La croix, plus qu’un totem
Par Incarnare • 27 oct, 2011 • Catégorie: Réflexion faite
La tribu intégriste a récemment déterré la hâche de guerre contre deux pièces de théâtre, accusées de sacrilège. Aux premiers rangs de la contestation, des jeunes appartenant à une mouvance un peu fascisante, « Renouveau Français », venus dépenser leur trop-plein de testostérone.
Polydamas voit dans ces mouvements d’inspiration pseudo-para-militaires une manière de canaliser les ardeurs de la jeunesse, autrement destinés à se consumer dans la violence, et d’attendre tranquillement qu’elles s’amenuisent.
Ces groupes m’interpellent par leur côté profondément primitif et tribal.
Ils se soudent autour de leurs totems : la croix – forcément celtique, hein, car Jésus est né en Provence, à moins qu’il ne soit bourguignon – mais aussi le sacré-coeur – qu’entoure nécessairement un drapeau français, comme si le-dit coeur n’était digne que s’il était gaulois.
Il se sont créé leurs mythes, de vieilles gloires (enfin, tout dépend des points de vue, hein) passées qu’il s’agit de restaurer, monarchistes ou pétainistes au choix… Alors forcément, ils sont fans du Christ-Roi, mais oublient le Christ-Serviteur.
Ils se sont constitué leurs rites, à base de Je-Vous-Salue-Marie braillés en latin à la face du monde (si possible portés comme fer de lance au milieu d’une tribu ennemie), au lieu d’être donnés à Dieu en offrande dans le secret de leur chambre.
L’ennui, c’est que leur pseudo-sacralité ne renvoie à aucune transcendance, mais uniquement à leur vacuité. L’ennui, c’est qu’ils détournent ces ardeurs de la jeunesse – qui sont une invitation à se donner à autrui - en en faisant un instrument de rejet, au nom d’une identité, pour simplement se sentir exister.
L’ennui, c’est que la croix est bien plus qu’un totem ou qu’un glaive celtique : elle est présence de Dieu, don de Dieu aux Hommes, humilité de Dieu. L’ennui, c’est qu’en hissant Jésus sur leur totem, ils ont cessé d’adorer le Dieu crucifié pour n’adorer qu’eux-mêmes.
Si on peut excuser les jeunes, dont l’attitude traduit un manque de certitude dans leur identité, leurs aînés, eux, sont inexcusables. Dans le christianisme, il n’y a ni juif ni grec, et il n’y a certainement pas de place pour le tribalisme.
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Pour des organisations para-militaires ou tribales, on ne peut pas dire qu’ils aient été très violents. Ils usent de leur liberté d’expression pour s’insurger contre ces pièces anti-chrétiennes. De nos jours, il est devenu banal de souiller le sacré et d’insulter les chrétiens. Il n’est évidemment pas question d’interdire ces évènements culturels satanistes mais on peut se demander pourquoi ils sont tant promus par les pouvoirs publics. Peut-être parce que croyant et consommateur sont deux termes antinomiques… Détruire le sacré pour promouvoir la nouvelle religion de la consommation sans limite.
D’un point de vue plus comique, toujours marrant de voir des bobos du marais applaudir les flics et jouir devant la répression…
@Larmo
Je conçois la colère légitime de ceux qui s’insurgent contre des pièces insultantes mais en se focalisant sur la dénonciation de ces spectacles ils se trompent d’objectif.
Pour un chrétien cohérent – ou plutôt qui cherche à être cohérent – l’objectif prioritaire est de croître en sainteté. Donc de prendre position en fonction du Christ et pas de son propre ressenti, fût-il légitime.
En témoignant par ses actes, par sa vie et par la parole qu’Il est ressuscité et qu’Il nous ressuscitera pour peu que nous l’acceptions c’est-à-dire pour peu que nous L’acceptions avec Sa logique et Ses exigences qui sont souvent déroutantes et contre-intuitives.
Les premiers chrétiens ont vécu dans un monde païen qui leur est devenu très hostile et ont fini par le retourner au plus profond de ses moeurs: suppression de l’esclavage, des jeux du cirque etc. Mais ils ne l’ont pas fait en manifestant ni en défilant sous des banderoles.
Prière, sacrements, charité concrète envers le prochain – celui qui nous est proche et non pas celui qu’on aurait spontanément choisi – témoignage en actes et en paroles: c’est la seule solution viable et de long terme. C’est la seule formule qui marche depuis l’avènement du Christ
Je comprends qu’on n’ait pas envie de prendre des coups et de répondre par la pardon et la discussion. Je comprends qu’on n’ait pas envie de prendre les moyens, dérisoires en apparence, que le Christ nous indique: prière, jeun, pardon, exercice de la charité.Mais qu’on ne le fasse pas les moyens que le Christ pas le contraire de ce que nous demande le Christ au nom du Christ.
Il est inévitable que nous souffrions ici bas si nous prétendons suivre le Christ. Le Christ a souffert et Il en est mort. Le disciple n’est pas plus haut que le maître.
Reste à savoir si on a envie d’être disciple.
C’est là la vraie question.
Les cris (éventuellement maladroits) de la jeunesse catholique me choquent beaucoup moins que le silence assourdissant de l’épiscopat à l’occasion de cette affaire. Que Mgr Vingt-trois, à la fois cardinal-archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France ne profite pas de l’occasion pour rappeler que la liberté d’expression ne peut se concevoir sans le respect élémentaire des convictions de millions de nos concitoyens.
Il est évident qu’aucun humoriste ou artiste n’oserait traiter pareillement un sujet relatif à l’Islam par peur de violences physiques (cf. assassinat du cinéaste Théo Van Gogh, en plein jour, dans les rues d’Amsterdam après son film critiquant les interdits du Coran).
Les chrétiens doivent évidemment prier pour la conversion du monde (et d’abord pour la leur). Ce fut et cela reste la grande arme des saint(e)s. Néanmoins, il n’est pas interdit d’en utiliser d’autres comme la force du nombre, la menace électorale, le boycott.
La société païenne n’est malheureusement pas la Jérusalem célèste. Elle ne respecte que ceux qui se font respecter. Seulement ensuite elle daigne prêter une oreille attentive à leur message.
[...] Amblonyx, Darth Manu, le Chafouin, Patrice de Plunkett (qui donne la parole au père Robert Culat), Incarnare, Polydamas, Jeanduma… Même Bernard Lecomte a réagi aux violences stupides de ces jeunes qui se [...]
Concernant le Sacré Coeur, il a une origine : la demande du Christ à Ste Marguerite Marie, qui a été reprise par la demande de Claire Ferchaud durant la Première Guerre Mondiale.
« L’ennui, c’est qu’ils détournent ces ardeurs de la jeunesse – qui sont une invitation à se donner à autrui – en en faisant un instrument de rejet, au nom d’une identité, pour simplement se sentir exister. »
Oui, mais encore se bougent-ils, eux. Peut-être un peu trop, un peu trop souvent, mais il ne sont pas les professionnels du rien faire et du ne pas bouger qui abondent également dans les églises. Et qui ne sont pas forcément plus pieux, car il ne me semble que le mondain soit meilleur que l’identitaire lorsqu’il va à la messe pour satisfaire sa passion…
Enfin, il y a tribalisme et tribalisme. Rattacher la foi aux particularités d’une nation, à son enracinement civilisationnel c’est au contraire essayer de retrouver les racines de notre société, qui les a tout de même bien oublié. En être fier n’est pas du tout choquant.
Evidemment que la conversion personnelle de tous est nécessaire. Mais il ne faut pas se contenter des identitaires, ce sont tous les catholiques aussi qui sont concernés.
@ Larmo :
« Pour des organisations para-militaires ou tribales, on ne peut pas dire qu’ils aient été très violents. Ils usent de leur liberté d’expression pour s’insurger contre ces pièces anti-chrétiennes. »
Les oeufs, l’huile, ça me semble déjà bien assez violent venant de chrétiens, moi.
@Lactance
« Les cris (éventuellement maladroits) de la jeunesse catholique me choquent beaucoup moins que le silence assourdissant de l’épiscopat à l’occasion de cette affaire. »
Il me semble au contraire que les évêques se sont tellement exprimés qu’ils sont allègrement récupérés par les deux parties. Mais le communiqué de la CEF me semble sans équivoque.
« Il est évident qu’aucun humoriste ou artiste n’oserait traiter pareillement un sujet relatif à l’Islam par peur de violences physiques (cf. assassinat du cinéaste Théo Van Gogh, en plein jour, dans les rues d’Amsterdam après son film critiquant les interdits du Coran). »
« La société païenne n’est malheureusement pas la Jérusalem céleste. Elle ne respecte que ceux qui se font respecter. »
Ce n’est donc pas par respect mais par crainte qu’on n’ose pas s’en prendre à l’Islam. Si les « artistes » arrêtaient leurs âneries par la seule peur de se prendre une balle, je vivrais ça comme une profonde régression pour ma religion.
« Néanmoins, il n’est pas interdit d’en utiliser d’autres comme la force du nombre, la menace électorale, le boycott. »
Je ne sais pas ce que tu entends par la force du nombre, mais je te rejoins sur les deux dernières méthodes
@ Henry le Barde :
je n’ai rien vu sur le site de la CEF condamnant ce « spectacle » (mais peut-être ai-je mal cherché).
Concernant la « loi du nombre », il est évident que c’est ce qui fait taire toute critique intellectuelle ou artistique de l’Islam c’est la crainte qu’inspirent ses adeptes et certainement pas le respect ou l’admiration (sauf de la part des « idiots utiles » qui agissaient déjà ainsi à l’égard du communisme autrefois triomphant).
Comme le fait remarquer le sociologue Odon Vallet : « on défend moins les convictions des croyants chrétiens en se disant qu’ils seront plus tolérants. Cela pose problème ».
Sans prêcher l’action violente, je pense donc qu’il nous faut nous défaire d’une certaine naïveté. La société néo-païenne rejette viscéralement le Christ (« la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reconnu » Jn, I, 5). L’affrontement ne provient donc pas d’un problème de malentendu ou de maladresse entre les uns et les autres mais d’une opposition onthologique. Nous ne gagnons rien à tourner autour du pot.
@ Louis-Charles
« Les premiers chrétiens ont vécu dans un monde païen qui leur est devenu très hostile et ont fini par le retourner au plus profond de ses moeurs: suppression de l’esclavage, des jeux du cirque etc. Mais ils ne l’ont pas fait en manifestant ni en défilant sous des banderoles ».
Le Christianisme s’est globalement répandu pacifiquement par l’action des saint(e)s, et c’est son principal atout, mais aussi par le rapport de force (St Ambroise imposant le retrait de l’autel de la victoire, symbole du paganisme, de l’enceinte du Sénat en 382 contribua aussi à l’évangélisation des élites romaines).
@ tous
En l’espèce, je pense que la pression actuellement exercée par une partie de la jeunesse catholique constitue une forme (pas la seule, ni forcément la plus efficace) d’évangélisation susceptible d’imposer le respect par la force du nombre et le témoignage d’une foi non négociable (« non possumus » des premiers martyrs qui ont fait bien plus que de manifester sous des banderoles).
Outre le mérite de sortir de leur « blog d’ivoire », ces manifestants ont visiblement affiné leurs méthodes : faire du bruit devant le théâtre plutôt que de mettre le feu au cinéma (comme ce fut le cas en 1988 à l’occasion de la « dernière tentation du Christ » de Scorse). Je suis sûr que Théo Van Gogh aurait préféré affronter ce type de « violence » plutôt qu’une autre. Peut-être même aurait-il été touché (au sens positif du terme) voire converti (qui sait ?).
Bref, même si toute action reste criticable, je pense que celle qui nous occupe mérite mieux que le mépris ou les condamnations faciles (du genre « tribu intégriste »).
,
@ Lactance : vous parlez de l’Islam mais personne n’ose s’attaquer au judaïsme non plus par peur de la reductio ad Hitlerum.
Tous les croyants devraient être choqués. D’ailleurs, certains musulmans se sont félicités de voir des chrétiens défendre leur foi. La loi du nombre ou le boycott grâce à un front de la foi ?
@ Larmo :
Effectivement, nul n’ose tourner en dérision le Judaïsme pour les raisons historiques que vous rappeler (elles me semblaient tellement évidentes que je ne les avais pas mentionnées).
Vous faites bien de souligner que certains musulmans ont approuvé de voir des chrétiens défendre leur foi. Je pense d’ailleurs que les tensions avec l’Islam seraient moindres si les musulmans n’avaient pas le sentiment d’évoluer dans pays religieusement vide (ou largement vidé de sa spiritualité).
Votre remarque me rappelle d’ailleurs ce que j’avais déjà observé en Terre sainte. Pélerins, mes compagnons et moi marchions pieds nus sur la via dolorosa jusqu’à la basilique du Saint Sépulcre, nous agenouillant à chaque station. A cette occasion, les Palestiniens (musulmans et chrétiens) nous manifestaient infiniment plus de respect qu’aux touristes occidentaux venus « consommer » du souvenir.
Pour résumer ma pensée :
1) faire respecter un minimum sa foi n’est pas une preuve d’intolérance vis-à-vis des païens ;
2) cela contribue même à apaiser les relations avec les musulmans.
« Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte. »
L’Eglise catholique a reçu mission d’évangéliser : annoncer le Christ Jésus.
Sous couvert de productions artistiques (co-financées par des pouvoirs publics), des adversaires se donnent pour objectif de susciter un profond mépris pour ce Christ Jésus.
Et vous méprisez ceux qui expriment – avec beaucoup de modération d’ailleurs – leur refus du procédé.
Pensez-vous donc qu’on puisse être au service d’un Christ, méprisé hic et nunc, et missionnaire ?
Vous citez Dante… Critiquait-il le Christ ou l’Eglise ?
S’il critiquait l’Eglise, quelle est la pertinence de votre citation ? Nulle.
Etes-vous bien certain que, dans la situation particulière, Dante ne serait pas parmi les manifestants ?
Vous avez, à mes yeux, des ambitions de feuille morte.
En parlant de naïveté, n’est-elle pas chez des manifestants qui croient leur action non seulement juste, mais surtout efficace ? Qui vont-ils convertir ? Au mieux, ils gagnent le respect de la frange des Musulmans les plus enclins à ce genre de méthode ? Quelle ambition !
Parce que le problème, c’est que leur action suscitera d’autres pièces et films d’artistes opportunistes. Et quand on verra que ces happenings ne marchent pas et servent au contraire la cause qu’on prétend combattre, il faudra faire quoi ? Monter d’un cran dans la démonstration de force ou comprendre, enfin, qu’on a d’autres voies ouvertes, un peu plus conformes à une civilisation avancée, érudite et ayant inventé l’art de la controverse et de la disputation ?
Le respect que te témoignaient les Palestiniens sur la via dolorosa me semble d’un autre ordre que le celui demandé par nos défenseurs de l’honneur du Christ (qu’on voit bizarrement assez peu nombreux partir en Egypte ou en Irak pour le défendre là où il en a besoin).
En face des blogs d’ivoire, la croisade dorée ? Les deux mondes sont aussi virtuels l’un que l’autre.
(Et moi qui ne voulais pas parler de ce sujet, c’est gagné, tiens.)
@ Steve
On a visiblement des conceptions différentes de deux mots : modération et ambition.
Quant à critiquer l’Eglise, je ne me le permettrai certes pas. De par leur culture et leurs affinités politicoreligieuses, nombre des manifestants le font déjà assez comme ça, hein.
@ Henry le Barde :
« En parlant de naïveté, n’est-elle pas chez des manifestants qui croient leur action non seulement juste, mais surtout efficace ? Qui vont-ils convertir ? »
Pas forcément ceux d’en face (encore que … « seul Dieu peut sonder les reins et les coeurs ») mais peut-être davantage des quidams témoins de la piété des manifestants agenouillés (ça aussi, c’est une manière d’évangéliser, même si elle n’est évidemment pas exclusive).
Il y a plusieurs formes d’évangélisation face à plusieurs formes de publics (du plus bienveillant au plus hostile, du plus éduqué au plus frustre). Nos joutes intellectuelles nous ont habitué à des formes plus élaborées, certes, mais elles ne doivent pas disqualifier d’autres manifestations de la foi (en l’occurence protestation pacifique & prière, les deux n’étant pas incompatibles).
« nos défenseurs de l’honneur du Christ (qu’on voit bizarrement assez peu nombreux partir en Egypte ou en Irak pour le défendre là où il en a besoin) ». Tu rends involontairement hommage à St Louis, qui partit deux fois en croisade et brûla par charettes entières le talmud en place de grève, ce qui ne l’empêcha nullement d’être canonisé peu après. C’était naturellement une autre époque et d’autres moeurs qu’il ne s’agit heureusement plus de copier aujourd’hui. Mais cela témoigne qu’une défense physique de la foi n’est pas incompatible avec l’évangélisation (voire la sainteté).
En bref, la jeunesse catholique peut réagir maladroitement (comme chacun d’entre nous). Seul l’avenir dira si, en l’espèce, elle a eu raison ou non.
@ Henry le Barde.
Vous ne niez pas que l’objectif des adversaires, financés par des pouvoirs publics, est de susciter un profond mépris du Christ Jésus.
Que l’Eglise soit critiquée…
Ce n’est pas une découverte récente.
De nos jours, ce n’est pas non plus le monopole de la mouvance (supposée) des manifestants. Loin de là ! Comme pour votre citation de Dante, ça ne prouve rien.
A l’autopsie, on trouverait bien quelques saints qui n’ont pas eu leur langue en poche sur le sujet.
Quant à savoir, en définitive, si la réaction des manifestants d’aujourd’hui est adaptée ou maladroite… L’avenir répondra. Et les pronostics sont déposés.
@Larmo : quand je parle de tribu, c’est sans idée d’un quelconque barbarisme.. et je n’évoque d’ailleurs pas uniquement les pièces de théâtre qui font aujourd’hui l’actualité mais propose là une analyse plus large. Enfin, sur ces pièces, je ne critique pas le fait qu’elles soit de possibles sujets de débats, mais la forme d’une certaine contestation qui interdit toute critique en la délégitimant par une vacuité parée de symboles.
@Louis Charles, je suis 100% d’accord avec vous. De plus, ce qu’en dit Nystagmus permet également de nuancer ou d’élargir mon propos.
@Polydamas. Je connais l’histoire du sacré-coeur. Et regarde ce qu’ils en font !
@Lactance Le « non possumus », c’était courageux face aux lions dans l’arène. Mais, sauf à jouer sur le poncif « c’est dur d’être catho de nos jour », il faut reconnaître que le courage laisse place au ridicule.
Votre référence aux croisades est pathétique. Mis à part le fait de partir au loin, il n’y a rien de commun entre les croisés et ce qu’évoque Henry. Mais les premiers flattent votre sensibilité, et ont le bon alibi de la canonisation de St Louis.
Bon, je pense qu’on a abondamment entendu les parties en présence (ici ou ailleurs) et que la discussion n’ira pas beaucoup plus loin.
Je propose que chacun délibère avec sa conscience, désormais. Je m’en vais boire à la vôtre et à la mienne, tiens
@ Incarnare :
Je ne vois pas en quoi Saint Louis était pathétique (peut-être n’est-il pas assez « politiquement correct » à vos yeux, mais c’est votre problème).
En l’occurence, je ne faisais que pousser à son terme la critique d’Henry le Barde qui semblait regretter le non-engagement des manifestants là où le Christ et les chrétiens sont effectivement menacés quotidiennement (en terre d’Islam).
Par ailleurs, j’ai pris la précaution élémentaire de préciser que ce genre d’engagement n’était plus d’actualité, mais que ce n’était pas une raison pour dénigrer ce qui a pu, à un moment de l’histoire, correspondre à une nécessité. Encore une fois, nous n’en sommes plus là et c’est tant mieux.
Evitez donc de plaquer vos fantasmes sur moi, en me faisant des procès d’intentions, et assumez les vôtres.
Pour tout dire, et en dépassionnant un peu le ton, je n’ai pas compris le lien que tu fais entre les manifestants et Saint Louis.
En critiquant l’action des premiers, je n’en dévalorise pas pour autant celles du second, ni même les Croisades, dont je ne suis pas un fanatique romantique, mais dont je ne conteste nullement la pertinence géopolitique.
Surtout, je n’oublie pas qu’elles furent prêchées par le Pape. Et que celles qui furent encadrées furent plus fécondes que les croisades populaires, qui furent des désastres lamentables et pathétiques.
Civitas et le Renouveau Français, avatar moderne de Pierre l’Ermite et de Gautier sans Avoir ?
En mentionnant les croisades, je cherchais simplement à illustrer par un exemple historique le fait que des chrétiens ont pu réagir à une agression autrement qu’en faisan « le dos rond ». Il ne s’agit pas d’en appeler nostalgiquement à remake du passé mais de rappeler que la manifestation de force (comme celle qui nous occupe en l’occurence) ne doit pas être jugée, « par principe », incompatible avec la foi et l’évangile.
Encore une fois, je conviens que ce n’est pas la réponse idéale à une situation idéale et que l’on peut discuter de sa pertinence, mais qu’elle n’est en rien « contraire à la foi et aux bonnes moeurs ». Nous pouvons donc l’assumer (comme chrétiens que nous sommes) sans forcément l’approuver (comme militants que nous ne sommes pas).
Bref, ce que je conteste c’est l’anathème lancé rapidement sur les intéressés au nom d’un pseudo « contre-témoignage » dont ils se seraient rendus coupables. En effet, je pense qu’il existe plusieurs manières de rendre témoignage du Christ, selon les contextes et les sensibilités de chacun. La leur vaut bien la nôtre, même si elle nous apparaît moins subtile et raffinée.
@Lactance
« En mentionnant les croisades, je cherchais simplement à illustrer par un exemple historique le fait que des chrétiens ont pu réagir à une agression autrement qu’en faisan le dos rond ».
Au cours des 20 siècles précédents on trouve chez les chrétiens tous les comportements possibles et imaginables. Mais ne font jurisprudence que ceux qui sont conformes aux enseignements du Christ.
La légitime défense est licite quand on est agressé: on peut se défendre par la violence quand on est agressé. En revanche on ne défend pas le Christ par la violence: ce n’est pas moi qui le dis mais Lui qui a ordonné à Pierre de remettre son glaive au fourreau.
C’est pourquoi désapprouver le principe même des croisades n’est pas pécher par anachronisme ou céder au politiquement correct mais s’en tenir à l’enseignement du Christ
Les croisades et – indépendamment de l bonne foi de ceux qui les ont prêchées (Saint Bernard) et qui les ont menées (Saint Louis) – ne peuvent servir de références. L’anachronisme vient de ceux qui ont substitué, même en croyant bien faire, leur propre volonté à celle que le Christ avait exprimée plusieurs siècles auparavant. En l’occurrence Saint Bernard et Saint Louis. je les aime beaucoup, j’ai beaucoup à apprendre d’eux – notamment en matière de courage – mais mon modèle c’est le Christ: pas eux.
On ne défend pas le Christ par la violence même si je comprends qu’il soit tentant de vouloir enrôler le Christ sous sa bannière pour régler nos comptes avec ceux qui nous en veulent et qui nous méprisent.
Là encore je ne dis pas que c’est facile mais le fait est là: c’est ce que le Christ nous demande et ce qu’Il nous demande est toujours valable, aujourd’hui comme hier. Même si hier des chrétiens ont cru pouvoir s’en affranchir. Même sincèrement. J’admets parfaitement que c’est complètement contre-intuitif et je confesse bien humblement que je ne suis pas sûr de m’y tenir si c’était moi qui étais directement confronté à la violence. La grande tentation de tous les chrétiens c’est de faire la volonté de Dieu que Dieu le veuille ou pas. Mais c’est une tentation, pas une option légitime.
« Encore une fois, je conviens que ce n’est pas la réponse idéale à une situation idéale et que l’on peut discuter de sa pertinence »
Ce n’est pas une question d’opportunité ou de pertinence mais de principe c’est-à-dire de cohérence.
« mais qu’elle n’est en rien contraire à la foi et aux bonnes moeurs »
Contraire aux moeurs je n’en sais rien: ça dépend des moeurs auxquels on se réfère.
Contraire à la foi peut-être pas si on parle de la foi musulmane, certainement si on parle de la foi dans le Christ.
« Nous pouvons donc l’assumer (comme chrétiens que nous sommes) sans forcément l’approuver (comme militants que nous ne sommes pas) ».
Brillant distinguo que je ne comprends pas mais qui me rappelle Martine Aubry se tortillant pour prendre ses distances avec Georges Fresse et Jean-Noël Guérini sans pour autant les condamner formellement.
« Bref, ce que je conteste c’est l’anathème lancé rapidement sur les intéressés au nom d’un pseudo contre-témoignage dont ils se seraient rendus coupables ».
Jeter des oeufs et de la farine au nom de l’Amour du Christ pour l’Humanité c’est un contre-témoignage. C’est le spectacle de la contradiction entre ce qu’on dit et ce qu’on vit. C’est objectivement un contre-témoignage.
» En effet, je pense qu’il existe plusieurs manières de rendre témoignage du Christ, selon les contextes et les sensibilités de chacun ».
Non.
Le Christ ne nous a jamais dit « suivez votre sensibilité ».
Balancer des oeufs et de la farine à des pseudo-intellos nihilistes qui insultent notre foi tout en étant subventionnés par nos impôts correspondrait assez à ma sensibilité.
Mais en toute honnêteté je ne peux pas prétendre que c’est conforme à l’enseignement du Christ.
Désolé.
j
@ Incarnare :
Et alors, il ne sont pas des saints, et ne se revendiquent pas comme tels, so what ? L’idée c’est qu’il ne devrait y avoir que des saints pour pouvoir les afficher ?
@ lactance
« je n’ai rien vu sur le site de la CEF condamnant ce « spectacle » »
J’ai mis du temps à remettre la main dessus. Le voici :
http://www.eglise.catholique.fr/actualites-et-evenements/actualites/a-propos-des-recents-spectacles-12873.html
@ Henry le Barde :
merci de m’avoir indiqué la déclaration de Mgr Podevin :
« (l’Eglise) appelle à une liberté d’expression respectueuse du sacré (…). Les catholiques aspirent, comme citoyens, à être respectés dans ce qui est le cœur de leur foi ».
Je ne peux évidemment que souscrire à ces paroles de bon sens, notamment à la phrase finale qui appelle cependant le commentaire suivant. Si faire respecter « le coeur de leur foi » constitue la fin légitime des catholiques, alors il leur faut s’en donner les moyens.
Les musulmans qui ont incendié les locaux de « Charlie hebdo » et piraté son site internet dans la nuit du 1er au 2 novembre, en réaction au numéro spécial intitulé « charia hebdo » caricaturant Mahommet en couverture, ont atteint (de manière évidemment criticable mais efficace) cette fin, sans verser une goutte de sang.
Invité de l’émission C à vous, Charb (le rédacteur en chef de Charlie hebdo) défendait évidemment sa conception jusqu’au boutiste de la liberté d’expression non respectueuse du sacré. Tout en acquiescant sur le principe, son complice (Karl Zéro) évitait soigneusement de condamner l’Islam et remettait en question l’intérêt intellectuel et artistique de choquer ainsi les musulmans au plus profond de leur foi. Pareillement solidaire sur la forme, la présentatrice (Alessandra Sublet) s’interrogeait sur la nécessité de « remettre de l’huile sur le feu » après l’affaire des caricatures de Mahommet en 2008. Enfin, un micro-trottoir organisé auprès des riverains musulmans du quartier (le siège du journal étant dans le XXème arrondissement de Paris), permettait de conclure l’émission sur l’indignation (légitime ?) des intéressés qui, tout en déclarant respecter la liberté d’expression, déclaraient (en cohérence avec leurs convictions) qu’elle n’avait pas à s’exercer sur la sphère sacrée.
Je tire de cette affaire et de sa couverture médiatique les conclusions suivantes :
1) Il est frappant de constater, en direct, l’attitude soudainement très « respectueuse du coeur de la foi » musulmane de 2 animateurs télés sur 3 (Karl Zéro et Alessandra Sublet ayant débuté sur la chaîne Canal + pourtant réputée pour son « esprit » impertinent et libéral-libertaire).
2) Il ne faut y voir qu’une illustration concrète de l’effet de la « loi du nombre » ou du « rapport de force » que j’évoquais plus haut à la grande indignation de certains. Parions, qu’aujourd’hui encore plus qu’hier, la critique ordurière épargnera l’Islam et (la nature ayant horreur du vide) chargera encore davantage le Catholicisme qui renonce à l’instrument de court terme (le rapport de force, toujours criticable mais parfois inévitable) pour n’utiliser que le seul instrument de long terme (l’apologétique, nécessaire et moralement indiscutable mais insuffisant).
C’est ce choix « tactique » de l’Eglise (n’utiliser qu’un seul des deux outils de tous temps à sa disposition) que je conteste fondamentalement parce cela conduit, de facto, à renoncer à obtenir « une liberté d’expression respectueuse du sacré » ainsi qu’à faire respecter « ce qui est le cœur de leur foi ».
Il est bon de se donner de nobles objectifs. Il est meilleur de s’en donner les moyens que dictent les circonstances.
« Si faire respecter « le coeur de leur foi » constitue la fin légitime des catholiques, alors il leur faut s’en donner les moyens. »
On peut imaginer que le Christ nous a dressé une liste exhaustive de moyens, non ? Je suis d’accord pour faire respecter un rapport de forces. Moral, certes, mais également intellectuel, artistique, etc.
Je ne crois pas (enfin, j’en suis même sûr du contraire) qu’on puisse dissocier la noblesse des fins avec la nature des moyens.
En outre, notre fin légitime n’est pas de nous faire respecter. C’est un droit de citoyen, guère plus, rappelé par la CEF dans un contexte d’ère démocratique. Notre fin réelle, on la connaît, non ?
@ Lactance
« Les musulmans qui ont incendié les locaux de « Charlie hebdo » et piraté son site internet dans la nuit du 1er au 2 novembre, en réaction au numéro spécial intitulé « charia hebdo » caricaturant Mahomet en couverture, ont atteint (de manière évidemment critiquable mais efficace) cette fin, sans verser une goutte de sang ».
Tout ce qu’ils ont obtenu c’est de devenir un peu plus odieux encore aux yeux de l’ensemble de la population française et de se marginaliser eux-mêmes. la montée en puissance de Marine Le Pen et de la gauche laïque se fait déjà à leurs dépens. C’est d’ailleurs ce que redoutait une journaliste de Charlie Hebdo qui anticipait le soutien/récupération par ces groupes politiques et qui, dit-elle, déplorait les amalgames qui ne manqueraient pas d’être faites entre islam et islamistes.
Ils ont obtenu que l’ensemble des musulmans soient considérés avec davantage de peur, de suspicion et de colère (pour l’instant) rentrée.
C’est une tendance structurelle, lourde qu’une émission comme celle que tu cites ne peut contrebalancer.
« C’est ce choix « tactique » de l’Eglise (n’utiliser qu’un seul des deux outils de tous temps à sa disposition) que je conteste fondamentalement parce cela conduit, de facto, à renoncer à obtenir « une liberté d’expression respectueuse du sacré » ainsi qu’à faire respecter « ce qui est le cœur de leur foi ». »
Mais là encore le but n’est pas d’obtenir des non chrétiens qu’ils respectent le cœur de notre foi mais d’en témoigner. Le risque de persécution, sanglante ou sournoise, est inséparable du témoignage.
Si on peut, au passage, se faire respecter par la voie du droit en tant que communauté confessionnelle tant mieux ! Mais ce n’est pas le premier objectif.
« Il est bon de se donner de nobles objectifs. Il est meilleur de s’en donner les moyens que dictent les circonstances ».
Témoigner de notre foi, y compris contre l’hostilité du monde, n’est pas un objectif que nous nous donnons mais que le Christ nous donne. Et le Christ nous donne aussi les moyens qui peuvent paraître suicidaires (« je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups »). Là encore je comprends qu’on ne veuille pas faire ce que nous demande le Christ parce qu’on trouve cela trop dur mais on n’a pas le droit de faire le contraire au nom de la fidélité au Christ.
Le rapport de force peut être légitime pour protéger une communauté contre des persécutions mais est impuissant à entraîner des conversions. Le Christ ne nous a pas fixé pour objectif d’éviter à tout prix la méchanceté du monde mais de témoigner de Lui et de Son Amour dans un monde méchant qui ne veut pas l’accueillir.
A chacun de se déterminer en conscience s’il accepte l’objectif par Lui assigné. C’est la seule question au fond.
@ Louis-Charles :
« Le rapport de force peut être légitime pour protéger une communauté contre des persécutions mais est impuissant à entraîner des conversions ».
En l’occurence, l’objectif est bien de protéger la communauté catholique contre la persécution (non sanglante) en cours dans nos sociétés néo-païennes. Les moyens de la conversion relèvent évidemment d’un autre ordre (prière, charité, exemplarité, amour du prochain …). Nous sommes donc d’accord sur l’essentiel, à savoir que les deux objectifs ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et qu’il est bon de ne pas l’oublier comme l’Eglise semble le faire depuis une génération.
@ Lactance
E »n l’occurrence, l’objectif est bien de protéger la communauté catholique contre la persécution (non sanglante) en cours dans nos sociétés néo-païennes ».
La communauté catholique n’est pas persécutée en France aujourd’hui.
Si elle l’était la messe ne serait pas retransmise tous les matins sur une chaîne publique.
Non nous ne sommes pas privés de nos droits civiques parce que nous sommes catholiques.
Nous ne sommes pas assujettis à un régime discriminatoire du genre de la charia ou de l’apartheid.
Nous ne sommes pas victimes de pogroms ou de violences physiques parce que nous sommes catholiques.
Nous ne sommes pas dans la situation des Noirs américains luttant pour les droits civiques.
Nous ne sommes pas dans la situation des catholiques irlandais du XIXème siècle à l’époque de Daniel O’Connel.
Nous ne sommes pas dans la situation des catholiques polonais au XXème siècle sous le joug communiste.
Et tant mieux ! ! !
En tout temps et en tout lieu il y a eu, depuis 2000 ans, des gens qui n’aimaient pas les chrétiens et/ou qui voulaient s’en prendre au Christ. On ne peut pas pour autant soutenir que les catholiques ont vécu 2000 ans de persécution ininterrompue.
Il se trouve que certains ne nous aiment pas mais ça ne suffit pas à en conclure à la persécution.
Pratiquer l’amalgame c’est induire en erreur et c’est être doublement injuste: le manque de justesse dans le raisonnement abouti inévitablement à un manque de justice dans les comportements.
Et donc à un contre-témoignage.
Invoquer une persécution imaginaire pour justifier de recourir à la violence même symbolique et limitée c’est se trouver un alibi pour donner libre cours à ses turpitudes.
Que les amateurs du coup de poing
@ Louis-Charles :
« La communauté catholique n’est pas persécutée en France aujourd’hui (…). Invoquer une persécution imaginaire pour justifier de recourir à la violence même symbolique et limitée c’est se trouver un alibi pour donner libre cours à ses turpitudes ».
Sans relancer la polémique, je suis très surpris de lire que tu considères qu’il n’existe pas de persécution non sanglante des catholiques aujourd’hui en France et, plus généralement, en Europe occidentale. C’est même l’un de nos sujets récurrents de discussions.
Comme l’explique René Rémond, notre société est revenue (a régressé) à l’époque du paganisme antique, résolument antichrétien, d’où le titre de son ouvrage« le nouvel antichristianisme » (Ed. Desclée de Brouwer). Dans le désordre et sans préférence, en voici quelques exemples concrets et récents :
- les spectacles volontairement blasphématoires (comme celui que nous évoquions)
- la dérision systématique de l’Eglise par les Guignols de Canal+ et leurs émules (mais presque jamais de l’Islam et du Judaïsme par peur de poursuites judiciaires ou de représailles physiques) ;
- le travestissement systématique (par ignorance, bêtise et mauvaise foi) des propos et de l’enseignement du pape par les médias ;
- la multiplication des « comités de mal venue » lors des voyages pontificaux avec manifestations de masses comme à Londre voire au JMJ de Madrid (où des pélerins furent insultés voire pris à parti avant que la police n’intervienne) sans oublier le récente intervention de Benoît XVI à Berlin devant un Bundestag partiellement déserté par les députés Verts & SPD en signe d’opposition ;
- les agressions (verbales et parfois physiques) dont furent victimes les pèlerins de JMJ de Madrid par des groupes laïcards ;
- l’explosion du nombre de profanation de sépultures chrétiennes (522 pour 621 cas recensés par le ministère de l’Intérieur en 2010, soit 84 % des cas) voire d’incendies d’églises et de chapelles
- l’éviction par les eurodéputés de l’italien Rocco Buttiglione de la Commission européenne (2004) en raison de ses convictions « homophobes » (il avait déclaré considérer l’homosexualité comme un péché) ;
- les offensives juridiques répétées pour obtenir le retrait des crucifix des écoles en Italie et en Bavière ou, beaucoup plus prosaïquement, la décision du maire de Strasbourg de supprimer des cantines scolaires le poisson du vendredi (au nom de la laïcité) et d’introduire la viande halal (au nom de l’ouverture).
Je continue ou on arrête là sur le sujet ?
@ Louis Charles.
La christianophobie en Europe de l’ouest n’est pas une vue de l’esprit. Lactance vient d’en faire une litanie, non exhaustive.
Quant à vous (nous) féliciter de ne pas en subir plus… Vous êtes amusant. Attendons encore un peu et, sur la lancée actuelle, nos enfants riront moins.
La christianophobie et les persécutions sont une réalité évidente et brutale dans beaucoup de pays. En Inde, dans bien des pays musulmans.
Consultez les quelques sites spécialisés qui en dressent l’inventaire : c’est édifiant.
@ Louis-Charles :
« La communauté catholique n’est pas persécutée en France aujourd’hui (…). Invoquer une persécution imaginaire pour justifier de recourir à la violence même symbolique et limitée c’est se trouver un alibi pour donner libre cours à ses turpitudes ».
Que l’anti-christianisme existe est un fait que je n’ai jamais songé à contester.
Ce que je conteste c’est que la communauté catholique fasse l’objet aujourd’hui en France d’une persécution .
Nos ancêtres en ont connu au début du XXème siècle avec l’affaire des fiches, l’expulsion des congrégations enseignantes etc. Tel n’est heureusement plus le cas aujourd’hui en France. Pour poursuivre ma comparaison il existait à la même époque un antisémitisme très violent en France (l’Affaire Dreyfus en témoigne) mais pour autant la communauté juive n’était pas persécutée. Mieux la France apparaissait pour tous les Juifs persécutés d’Europe centrale comme une Terre promise au même titre que les Etats-Unis et davantage (à l’époque) que le foyer juif installé en Palestine britannique.
Nous ne sommes pas populaires partout, nos convictions sont critiquées mais nous ne sommes pas privés de nos droits civiques et nous ne sommes pas relégués à un statut de citoyen de seconde zone et notre vie n’est pas mise en danger sous prétexte que nous sommes catholiques.
Sans compter que les manifestations européennes d’anti-christianisme que tu cites ne peuvent étayer l’idée d’une persécution des catholiques français. C’est un manque de cohérence dans la démonstration.
Que nous ne soyons pas aimés et que ceux qui ne nous aiment pas l’expriment ouvertement est une autre chose. Il ne suffit pas d’être mal aimé pour être persécuté. La mauvaise foi, les spectacles blasphématoires, les propos travestis, la bêtise, les manifestations d’anticléricalisme etc sont inhérents à la vie de groupe et se retrouvent dans n’importe quelle société.
Ce n’est pas an soi une persécution. C’est désolant, inquiétant et tout ce qu’on veut mais tirer argument de cela pour justifier des manifestations violentes en invoquant la légitime défense, c’est faux.
@ Etienne
« La christianophobie en Europe de l’ouest n’est pas une vue de l’esprit ».
Entièrement d’accord avec vous: je n’ai jamais dit le contraire.
« La christianophobie et les persécutions sont une réalité évidente et brutale dans beaucoup de pays. En Inde, dans bien des pays musulmans ».
Parfaitement exact.
Dans certains pays les chrétiens doivent supporter à la fois la christianophobie et les persécutions
En France nous devons supporter la christianophobie mais, fort heureusement, pas les persécutions. C’est quand même une grande chance par rapport à nos frères chrétiens réellement persécutés.
Par respect pour eux et par respect pour la vérité ne cherchons pas à récupérer leurs mérites tandis que nous continuons à vivre confortablement – et c’est heureux – dans un régime politique qui tolère que nos ennemis nous brocardent mais pas qu’ils nous persécutent.
@ Louis-Charles
« les manifestations européennes d’anti-christianisme que tu cites ne peuvent étayer l’idée d’une persécution des catholiques français. C’est un manque de cohérence dans la démonstration ».
Les deux phénomènes ne sont pas exclusifs. Je citais les exemples italiens et allemands pour complétere l’exemple français.
Je maintiens que les catholiques européens subissent aujourd’hui, sous mille et une forme, une persécution non sanglante et larvée. Admettre la réalité constitue pour beaucoup un déchirement car cela conduit à abandonner une vision irénique des choses et à accepter ses propres erreurs de perception.
Dans ces conditions, mieux vaut suspendre cette polémique stérile. L’avenir jugera (j’espère simplement ne pas avoir tragiquement raison).
@Lactance
Pour conclure cette discussion je te rejoins entièrement quand tu fais le constat d’une hostilité de moins en moins déguisée au christianisme.
Je contestais seulement que l’hostilité exprimée dans des formes légales puisse être confondue avec une persécution. Cette confusion me semble très grave parce qu’elle sert d’alibi à des manifestations violentes hors cadre de la légitime défense (le cas de légitime défense d’une communauté persécutée justifiant pleinement le recours à la force).
L’autre confusion, peut-être la plus grave, est de prétendre que ces violences ont pour objet de défendre la figure du Christ car c’est littéralement le contraire de ce qu’Il nous a demandé.
Comme toi je crains que la situation actuelle ne se dégrade mais je ne souhaite en aucun cas favoriser la politique du pire au nom du Christ et au motif d’une persécution pour l’instant illusoire (combien de temps le restera-t-elle c’est une autre question) comme le font certains groupes par ailleurs peu connu pour leur ferveur et leur charité chrétienne.
[...] La croix, plus qu’un totem | Le temps d'y penser Ces groupes m’interpellent par leur côté profondément primitif et tribal. Ils se soudent autour de leurs totems : la croix – forcément celtique, hein, car Jésus est né en Provence , à moins qu’il ne soit bourguignon – mais aussi le sacré-coeur – qu’entoure nécessairement un drapeau français, comme si le-dit coeur n’était digne que s’il était gaulois. Polydamas voit dans ces mouvements d’inspiration pseudo-para-militaires une manière de canaliser les ardeurs de la jeunesse, autrement destinés à se consumer dans la violence, et d’attendre tranquillement qu’elles s’amenuisent. [...]