Le corps. L’être ou l’avoir ?
Par Henry le Barde • 11 oct, 2010 • Catégorie: Réflexion faite
Cela faisait longtemps que la gauche culturelle ne s’était offert une petite polémique comme elle les affectionne.
Résumons. Le 17 septembre, Le Monde révèle que la Mairie de Paris interdit aux mineurs l’accès d’une exposition du photographe Larry Clark au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Son thème ? L’adolescence. Avec, comme il se doit, quelques clichés sur leur sexualité.
Pourquoi cette interdiction ? Les catholiques ont défilé ? Les associations familiales se sont manifestées ? Le Vatican a menacé d’excommunier Bertrand Delanoë ? Pas même.
La Mairie de Paris, invoquant la loi de mars 2007 sur la protection de l’enfance, a préféré anticiper afin d’éviter d’allumer toute polémique. D’ailleurs, titillé par le journaliste du Monde (il arrive qu’ils soient tenaces, les journalistes, quand ils veulent vraiment) le directeur du service juridique de la Ville admet que la loi seule n’a pas pesé dans leur décision : « L’époque a changé ». Comprenez : nous n’y pouvons rien, les forces de la Réaction sont de retour.
Là-dessus, vous vous en doutez, Libération embraye. Dès que l’art et le sexe sont menacés, vous pouvez compter sur eux. La croisade est partie et la réponse de la Mairie de Paris n’a pas tardé.
Retour de Libé, comme de juste. Oh, tout doucement, quand même. L’édito de Joffrin, à ce titre, revêt une saveur particulière. Oui, on comprend, on sait bien que ce n’est pas de votre fait. Mais tout de même, vous reculez par crainte de la réaction. Vous pensez bien faire, mais vous vous trompez[1]. Amitiés quand même et sans rancune, hein.
Sur l’opportunité de censurer ou non, permettez-moi de m’en moquer éperdument. Les critiques d’art qui fantasment sur la supposée guerre des adultes contre les jeunes, les artistes qui n’aiment rien tant que subir la censure pour brandir la mesure de leur talent ne sont en définitive que des têtards incapables de déclencher la moindre tempête dans un verre d’eau.
Au fond, le nœud du problème ne se situe-t-il pas ailleurs ? Les artistes, les contestataires, les intellectuels de salon ne sont-ils pas furieux de devoir, faute de mieux, et à regret, s’en prendre à l’un des leurs qui les a, maladroitement, privés d’une bonne polémique avec d’authentiques réactionnaires (qui n’auraient pas, vous vous en doutez, manqué de sortir du bois) ? Clark le reconnaît lui-même. Son art (l’art, dit-il, mais je me permets de limiter sa conception de l’art à sa propre production) doit nécessairement déranger. Manqué.
Pourtant, l’occasion était belle de souligner la pudibonderie des anti-soixante-huitards compulsifs et obsessionnels à coups de clichés éculés sur le passé chrétien et sa phobie du corps.
Ah le corps. Notre corps. Celui qu’on expose. Qu’on chérit. Qu’on sculpte. Qu’on surveille. Qu’on entretient. Qu’on a, enfin, redécouvert après des siècles d’obscurantisme. Qu’on possède.
Ce bout de chair, ce conglomérat de cellules, ce tas de molécules, est, paradoxalement, devenu l’objet de notre culte au moment même où il se dissocie de l’essence de l’individu. Nous le possédons plus que jamais, et, pourtant, il n’est plus nous-même. Entre la bagnole et le plasma.
Car le corps, instrument suprême de nos plaisirs inaliénables, ne signifie paradoxalement plus rien. Nous sommes des anges, possédant accessoirement un corps. Nos liens avec autrui n’ont plus rien de corporel. Le corps ne lie plus rien car l’esprit en détient désormais la capacité exclusive. Vous doutez ?
Qui croit encore que la relation sexuelle nous oblige ? L’engagement n’est plus que parole, émanation d’une volonté pure d’ailleurs sans cesse renouvelable et renouvelée. Je me marie le jour où je le déclare, non le jour où je me suis uni à toi.
Qui croit encore que la parentalité est indissociable de la filiation ? Qui croit encore qu’un embryon dépourvu d’esprit est humain ? Qu’un malade à l’état végétatif est toujours une personne digne de respect ?
Qui croit encore que les corps représentent quelque chose de notre vie politique, notre vie publique ? Les têtes royales qui roulèrent au pied de l’échafaud (1649 en Angleterre, 1793 en France) nous apparaissent comme de vulgaires meurtres si nous ne comprenons plus que le régime s’incarnait dans la personne – et donc dans le corps – d’un monarque.
Ce phénomène touche même les croyants… Qui croit encore à la nécessaire parité du corps et de l’âme dans la prière ? Quand le Christ s’incarne corps et sang dans le pain et le vin, qui daigne lui répondre en s’agenouillant, manifestation corporelle pourtant bien peu contraignante au regard de Son sacrifice ?
Combien de catholiques croient en la présence réelle ? Combien de chrétiens espèrent réellement la résurrection de la chair (parmi ceux qui croient toujours au Paradis, bien entendu) ?
Et c’est notre passé qui avait des problèmes avec le corps ?
[1] Car oui, quand on est de gauche, on pense toujours bien faire, et le bilan se dresse à l’aune des intentions – pour la droite c’est une autre histoire.
Henry le Barde avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès.
Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme.
Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »
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bonsoir le Barde,
et bien j’espère être de ces derniers. La France contre les Robots. Les bêtes et les croyants.
La Vie.
De l’autre, la liberté, pour jouir et disparaître, sans rien fonder. le Nihilisme.
à bientôt pour abonder en ce sens