cette recommandation m’avait toujours semblé ne pas en être une.  Elle me paraissait tellement implicite qu’elle ne pouvait pas être donnée comme une recommandation qui viendrait en plus.

Aux femmes, en revanche, il demandait non seulement d’aimer leurs maris – au moins implicitement puisqu’il parlait du mariage – mais en plus et surtout de leur être spontanément soumises. En d’autre terme de s’exposer à leurs décisions et à leurs comportements arbitraires sans garantie et sans contrepartie. Inacceptable à mes yeux.

Inacceptable jusqu’au jour, récent, où j’ai compris que Paul demandait à l’homme et à la femme de se convertir à l’amour en consentant chacun à faire l’effort qui lui coûtait le plus : rentrer en elle-même pour la femme, sortir de lui-même pour l’homme.

1/ Le plus difficile pour une femme : rentrer en elle-même

Depuis que je suis petit j’ai toujours vu les femmes mariées être surchargées et sur-occupées. Certes je comprenais qu’il n’était pas évident de concilier vie de famille et vie professionnelle mais cela ne changeait rien à ma perplexité.

En effet leurs maris aussi étaient contraints de concilier les deux et me semblaient s’en tirer mieux. Certes ils en faisaient moins et sans doute la répartition des tâches était-elle susceptible d’être rééquilibrée mais cela n’expliquait pas pourquoi c’était presque toujours les femmes qui en faisaient plus. Une fois c’est un hasard, deux fois un curieux hasard mais à partir de trois fois ce n’est plus un hasard.

J’avais l’impression d’être en permanence dans la publicité pour les piles Duracell où des petits lapins tapaient sur des tambours sans s’arrêter jusqu’à épuisement de leur réserve d’énergie, présentée comme particulièrement longue.

Sans compter que même les femmes qui ne vivaient pas en couple me semblaient fonctionner comme des lapins Duracell. C’est la tentation de Marthe, qui s’agite et qui récrimine, par opposition à Marie qui médite et qui accueille.

Devenu adulte j’ai commencé à comprendre que, dans le cadre des relations humaines en général, les femmes étaient plus disposées que les hommes à s’investir personnellement et émotionnellement pour que les choses marchent. J’ai compris qu’elles y étaient plus disposées parce qu’elles en attendaient beaucoup et souvent bien davantage que les hommes. Dans le cadre d’une relation de couple, de la gestion concrète d’un foyer et de l’éducation des enfants les femmes ont plus d’attentes et plus d’idées sur ce qu’il faudrait faire et surtout ne pas faire.

Mais l’expérience montre aussi que cette volonté de bien faire se confond souvent avec un désir viscéral de faire les choses à sa façon qui aboutit régulièrement à faire les choses à la place de l’autre pour s’assurer qu’elles soient bien faites (c’est-à-dire faites à sa façon) et donc d’imposer ses propres règles ou au moins d’être la seule à faire les choses (monopole).

Dans le couple l’homme choisit moins l’affrontement que la stratégie d’évitement pour préserver ce qu’il considère comme sa liberté inaliénable. Quitte à déserter définitivement le foyer dans les cas extrêmes, ce qui est le paroxysme de la stratégie d’évitement. La femme a un tel besoin de se donner qu’elle a parfois du mal à se retirer pour laisser l’autre exister.

C’est en faisant ce constat que j’ai mieux compris ce que recommandait saint Paul à la femme : en lui disant « sois soumise » il lui dit « lâche prise ».

La première formulation sent mauvais l’encaustique des siècles passées tandis que la deuxième fleure bon la psychologie de couple contemporaine. Mais les deux formules sont équivalentes.

Toutes les deux signifient « ne t’épuise pas et ne l’épuise pas à vouloir tout contrôler tout le temps. Cesse de le traiter comme un enfant et traite le comme ton mari. Rends-lui sa liberté d’initiative. Pour que toi tu puisses cesser de vivre à l’extérieur de toi-même et que lui puisse déployer sa liberté au service de votre couple et de votre foyer. Rentre en toi-même, tu y seras bien. Tu seras enfin chez toi. Tu seras vraiment toi et lui sera enfin libre de t’aimer à sa façon c’est-à-dire véritablement. »

Ce qui fait de cette « soumission » un lâcher prise et non une aliénation c’est qu’elle est ordonnée à l’amour et consentie par amour c’est-à-dire librement par la femme. Si l’homme en profite pour se comporter en despote, la manipuler ou l’humilier alors il n’y a plus aucune raison de jouer le jeu. Dans la vie de couple comme ailleurs l’adjectif intolérable a un sens. Cette « soumission » n’a de sens si elle sert à rendre l’homme capable d’aimer à son tour et à sa manière.

2/ Le plus difficile pour un homme : sortir de lui-même

Car pour l’homme le plus difficile est bien de sortir de son égoïsme pour se mettre au service du bien d’autrui. L’ égoïsme de l’homme est légendaire. Lui-même ne s’en défend pas vraiment. Ou alors tellement mollement que ça revient au même.

Son égoïsme se manifeste d’abord par la paresse. En termes relationnels cela se traduit souvent par le refus de s’engager. C’est bien connu : une fois qu’il a obtenu « ce qu’il veut », monsieur est souvent moins empressé et ne s’investit plus autant dans la relation. La première force de l’homme c’est sa force d’inertie.

Une autre manifestation de son égoïsme profond est sa capacité à donner libre cours à ses pulsions au détriment d’autrui (pulsions violentes, pulsions sexuelles). Les violences conjugales et les viols sont majoritairement l’œuvre d’hommes. L’industrie de la pornographie ne prospère que grâce aux hommes. Les guerres ne durent que parce que les hommes aiment se battre.

Ultime manifestation de l’égoïsme masculin : la volonté de dominer pour le seul plaisir de dominer et d’exercer le pouvoir simplement pour en jouir. Les conséquences pour autrui n’existent pas parce que le monde extérieur devient une variable d’ajustement.

Certes l’homme est capable de se donner pour réaliser de grandes choses mais sous certaines conditions. A condition d’y être poussé : derrière chaque grand homme, cherchez la femme. Ou bien à condition d’être attiré : certains hommes doivent leur carrière à leur première femme et leur deuxième femme à leur carrière.  Ou encore à condition d’être exalté. L’homme est capable de sacrifier sa vie en échange de la reconnaissance de ses pairs (carrière, héroïsme) ou de la postérité (la gloire).

Mais il lui est beaucoup plus difficile d’accepter librement et délibérément les mille et une petites morts, de consentir à des sacrifices non reconnus, de supporter sans broncher et sans regrets les frustrations inévitables qui accompagnent la lente maturation d’un amour authentique. Il lui est plus facile de mourir pour la femme qu’il aime que de vivre avec elle.

Le plus difficile pour l’homme c’est de s’oublier. C’est de sortir de lui-même pour aimer vraiment : sans espoir de retour sur investissement. Qui n’a pas entendu cette phrase d’un égoïsme tellement massif et naïf à la fois : « Moi les enfants ne commencent à m’intéresser qu’à partir du moment où ils peuvent parler » ?

Le plus difficile pour lui c’est de s’oublier pour aimer. Il est capable de s’investir et de donner sa vie pour quelque chose qui le dépasse mais à condition que ça l’exalte (l’armée, l’équipe, la guerre).

  A contrario on comprend pourquoi saint Joseph nous est donné en exemple. Par amour il renonce à toutes les aspirations masculines légitimes (une vie sexuelle normale, une descendance nombreuse et assurée, une réputation intacte, l’estime de ses pairs) pour accepter une vie ni exaltante ni exaltée dans une famille qui est l’exact opposé d’un modèle familial : un enfant unique conçu hors-mariage élevé par un père adoptif.  Et pourtant c’est le modèle du mari et du père de famille.

Non seulement ce que saint Paul demande à l’homme est ce qui lui est le plus difficile mais il lui donne en plus un modèle qui est hors d’atteinte : aimer sa femme comme le Christ aime son Eglise.

Pourquoi comme le Christ ? Parce qu’en se faisant homme Dieu a montré aux hommes comment aimer. Au lieu de faire usage de sa toute-puissance pour vaincre le mal et la souffrance, il a manifesté sa toute-puissance dans l’ordre de l’amour et du don au point de souffrir et de mourir pour nous sans attendre notre reconnaissance, sans retour sur investissement, gratuitement, de manière inconditionnelle et absolue.

C’est en prenant conscience de tout cela que je me suis réconcilié avec saint Paul :  en comprenant qu’il ne s’agissait pas d’une sentence rendue par un juge des affaires familiales mais d’une prescription médicale.

Et comme les prescriptions des médecins sont souvent illisibles il m’a fallu plusieurs décennies pour parvenir à déchiffrer  l’écriture du  docteur saint Paul et découvrir le contenu de son ordonnance pour le couple.

En fait il avait rédigé deux prescriptions distinctes et complémentaires : « lâcher prise » pour la femme et « oubli de soi » pour l’homme.

Depuis le jour où j’ai compris ça, ça va beaucoup mieux entre saint Paul et moi !

En raison de leur foi, les chrétiens sont prédisposés à s’engager en politique

Seuls ceux qui ont une foi profonde et qui sont habités par l’espérance peuvent se permettre de regarder la réalité en face. Les autres n’ont le choix qu’entre désespérer de la réalité ou refuser la réalité avec l’énergie du désespoir en détournant le regard.

C’est ce que font tous ceux qui se perdent dans les divertissements mondains ou les paradis artificiels. C’est aussi la tentation de tous ceux qui fuient la réalité en s’inventant un monde parallèle.

Un monde parallèle peuplé exclusivement de bisounours – comme dans le cas du monde politiquement correct des bobos – ou bien un monde manichéen, un monde en noir et blanc où les méchants auraient le monopole du mal et où la solution passerait par leur élimination (les bons musulmans face aux méchants mécréants).

Seuls ceux qui ont une foi profonde et qui sont habités par l’espérance peuvent se permettre d’être sceptique sur la nature humaine, l’état du monde et les limites de l’action politique sans s’y résigner pour autant.

Seuls eux qui vivent dans l’espérance peuvent agir sans avoir besoin de chercher à se convaincre qu’à force de prendre leurs désirs pour des réalités la réalité finira par se conformer à leurs désirs.

Seuls ceux qui ont hérité une tradition longue et profonde peuvent disposer de points de comparaisons pour réfléchir sans tourner en rond et sans se prendre pour la mesure de toute chose.

Seuls ceux qui sont en mesure de tirer les leçons du passé ont une chance de bien poser les problèmes du présent et de proposer un diagnostic pertinent.

Seuls ceux qui connaissent les invariants de la condition humaine ont les moyens de viser un bien commun en échappant au prisme déformant de catégories intellectuelles arbitraires et atrabilaires.

Seuls ceux qui ont une mémoire spirituelle et une culture historique ont les moyens d’échapper aux débats hystériques et passer du stade du réflexe à celui de la réflexion.

Seuls ceux qui savent qu’ils sont dans le monde mais qu’ils ne sont pas du monde peuvent admettre sereinement que tout ce qu’ils entreprennent est provisoire sans en déduire pour autant que tout est dérisoire.

Seuls ceux qui ont Jésus Christ pour espérance peuvent envisager d’être injustement marginalisés, persécutés ou tués par fidélité à une vérité qui les sauvera parce qu’elle les dépasse.

Soyons ceux-là.

Emprunter la voie romaine