Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

L’horreur démagogique

Par • 13 déc, 2011 • Catégorie: Réflexion faite

« L’antique fureur sommeille dans le monde, et sans cesse se retourne sur le lit d’une douceur qu’elle hait ».

Pierre Boutang, Les abeilles de Delphes.

Si la remarque de P. Boutang est à ce point juste, c’est par l’analyse qu’elle fait de la tyrannie déresponsabilisante issue de  l’excès de justice et d’égalité que la démocratie crée dans la cité des hommes qu’elle irrigue. Eschyle, les Euménides, les Suppliantes, à relire d’urgence pour comprendre ce qui se déroule présentement.

Pourquoi diable les citer ? Non pour dire que la démocratie est victime de l’Europe, encore ce que ce soit exactement le cas. Mais bien pour expliquer que l’Europe tue littéralement le politique par choix des dirigeants nationaux.

Le énième accord de sauvetage de l’euro, après la scandaleuse opération du  « gouvernement technocratique » de Monti, contraste singulièrement avec le réveil de la nation espagnole (et l’anéantissement électoral des Indignés, qui ne représentent rien) : la légitimité politique du souverain n’a pas été soumise à la question de confiance. Ces évènements sont les décalques cauchemardesques d’une Europe qui accélère la destruction de l’édifice construit par ses fondateurs, un édifice qui s’effondre tel Babel1. La dyarchie franco-allemande, le vrai choix britannique sont des faits durables, des accords politiques s’appuyant sur 5 siècles de pratique. Tout s’effondre sous nos yeux. J’écrivais ici le prochain déclassement français, dans moins de six mois, et il s’est enclenché. Nous pouvons maintenant affirmer sans trop de crainte d’erreurs la prochaine disparition de l’Euro, victime d’un gigantesque déni politique et démocratique2.

Ce faisant, jouant avec la monnaie, la dette, les gouvernements européens sont sommés de faire de la politique devant le corps souverain de leur nation respective, seul socle pourtant bien malade de leur légitimité, après tant de consultations électorales transgressées (référendums gagnés par le Non, insulte de l’Irlande, mépris souverain des Grecs et des Italiens…) ; seule exception, la France, où la tyrannie jacobine étatique de droit divin continue de mentir sur la réalité – l’intervention du Premier ministre excluant tout nouveau plan de rigueur est exacte ; il n’ya pas eu de plan de rigueur, mais un saupoudrage illisible, inapte à créer de la confiance,  marque visible de la peur de ce gouvernement, du chef de l’Etat, comme de toute la nomenklatura.

Le réveil des peuples sera violent. Ce ne sont pas les banquiers qui seront guillotinés, mais les sortants et la classe gouvernante. Une phraséologie marxisante sous ma main a de quoi surprendre, mais c’est exactement cela : ouvrir la voie aux forces rétrogrades de l’étatisme socialiste pour les unes, protectionniste et mondialiste pour les autres est exactement le résultat des vingt dernières années de politique française.

La troisième [ou seconde ?] force électorale en France, le FN, n’a toujours aucun élu [à l’inverse du PCF… ou des Verts…]. Le programme commun du PS et de l’UMP [selon que l’on écoute les propos présidentiels, ou des féodaux présidant les collectivités territoriales] n’est pas une alternative pour l’électeur. Aucune place n’est faite au réel, mais en 2012, le laminage d’une droite « républicaine » –pfff… – déchirée se fera en nourrissant les appétits de la droite classique (l’horrible droite facccissste et anti républicaine, selon Saint Mittran !).

Autant dire que vendre le droit de vote des étrangers (alors que les enjeux sont ceux de la restauration, ou plutôt l’instauration d’une politique sur laquelle les citoyens décident) va attiser les cendres du mécontentement. Quel en sera l’effet ? Souvenons-nous de la médiocrité illimitée des politiques des années 30 en Europe… politiques à la Laval (plutôt qu’à la Tardieu), préférence, déjà, pour le social-étatisme décati plutôt qu’une politique de courage.

Enfin les Français vont comprendre la permanence du grand mensonge sur « les banquiers et les marchés, coupables de la crise, responsables des dettes souveraines » : le quidam verra son taux d’intérêt grimper (celui de ses crédits auto, immobilier…) parce que l’Etat viole tous ses engagements, n’est pas crédible, et que sa signature ne vaut que parce qu’il a l’insigne privilège de plumer l’oie3.  D’ailleurs Marine Le Pen, dés son discours de Metz, met déjà ses pas dans ceux de… Chirac, version 1976…

Une étape décisive se rapproche pour la France et l’Europe, celle de la combinaison de la barbarie de civilisation et de la barbarie de sens, pour reprendre les termes de Vico4 : les démocrates et le pouvoir, après avoir absolutisé le peuple, s’apprêtent à lui confisquer définitivement la démocratie par un succédané participatif ne débouchant sur rien.

« Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbarit debet » (Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous)

Retour à Eschyle, aux fondamentaux démocratiques, ou disparition définitive de l’homo occidentalis et de la France.

  1. http://www.letempsdypenser.fr/2011/11/pour-un-liberalisme-bien-compris/#comment-2961[]
  2. http://www.magistro.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1073&Itemid=82[]
  3. Colbert : « L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. »[]
  4. Giambattista Vico, La science nouvelle []
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est catholique, marié, père de quatre enfants. Il n'est pas uniquement râleur et conservateur malgré un style que son métier hospitalier l'oblige à arrondir. Nullement aristocratique, il désespère de voir les libéraux acquérir une place qui ne se réduise pas à l’économisme et la Cité catholique oser retrouver confiance dans le message que celle ci offrit au monde dont la paganisation n’augure rien de bon.
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9 Réponses »

  1. J’ai lu et relu votre billet. Il est en fait très difficile à lire, complexe, ampoulé. Tout le monde en prend pour son grade. Une vision apocalyptique… qui ne débouche sur rien de bien concret.

    Mais vous, Corbulon, qu’est-ce que vous proposez qui tienne la route ?

    Ne voyez pas dans ces remarques une prise de position politique, je n’appartiens à aucun parti. Un billet n’a-t-il pas pour vertu d’expliquer le réel et de tracer des voies. Le votre distille la désespérance sans rien proposer. Vous me direz que je suis libre de ne pas vous lire. Mais justement, si je lis votre blog, c’est pour m’aider à comprendre le réel. Pour m’aider. Vous vous écrivez pour les autres pas pour satisfaire votre ego je suppose. Très fraternellement à vous, Hélios

  2. bonsoir Hélios,

    pour une fois que ma femme me trouve lisible !!

    ampoulé: je concède un penchant pour les antiques, l’écriture conservatrice milieu du siècle (XXème) et les classiques, ce qui peut conduire à des clefs de lecture littéralement has been, mais justement, en ce moment, on a besoin de classique.

    désespérance ? non, apocalyptique oui. un cycle, type début de décadence, est ouvert, indubitablement; il a couvé pendant 20 ans, surtout en France (voyez l’état de nos écoles, de nos intellectuels et de nos politiques ploutocratiques…) donc maintenant, la gangrène est visible.

    je soutiens le retour de l’Ordre, de la Règle, de l’Autorité ( Ora & labora), je suis conservateur de l’ancien monde détruit depuis 50 ans. Donc ne pas s’étonner que je prône ce genre de chose !

    concret ? 3 papiers antérieurs sur l’euro très concrets.

    Je ne mâche pas le laurier telle la pythie de Delphes, mais le pire est devant. Eh oui. Aucun sens de la discipline collective pour assurer l’avenir de la France et des français. Ne comptons pas sur les gouvernements actuels pour tenir un langage de vérité, puisque la démocratie en période houleuse doit, pour surmonter la palabre, adopter une posture de combat, et pas les mornes couillonnades bruxelloises.
    Je crois, parfois en suscitant le septicisme, que le renouveau des nations est proche, et que les Etats vont reprendre du poil de la bête, parce que ce sont les seuls a pouvoir faire face. l’UE ne réussira jamais à relever le machin vendu par Merkozy. agenda de lisbonne, en 2001, vous vous souvenez ? l’économie de la connaissance… pire que les soviets. 10 ans plus tard, on est derrière les Chinois… et on s’étonne que nous passions pour des guignols non crédibles sur les marchés ? Si vous dépensez 1/3 de plus que votre salaire, vous faites quoi ? C’est aussi simple que cela. donc le concret, c’est simple: on retrousse les manches, on arrête de baver et d’attendre que l’Etat nous sauve, et on bosse 40 heures par semaine.

    en tous cas si vous voulez quelque chose de plus précis, ne lisez pas le programme des présidentiables… c’est aussi engageant que le programme du Front populaire en 1939…

    a lire: l’étrange Défaite, de Marc Bloch.

  3. Voilà, Corbulon un langage plus lisible et plus direct. Admettons que vous le polissiez un peu et vous obtenez un billet bien meilleur du point de vue de la lisibilité.

    D’après ce que je comprends, votre femme doit être assez critique par rapport à vos oeuvres et peut-être que ses critiques rejoignent celles que je vous ai faites !

    Où sont ces « papiers sur l’euro » ?

    Merci de votre humour et de votre compréhension,

    Hélios

  4. j’ajoute un mot à ma réponse d’hier soir.

    Votre description du monde est très pessimiste, noire et ça ne correspond pas à l’Espérance chrétienne, à notre foi.

    L’histoire humaine à aucun moment n’est un chemin facile. Vous dîtes « depuis 50 ans » mais avant était-ce facile ? Il y avait l’après-guerre, puis, avant, la guerre et l’Holocauste et avant la crise………….Mais il y a l’Espérance chrétienne à l’oeuvre dans le monde, travaillant les hommes même si tout est toujours à recommencer. Oui, j’ai envie de voir aussi la beauté du monde à côté de tout ce qui est sombre.
    Voyez vous Corbulon, j’ai envie aussi d’écouter tous les signes du meilleur de l’humanité et ça c’est notre Espérance forte que nous devons transmettre dans notre quotidien. Votre pessimisme, Corbulon, il n’aide pas à construire une Cité plus juste.

    Vous accepterez sans doute ma réaction à votre billet comme j’ai entendu aussi votre réponse.

    Bonne journée dans la paix et l’Espérance de l’Avent,

    Hélios

  5. Corbulon, le moins libéral du blog ? Sûrement pour ça que je préfère ses articles. Marx ou même Rousseau ne sont pas des insultes, simplement des auteurs très intéressants (le Capital ou Du contrat social).

    La démocratie peut être le pire des systèmes car il fait croire au peuple qu’il détient le pouvoir. En réalité, seule la mise en place d’éléments de démocratie directe pourrait redonner du sens à notre République. Ou alors attendre l’homme providentiel qui est si souvent intervenu dans notre Histoire (Jeanne d’Arc, Napoléon ou De Gaulle). Mais on peut attendre longtemps au vu du lamentable PS et de la piteuse UMP.

  6. le scandale de la Croix, comme qui dirait, est la source et la fin de la liberté en laquelle l’Homme magnifie son action, son être et son âme. N’en déplaise, le libéralisme est tant galvaudé et faussement abstractisé -désolé pour ce barbarisme- que l’on ne devrait pas le croquer comme tant de catholiques le font. Je ne fais pas partie de ces derniers, étant libéral, sans vivre de contradiction insurmontable avec la Foi. non pas ma foi, mais bien La Foi… nuance !!!

    Dés lors, la confiance en cette sorte de libéralisme, enfouie, emportée par la barbarie de civilisaion, ne peut conduire au pessimisme: le pessimisme est une attitude bien moderne, et désigner les adversaires à affronter, les comportements à combattre, les vrais enjeux, cela relève du réalisme politique.

    Car tout Roi qu’il soit, le Christ ne dicte pas, à la manière de quelqu’autres religions, comment agir à la manière d’un livre de cuisine. Faire face en politique est simple; il faut agir, la politique englobant intégralement le citoyen (vous m’en voudrez surement de croire davantage en les Antiques et Maurras/Barrès en la matière, que les républicains…!!).

    La pourriture européenne moderne, c’est de perséverer à vouloir nier que le politique superpose un cadre de contraintes et d’obligation à toutes nos libertés.

    L’espérance chrétienne, chez les peuples politiques chrétiens -dont nous ne sommes plus- n’est pas un optimisme béat, autre concept abstrait empoisonnant que la Modernité à mis à la place du Vrai dans nos schémas intellectuels. La Croix est une espérance, mais finir crucifié et abaissé a d’abord été le chemin du Fils de l’Homme, et tel sera éternellement le sort des Hommes. Chez les catholiques -les autres, ce n’est pas mon affaire- cela s’appelle le Péché. Et je tiens particulièrement à lier l’ancien et le nouveau testament, car la dimension « martiale », pour ne pas dire impérieuse du premier est un préalable à l’accomplissement du second.

    je persiste à dire que la combativité et le courage sont bien plus nécessaires et indispensables que toute autre intoxication minable de notre belle époque.

    la nostalgie de l’ordre ancien ne me parait pas transpirer de mes propos: la conviction de la validité intemporelle des leçons de nos Pères, si.

    en tous cas, une chose est sure (allez, ca défoule…) le socialo étatisme français est une gangrène vissée par trois siècles de politique basse qui ne connut que peu d’exceptions.

    cordialement,

  7. Un authentique libéral est à la fois libéral économiquement mais aussi socialement (cf. les ouvrages de Jean-Claude Michéa). Le marché a horreur des barrières qu’elles soient religieuses, traditionnelles ou sexuelles. Les conservateurs promeuvent le marché économique mais en abhorrent ses effets et les socialistes adorent ses effets (Pacs, gay pride, non-discrimination, fête de la musique etc) mais le combattent économiquement. Par conséquent, les deux partis majoritaires sont les deux versants de la même médaille. C’est pourquoi, ils font la même politique.

  8. Mon cher Corbulon,

    Loin de moi, l’idée de polémiquer. Je n’en ai pas envie. Et puis il n’y a pas matière.

    Mais enfin, dans votre long commentaire, il y a « pourriture », « intoxication », « gangrène ». Réseau sémantique du corps qui se dégrade. Que faut-il faire ? La gangrène, quand on en était atteint, ne fallait-il pas couper le membre ? Puis il y a « combattre », adversaires », « combativité ». Sont-ce des attitudes chrétiennes ? Il n’y a pas là de jugement sur ce que vous écrivez mais des questions légitimes. Il est vrai que chaque matin, dans cette période de l’Avent, il y a des textes du prophète Isaïe….
    Bonne continuation dans la préparation de Noël,

    Hélios

  9. Mon cher Corbulon,

    Aujourd’hui, 23 décembre, dans la Croix, « Quatorze voix fortes pour porter l’espérance » de Elie Wiesel à François Soulage. J’ai donc pensé à votre billet. Comme vous avez l’air d’être un fin lettré, il y a dans ce même journal une phrase de Chateaubriand dans le Génie du christianisme  » Le désir ou l’espérance, est le génie. Il a cette virilité qui enfante, et cette soif qui ne s’éteint jamais ». Ah !oui, j’aurais souhaité que dans un blog catholique, je puisse lire un billet sur l’Espérance….Peut–être Ignace…..?
    Belles fêtes de Noël pour vous et ceux qui vous sont chers,

    Hélios-Jean

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