Quand la raison s’enferme hors du monde

Peut-on tout comprendre? Et si oui, est-ce nécessaire pour raisonner adéquatement? Sylvain Aubé du blogue catholique québécois Le-Verbe (https://www.le-verbe.com/blogue/) s’appuie sur la riche réflexion de Gilbert K. Chesterton développée dans Orthodoxy pour examiner la question.

« Tous les gens veulent me tuer », dit le paranoïaque. « Mais non, personne ne veut te tuer », répond le thérapeute. « C’est exactement ce que diraient les gens s’ils voulaient me tuer! », conclut le paranoïaque.

La folie du sceptique

Avec un peu de recul, il faut admettre que le raisonnement du paranoïaque est sans faille. Si les gens voulaient le tuer, on ne le lui dirait pas. On le lui cacherait, et on inventerait toutes sortes de paravents pour masquer notre malveillance.

Plus nous serons méthodiques et insistants en lui démontrant qu’il n’y a aucun indice de complot contre lui, plus ses craintes seront alimentées. Il trouvera toujours une explication conforme à sa paranoïa pour chacun des éléments qu’on lui présente afin de le rassurer du contraire.

Son raisonnement est sans faille, mais en même temps, il est absurde. Il n’y a aucun motif probant pour croire qu’on veut le tuer, mais sa pensée est ainsi structurée que tous les faits qu’on lui avance confirment sa théorie. Ses syllogismes sont irréprochables, mais ses prémisses sont insensées.

En ce sens, sa folie n’est pas irrationnelle. Ce n’est pas l’intellect du paranoïaque qui défaille, c’est son expérience de la réalité. Sa folie ne sera pas corrigée par les arguments les plus rigoureux ; elle sera surmontée par une vision du monde plus large. Son problème n’est pas qu’il défend une idée erronée : c’est qu’il ne se soucie que d’une seule idée.

Le remède

Pour sortir de sa folie, le paranoïaque a besoin d’élargir son horizon mental. Il doit tenir compte de toute une série de considérations auxquelles il est étranger. Il doit admettre que la plus grande partie du monde échappe à sa compréhension.

C’est le grand drame d’une telle folie : on veut tout comprendre. Pour le paranoïaque, chaque évènement auquel il est confronté peut être intégré dans son explication du monde. Chaque fait qu’on lui avance trouve une place précise et utile dans son système de pensée. Rien n’est laissé au hasard ou à l’ignorance. Tout est intelligible et significatif.

Pour retrouver la santé mentale, il doit donc renoncer à cette immense ambition intellective. Il doit humilier sa posture et se réduire au simple mortel qu’il est, noyé dans un univers complexe et déroutant.

Ainsi, il découvrira que sa pensée ne touche qu’un fragment de la réalité. Il goutera aux tourments et aux joies de l’incertitude et de ses possibilités. C’est ensuite seulement qu’il pourra reconnaitre que les prémisses de sa paranoïa sont insensées.

Le poète ne demande qu’à mettre sa tête dans les cieux alors que le logicien aspire à mettre les cieux dans sa tête, et c’est sa tête qui se brise.

– G. K. Chesterton

Je reprends cette réflexion à Chesterton qui faisait valoir (Orthodoxy, II: The Maniac) qu’un logicien est plus à risque qu’un poète de sombrer dans une telle folie : « Le poète ne demande qu’à mettre sa tête dans les cieux alors que le logicien aspire à mettre les cieux dans sa tête, et c’est sa tête qui se brise ».

À trop vouloir expliquer, on perd la faculté de percevoir le monde tel qu’il est. La santé mentale exige un vaste espace pour l’inconnu qui nous dépasse.

Le rapport à l’inconnu

Comment réagit-on face à un témoin qui affirme avoir vu un fantôme? On est sceptique, bien sûr. Mais de quel scepticisme parle-t-on? Est-ce qu’on doute de son témoignage en estimant qu’une illusion est plus vraisemblable qu’un fantôme? En principe, c’est la posture d’un sceptique cohérent.

Néanmoins, plusieurs personnes se réclament du scepticisme afin de soutenir la certitude qu’il n’existe rien d’immatériel comme les fantômes. Leur incrédulité face à l’immatériel s’est cristallisée en une certitude négative : ils sont convaincus que les fantômes n’existent pas et ils disqualifient d’emblée tous les témoignages, peu importe leur nombre et leur crédibilité, qui soutiennent l’existence des fantômes. Ce faisant, ils se rapprochent de la folie du paranoïaque.

En effet, de tels sceptiques présupposent que toute la réalité s’explique à partir d’une seule idée. « Tous les gens veulent me tuer » et « Toute la réalité est matérielle » sont deux postulats également totalitaires sur la pensée. Toutes les hypothèses, toutes les possibilités doivent se soumettre à l’idée suprême.

Je précise que je ne crois pas aux fantômes. Je soutiens plutôt que la nature immatérielle des fantômes ne suffit pas pour conclure qu’ils n’existent pas. L’existence des fantômes est invraisemblable, mais elle n’est pas impossible. J’adhère à la position du sceptique qui doute de l’existence des fantômes. Je dénonce le sceptique qui ne doute pas: celui qui est certain que les fantômes n’existent pas.

La certitude du sceptique tronque son regard sur la réalité.

La certitude du sceptique, comme la certitude du paranoïaque, tronque son regard sur la réalité.

Par ailleurs, je ne prétends pas offrir ici le moindre argument de fond à savoir s’il existe une réalité immatérielle. Je souligne plutôt que, s’il existe une telle chose, aucun argument intellectuel ne pourra le démontrer au sceptique certain du contraire. Comme avec un paranoïaque, il faudra plutôt offrir un remède à sa certitude : il faudra lui révéler son insuffisance pour expliquer notre expérience du monde dans toute son incongruité.

Liberté de pensée

Si je crois qu’il existe une réalité immatérielle, je demeure libre de croire que la plus grande partie du monde est composée d’objets matériels. Je peux admettre que l’univers comporte des réalités multiples et étonnantes. Je peux adapter ma pensée aux découvertes qui s’offrent à moi, même si elles détonnent avec ce que je sais. Aucune conviction ne m’interdit une connaissance inattendue.

Par contraste, le sceptique certain ne peut admettre la moindre dérogation à sa conviction matérialiste. Tous les évènements doivent se conformer à son schème explicatif. Toutes les découvertes sont filtrées par son critère unidimensionnel. L’interdit du sceptique est vaste et sans compromis.

Là où je peux être méfiant envers plusieurs personnes, le paranoïaque ne peut accorder sa confiance à qui que ce soit. Là où mon monde spirituel inclut des montagnes de matière, le monde matériel du sceptique ne tolère pas une miette d’esprit. Le paranoïaque et le sceptique s’interdisent de croire que l’univers leur réserve des surprises.

La rigueur intellectuelle du paranoïaque et du sceptique est inattaquable, mais leur vision du monde est affligée par une folle conviction.

Sylvain Aubé

27 mars 2019

Sylvain Aubé est fasciné par l’histoire humaine. Il aspire à éclairer notre regard en explorant les questions politiques et philosophiques. Avocat pratiquant le droit de la famille, son travail l’amène à côtoyer et à comprendre les épreuves qui affligent les familles d’aujourd’hui.

Vous pourrez retrouver son article à l’adresse :  https://www.le-verbe.com/blogue/quand-la-raison-senferme-hors-du-monde/

Tous ses autres articles sont disponibles à l’adresse : https://www.le-verbe.com/author/sylvain-aube/

Face à BFM-TV que disent les baptisés ?

Les violences commises par certains gilets jaunes comme les violences policières sont relayées en boucle par les chaînes d’information continue et choquent légitimement les téléspectateurs.

Parmi ces derniers certains sont davantage choqués par les premières, d’autres par les secondes. Les sensibilités et les affects prennent alors facilement le pas sur la réflexion. L’indignation est en effet une activité grisante, valorisante et addictive.

Le problème c’est qu’elle nous détourne des problèmes concrets et des situations tragiques qui font le quotidien de nos concitoyens.

Dans ce phénomène de folie collective les chaînes d’information continue comme BFM TV, CNews ou LCI jouent un rôle d’incubateur. Leur influence (néfaste) est à la mesure de leur responsabilité morale : énorme !

Tirant prétexte de la liberté d’expression elles se livrent à une entreprise de désinformation pour des raisons structurelles et non accidentelles en offensant à la fois la vérité et la charité…dans le silence assourdissant de nombreux baptisés.

1/ Un business model consistant à contrefaire l’actualité plutôt que de la décrire

Leur business model impliquant de maintenir en haleine les téléspectateurs pour faire de l’audimat et pouvoir facturer au prix le plus élevé leurs encarts de publicité, ils approvisionnent les téléspectateurs – volontaires ou pas puisque les écrans sont déployés dans les lieux publics désormais (café, salons de coiffure, halls d’hôtel etc.) – en images choquantes qui nourrissent à leur tour les passions partisanes.

Mais surtout les chaînes d’information continue ont opéré une mutation en se transformant en chaînes de désinformation continue dans la mesure où elles s’arrogent désormais le droit de faire l’actualité en contrefaisant la réalité.

Le procédé est connu : c’est le mensonge par omission. Cela consiste à occulter une partie de la réalité en s’abstenant systématiquement et consciencieusement de replacer dans le contexte politique et social les événements que l’on rapporte. Car seul le contexte peut leur donner leur sens et permettre un débat rationnel sur les solutions à apporter et les choix politiques à consentir pour y parvenir.

Le principe est pourtant simple et connu des exégètes comme des historiens ou des services de renseignement : pas de texte sans contexte sinon l’information vire à la propagande.

Les mêmes images de violence présentées en-dehors de tout contexte tournent en boucle toute la journée sans qu’aucun journaliste ne vienne préciser, par exemple si les scènes de violences sont sporadiques et ponctuelles ou au contraire durables et représentatives de l’ensemble des manifestants à l’échelle du pays.

Les chaînes d’information continue présentent des images de violence mais passent sous silence leurs causes profondes. Le poids de leurs mots ne fait plus contrepoids au choc de leurs photos. Elles s’en tiennent à un discours légaliste sur le respect des institutions démocratiques ce qui, malgré les apparences, est un choix qui n’est pas neutre.

Ce choix n’est ni anodin ni innocent.

D’abord parce que c’est une manière de focaliser l’attention sur les symptômes des problèmes plutôt que sur leurs causes profondes alors que cette question est la seule qui mérite de retenir l’attention.

Ensuite et surtout parce que c’est une manière d’occulter le fait que précisément les institutions démocratiques ne fonctionnent plus comme des institutions démocratiques depuis longtemps et que c’est exactement cela qui est dénoncé depuis des années.

L’imposition du traité de Lisbonne en violation du verdict du référendum, la législation décidée à Bruxelles ou le renoncement volontaire aux compétences relevant de la souveraineté populaire sont autant d’atteintes au principe de souveraineté populaire et donc de démocratie.

Pourtant on ne les a jamais entendus les dénoncer au nom du devoir d’informer. Deux poids, deux mesures. Le pire c’est qu’ils semblent être les seuls à ne pas s’en apercevoir.

2/ Le parti pris du déni

Du point de vue de l’analyse c’est un manque de justesse, du point de vue moral c’est un manque de justice.

En agissant comme elles le font les chaînes d’information continue ajoutent au déni de souffrance d’une partie de nos concitoyens un déni d’urgence.

Elles font comme si leurs souffrances pouvaient (encore) patienter et attendre les résultats improbables de processus institutionnels, processus par nature consultatifs et itératifs qui ne peuvent déboucher que sur des propositions de compromis. Bref, des processus qui, par définition, ne peuvent être des procédures d’urgence.

Mais surtout elles laissent suggèrent que les problèmes politiques dénoncés par les gilets jaunes pourraient être réglés par la logique institutionnelle qui les a engendrés et par le personnel politique qui les a cautionnés.

Du pur point de vue intellectuel c’est une absurdité. Comme le disait Albert Einstein « On ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celle qui l’a créé ».

Du point de vue de l’expérience humaine c’est exactement la même chose : il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. Surtout si cela suppose qu’ils se remettent eux-mêmes en cause.

Un parti pris qui n’est pas assumé est un mensonge : en exhibant ad nauseam des images de violence et en les tirant de leur contexte les chaînes d’information continue prennent objectivement parti contre les gilets jaunes et, implicitement, pour le gouvernement dont jamais elles ne soulignent les contradictions, les mensonges, les postures ou les impostures.

Elles semblent croire qu’en cassant le thermomètre – en l’occurrence en passant sous silence les problèmes de fond – on pourrait faire baisser la fièvre. En se contentant d’arguments biaisés elles convainquent que ceux ont déjà choisi de détourner le regard par peur ou par commodité.

Mais elles ne feront jamais qu’exacerber la colère légitime de ceux qui constateront une nouvelle fois que leur sort et leurs souffrances n’intéressent pas le gouvernement – ils le savaient déjà – mais également tous ceux qui se sentiront solidaires de leurs revendications.

Hormis le témoignage sur les réseaux sociaux des quelques baptisés solidaires des gilets jaunes, l’attitude de l’ensemble des baptisés est assez accablante. Dans le meilleur des cas ils brillent par leur absence dans les rues et les manifestations et dans le pire des cas manifestent sur les réseaux sociaux leur absence de solidarité quand ce n’est pas un mépris de classe anti-évangélique.

3/ Le silence assourdissant de nombreux baptisés

L’option préférentielle pour les petits, les pauvres, ceux qui souffrent est celle de Jésus-Christ et de ses disciples fidèles. De ce point de vue le silence des catholiques pourtant prompts à dénoncer les mensonges des chaînes de désinformation continue est assourdissant. La défense des enfants condamnés à ne pas avoir de pères et de mères les a mobilisés en masse à l’occasion de la Manif pour tous mais le sort de leurs concitoyens qui ne peuvent plus joindre les deux bouts ne les mobilise pas.

Non seulement il ne les mobilise pas mais il suscite parfois – et trop souvent – sur les réseaux sociaux des réactions de rejets, des réflexes de castes incompatibles avec la notion de Bien commun qui est si souvent invoquée, avec la doctrine sociale de l’Eglise et plus radicalement avec l’évangile.

On touche du doigt là l’effet de rétrécissement du catholicisme français qui se superpose globalement à la carte électorale du vote de la bourgeoisie catholique (vote Fillon). L’appartenance majoritaire à cette classe sociale particulière explique que de nombreux catholiques en aient les réflexes et les œillères.

Difficile en effet de penser contre son pain.

Surtout quand on a orienté délibérément ses enfants vers les métiers de l’argent. Pour bien des baptisés malheureusement seuls comptent les métiers qui comptent : quand on a envoyé ses enfants dans des écoles de commerce et qu’ils ont ensuite fait carrière dans la banque ou les compagnies d’assurance, difficile de remettre en cause les méfaits de la financiarisation de l’économie et de regarder en face le sort des perdants de la dérégulation mondialisée.

C’est d’autant plus difficile de comprendre le désarroi de ses concitoyens qu’on a soigneusement évité de choisir des métiers qui ont du sens mais qui rapportent moins comme ceux de la formation ou de l’information (dont on se plaint après qu’ils soient hostiles au christianisme), des métiers artisanaux (alors même qu’on déplore le manque de techniciens formés et spécialisés contrairement à ce qui se fait en Allemagne) ou les métiers artistiques (et on se lamente que la société dans laquelle nous vivons fasse la promotion du laid et du sordide).

C’est d’autant plus difficile d’éprouver de la compassion et de la solidarité pour ceux qui se sentent partir à la dérive et invoquent la solidarité nationale qu’on a soi-même été scolarisé dans des établissements « catholiques » où l’on a été éduqué dès son plus jeune âge à la sélection sociale par l’exclusion scolaire… sous prétexte de former l’élite chrétienne de demain.

4/ Témoignage et contre-témoignage

Le drame c’est quand les chrétiens qui normalement sont dans le monde sans être du monde agissent et réagissent en fait comme des mondains plutôt que comme des chrétiens.

Cela ne signifie pas que les baptisés doivent nécessairement approuver toutes les revendications – par ailleurs contradictoires – exprimées par les gilets jaunes.

Cela n’implique pas de considérer que toute revendication qui accompagne une souffrance est ipso facto légitime, opportune ou réalisable.

En revanche le baptême nous oblige à entendre la souffrance qui s’exprime et de regarder en face ses causes objectives plutôt que de détourner le regard ou de se réfugier dans l’ironie quand ce n’est pas dans la moquerie et le mépris.

Il nous oblige également à ne pas rester dans la cabine du commentateur qui, du haut des gradins, commente le match qui se déroule sur le terrain, décernant bons et mauvais points dans une indifférence totale au sort et aux souffrances de leurs frères.

L’hostilité à peine voilée et parfois carrément affichée de certains baptisés au sort des gilets jaunes et de tous ceux pour lesquels défilent les gilets jaunes ne sont pas le résultat d’une réflexion honnête et pondérée mais l’expression décomplexée de réflexes de castes, l’expression d’un parti pris, l’affirmation tranquille d’une indifférence au sort de prochains dont on refuse de se sentir proches parce qu’on ne les fréquente pas et qu’on ne veut pas avoir à les fréquenter.

Le pire des arguments qu’il m’ait été donné de lire était que les gilets jaunes n’étaient pas les plus pauvres et que les « vrais » pauvres étaient trop pauvres pour se permettre de défiler.

Ce constat sociologique est parfaitement vrai était mais constitue le pire des arguments puisqu’il ne servait qu’à délégitimer la détresse, bien réelle, de ceux qui avaient encore la force et les moyens de descendre dans la rue pour dénoncer leur abandon progressif et programmé par les pouvoirs publics, les institutions et plus généralement la solidarité nationale.

C’est l’argument du déni de souffrance et de l’indifférence. Un peu comme ces victimes de harcèlement sexuel auxquelles dont on refuse d’enregistrer la plainte sous prétexte qu’elles n’ont pas été violées…

Faute de souffrir dans leur chair les souffrances de ceux qui défilent dans la rue certains chrétiens présents sur les réseaux sociaux refusent de réfléchir et de regarder en face la réalité  tragique que vivent une partie de leurs concitoyens.

Comme l’écrivait Charles Péguy dans Notre jeunesse : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ».

Là encore rien de nouveau – le refus d’agir engendre le refus de savoir – mais ce contre-témoignage là aura des conséquences bien plus durables et incommensurables auprès de la population française déjà passablement déchristianisée.

Beaucoup plus graves en tout cas que les conséquences pourtant déjà très graves des abus sexuels commis par certains prêtres et couverts par des évêques ou par des cardinaux.

Pourquoi ?

Parce que dans le cas des gilets jaunes ce ne sont pas seulement les clercs qui sont en cause mais également les laïcs.

Et là c’est bien l’Eglise de France en tant que communauté chrétienne – et non plus seulement la hiérarchie ecclésiastique – qui répond majoritairement aux abonnés absents.

« Voici comment on distingue les enfants de Dieu et les enfants du diable : celui qui ne vit pas selon la justice n’appartient pas à Dieu, et pas davantage celui qui n’aime pas son frère » (1 Jean 3,10).

Sam parle…et vous ?

On recommence enfin à parler d’évangélisation dans l’Eglise et c’est une bonne nouvelle. Mais la plupart du temps on l’envisage sous la forme d’une activité de groupe et spécialisée (Anuncio, Aïn Karem).

On l’envisage plus rarement comme une activité individuelle qui incombe à chaque baptisé.

Pourtant il s’agit moins de convaincre et de recruter que de témoigner sereinement de ce que l’on vit – en l’occurrence de témoigner ce que Jésus Christ a changé et continue à changer dans ma vie.

Comme nous le dit saint Pierre : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect » (1 Pierre 3,15)

Encore faut-il pour cela s’adresser à ceux que l’on connaît parce qu’on les fréquente et s’adresser à eux d’une manière qui leur parle.

C’est exactement ce que fait Sam, un jeune Québécois sur le site https://www.samparle.org/.

Sam témoigne avec enthousiaste auprès de ses concitoyens québécois de sa foi et de la joie qui en découle dans des petits enregistrements vidéo.

Chaque vidéo porte sur une question concrète et la traite de façon sérieuse sans se prendre au sérieux : théologique, authentique et ludique.

Je vous en recommande tout particulièrement deux.

La première est la vidéo intitulée Je suis athée qui renoue avec la tradition apologétique et qui démontre les incohérences de ceux qui revendiquent leur athéisme. Le ton n’est pas polémique même si l’argumentation est sans concession et explique que sa vidéo ait suscité beaucoup de réactions au Québec, pays extrêmement déchristianisé après avoir été pendant plusieurs siècles un pays à la fois très christianisé et très cléricalisé, ceci expliquant cela….

L’autre vidéo est intitulée Chrétien et Québécois et constitue un témoignage personnel qui fait penser à la description qui est donnée des chrétiens dans la fameuse Lettre à Diognète rédigée à la fin du IIème siècle : « Les chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes. (…) Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs ».

C’est un témoignage authentique, profond, à la fois drôle et poétique sous forme de slam avec en prime la richesse et la vitalité de la parlure québécois….

L’auteur a accepté de m’envoyer le texte de cette vidéo que je m’empresse de vous proposer tout en vous recommandant fortement d’aller le voir et l’écouter sur son site sur son site et sur Youtube

Chrétien et Québécois

J’m’appelle Sam.

J’suis un Québécois des plus ordinaires, mais j’crois dans un Dieu extraordinaire.

            Attention;

Je ne suis pas crétin;

Mais bien chrétien.

Je ne suis pas sectaire ni fanatique,

Mais un jour j’ai fait la rencontre salutaire d’un Dieu magnifique.

Je ne suis pas idéaliste ni ennuyeux,

J’vous le dit, j’suis réaliste et ambitieux.

Je ne suis pas un de ces religieux prétentieux ni un hypocrite,

J’en ai rien à faire des titres ni des rites,

ce qui m’intéresse c’est le bon Dieu.

Comme vous, j’bois de la caféine pour soulager mes matins fatigués;

J’travaille temps plein pour payer mes comptes chargés,

Mais j’marche d’un pas léger;

Et j’ai une joie que personne ne peut m’enlever.

j’fais mon jogging ;

j’sors mes vidanges ;

j’salue mes voisins ;

mais j’accomplis ma routine du quotidien

avec un entrain qui me provient du divin.

J’m’en ouvre une frette pour décompresser ;

J’savoure un bon p’tit vino pour relaxer ;

mais je trouve ma plus grande paix et sérénité ;

dans celui qui est de toute Éternité.

J’aime jouer, fêter et danser;

jaser, manger et trinquer;

Mais toutes ces activités, je ne pense pas que ce sont des finalités,

Mais plutôt, des plaisirs partagés et passagers

à profiter à l’honneur de celui qui les a pensés.

Je mords dans la vie et dans tout ce qu’elle a de Bon à m’offrir;

Mais mon plus grand bien est de m’offrir à celui qui est Bon.

Je ne pense pas avoir réponse à toutes les questions,

ni solution à toutes les éventualités,

Mais au moins j’ai quelqu’un en qui je peux compter,

peu importe la gravité de la situation.

Loin de fuir la réalité ou d’anesthésier mon anxiété avec quelques brides de moralités,

J’ai décidé d’arrêté de vivre comme si j’étais le centre de gravité

et j’ai tout misé sur le seul qui a garanti pouvoir me sauver.

Je ne pense pas changer ce monde et, vraiment, je n’y peux rien,

mais je connais Celui qui a changé le monde et qui peut changer le tien.

Je ne m’exclus pas de la société, ni des débats de l’actualité,

Mais je leur offre, au mieux de mes capacités, une critique équilibrée

basée sur la parole du fondateur de l’humanité.

Je prône la culture et l’identité québécoises et je défends notre belle langue française,

Mais j’n’oublie jamais que mon passage sur cette terre n’est que temporaire

et que ma réelle identité est celle d’un étranger qui appartient à une autre cité.

J’applaudis le progrès technologique,

J’admire le travail scientifique,

Je ne nie pas la réalité,

Mais je crois en celui qui l’a fabriqué et qui en détient l’ultime vérité.

J’me suis pas créé un monde imaginaire pour m’évincer de mes soucis;

Je pense plutôt que j’ai été créé pour un monde mille fois meilleur que celui-ci.

Comme tout le monde, j’check les habs

et je suis un fan du bleu, blanc, rouge,

Mais ma plus grande victoire me provient

de celui qui a versé du rouge pour que je devienne blanc.

Celui qui a bu la coupe de jugement et qui en a versé de son sang

pour remporter la plus grande coupe Stanley de toute l’humanité.

J’essaie de faire preuve de civisme et de générosité,

Faire ma B. A. quand j’en ai l’opportunité,

Mais je sais qu’à la fin de la journée,

Le mal m’est tellement bien ancré,

Que ce n’est pas l’éducation, la société ou ma propre bonté

qui pourra m’en délivrer,

Je crois plutôt que c’est celui qui a traversé l’adversité

de son propre choix,

qui a été élevé entre ciel et terre sur cette infâme croix,

et qui est revenu des morts en guise de quoi,

des hors-la-loi comme toi pi moi,

avons quelqu’un en qui mettre notre foi.

Quelqu’un en qui placer notre confiance et notre espérance.

Quelqu’un qui a vécu la vie que nous aurions dû vivre ; subi la mort que nous aurions dû subir.

Quelqu’un qui a payé pour nos saletés et qui est ressuscité pour nous le prouver.

Quelqu’un qui se nomme Jésus.

Comment parler à nos frères musulmans ?

Comme dit Gaspard Proust, un chrétien intégriste qui applique le Nouveau Testament à la lettre, c’est un mec qui se met à embrasser tout le monde dans la rue ! On peut reprocher aux intégristes chrétiens de ne pas aimer assez leur prochain mais dans ce cas on leur reproche de ne pas être assez chrétiens.

Le problème est très différent avec un musulman intégriste car lui peut se targuer d’être un vrai musulman conforme au Coran !

Tel est le drame : face à un livre réputé dicté par Dieu lui-même et à la virgule près l’objection de conscience des créatures n’a aucune légitimité et donc aucun poids face aux décrets du Créateur.

1/ Le Coran source de l’islamisation des sociétés non-musulmanes

Dire que le Coran est la matrice de l’islamisation de nos sociétés c’est courir le risque de froisser des susceptibilités et blesser des gens de bonne foi – sans mauvais jeu de mots – mais peut-on espérer résoudre un problème politique de dimension géopolitique si on n’ose même pas le nommer ?

Tous les musulmans qui cherchent à être authentiquement fidèles au Coran par souci d’intégrité correspondent à ce que nous considérons comme des musulmans intégristes. C’est très gênant à dire mais c’est malheureusement difficile de ne pas faire ce constat à moins de vouloir – sans mauvais jeu de mots là encore – se voiler la face.

Car tous les intégristes musulmans ont pour eux la lettre du Coran tandis que les autres musulmans n’ont que leur conscience pour s’indigner sincèrement de leur intolérance et de leur violence programmée mais restent impuissants à répondre à leurs arguments.

Je ne parle pas ici des djihadistes mais de tous les musulmans qui sans passer à l’acte approuvent de ne renoncer au jihad que temporairement et pour des raisons tactiques. Ce sont les mêmes qui approuvent le principe de ne tolérer les juifs et les chrétiens qu’à condition qu’ils vivent en citoyens de seconde classe (dhimmis). Ils assument l’idée de convertir les autres non-croyants sous la contrainte et de punir de mort ceux qui quittent l’islam. Ils contestent aux femmes (c’est-à-dire à plus de la moitié de l’humanité !) les droits qui découlent de leur dignité intrinsèque et cherchent à imposer les règles de la charia dans l’espace public c’est-à-dire à tous : aux musulmans comme aux non-musulmans.

Ces musulmans qui se jugent intègres et que nous jugeons intégristes ne sont pas irrationnels : ils sont au contraire dans une démarche sincère de cohérence avec les prescriptions du Coran.

Car le Coran n’est pas simplement un livre religieux c’est aussi et surtout un mode d’emploi pour répandre la soumission (en arabe islam) à un Dieu unique sans s’embarrasser nécessairement du consentement des intéressés.

C’est une religion inventée par l’homme pour l’homme dans la mesure où les prescriptions qu’il contient fournissent une justification pratique aux pulsions masculines : fascination pour la violence, appétits de conquête et volonté de puissance.

Il n’appelle pas les hommes à convertir leur cœur mais les mobilise pour servir une cause sacrée qui exalte leurs tendances les plus profondes et les plus obscures.

Certes le terrorisme islamique a de nombreuses causes géopolitiques, économiques et sociales mais il a une matrice qui est le Coran.

2/ Parler à nos frères musulmans d’autre chose que du Coran.

Les musulmans que nous considérons comme modérés ne sont pas des musulmans conformes au Coran. Les musulmans que nous considérons comme ouverts et tolérants sont considérés par des traîtres et des apostats par ceux qui veulent rester ou redevenir cohérents avec le Coran. Les musulmans que nous considérons comme bons ils ne les considèrent pas comme de bons musulmans.

Mais la bonne nouvelle – car il y en une – c’est que ces « mauvais » musulmans sont très nombreux.

C’est d’ailleurs la masse de ces musulmans indécis qui est l’enjeu de la stratégie de l’Etat islamique. Ce dernier veut cliver l’ensemble des musulmans contre l’ensemble des non-musulmans et spécifiquement des juifs et des chrétiens. Il veut obliger tous les musulmans à choisir leur camp.

C’est pour cela que le pape François fait tout ce qu’il peut pour ne pas entrer dans son jeu et qu’il refuse de se positionner contre le monde musulman.

Nulle naïveté chez lui. Il est mieux informé de la réalité du monde musulman et de la situation des chrétiens d’Orient que tous ses détracteurs qui, contrairement à lui, ne disposent pas du réseau de renseignement incomparable que constituent la structure de l’Eglise catholique et les services du Vatican.

Simplement on ne lutte pas contre un adversaire en lui donnant ce qu’il cherche à obtenir.

Car si l’Etat islamique cherche à enrôler l’ensemble des musulmans derrière sa bannière c’est précisément parce que tous les musulmans ne règlent pas spontanément leur vie sur les prescriptions du Coran.

Les partisans de l’Etat islamique, les salafistes, les Frères musulmans et les barbus de tout poil veulent substituer à ce Coran alternatif un Coran authentique et intègre.

La seule chose qui soit rassurante c’est que, alors que les chrétiens ne sont jamais vraiment à la hauteur des exigences de l’Evangile, il existe des musulmans qui valent mieux que le Coran.

En tant que citoyens français nous devons avoir le courage de mettre le sujet sur le tapis – là encore sans mauvais jeu de mots – afin de définir ce qui dans notre pays et dans notre système politique relève du non-négociable.

Mais en tant que chrétiens nous avons le devoir urgent d’annoncer à nos frères musulmans que Dieu s’est fait homme par amour pour eux et qu’Il est mort et ressuscité pour qu’ils soient sauvés.

Nous avons l’impérieux devoir de leur annoncer la très bonne, l’excellente nouvelle : « Vous êtes déjà sauvés par Dieu ! »

« Vous n’avez plus qu’à accepter d’être sauvés en convertissant votre cœur et donc vos mœurs à ce que le Dieu unique vous propose : la sainteté ! »

« Dieu est Amour, pas amère ! »

Un seul Dieu : oui mais lequel ?

Pour un chrétien le musulman est son frère en humanité.

Du moins pour un chrétien qui essaie de prendre le Christ pour modèle au lieu de substituer au Christ ses propres aspirations.

Pourquoi ? Parce que le chrétien sait que tous les hommes sont tous enfants de Dieu, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou autres.

Il croit que nous sommes tous frères parce que nous avons tous le même Père.

1/ Tous enfants d’un même Père

Nous sommes tous frères parce que nous avons tous le même Père, fort bien, mais notre frère peut aussi bien être un forban et c’est là que les difficultés commencent car si on choisit ses amis on ne choisit pas sa famille et avoir un ancêtre commun ne garantit rien.

Rien de plus inexpiables que les haines et les rancœurs familiales. L’histoire de la dynastie mérovingienne et de manière plus générale l’histoire féodale ne sont pas autre chose qu’une longue et sanglante litanie de règlements de comptes intra-familiaux.

Il n’existe rien de pire que les guerres que l’on qualifie de fratricides. L’exemple biblique de Caïn et Abel est suffisamment éloquent pour que les chrétiens qui se donnent la peine de lire la Parole de Dieu pour s’en nourrir n’aient aucune illusion sur la réalité des familles.

Le chrétien le sait bien : la famille est une réalité à évangélise en permanence, qu’il s’agisse de la famille mononucléaire – la famille telle qu’elle est défendue par les partisans de La Manif pour Tous – ou la grande famille de l’humanité. C’est un travail de longue haleine et à remettre cent fois sur le métier.

Mais le chrétien croit que la volonté de Dieu est qu’il traite tout homme comme son frère, en l’aimant comme un frère.

Parce qu’il croit que Dieu est Dieu le Père et qu’à ce titre Il est le modèle de toute paternité et que c’est pour cela qu’Il nous traite comme Ses enfants.

C’est une évidence pour le chrétien qui connait sa foi. Ce ne l’est absolument pas pour son frère musulman même et surtout s’il connaît la sienne.

Pour ce dernier Dieu est le Créateur de toute chose, et entre autres choses de l’humanité, mais il n’y a pas a priori d’analogie entre Dieu et l’homme.

Dieu est le Tout-autre et demeure donc hors de portée. Il n’y a rien de commun entre Lui et l’homme. Aucun patrimoine génétique commun. Contrairement à ce que croit le chrétien.

2/ Un Dieu créateur qui est aussi Père

Car le chrétien croit qu’en tant qu’homme il a été conçu à l’image et à la ressemblance de Dieu – « Dieu dit : faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Genèse 1, 26) – et que c’est pour cette raison qu’Il a laissé Son empreinte en lui.

D’abord en le dotant d’une conscience qui murmure à son intelligence des vérités que sa volonté consciente n’a pas toujours envie d’entendre.

Ensuite en imprimant en lui un désir d’amour tellement infini que rien dans ce monde fini ne parvient à satisfaire.

Comme disait saint Augustin : « Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur Répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui, sinon toi, Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’amour absolu de toute éternité ? Plus près de Toi, mon Dieu, j’aimerais reposer : c’est Toi qui m’as créé et Tu m’as fait pour Toi ; mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ! »

Le chrétien sait qu’il est paramétré pour entrer en communion avec Dieu parce que Dieu l’a programmé pour cela. Parce que c’est sa vocation intrinsèque.

3/ Une relation de communion plutôt que de soumission

Le chrétien croit que Dieu a souverainement décidé de descendre de son piédestal divin pour aller à sa rencontre et tisser une relation d’intimité avec lui sur un pied d’égalité.

Dieu incarné dit à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jean 15, 15).

Une telle intimité avec Dieu est loin d’être acquise pour un musulman, sauf peut-être pour les mystiques soufis. Mais pour qui s’en réfère à la lettre du Coran quelle pire atteinte  à la dignité de Dieu, à Sa seigneurie que la phrase de saint Irénée : « Notre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu » ? Tel qu’Il est présenté dans le Coran Dieu ne promet pas une rencontre intime de l’homme avec Lui.

Le Coran recommande aux musulmans de convertir les non-musulmans et de les intégrer ainsi dans la communauté des croyants (Oumma) au sein de laquelle tous seront égaux dans la soumission (islam) respectueuse à Dieu. Mais il n’est pas question de nouer une relation intime et personnelle avec Dieu ou d’aimer les non-musulmans au seul motif qu’ils sont les frères d’un même Père.

Certes le chrétien et le musulman se rejoignent dans l’opposition au polythéisme et tous deux affirment qu’il n’existe qu’un seul Dieu.

Mais reste à savoir lequel…

Nous sommes tous possédés

« Tout bien que tu détiens est un souci qui te retient… et Skippy est là pour nous enlever tous nos soucis ». Qui ne se souvient de ce sketch extraordinaire des Inconnus mettant en scène une secte dont le gourou (Skippy) prêchait à ses membres le détachement et le renoncement aux biens matériels afin de s’enrichir à leurs dépens ?

La citation est inoubliable non seulement parce que le sketch dont elle est tirée est hilarant mais également parce qu’elle recèle un fond de vérité : l’intuition que l’on peut être prisonnier de ce que l’on possède.

Cette intuition on la retrouve formulée de diverses manières.

Les partisans de la décroissance l’ont exprimée en ces termes : « Moins de biens, plus de liens ». Cela sonne à la fois comme le constat qu’il existe des vases communicants et comme le vœu que les mœurs changent à l’avenir.

Dans la bouche du général De Gaulle cela donne : « Les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent ». C’est ainsi qu’il expliquait à Alain Peyrefitte la complaisance de la bourgeoisie vis-à-vis de l’occupant allemand. Il attribuait son immobilisme et sa passivité à sa peur de perdre ce qu’elle possédait.

Ce constat, tiré de son expérience de la guerre et des hommes, ne fait que confirmer l’avertissement du Christ : « Je vous le dis encore, il est plus aisé pour un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille, que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Matthieu, 19-24).

Mais nous savons également que la volonté de garder tout ce que l’on possède ne se limite pas à l’argent ou à la richesse matérielle. S’il suffisait de toucher un revenu modeste pour être fidèle à sa conscience la France actuelle serait exemplaire…

1/ Possédé par son propre patrimoine

En tant que chrétiens nous le savons bien, nous possédons tous un patrimoine qui nous possède et qui nous empêche d’aller à la rencontre du Jésus Christ. « Là où est ton cœur, là sera ton trésor » (Matthieu 6,19).

Que ce patrimoine ait été constitué à la force du poignet ou qu’il ait été hérité ne change rien à l’affaire : nous sommes tous plus ou moins prisonniers de notre patrimoine. Un patrimoine au sens large du terme bien sûr : capital culturel ou relationnel, position institutionnelle flatteuse et confortable, convictions politiques ou religieuses définitives, habitudes et certitudes héritées de sa famille et/ou de son milieu…

De ce point de vue nous nous situons tous quelque part entre le jeune homme riche de l’évangile qui, parce qu’il est possédé par ses biens, s’en va tout triste après que le Christ lui ait demandé de donner tout donner aux pauvres et les possédés que Jésus libère des forces démoniaques.

Quand la priorité est de garder ce que l’on possède, on est ouvert à toutes les compromissions, sourd à la voix de sa conscience et insensible au souffle de l’Esprit. Ça prédispose naturellement à la pusillanimité – c’est-à-dire à la lâcheté – et dans les situations de crise cette lâcheté cachée éclate au grand jour.

On attend de voir de quel côté ça penche avant de prendre parti et, en attendant, on prend le parti du plus fort en s’abstenant de prendre parti. Sous prétexte de prudence on fait preuve de pusillanimité. Au lieu d’agir selon sa conscience on se raccroche aux institutions en place.

Un peu comme dans le film Un taxi pour Tobrouk. Un commando des forces françaises libres se retrouve dans le désert libyen et l’un de ses membres explique à ses compagnons d’infortune que selon l’issue de la guerre il sera aux yeux de son père la honte de la famille ou au contraire celui qu’on accueillera en héros : « C’est mon papa, moi, que je vais retrouver. Actuellement, il est à Vichy mon cher père. Ah ! C’est un homme qui a la légalité dans le sang. Si les Chinois débarquaient, il se ferait mandarin. Si les nègres prenaient le pouvoir, il se mettrait un os dans le nez. Si les Grecs… oui enfin, passons ! ».

Un statut de notable est un statut confortable. Il prédispose au statu quo et au consensus mou. Peut-être est-ce l’une des raisons qui explique le tropisme démissionnaire plutôt que missionnaire d’un certain nombre de responsables de l’Eglise de France qui ont renoncé depuis belle lurette à proposer explicitement Jésus-Christ à la société française et particulièrement à nos frères musulmans.

La déférence vis-à-vis des autorités civiles légitimes et la peur du conflit font également partie de ce patrimoine culturel que nous avons très souvent hérité et qui peut se dresser entre la vérité et nous et donc entre le Christ et nous. De ce point de vue l’initiative de la Manif pour tous, lancée par des laïcs, est peut-être l’indice d’un changement profond.

Du moins espérons.

2/ Possédé par ses idées fixes

On est souvent possédé par ce que l’on possède quand bien même tout ce que l’on possède se résume à une idée fixe.

Pour ne pas y renoncer on est prêt à recourir à tous les subterfuges pour la faire triompher en dépit des démentis infligés par la réalité à nos partis pris.

Prétendre imposer ses vues à autrui sous prétexte de faire son bonheur n’est pas le privilège des dictateurs ou des idéologues. Combien de parents détournent sciemment leurs enfants de leur vocation pour les fourvoyer dans des projets de vie qui ne sont pas ceux de Dieu pour eux ? Comme chantait Jacques Brel : « Ils seront pharmaciens parce que papa ne l’était pas ! ».

C’est particulièrement vrai dans les milieux sociologiquement catholiques où l’on refuse de lâcher le poussin vers un avenir étiqueté incertain sous prétexte qu’il ne convient pas au projet des parents pour leur enfant ?

C’est flagrant dans le cas du sacerdoce. Dans de nombreuses familles catholiques on prie pour qu’il y ait des vocations…dans les familles des autres. Mais c’est vers les écoles de commerces qu’on pousse ses rejetons. C’est quand les écoles de commerce sont pleines que les séminaires sont vides.

Mais c’est vrai également pour des métiers qui ont du sens comme ceux de la formation ou de l’information («  c’est un repère de gauchistes »), les métiers artisanaux qui conjuguent le bon et le beau (« mon enfant a les moyens d’aller beaucoup plus loin ») ou la vocation artistique (« les beaux-arts ça ne paye pas »).

C’est souvent parce que l’on est possédé par son fantasme ou son idée que l’on ferme ses oreilles, son esprit et son cœur au Christ qui nous dit : « Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données de surcroît. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine » (Matthieu 6, 32-34).

C’est ce qui explique également que de nombreux parents catholiques s’obstinent à scolariser leurs enfants dans des établissements qui n’ont plus de catholique que le nom et où, sous prétexte de viser l’excellence, on pratique dès le plus jeune âge la sélection sociale par l’exclusion scolaire. Tout y est fondé sur la compétition et la survie des meilleurs au détriment des moins bons. La compétition y est la règle explicite, l’entraide, la communion et l’attention au plus fragile y sont déconseillées de manière implicite.

La peur de lâcher le poussin peut mener très loin…

3/ Possédé par l’orgueil

Quand on possède une très haute idée de soi-même on est possédé par cette idée. On n’y renonce pas, fût-ce pour faire éclater la vérité et triompher la justice.

Au sein de la Curie les adversaires de Benoît XVI et du pape François ont eu et ont toujours les plus grandes réticences à admettre la réalité, la gravité et l’ampleur de la pédophilie dans les rangs de prêtres ou de congrégations religieuses. Plutôt une injustice qu’un désordre !.

Quand on cherche à sauver la face plutôt qu’à confesser ses péchés – tout en prêchant aux fidèles d’aller se confesser plus régulièrement – c’est bien que ce à quoi l’on tient le plus (sa réputation) nous possède littéralement.

Dans ce cas on est possédé par ce que l’on possède. Au lieu d’être possédé par cette vérité dont saint Jean nous dit qu’elle nous rendra libres : « Si vous demeurez dans ma parole vous êtes vraiment mes disciples vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 31-32)… Libres et donc crédibles.

Sans surprise les conséquences de cette possession sont véritablement diaboliques.

« Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive » (Matthieu 18, 6-7).

Nettoyer la Curie d’Augias est donc une priorité. C’est même le minimum syndical. Ou ecclésial en l’occurrence. C’est l’œuvre à laquelle se sont courageusement attelés Benoît XVI et François et c’est ce qui leur a valu à tous deux tant d’attaques et tant d’hostilités, toujours selon la logique consistant à laisser en paix les incendiaires et à persécuter ceux qui sonnent le tocsin.

Mais en ce qui nous concerne ne nous laissons pas aveugler par la colère au point d’oublier que nous aussi sommes possédés.

Nous sommes tous emprisonnés par ce que nous nous plaçons plus haut que le Christ. Nous sommes tous prisonniers et nous avons tous besoin d’être libérés par le Christ. Pour nous et pour nous tous la solution de fond c’est de nous convertir en vérité et en profondeur. C’est vrai des laïcs comme du clergé car d’une manière ou d’une autre, à un degré ou à un autre, nous sommes tous possédés.

Ne faisons pas comme le pharisien de l’évangile qui priait en disant : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ».

Efforçons nous de prier plutôt comme ce publicain qui, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux vers le ciel mais se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! ». (Luc, 18, 9-14).

Pour cela il faut commencer par admettre pour nous-mêmes cette vérité dérangeante : nous sommes tous possédés.

Le paradis : une métamorphose réussie plutôt qu’une récompense méritée

« On n’a qu’une seule vie » dit-on parfois pour justifier des choix que l’on sait mauvais ou des tentations auxquelles on est bien décidés à succomber.

Et en un sens cette phrase est vraie. Mais pour qu’elle soit tout à fait exacte il faudrait la compléter : « On n’a qu’une seule vie…. et elle se prolonge dans l’éternité ». D’où l’impérieuse nécessité de bien l’orienter dès ici-bas afin d’éviter de tragiques erreurs d’aiguillages. Car sur les autoroutes de l’éternité on ne s’arrête pas comme ça sur les bas-côtés. Même pour accéder au purgatoire il faut déjà le vouloir.

Sachant que nous ne sommes ici bas qu’en transit et que les deux seules destinations qui nous sont proposées sont le paradis et l’enfer autant ne pas se tromper de porte d’embarquement.

1/ Les analogies et leurs limites

L’analogie avec le système judiciaire a largement été utilisée – à commencer par jésus Christ lui-même – pour parler de la vie éternelle, du paradis et de l’enfer. C’est notamment la métaphore du jugement dernier où Dieu, juge souverain, ordonnera à ses angéliques appariteurs de séparer les condamnés des innocents et de condamner à leur juste châtiment tous ceux qui l’auront bien mérité.

Cette analogie avec le système judiciaire des hommes permet de souligner le rôle déterminant de notre responsabilité et donc de notre liberté. C’est la réaffirmation et la reformulation à l’échelle individuelle de ce que Yahvé avait déjà proposé au peuple d’Israël par la voix de Moïse : « Je te propose de choisir entre la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie » (Deutéronome 30, 19).

Ce coup de projecteur braqué sur notre liberté individuelle met en lumière une bonne et excellente nouvelle : notre salut ne dépend pas de notre hérédité (fils d’Israël ou pas fils d’Israël ?) ni même de la plus ou moins stricte observance des rites de la loi mosaïque, éventuellement alourdie de la loi orale rajoutées par les scribes et les pharisiens au point de devenir impraticable pour le commun des mortels. C’est l’assentiment du cœur à la volonté de Dieu qui nous sauvera, Juifs comme païens.

Jésus s’adressant à un auditoire majoritairement juif dans un contexte où la foi d’Israël avait pris la forme du judaïsme rabbinique on comprend aisément son insistance sur le rôle de la liberté individuelle et donc de la responsabilité individuelle dans l’économie du salut.

Mais cette analogie, comme toute analogie, a les défauts de ses qualités. Elle présente le risque d’induire en erreur ceux qui confondraient la réalité qu’elle décrit avec les comparaisons qu’elle utilise.

Une telle confusion a d’ailleurs longtemps été répandue par le clergé. En présentant le paradis comme des grandes vacances définitives et l’enfer comme une condamnation au bagne éternel il a fait oublier que la loi de Dieu est une boussole existentielle et non un code pénal d’inspiration divine. Mais surtout il a travesti le Dieu d’amour en un despote, éclairé certes, mais très angoissant et, au fond, absolument désespérant : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur qui subsistera ? » (Psaume 129). Plus grave encore, en défigurant Dieu il L’a rendu méconnaissable, a détourné les âmes de Lui et L’a calomnié.

En ceci le clergé a, bien malgré lui, illustré ce que disait saint Jacques dans son épître : « Ne soyez pas nombreux, mes frères, à devenir docteurs. Vous le savez nous n’en recevrons qu’un jugement plus sévère, car à maintes reprises nous commettons des écarts, tous sans exception » (Jacques 3, 1).Après avoir découragé les meilleures volontés et transformé en désert le champ qu’il avait reçu pour mission de moissonner le clergé est passé d’un excès à l’autre et, aujourd’hui, s’abstient résolument de réparer les dégâts qu’il a lui-même causés. Il se contente désormais de ne plus parler ni du paradis ni de l’enfer – c’est plus simple et c’est moins risqué – en laissant le soin à Michel Polnareff de rassurer ceux qui n’avaient pas encore pris leurs jambes à leur cou en leur chantant « On ira tous au paradis ».

Ainsi donc chaque analogie éclaire une partie de la réalité. Mais chaque analogie présente également ses propres limites. C’est pourquoi il est bon de se référer également à d’autres analogies qui élargissent encore la perspective.

L’analogie avec l’économie met ainsi l’accent sur la gratuité du salut généreusement offert à tous. C’est la métaphore de celui qui vient payer les dettes des malheureux qui ont été jetés en prison faute de pouvoir rembourser leurs dettes. C’est la figure du rédempteur qui est, au sens propre du terme, celui qui vient racheter les dettes de débiteurs impuissants à rembourser les dettes qu’ils ont pourtant eux-mêmes contractées et qui vient ainsi les libérer.

Cette comparaison avec celui dont le pouvoir d’achat est supérieur au nôtre et qui l’utilise pour nous libérer plutôt que pour nous enfoncer est très déculpabilisante. Elle affirme en effet que notre impuissance à nous sauver nous-mêmes est une donnée objective et qu’elle n’est pas imputable à notre mauvaise volonté ou notre manque de persévérance.

Et puis cette métaphore économique est également très réconfortante puisqu’elle nous révèle que ce n’est pas parce que Dieu est tout-puissant qu’il est indifférent à notre sort. Au contraire Il s’investit dans l’entreprise de notre salut en nous faisant profiter de son pouvoir de rachat. S’il est vrai que les priorités d’une personne se lisent sur son agenda et son carnet de chèques alors ont peut affirmer que Dieu se préoccupe de notre sort et que celui-ci Lui est cher.

2/ Le paradis : une greffe réussi plutôt qu’une récompense méritée

Dans la même veine une formule célèbre de saint Irénée de Lyon apporte un autre éclairage complémentaire sur la vie éternelle : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu ».

Cette formule affirme deux choses nouvelles par rapport à l’analogie judiciaire.

La première c’est que Dieu Lui-même a voulu tout organiser pour que l’homme puisse vivre de la même vie que Lui en communion avec Lui. C’est la volonté de Dieu que nous Le rejoignions au paradis : « Dieu, en effet, n’a pas envoyé Son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3, 17).

La seconde c’est que le paradis n’est pas une récompense accordée pour bons et loyaux services mais une greffe réussie, la greffe de la volonté humaine sur la vie de Dieu qui est éternelle, vivifiante et qui est fondamentalement une vie de partage et de communion puisque Dieu Lui-même est communion des personnes divines (on appelle ça la Trinité).

Cela signifie que Dieu ne veut pas se contenter de notre soumission et de notre bonne volonté à suivre Ses commandements : Il veut que nous soyons divinisés en lui et par Lui. Il veut nous transformer pour améliorer non pas seulement notre sort mais notre nature même en la divinisant.

Cette promesse de divinisation de la nature humaine fait partie du dépôt de la foi de l’Eglise catholique mais dans la pratique c’est-à-dire dans la prédication et dans la pastorale elle a été beaucoup moins développée et enseignée que chez nos frères orthodoxes.

On peut supposer a contrario que si cette perspective avait été plus clairement et plus constamment explosée et expliquée par le clergé catholique on aurait peut-être évité la dérive historique qui a consisté à réduire progressivement la vie spirituelle à l’observation d’une morale exigeante et dont la conséquence a été par la suite la désertion en masse de nombreux fidèles, phénomène inconnu des pays orthodoxes pourtant soumis à la persécution du régime communiste.

Pourtant la métamorphose de l’homme en homme divinisé n’est pas sans analogie avec une expérience de vie que nous avons tous faite – la naissance – qui est précisément le passage à un état de vie supérieur bien qu’inimaginable a priori. Le passage de l’état de fœtus (entièrement dépendant du cordon ombilical maternel et du liquide amniotique dans lequel il baigne depuis le début) à celui d’un bébé libéré du cordon ombilical, respirant par lui-même et, bientôt, se déplaçant par ses propres moyens pour se lancer dans une nouvelle vie riche d’une infinité de possibilités auparavant inconcevables ne peut-il pas être considéré comme une analogie avec l’accès à la vie de Dieu ?

De même cette greffe réussie que l’on appelle le paradis métamorphose l’homme tout en le révélant à lui-même. Au contact de Dieu il se découvre lui-même dans sa nature profonde et accède enfin à  son identité en découvrant sa finalité. Ce faisant il étanche la soif inextinguible qui le taraudait jusqu’alors et que saint Augustin décrivait en ces termes : « Plus près de toi mon Dieu j’aimerais reposer, c’est toi qui m’as créé et tu m’as fait pour toi et mon cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ». En devenant en acte celui qu’il n’était encore qu’en puissance il accomplit pleinement sa vocation, à l’image de la chenille qui ne devient véritablement elle-même qu’en devenant papillon.

A l’inverse ce que l’on appelle l’enfer n’est autre qu’un rejet de greffe. Un tel échec fait du malheureux qui la refuse une sorte de nouveau né prématuré qui n’en finit pas de souffrir et de mourir parce qu’il est devenu non-viable dans son nouvel environnement.

3/ L’urgence de la conversion ou qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

La perspective d’un tel accomplissement au contact de Dieu est une perspective enthousiasmante au sens propre du terme dans la mesure où le terme d’enthousiasme désigne « une exaltation de l’âme d’origine divine ». Mais c’est également une perspective bouleversante dans la mesure où elle bouleverse l’ordre de nos priorités.

Désormais nous n’avons rien de mieux à faire ni rien de plus urgent que de préparer notre cœur et notre âme à cette échéance à la fois fatidique et fantastique qu’est la rencontre avec Celui qui est à la fois notre Créateur et notre Rédempteur.

C’est à la fois sérieux et merveilleux. Un peu comme les joueurs de l’équipe de France lorsqu’ils ont appris qu’ils étaient sélectionnés pour la coupe du monde 2018. Ils s’en sont réjouis et sont immédiatement entrés dans une phase de préparation physique exigeante et librement consentie qui devait les amener au sommet de leur forme au moment où devait débuter la compétition.

Non seulement nous sommes tenus de nous préparer à une telle échéance mais nous sommes également tenus de la faire connaître au monde. Ce que nous devons annoncer est simple et c’est une très bonne nouvelle. On pourrait la résumer en ces termes : « Nous sommes en stage d’amour sur terre et nous avons la possibilité de passer en CDI à l’issue ! ».

Nous sommes tenus de l’annonce au monde non pas pour « sauver » des âmes de la damnation éternelle car, nous le savons, c’est Dieu qui sauve et nous ne sommes que des serviteurs inutiles. Dieu sauvera ceux que nous et l’Eglise dont nous sommes membres n’aurons pas pu, su ou voulu atteindre. Et il sauvera également ceux qui se sont détournés de Lui parce que nous avons défiguré Son visage par nos péchés et nos contre-témoignages…

Nous sommes tenus d’annoncer au monde que notre vocation est d’être divinisés par Dieu et en Dieu pour l’éternité tout simplement parce que nous n’avons pas le droit de garder jalousement une telle bonne nouvelle qui donne son sens à notre existence dès maintenant et qui est la condition de notre bonheur éternel. Ce serait criminel. Un peu comme chez les peuples du désert qui considèrent comme un criminel celui qui, connaissant l’emplacement d’un puits ou d’une source, s’est gardé de l’indiquer à celui qui en avait besoin. Celui qui garde pour lui le secret de l’élixir de vie en prive le reste des mortels et est à bon droit considéré comme un criminel.

Annoncer l’urgence et la nécessité de la conversion pour accéder au paradis c’est annoncer la possibilité offerte à tous d’entrer au paradis. C’est l’acte de charité par excellence. Poser un tel acte c’est à la fois progresser dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain, ce commandement qui résume toute la loi et tous les prophètes. C’est travailler à notre propre sanctification et donc à notre salut.

Alors si nous ne le faisons pas pour les autres faisons-le au moins pour nous !

Noël ou la preuve que ce qui nous est impensable n’est pas forcément impossible.

Un Dieu qui va aux toilettes trois fois par jour ? Inconcevable. Une telle idée est en elle-même une atteinte à la Seigneurie de Dieu, un blasphème. Tel est le point de vue de nos frères musulmans. Dieu ne peut se faire homme sous peine de se renier en reniant sa dignité. Fort logiquement il ne peut pas non plus mourir sur la croix : « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Corinthiens, 22)… et pour les musulmans. Le scandale de la crèche précède le scandale de la croix : chronologiquement et logiquement.

Même à certains chrétiens un tel Dieu apparaît spontanément assez scandaleux – même s’ils n’osent pas l’avouer ouvertement – car il ne correspond pas à la représentation que l’homme se fait spontanément de Dieu à laquelle il reste bien souvent cramponné.

Un Dieu à l’image d’Emmanuel Macron

Au fond de nous-mêmes nous sommes tous plus à l’aise avec un Dieu conforme à nos attentes qu’avec un Dieu qui nous désarçonne. Nous accueillerions bien plus facilement un Dieu qui tiendrait son rang et n’abaisserait pas la fonction qui est la sienne en se montrant trop familier avec ses sujets. Un Dieu qui ne renoncerait pas aux attributs et aux prérogatives que nous lui reconnaissons sans nous faire prier nous mettrait plus à l’aise.

Un Dieu qui afficherait sans complexe et sans fausse pudeur les signes extérieurs de sa divinité : un Dieu tout puissant- noblesse oblige – et qui se montre miséricordieux à l’occasion mais pas de manière systématique afin de ne pas donner aux hommes de mauvaises habitudes.

Un Dieu à l’image d’Emmanuel Macron : plus malin que le commun des mortels, dont on ne sait pas ce qu’il a en tête et prend parfois des décisions arbitraires ou incompréhensibles pour rappeler qu’il est le seul souverain. On s’en émeut sur le moment mais ça nous rassure rapidement. Un despote éclairé dont la légitimité serait absolue puisque serait « lumière né de la lumière ».

Bref, un Dieu à notre image mais en plus fort encore.

D’où notre déconvenue : nous attendions un Emmanuel Macron souriant, décomplexé et assumant pleinement l’exercice de son autorité et voilà qu’est apparu un Dieu qui renonce à ses attributs divin pour venir à nous.

« Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu » (Philippiens 2, 6).

Le protocole était prêt, tout était en place quand soudain le Dieu de l’univers décide de descendre de son piédestal divin pour prendre un bain de foule dans notre condition humaine en s’incarnant. Malheur des malheurs : le despote éclairé attendu veut devenir notre ami et souhaite établir entre lui et nous une relation d’égal à égal.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Jean 15, 15

Catastrophe : le divin despote s’est mis en tête de devenir notre pote !

Nous préférons tenir pou impossible ce qui est impensable

Voilà pourquoi la naissance de Dieu sur terre est un événement qui bouleverse tout parce qu’il bouleverse tout en nous. Il impose de consentir à une révolution copernicienne au plus profond de notre être. Car autant il nous était assez aisé de concevoir que Dieu existe autant il est très malaisé de concevoir que j’existe pour Dieu… et donc très difficile à admettre.

Que le Dieu de l’univers, créateur du ciel et de la terre, maître du temps et auteur de toute vie se présente à nous comme un mendiant quémandant notre amour c’est plus que ce que nous pouvons tolérer.

Qu’il s’humilie comme un amoureux déclarant sa flamme et s’expose au risque douloureux d’être éconduit ou pire, d’être trahi voilà qui dépasse notre entendement et pose trop de questions sans réponses.

Noël nous dévoile un Dieu qui dépasse tellement ce que nous pouvions imaginer de lui que nous n’osons pas y croire. Nous sommes tentés d’hurler au mirage plutôt que de crier au miracle. C’est tellement inespéré que cela ne peut pas être vrai. Ce Dieu qui excède tout ce que nous avions pu supposer de lui nous le jugeons excessif. Nous préférons tenir pour impossible ce qui nous est impensable. Mais n’est-ce pas ce que font les hommes jusqu’à ce qu’un grand bouleversement vienne démentir leurs certitudes

Léon Bloy avait écrit qu’il n’acceptait de croire quelqu’un qui prétendait l’aimer que dans la mesure où cette personne acceptait de souffrir pour lui et par lui. C’est exactement ce que fait Dieu en prenant chair et en vivant parmi nous sachant qu’il aurait à endurer non seulement les maux de la condition humaine (la fatigue, la maladie, la souffrance physiques, les tribulations, les peines, les déceptions) mais également ceux de sa Passion (mauvais traitements, tortures et crucifixion).

« Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié.  Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris » (Isaïe 53, 3-5).

Noël est l’événement qui manifeste l’amour inimaginable de Dieu pour chacun de nous. D’ailleurs il porte la signature qui est celle de toutes les manifestations de Dieu dans l’histoire des hommes. C’est en en effet en choisissant ce qu’il y a de plus faible et de plus méprisé qu’il se manifeste : en l’occurrence un enfant conçu hors mariage et né parmi les animaux.  L’amour de Dieu pour chacun d’entre nous est à la mesure de l’humiliation qu’il a consentie en naissant d’une femme dans une crèche.

C’est ça la Bonne nouvelle de Noël.

 

Les musulmans sont-ils des chrétiens d’Orient ?

Basilon nous propose de partager sa réflexion sur l’origine et la nature de l’Islam en adoptant un point de vue historique.  La voici.

Je voudrais partager une expérience que j’ai eue dans une bibliothèque. Je recherchais des livres concernant l’Islam, pour en savoir plus sur cette religion. Je tombe sur des livres pour adolescents, avec plein d’illustrations, édités chez des maisons bien connues, et j’y trouve non seulement des contre-vérités mais aussi des édulcorations de ce qu’est l’Islam. Je m’en suis rendu compte car ce ne sont pas les premiers documents que je lis sur l’Islam. Je m’étais déjà intéressé à des travaux d’historiens ou à la lecture du Coran lui-même mais en entrant dans cette bibliothèque, je souhaitais avoir une vision d’ensemble, simple et accessible à tous.

1/ Quand on raconte des histoires sur l’Islam…

J’étais tombé sur trois livres différents mais aucun n’évoquait ce qui fait polémique du point de vue de la pensée occidentale, c’est-à-dire, le contexte de violence dans lequel est née cette religion, la position de la femme, la liberté individuelle ou le statut d’infériorité des autres religions.

On y parlait de l’expansion fulgurante de l’Islam sans fournir la moindre explication historique et en invoquant seulement, en guise d’explication, la supériorité militaire des combattants musulmans. On y parlait des droits des femmes plus étendus en Islam au Moyen-âge qu’en Occident puisqu’elles avaient le droit d’être propriétaires. On y parlait également de l’avance scientifique du monde musulman au Moyen-âge et de l’attachement de cette religion à la science: école primaire à passer à apprendre par cœur le Coran, puis études supérieures en madrasa pour l’apprentissage des sciences et des arts. On y parlait de relation directe entre Allah et les croyants. On y parlait aussi de l’ouverture du monde musulman sur les autres religions qui étaient tolérées sous le statut de dhimmi, moyennant une modeste obole. Bref, beaucoup de sucre.

Evidemment, j’ai été très déçu car j’aurais voulu en savoir plus sur les dogmes de l’Islam, sur la spiritualité islamique, au-delà des rites des cinq piliers de l’Islam et de la croyance en un Dieu unique, créateur de tout, omniscient et juge des hommes à la fin de leur vie. J’aurais voulu avoir plus de détails sans, pour cela, être obligé de me plonger dans des livres de théologiens musulmans.

Mais ma déception s’est transformée en agacement – triple agacement puisque j’avais trois livres sous les yeux – quand j’ai découvert une véritable falsification de l’Histoire. Les trois livres racontaient des choses fausses sur les conditions historiques de la naissance de l’Islam.

A l’unisson, ils affirmaient que le monde arabe du VIème siècle était principalement polythéiste (avec un sanctuaire à la Mecque), que conformément au dogme musulman Mahomet avait bénéficié par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, de la connaissance exclusive d’un nouveau livre sacré (le Coran) au fil de conversations qui s’étaient étalées sur une vingtaine d’années et que ce dernier avait proclamé la nouvelle religion et converti l’Arabie.

2/… au lieu de raconter son histoire

Selon les historiens, ce n’est pas ce qui s’est passé; ou si l’on préfère, cette présentation de l’origine de l’Islam omet tellement d’éléments que la vision qu’on en retient est complètement altérée. Si l’on se penche sur les publications des historiens, voilà plutôt ce qui se serait passé et que j’aurais aimé trouver dans ces trois livres de vulgarisation sur l’Islam.

A la fin du VIème siècle, l’empire byzantin entame son déclin, sous les assauts conjugués de l’empire perse à Est et des attaques venues du Nord. La situation financière de l’empire byzantin est de plus en plus catastrophique. Les militaires sont mal payés. La Syrie est une zone tampon, sous influence byzantine, dont la défense militaire est assurée par une tribu arabe, les Ghassanides. Les Ghassanides constituent un royaume vassal de l’empire byzantin et sont chrétiens monophysites, c’est-à-dire que leur conception de la Trinité tient plus du trithéisme, Jésus n’ayant qu’une nature divine. Ce royaume s’étend de Damas à Médine, ville frontalière qui sera plus tard le refuge de Mahomet…

L’empire byzantin de son côté est chrétien également, mais trinitaire. Il considère ces chrétiens d’Orient comme des hérétiques et les méprisent bien qu’ils le défendent des Perses. Les rapports entre Byzantins et Ghassanides sont d’autant plus tendus que, l’empire byzantin étant budgétairement en grande difficulté, il n’assume plus ses obligations financières vis-à-vis des Ghassanides. Les Ghassanides monophysites ont le sentiment d’être abandonnés par les Byzantins trinitaires.

En 610, l’empire byzantin est mis en déroute au Nord et par les Perses à l’Est. La même année la partie de la Syrie tenue par les Ghassanides n’est pas encore envahie par les Perses mais fait sécession, au même titre que d’autres régions de l’empire byzantin. L’empereur Phocas, ancien centurion devenu empereur en 602 à la suite d’un coup d’Etat est tué, la capitale sombre dans une situation d’anarchie qui durera de longues années tandis qu’Héraclius, un général byzantin, devient empereur. Les Perses, eux, continuent leur progression. En 610 débutent les révélations de Mahomet, âgé de 40 ans, à La Mecque. En 613 Damas tombe au profit des Perses puis en 614 Jérusalem est, à son tour, prise par les Perses, ce qui est un traumatisme pour l’ensemble des mondes chrétiens, d’Occident et d’Orient.

Les Ghassanides, particulièrement menacés, sont pris en étau à l’Est par l’avancée inexorable des Perses, au Nord par les peuples du Caucase et au Sud par les riches tribus arabes qui s’affrontent pour la suprématie des routes commerciales. A l’Ouest les Byzantins trinitaires les abandonnent. De 602 à 629, l’empire perse des Sassanides a conquis l’Irak, la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, le Yémen et la côte Ouest de l’Arabie. Les Ghassanides sont complètement absorbés par les Perses.

3/ La Mecque avant l’émergence de l’Islam

Les guerres qui durent depuis des décennies entre les Byzantins et les Perses, ont permis aux routes commerciales situées au sud de ces empires de prospérer, mais, en ce début du VIIème siècle, l’expansion des Perses menace de plus en plus l’autonomie des tribus arabes et notamment le sanctuaire de La Mecque où l’on adore une triade de trois déesses d’inspiration matriarcale : Al-lât, Al-Uzza et Manat.

Al-hât, on la connait bien, c’est Aphrodite, vieille déesse sémitique récupérée par les Grecs. Sa présence est située à la Kaaba, symbolisée par un édifice cubique et sur laquelle est flanquée la sculpture de sa vulve, utilisée jadis pour les rites de fécondité (on peut en voir les photos sur Internet, rien n’a été détruit). Saint Jean Damascène (de Damas donc !), qui est contemporain de la première génération de musulmans, décrira l’Islam dans son livre Des hérésies comme une hérésie du christianisme dont les adeptes se frottent à une pierre, la Kaaba, qui est la tête d’Aphrodite. Al-Uzza est aussi une déesse de la fécondité, associée à la planète Vénus qu’on représentait par un astre, près d’un croissant de lune tandis que Manat est la sœur des deux autres, déesse du destin.

Ces trois déesses, dont les cultes sont issus du vieux fond matriarcal, bénéficiaient des cultes de la fécondité. On se frotte, souvent nu ou habillés tout en blanc, contre les pierres qui les représentent pour une meilleure fécondité. On jeûne le neuvième mois de l’année qui correspond au mois de l’accouchement de la déesse et qui commence dès l’apparition du croissant de lune : c’est le mois de ramadan. Les femmes dansent de manière lascive, à moitié nues, pour implorer les déesses afin qu’elles leur accordent la fécondité : c’est la danse du ventre.

Au sanctuaire de La Mecque, ces trois divinités sont des sœurs, filles d’un Dieu masculin, Houbal, vénéré aussi à la Kaaba et qu’on appelle aussi Allah, ce qui signifie tout simplement « dieu ».

A cette époque, les rites matriarcaux de La Mecque sont encore actifs mais les exemples du grand empire byzantin chrétien et du grand empire perse zoroastrien, qui ont adopté des religions viriles, patriarcales, donnent des arguments à ceux qui voyaient la vieille religion polythéiste un peu démodée. Houbal, l’Allah suprême, est de plus en plus vénéré directement.

5/ Mahomet, un chrétien de la tendance des judéo-nazaréens

Un clan gère le sanctuaire de La Mecque, les Quraichites (ou Quraich), de riches marchands, dont est issu Mahomet. Mais Mahomet, contrairement à de nombreux membres de son clan, n’est pas polythéiste.

En effet, il s’est marié à 25 ans avec Kadidja – nous sommes en l’an 595 – , une riche marchande de 40 ans, issu d’une branche des Quraich qui est chrétienne, la plus riche de La Mecque dit le commentateur Ibn Ishaq. Celui qui les marie est un prêtre chrétien, plus exactement un prêtre judéo-nazaréen, Waraqa ibn Nawfal, cousin de Kadidja. En 610, on l’a dit, Mahomet entend ses premières voix, que Kadija interprète comme étant celles de l’archange Gabriel. Kadidja en parle à son cousin, le prêtre qui les a mariés. Il faut en conclure qu’au moins entre 595 et 610, Mahomet est chrétien, mais pas chrétien trinitaire : un chrétien appartenant à la tendance des judéo-nazaréens.

Il s’agit d’une forme de christianisme d’Orient, qui avait conservé certains rites et interdits juifs: interdiction de manger du porc, circoncision etc… Ces judéo-chrétiens sont issus de la première génération des chrétiens au premier siècle. Souvenons-nous du premier concile de Jérusalem qui opposa Paul, lequel plaidait en faveur de l’abolition de tous les rites juifs, à Jacques, « frère du Seigneur », qui voulait que les chrétiens conservent tous les rites juifs. On a appelé ces chrétiens les judéo-chrétiens. L’une de leurs branches était constituée des judéo-nazaréens qui se sont installés après le premier siècle en Orient et dont l’un des principaux foyers se situait à Damas. Damas qui est tombée en 613 aux mains des Perses.

Cette religion, ou plutôt cette hérésie chrétienne selon les termes des Pères de l’Eglise chrétienne trinitaire, avait repris la tradition des zélotes, ces Juifs qui voulaient en découdre militairement avec les Romains. Ces judéo-chrétiens considéraient que le Christ, dont l’ensemble du monde chrétien attendait le retour, ne pourrait revenir qu’à condition de libérer militairement Jérusalem. Mais Jérusalem est tombée en 614 aux mains des Perses avec la complicité des Juifs, lassés du comportement des Byzantins. Imaginons un instant les traumatismes à répétition endurés par ces croyants qui voyaient leurs les villes principales tomber une à une entre les mains des Perses païens !

Ces Ebionites – beaucoup d’historiens pensent que les Ebionites et les judéo-chrétiens sont de la même religion – ne croyaient pas que Jésus était Dieu, mais croyaient qu’il était le dernier prophète, dont le retour était attendu. Théologiquement, les dogmes ébionites sont très proches des dogmes de l’Islam. Et pour cause : Mahomet était ébionite.

Dans le Coran, cette religion est appelée les Nazaréens (Sourate 2, v.62) et reçoit les bénédictions de Mahomet. Cela est cohérent, si on considère que Mahomet est un prophète de cette religion. Le Coran appelle « chrétiens » les trinitaires et ne leur réserve pas le même traitement. Dans le Coran, les Juifs et les Chrétiens trinitaires sont appelés, « gens du Livre », c’est-à-dire, « gens de la Bible ». Les infidèles parmi les gens du Livre, ainsi que les Associateurs iront au feu de l’Enfer (Sourate 89, v.6).

Les associateurs justement, ne sont pas les gens du Livre. Le Coran fait ici référence à ceux qui, au sanctuaire de la Mecque, associaient des divinités féminines à Houbal, le dieu (Allah) suprême. Mahomet va donc dire aux adorateurs polythéistes de la Mecque que le Dieu suprême est en fait le dieu des Ebionites, héritiers de la tradition des prophètes qui vont d’Adam à Jésus et que ce Dieu est unique.

Rappelons-nous, nous avons dit que les révélations à Mahomet ont commencé en 610 et qu’elles ont duré 23 ans. Mahomet n’a donc eu une vision d’ensemble du Coran qu’en 633. Or, les raids militaires qu’il a lancés ont commencé dès 623. Si l’on s’en tient à l’hypothèse que l’Islam est né de rien, on aboutit à une impasse logique et chronologique :  la révélation en est à peine à la moitié que Mahomet se mettrait déjà à convertir les gens ? Mais les convertir à quoi ? A quelle révélation ? A une religion à moitié achevée ?

Non! A une religion existante depuis des siècles, celle des judéo-nazaréens, dont Mahomet s’érige en sauveur. Car cette religion est bel et bien menacée de disparition. Il faut réagir tout de suite. Le Coran est une arme de propagande pour la sauvegarde des Ebionites qui n’apporte dailleurs pas de réformes théologiques majeures, à leurs croyances.

6/ La conquête de La Mecque : victoire des Quraichites judéo-nazaréens sur les Quraichites païens

Les Quraichites avaient déjà mené des guerres dans la région contre des tribus rivales. Ainsi, en 590, ils vainquirent les tribus de Kénan (Canaan) et de Hawazan. Mahomet se distingue militairement lors de cette bataille quand il avait 20 ans. Bien avant donc les révélations de l’archange Gabriel. On n’était donc pas dans une guerre sainte mais dans une lutte pour la suprématie des Quraichites.

Jusqu’en 619, Mahomet est relativement protégé des maitres de la Mecque, grâce à la puissance financière de sa femme et de certains membres de sa famille. Mais en 619 Kadidja meurt ainsi qu’un des riches oncles de Mahomet qui perd ainsi ses riches soutiens. Or, Mahomet est un Quraichite chrétien, et non un Quraichite païen. Comment dans ces conditions développer sa puissance, alors que ce sont les Quraichites païens qui tiennent le sanctuaire ? Comment entrevoir l’avenir des Ebionites, sans plus d’influence économique et alors que les judéo-nazoréens dont Mahomet fait parti passent progressivement sous la tutelle des Perses à mesure qu’ils conquièrent toutes les villes judéo-chrétiennes.

Une réponse à ce problème est de faire de l’Arabie le territoire des Ebionites ce qui suppose au préalable de s’emparer de la Mecque. Dans ce contexte, Mahomet, n’est-il pas l’homme de la situation ? En tant que Quraichite, il possède la légitimité pour revendiquer le contrôle du sanctuaire de la Mecque aux mains de son clan depuis bien longtemps. D’ailleurs, la vieille religion matriarcale du sanctuaire mecquois ne décline-t-elle pas ? Ne faut-il pas plutôt adorer Allah, dieu masculin, le père des trois divinités féminines ? Un dieu viril et masculin ne serait-il pas plus approprié pour résister à l’envahisseur perse ?

Mais les Quraichites païens refusent de croire que Mahomet est un prophète qui communique avec le Divin… et on peut les comprendre. D’abord parce que cela signifiait pour eux perdre la maîtrise du sanctuaire de la Kaaba au profit de Mahomet. Ensuite et surtout parce que cela signifiait accorder foi aux révélations d’un chrétien nazaréen : pourquoi croire en lui ? Ne voyant en lui qu’un rival désireux de prendre le contrôle du clan des Quraichites, ils le menacent de mort et le contraignent à fuir à Médine, ville chrétienne la plus proche.

Médine, on l’a dit, est une ville du royaume – ou ce qu’il en reste – des Ghassanides, chrétiens monophysites, pas comme Mahomet, mais des chrétiens quand même, qui sauront le protéger. C’est l’Hégire, l’an zéro de l’ère musulmane. Mahomet est riche, et les Ghassanides sont à terre financièrement. Les Byzantins les ont lâchés économiquement, les soldats ghassanides, qui s’étaient tant battus contre les Perses pour protéger les Byzantins, ne reçoivent plus aucune solde de ces derniers. Mahomet, lui, est en mesure de les payer. Une alliance se crée. Une alliance chrétienne monophysite/nazaréenne se crée contre les païens de la Mecque. Les partisans de Mahomet vont pouvoir lancer des raids militaires contre les Quraichites de la Mecque. Mahomet, puissant militairement, gagne des batailles. La Mecque est prise. Mais la population n’acceptera jamais que le sanctuaire soit rasé. Les rites de l’ancien sanctuaire mecquois sont alors carrément intégrés dans le judéo-nazaréisme. Au passage, le Destin devient un principe fondamental de cette nouvelle religion, signe de l’intégration de la déesse du Destin, tandis qu’Aphrodite laisse une part de ses rites matriarcaux: le ramadan, la Kaaba.

On rêve au début de prendre Jérusalem militairement, afin que le Christ puisse enfin régner sur terre mais bien vite la victoire paraît hors de portée – Jérusalem reste aux mains des Perses –  et on renonce à cet espoir de reconquête. La Mecque, devenue un site religieux judéo-nazaréen, conserve son rayonnement. On se tourne alors vers la Mecque et non plus vers Jérusalem.

Hors de l’Arabie, le conflit entre les Perses et les Byzantins a affaibli considérablement les deux grandes puissances. Les richesses accumulées par les Arabes, concentrées désormais entre les mains de Mahomet et de son armée, permettent de payer les soldats ghassanides en Syrie. Dans ces conditions, la conquête de la Syrie se fait sans difficulté. Les Perses sont repoussés.

Pour autant, les rivalités fratricides au sein des clans arabes n’ont pas disparu avec Mahomet. En effet, sur les quatre premiers califes, trois sont assassinés. Damas est prise par les conquérants musulmans en 635. Les conquêtes militaires permettent au jeune royaume musulman de déménager sa capitale de Médine à Damas. Une belle revanche pour ce vieux foyer judéo-chrétien, qui devient la capitale de l’empire arabe pour quelques siècles. Jérusalem, est prise aux Byzantins en 638, qui avaient repris la ville aux Perses en 629.

Les judéo-nazaréens ont donc gagné la guerre de la puissance et il est hors de question qu’ils se placent sous la tutelle de l’empire byzantin, qui avait si mal traité les chrétiens d’Orient…et les Juifs qui s’allièrent même aux Perses pour la prise de Jérusalem. Après avoir failli disparaitre au début du VIIème siècle, ils ont réussi, grâce à l’un des leurs, riche marchand à faire de l’Arabie leur base arrière en conquérant une riche ville païenne, à s’y maintenir, mais également à se développer au delà de leurs espérances en prenant des territoires aux Byzantins et aux Perses.

Bien sûr, cette belle histoire pour ces chrétiens d’Orient qui s’ignorent, c’est-à-dire, les musulmans-ébionites, ne s’est pas faites sans crime. Mais, au moins, cette histoire violente des débuts de l’Islam s’explique autrement que par le supposé fanatisme d’un homme proclamé prophète d’une religion nouvelle. Cette histoire violente des débuts de l’Islam s’explique en effet par la volonté d’une religion de survivre à l’expansion d’une autre religion, en l’occurrence celle des Perses.

Dans ce contexte l’absorption d’une antique religion polythéiste, qui dans la perspective historique que nous avons décrite est un dommage collatéral, une étape de la stratégie des troupes nazaréennes de Mahomet. Ce passage par la Mecque marqua les rituels musulmans à tout jamais.

7/ Substituer une approche historique à une approche hystérique de l’Islam

J’aurais aimé trouvé cette histoire dans les livres à la bibliothèque pour plusieurs raisons. En premier lieu, parce que c’est une histoire assez passionnante en tant que telle. En second lieu, parce que la plupart des musulmans eux-mêmes l’ignorent. Enfin et surtout parce qu’elle ouvre une voix de dialogue et d’apaisement entre les musulmans et les autres. Permettez que je partage ce que cette histoire m’inspire.

La violence, parfois extrême, des débuts de l’islam, s’explique par une stratégie défensive. Cela rend crédible le discours selon lequel l’islam n’est pas une religion offensive par nature. C’est tellement plus agréable de le montrer par l’histoire, plutôt que par une affirmation lapidaire du style Mais si, mais si, c’est une religion de paix, les musulmans violents n’ont rien compris!

Ça donne surtout aux musulmans un argument à opposer aux fous furieux qui justifient leur  propre violence par référence au passé car leur religion n’est pas menacée comme elle a pu l’être du temps de Mahomet. Cela donne également un autre argument à opposer aux fous furieux qui se prétendent être fous de Dieu : eux-mêmes sont en fait des chrétiens d’Orient, qu’ils le veulent ou non, et à ce titre, il serait mal venu de malmener les autres catégories de chrétiens d’Orient.

Au niveau identitaire et diplomatique, cette histoire démontre une certaine proximité entre le christianisme (trinitaire) et l’islam (ébionite). Au niveau théologique, la nature chrétienne de l’islam pourrait pousser les musulmans à s’interroger sur ce qui fait le cœur de leur religion, et de raviver un peu la figure du Christ.

L’idée de Destin ou de Prédestination, récupérée d’une déesse antique, ne peut-elle pas être un peu reconsidérée ? Cela rapprocherait sans doute la vision musulmane de la condition humaine de la conception chrétienne/occidentale de la liberté. Considérer l’origine chrétienne de l’Islam ne pourrait-elle pas rendre moins rigoriste l’interprétation que les plus radicaux d’entre eux en font ?

Le Coran lui même mentionne que Jésus a assoupli un certain nombre d’obligations religieuses. La tendance du monde musulman à souffler sur les antagonismes à l’égard du monde occidental ne peut-elle pas être inversée s’il prend conscience qu’il fait partie de l’histoire du christianisme ?

L’histoire viendrait ainsi au secours de ceux qui expriment le désir d’un Islam modéré. Certes le Coran contient des choses qui heurtent la conscience contemporaine comme le fait de pouvoir battre sa femme par exemple. Mais, le dialogue interreligieux, sur des conceptions de fond, ne doit pas être méprisé, au prétexte d’arguments négatifs à l’encontre de l’Islam. Je crois que l’Islam lui-même ne doit pas être méprisé et qu’il n’est pas incompatible avec les valeurs occidentales. Plus je lis le Coran, plus j’en ai la conviction.

Sur le statut de la femme, par exemple, le Coran indique que les épouses doivent être libres de divorcer (sourate n°2). Imaginons une femme mariée musulmane qui raconte à son imam qu’elle est battue, celui-ci pourra toujours lui conseiller de divorcer. Imaginons une femme catholique qui fait la même confidence à un prêtre, celui-ci ne pourra que lui souhaiter bon courage, même si les évangiles ne mentionnent aucun droit à battre son épouse. Laquelle des deux religions est alors la plus favorable à la protection des femmes, celle qui permet aux épouses de fuit leur bourreau, ou celle qui conseille de rester ?

Mieux, le Conseil constitutionnel français a reconnu la liberté de divorcer comme un droit constitutionnel (CC, 29 juillet 2016) tandis que la Cour européenne des droits de l’homme reconnaissait le droit de se remarier après un divorce. Laquelle des deux religions est la plus compatibles avec les valeurs occidentales ? Après des siècles d’affrontement, les deux grandes religions chrétiennes d’importance, l’une trinitaire, l’autre nazaréenne, devraient sûrement avoir beaucoup de choses à se raconter après des siècles de divorce. Espérons une réconciliation, à l’image de Saint Paul et de Saint Jacques.

 

 

Basilon

Noblet oblige

L’adaptation au théâtre du roman Réparer les vivants de Maylis de Kerangal par l’acteur Emmanuel Noblet est une réussite qui a été légitimement saluée par la critique et qui lui a valu notamment [1] le Molière 2017 dans la catégorie Seul en scène.

En effet adapter au théâtre un roman qui est déjà un OVNI littéraire – en l’occurrence un roman qui a pour objet le don d’organes – est déjà en soi un choix courageux.

Mais choisir en plus d’adapter un roman qui soulève les implications éthiques du progrès technique et rappelle le caractère irremplaçable de chaque être humain n’est pas non plus à notre époque, un choix anodin. C’est donc un choix doublement courageux.

Et choisir de le faire en incarnant successivement et parfois alternativement tous les rôles comme le fait Emmanuel Noblet relève de l’exploit. C’est donc un choix triplement courageux.

Mais la réussite d’Emmanuel Noblet vient couronner une série de choix artistiques et de choix de vie qui sont extraordinaires au sens propre du terme : ils sortent de l’ordinaire.

A ce titre ils témoignent d’une vraie liberté intérieure et sont d’autant plus salutaires que, pour reprendre le mot de Georges Bernanos, la société contemporaine est un gigantesque complot contre toute forme de vie intérieure.

Une réussite artistique

Ce n’est pas faire injure aux techniciens qui rendent possible la mise en scène (voix off, le jeu de lumière et la bande sonore) que de rendre hommage à la sobriété de cette pièce, résolument conçue selon un principe d’économie de moyens.

Deux chaises, un drap, une planche de surf, une blouse blanche, un téléphone portable, un écran d’ordinateur, portable lui aussi, et une paire de lunettes de soleil suffisent à restituer l’intensité des émotions, la complexité du drame intérieur que vivent les proches, les cas de conscience et les angoisses du corps médical engagé dans une course contre la montre.

Cette sobriété assumée est une garantie contre le pathos, la facilité et l’exhibitionnisme émotionnel. La mise en scène ressemble au langage succinct des médecins qui décrivent en termes cliniques la réalité pourtant tragique du passage de la vie à la mort.

L’unité de temps – moins de 24h séparent l’accident mortel de la fin de l’opération de transplantation – ajoute également à cette intensité à la fois sobre et crue. De ce point de vue on dirait une tragédie classique.

Un acteur qui a du métier et dont le métier est un choix de vie

Les critiques théâtrales ont toutes célébré, à juste titre, le talent d’Emmanuel Noblet (ainsi que son physique avantageux) mais ce qui est le plus impressionnant c’est la somme de travail que son talent révèle. Comme disait un autre Georges, Brassens celui-là, « sans travail le talent n’est rien qu’une sale manie ».

Le choix de la mise en scène n’a été rendu possible que parce qu’Emmanuel Noblet est un acteur dont on peut dire qu’il a du métier : c’est parce qu’il possède réellement son métier d’acteur qu’il peut, avec trois fois rien, faire surgir sous nos yeux une galerie de personnages tous plus vrais que nature.

Par ailleurs l’histoire du succès de la pièce qu’il a mise en scène est aussi une belle histoire au sens propre du terme puisqu’elle a commencé à un moment où la carrière d’Emmanuel Noblet était au creux de la vague et où les contingences pesaient de plus en plus lourd. A la lecture du roman de Maylis de Kerangal il rachète les droits d’adaptation, écrit la pièce, conçoit la mise en scène et file en voiture se produire au festival off d’Avignon…sans savoir que le succès l’y attendait.

Le choix d’adapter cette pièce sous cette forme précise est une décision courageuse prise et assumée de bout-en-bout par Emmanuel Noblet. Sa réussite artistique est donc le fruit d’un choix de vie courageux et authentique et d’une persévérance dans une voie notoirement difficile.

La joie de vivre sa vocation

Emmanuel Noblet est quelqu’un qui a trouvé sa vocation parce qu’il a eu le courage de la chercher. Quand il parle de son métier il parle spontanément de son bonheur de jouer et d’être acteur et sa joie est visible à l’œil nu.

Ce témoignage est d’autant plus précieux que la carrière qu’il a choisie – ou plutôt qu’il s’est choisie – suppose d’accepter un mode de vie aléatoire et incertain.

Il fait penser à d’autres exemples contemporains de personnes qui sont des personnalités à part entière parce qu’elles se donnent les moyens de chercher et de vivre leur vocations particulières… en assumant le risque de ramer parfois à contre-courant et de vivre d’une manière plus aléatoire – mais également plus détachée – que s’ils s’étaient laissé porter par les courants dominants d’une société consumériste.

L’exemple qu’il donne – peut-être même de manière involontaire – fait écho à ce qu’écrivent des auteurs contemporains comme l’essayiste américain Rod Dreher (Le pari bénédictin), le romancier canadien Micheal O’Brien (Père Elijah : une apocalypse) ou le couple de voyageurs français Alexandre et Sonia Poussin (Africatrek, Madatrek) : ils nous invitent à accepter le risque de vivre à contre-courant pour rester fidèles à notre vocation c’est-à-dire à nous-mêmes.

La joie d’Emmanuel Noblet rappelle qu’être heureux n’est pas nécessairement une chose confortable et que ce n’est pas en faisant comme tout le monde que l’on devient soi-même.

Cela suppose une culture de la liberté intérieure qui, sous l’ancien régime, était censée être celle de la noblesse et que l’on transmettait dans la famille. C’est visiblement la sienne.

Noblet oblige ?

[1] Réparer les vivants, théâtre du Petit Saint Martin (01 42 08 00 32) ; petitstmartin.com