Le temps d'y penser

Etre dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte.

Mourir pour la patrie… menues considérations absurdes

Par • 22 jan, 2012 • Catégorie: Réflexion faite

En l’espace d’un trimestre, trois faits viennent d’éclairer un peu plus la cécité française en matière militaire. Une candidate à l’élection présidentielle se dit prête à rendre le siège de membre permanent au conseil de sécurité, le PS veut sanctuariser la dissuasion nucléaire mais un groupuscule affidé à l’UMP propose de la mettre sous double autorité franco-allemande, et un de nos hommes est tombé aux champs d’honneur en Afghanistan.

Il y a un mois, les idiots de service soulignaient que si le Rafale ne se vendait pas, c’était du fait de son coût, et voici quelques jours, le Japon a annoncé sa volonté d’acquérir des F 35.

L’indépendance, le pouvoir, la puissance sont autant de réalités qui jamais ne se partagent. Plusieurs fois la France suggéra que son outil nucléaire soit mis au service du continent, jamais elle ne fut prise au sérieux. La cause en est certaine : l’Europe a totalement disparu alors à quoi bon attendre un condominium de nos voisins d’outre Rhin ? Le feldgrau restera pour un bon siècle le miroir de leur éternelle damnation, et jamais il ne sera plus une composante du pouvoir tel qu’ils le conçoivent.

Chez nous, c’est l’inverse : le bleu marine, les spad et la tenue terre de France sont les seuls restes de la puissance. Tout le reste a déserté. Tout le monde militaire envie le camp de Canjuers en Europe ? Mais seule la France a une armée totalement coupée de la nation, isolée, réduite au silence -depuis 1962 pour le dernier tour de vis politique -, à l’opposé de la relation britannique, moyennant quoi elle jouit de n’avoir qu’une seule insupportable contradiction à gérer : la fermer, subir, et maintenir l’esprit guerrier à petit feu, pour le jour où les citoyens redécouvriront que l’Etat n’est que par son armée et l’affirmation hyperbolique de sa domination. Inutile de le rappeler, mais cet isolement résulte de la volonté, depuis un siècle, de la République, de tenir à distance la suspecte armée. Cette armée trop catholique, qui sentait le coup d’Etat, cette armée qui ne réduit pas le pays aux 250 dernières années… tout cela est passé, mais la suspicion entretenue demeure, dans une amnésie « républicaine » diamétralement opposée au pouvoir réel d’autres corps d’Etat, eux tout-puissants, tels les professeurs…

La France a-t-elle encore une politique militaire basée sur la Puissance ? Sur l’ambition ? Sur une volonté ferme et un dessein immuable ?

Ce fut une décision forte, et souhaitable, que de rejoindre l’organisation intégrée de l’OTAN. Sans elle, notre outil militaire se serait décomposé sur place, car l’indépendance est dans la mutuelle obligeance [non pas dépendance, mais exigence] entre puissances de la même ère : pour y comprendre quelque chose, inutile de lorgner vers la Chine ou les déclinologues, il faut revoir les leçons d’histoire des traités de Westphalie.

La Lybie ? Une aventure funeste, engagée par un imbécile médialocrâte dont R. Aron nous avait averti de la méfiance qu’il lui inspirait1. La France commet une erreur aussi tragique en Tunisie, en Egypte, en Lybie, victime de son islamolâtrie génétique, séduite par le syncrétisme de Massignon au lieu des saints avertissements de Charles de Foucauld et des prudents conseils…

Dans l’Orient compliqué du Général, c’est le silence qui tombe après compliqué qui compte… et les visées électoralistes à des fins internes d’une telle politique sont connues ; dans un pays en pleine décomposition, elle mène au collapsus et à une réaction catastrophique. Evidemment le chef de l’Etat devrait y penser lorsqu’il lorgne sur la « clientèle » militaire.

Nous commettons tous une erreur gigantesque sur l’Islam, système politique avant tout, assis sur la tradition et l’esprit de domination. Rien de tout cela n’est anti-arabe, et encore moins raciste ; leur système n’est pas le nôtre, il le menace et plus qu’aucun autre depuis les totalitarismes. L’islam est un système politique comportant une dogmatique de type théocratique, et certainement pas une simple religion. L’Islam est plus proche de la politique antique et des tribus que de l’Europe ; que faut-il pour le comprendre ? Une France musulmane ? Le monde militaire sent tout cela, lui qui vit la grande complexité du monde.

Et pourtant l’esprit des troupes de marine, des para, de la guerre des âmes et des cœurs a perpétué une approche française autrement plus convaincante que celle des anglo-saxons : qu’en avons-nous fait ?

Par une ignorance mêlée de sinolâtrie occidentalophobe – décidément – la Chine nous parait un éden pour un Occident qui renie ouvertement ses valeurs, ou plus exactement ce qui en fit La sphère dominante du reste du monde. Les Chinois, instruits, eux, à la différence des apôtres de l’Ignorance érigée en schola, n’ont pas oublié les traités inégaux ; tout comme les Afghans n’ont pas oublié les vaniteux Britanniques.  La France est la pointe avancée du renoncement à la puissance, et il faut impérativement combattre ce mouvement mortifère. Bonaparte – merci, mon général, mon propos devient visqueux… –  rappelait que seul l’argent compte.

La décrépitude accélérée du réseau diplomatique français sous le gouvernement actuel ne doit pas faire illusion : la politique culturelle n’a jamais été un outil diplomatique, ou du moins ne l’est plus depuis la fin des colonies. L’indigence de nos universités dissipe le malentendu de ceux qui, venant y étudier, croyaient découvrir la vraie France. Nous avons abandonné, fondamentalement, toute politique militaire et diplomatique avec la fin de nos colonies, en sortant de l’Histoire, ce que le Maréchal de Lattre de Tassigny avait prédit.

Après cinquante années d’imperium et de parapluie militaire américain, l’Europe se découvre totalement impuissante, puisqu’il n’y a pas de politique européenne militaire, et il ne saurait y en avoir. L’optique hyperbolique de la recherche d’un monde stable, pacifiste, est en totale négation de trente siècles d’histoire. La démolition post-soixante-huitarde de l’instruction, d’une école d’élite, et des valeurs qu’elle portait a créé un homo stupidus déraciné, moralisateur plus qu’aucune génération et incapable de sacrifice, que ce soit pour une famille, un pays, ou un enfant. Alors une nation…

« Personne n’est assez naïf pour penser qu’un pays n’aura pas d’ennemis parce qu’il ne veut pas en avoir.» Julien Freund

« (…) Une élite qui n’est pas prête à rejoindre la bataille pour défendre sa position est en pleine décadence, et tout ce qui lui reste est de faire place à une autre élite ayant les qualités viriles dont elle manque. C’est une pure rêverie d’imaginer que les principes humanitaires qu’elle a pu proclamer lui seront appliqués: ses vainqueurs l’accableront avec le cri implacable Vae Victis ! Le couteau de la guillotine était aiguisé dans l’ombre quand, à la fin du dix-huitième siècle, les classes dirigeantes en France étaient occupées à développer leur «sensibilité». Cette société désœuvrée et frivole, vivant comme un parasite sur le pays, discourait lors de ses élégants dîners de délivrer le monde de la superstition et d’écraser l’infâme, sans aucunement suspecter que c’était elle-même qui allait être écrasée. » Pareto.

  1. Mémoires, 1983, Julliard []
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est catholique, marié, père de quatre enfants. Il n'est pas uniquement râleur et conservateur malgré un style que son métier hospitalier l'oblige à arrondir. Nullement aristocratique, il désespère de voir les libéraux acquérir une place qui ne se réduise pas à l’économisme et la Cité catholique oser retrouver confiance dans le message que celle ci offrit au monde dont la paganisation n’augure rien de bon.
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