La paille de DSK et la poutre de…
Par Auteur invité • 19 mai, 2011 • Catégorie: Réflexion faiteDe la même façon que l’affaire Obama versus Ben Laden réunissait en son sein l’archétype du héros qui parvient à éliminer l’archétype de l’antihéros, l’affaire DSK, elle, semble tout droit sortie d’un bon polar américain : le sommet est en vue et c’est pourtant la chute qui intervient. Nous voilà devant l’exemple même de la tragédie moderne : de la toute puissance à l’impuissance.
Les circonstances pour lesquelles DSK a été arrêté relèveraient plutôt du mauvais film italien. Je ne suis pas un spécialiste du X, mais mon adolescence en a vu assez pour imaginer les règles du genre : un pays étranger, un hôtel et une suite de luxe, une douche et son atmosphère humide, une soubrette qui ne parle pas, une nudité masculine dévoilée sans complexe, une proposition faite à Madame, une tension qu’aucune étreinte ne semble soulager… Mais voilà, bo-bonne a mis une bé-beigne à son prétendant. C’est là que le scénar part en vrille. La télé taiwanaise a voulu faire la reconstitution. Sordide.
La correspondance exacte des faits incriminés avec les poncifs pornographiques devrait nous interroger. Comprenons nous bien : il ne s’agit pas de dire que c’est le X qui aurait conduit DSK à de tels comportements, non pas du tout. Il s’agit de dire que l’on aurait bien tort de s’indigner du comportement supposé du DSK susnommé sans s’indigner de la pornocratie ambiante. C’est vieux-jeu de dire ça, hein ? Tant pis. Ça fait longtemps qu’Envoyé Spécial a fait de moi un croisé de l’ordre moral. Si.
Oui – oui, il faut faire preuve d’un peu de décence, de retenue, de prudence. OK.
Oui – ouais, on a bien entendu l’appel à la compassion, pour l’homme, une pensée pour sa femme et pour ses proches (et sa Porsche). Soit.
Oui – non, on a un peu entendu une pensée pour la victime présumée. C’est bien quand même.
Mais qui dira que ces relations là sont indignes, même à la télévision, même pour voir, même si c’est « pour de faux », comme on disait quand on n’était même pas pubères ?
Je sais, l’objection qui vient à coup sûr, tient en un mot : « consentement ». Car cette fois-ci, dira-t-on, la soubrette n’aurait pas été consentante alors que précisément dans le cadre de la prostitution ou de l’industrie du X, les personnes seraient supposées volontaires. Est-ce si sûr ? Combien de personnes sont contraintes à exercer ces métiers pour des raisons financières, par des embrigadements mafieux ou par l’enchevêtrement de circonstances dont l’issue semble impossible ? « Je n’avais pas droit à une vie privée, j’étais sous leur dépendance totale, pieds et poings liés. J’ai été exploitée« … témoignait Yasmine dans les Inrockuptibles en janvier 2011.
Mais à vrai dire, là n’est même pas mon propos : en réalité, la colère porte surtout sur les images érotisées et pornographiques dont les mises en scène elles-mêmes ne laissent aucun doute sur leur caractère torturant, dégradant, humiliant et pour tout dire non volontaire. Qu’on se souvienne de la pub de la City, par exemple, et que personne ne vienne me dire qu’il s’agissait là d’une invitation à une relation, nue, à quatre pattes, et librement consentie.
« C’est un glissement entre désir humain et désir animal, car là où le désir humain est contrôlé, auto-limité par la culture ou la conscience, le désir animal s’oriente pour sa part vers une recherche de satisfaction immédiate : un animal qui a faim sera parfaitement satisfait s’il mange. » souligne Thomas Jamet, Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe).
En ce sens, l’affaire DSK n’intervient pas comme une déchéance culturelle de notre civilisation mais comme sa quintessence. Assurément, pour des millions de personnes dans le monde et en particulier pour les hommes, DSK, quelle que soit sa culpabilité in fine, n’est pas l’icône de l’immoralité, non, mais il aurait essayé dans le monde réel ce que des milliers de scénarios virtuels avaient envisagé : une relation sans visage, non consentie, infra-humaine.
Après les frasques de Silvio Berlusconi, les cassettes X trouvées chez Ben Laden, DSK rejoint la longue cohorte des politiques éclaboussés par les affaires sexuelles. Que le sexe de DSK ne cache pas la forêt des innombrables ignominies véhiculées sur écran plat, indignités que nous avons tous encouragées par nos regards parfois, nos achats peut-être, et, souvent et surtout, par notre silence.
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Chevalier,
Vous avez raison, DSK s’est fait épingler. Je ne peux compatir à son sort. Il avait un comportement que 75.000 hommes en France ont tous les ans mais il prétendait à un poste où il aurait été un modèle, son acte est pire dans cette circonstance.
DSK est intelligent, cultivé, il devait savoir dominer l’animal en lui. Il devait savoir contrôler le vrai du faux de ce monde où la jouissance est devenue un droit de l’homme et un devoir de la femme !
Sur les 75.000 violeurs en france tous les ans, seuls sont inquiétés 7.500. Parce que la plupart des femmes agressées ont peur de ce qu’elles vont devoir subir : elles sont des allumeuses, elles ont consenti, elles ont joué un jeu peu clair. Et ces pensées ne sont pas celles des hommes seulement. Vous trouverez également des femmes pour dire qu’ELLES ne se sont jamais fait violer et que donc, celles à qui cela arrive, l’ont cherché un peu au moins ! …..
Vous allez voir dans les semaines à venir ce qui va être reproché à cette malheureuse ! Il y a trois jours, elle n’était pas sexuellement attirant’e (les avocats de DSK). Hier, elle était consentante ….
Déjà en rappelant à cors et à cris la « présomption » d’innoncence de DSK, cela signifie qu’elle est une présumée MENTEUSE !
Pourquoisecompliquerlavie(Citer ce commentaire) (Répondre)
Bravo pour l’élargissement du débat à la pornographie et aux faux consentements. Si une affaire comme celle-là nous permet de nous poser des vraies questions, elle n’aura finalement pas été inutile… Felix culpa ???
Vieil Imbécile(Citer ce commentaire) (Répondre)
@ Vieil imbécile : Felix culpa, quoi, la photo ?
Non !
Henry le Barde(Citer ce commentaire) (Répondre)
Non, la faute DSKienne qui va nous permettre de torpiller pornographie et pornographes en relançant le débat. Il y a quelques années on n’avait pas été très loin de durcir la législation, via Dominique Baudis me semble-t-il. Puis les pressions ont été trop fortes quand on a pu constater ce qu’il en coûtait de s’attaquer à ce juteux et néanmoins ignoble commerce. Depuis notre silence est effectivement complice, on se contente d’essayer de protéger nos proches et d’alerter les jeunes.
Vieil Imbécile(Citer ce commentaire) (Répondre)
Excellent commentaire, qui, enfin (!) apporte une vraie reflexion. Hélas, je ne sens pas que nous prenions le chemin d’entrer avec lucidité dans la forêt que masque si bien « l’affaire DSK »
Morel(Citer ce commentaire) (Répondre)