Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Editorial

  • Cachez ce saint que je ne saurais voir
  • Par , le 20/2/13 (11)

    1809 : Napoléon Bonaparte mobilise les hommes en âge de combattre pour mater les velléités d’indépendance du peuple espagnol. Parmi les nombreux Français envoyés à la boucherie impériale avec la bénédiction de l’Eglise concordataire qui célébrait alors les vertus du régime, un conscrit choisit de déserter. Sous un faux nom il se réfugie dans un village et y gagne sa vie en s’improvisant maître d’école. Le 25 mars 1810, Napoléon signe un décret amnistiant les insoumis à condition qu’ils se mettent à la disposition des autorités départementales. Notre déserteur décide de n’en rien faire et de rester déserteur. Les autorités impériales refusent de croire que son père ignore sa cachette et lui infligent, pour faire pression sur le fils, de lourdes amendes. Finalement, c’est le jeune frère du déserteur qui accepte de servir à sa place contre une indemnité payée par le père. Ce dernier fera toujours grief à son fils de sa conduite.

    Si l’on considère l’histoire du point de vue des devoirs civiques, patriotiques et filiaux la conduite du conscrit est indéfendable. Objecteur de conscience, insoumis et déserteur : le jugement est sans appel. Si l’on considère qu’il a agi selon sa conscience parce qu’il considérait que cette guerre était profondément injuste on peut lui reconnaître un certain nombre de vertus cardinales. La prudence tout d’abord qui permet en toute circonstance d’exercer son discernement pour choisir le véritable bien et les moyens de l’accomplir : en l’occurrence la désertion. La force ensuite, c’est-à-dire le courage nécessaire pour désobéir aux autorités politique, religieuse et familiale de son temps et rester ferme dans sa résolution. La justice enfin qui consiste dans la persévérance à donner moralement à chacun ce qui lui est dû et seulement ce qui lui est dû.

    Bel exemple de liberté intérieure et de discernement d’une âme qui ne cède ni au conformisme de son entourage ni au conformisme civique. Précieux exemple qui nous rappelle que le Bien et le Mal ne sont pas interchangeables, que les pressions institutionnelles ne sont pas des critères de vérité et que l’obéissance n’est pas une vertu. Pour la petite histoire ce conscrit objecteur de conscience, insoumis et déserteur s’appelait Jean-Marie Vianney. Il est plus connu sous le nom du curé d’Ars. Il a été béatifié en 1905 par Pie X, canonisé en 1925 par Pie XI et déclaré « patron de tous les curés de l’univers » en 1929 par le même Pie XI. Pendant ce temps l’Action française et son mot d’ordre « politique d’abord » étaient condamnés par Rome.

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