Des évêques en campagne
Par Henry le Barde • 16 avr, 2012 • Catégorie: Actualité<img class="alignleft size-full wp-image-3071" title="campagne33" src="http://www.letempsdypenser.fr/wp-content/uploads/campagne33.jpg" alt="" w
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A quelques jours du scrutin, nous avons donc organisé une soirée spéciale où la stricte égalité des temps de parole sera respectée. Ceci afin de permettre à tout candidat, grand comme petit, favori comme challenger, d’exposer son programme.
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Pierre, vous êtes le favori du scrutin, on murmure même que le Christ vous aurait désigné. Le « meilleur d’entre nous », c’est quelque chose qui vous aide ou qui vous handicape ?
Pierre : Vous savez, les sondages, ça va ça vient. Parfois vous surfez sur la vague, et parfois vous coulez…
Pourtant, la fin de votre collaboration laissait apparaître quelques divergences. Le Christ a eu des mots durs à votre égard. « Arrière Satan » aurait-il déclaré en Conseil des Ministres…
Pierre : Ne vous méprenez pas. C’est la sécurité du Président qui m’importait plus que tout. Je ne crois pas en la prévention pure, mais il faut aussi, parfois, un peu de répression. Je suis un homme qui sait trancher, et c’est ça dont les chrétiens ont besoin.
Vous semblez tout de même avoir pris vos distances, quand il était au plus bas de sa cote de popularité. En particulier, lors de ses démêlées avec la justice…
Pierre : Ecoutez, euh, j’ai, à ce moment, laissé la justice faire son travail. Je pense – et en cela vous remarquerez que je suis dans la droite ligne de sa doctrine – qu’il fallait rendre à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à Dieu.
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Jacques, dans l’ombre de votre frère cadet, Jean, comment comptez-vous faire la différence ?
Jacques : je pense qu’il faut remettre les points sur les i. Mon frère Jean se prévaut du titre du « disciple bien-aimé », qui a recueilli la mère du Christ. C’est tout simplement mentir aux chrétiens. J’affirme, moi, qu’il n’en est rien. Comme l’a bien démontré l’historien Jean-Christian Petitfils, mon frère ramasse les lauriers d’un autre Jean, qui fut, lui, présent au procès et au pied de la Croix. Cet auteur reconnu a d’ailleurs entamé l’écriture d’une biographie exhaustive du Christ ainsi qu’un récit de science-fiction sur la fin du monde.
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Barthélémy, on sait peu de choses sur vous, sur votre programme…
Barthélémy : Permettez-moi de rester en dehors de cette campagne. Je ne sais que trop bien que certains opposants souhaitent me faire la peau. Permettez-moi quand même de demander aux candidats de se recentrer sur le fond. Qu’avons-nous à faire, par exemple, que tel candidat coure plus vite que l’autre ?
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Juda Thaddée, tout le monde dans l’Eglise ne vous accorde pas le titre d’apôtre…
Juda Thaddée : Ceux qui affirment cela sont complètement à l’Ouest. J’ai confiance que l’Eglise d’Orient, elle, saura reconnaître mes pleins droits.
L’Eglise nestorienne va plus loin…
Juda Thaddée : Oui, selon elle, je suis le frère du Christ. En attendant, Flavius Josèphe me reconnaît historiquement, lui. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde, je ne dis ça je ne dis rien. Et surtout, il atteste ma fibre sociale : j’ai personnellement œuvré pour sauver des centaines de personnes lors de la famine en Palestine vers 45. En matière d’option préférentielle pour les pauvres, ça se pose là, quand même, non ?
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Jean, tout le monde croit vous connaître. Vous êtes un disciple familier du Christ et votre mère aurait d’ailleurs intercédé auprès de lui pour votre famille. Or vous, le disciple que Jésus aime, n’êtes pourtant pas favori des sondages ?
Jean : Si Pierre est l’héritier, alors moi je suis pape.
On murmure cependant que vous ne seriez pas le disciple bien-aimé du Christ ?
Jean : Ecoutez, il y a des choses qu’on ne peut nier : j’ai été choisi pour accompagner le Christ dans les moments-clés de sa vie : la Transfiguration, l’Agonie. Après, les écrits importent peu, ce qui compte, ce sont les faits.
Vous et votre frère avez parfois mené des actions de lobbying pour vous voir accorder les meilleures places…
Jean : Qui le dit, Marc ? Il n’était même pas là !
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Matthieu, vous êtes le garant d’une certaine orthodoxie budgétaire…
Matthieu : Comme ministre des finances du Christ, je ne peux taire la réalité de la situation aux Chrétiens. Les choses vont mal. Si le Christ ne revient pas rapidement, il faudra instaurer une gestion à plus long terme de nos ressources. Le danger, actuellement, c’est la tentation collectiviste mise en place par certains chrétiens. Il va falloir assainir tout ça.
Vous êtes le saint Patron des banquiers, que rétorquez-vous à ceux qui soulignent ces attachements avec les forces de l’argent ?
Matthieu : Bien sûr que non ! Je suis le candidat du peuple au contraire. C’est en venant chez moi que le Christ a rencontré ces gens pour lesquels Il est venu. Cessons de tout confondre.
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Thomas, on vous dit l’auteur d’un évangile non autorisé…
Thomas : … ça je demande à voir.
Et on vous dit assez sceptique sur son enseignement ?
Thomas : Écoutez, accuser sans preuve, c’est bien joli, mais il faudrait arrêter de manipuler les chrétiens. Tout le monde le sait, et Jean l’affirme dans son Évangile, j’ai été le seul, entendez bien, le seul à vouloir le suivre dans sa Passion. Maintenant, il est vrai que j’ai su mettre le doigt où ça faisait mal. Un enseignement se doit d’être enraciné dans le réel, et les chrétiens savent que je suis dans le vrai.
On murmure que, n’ayant aucune chance d’être élu, vous auriez négocié un ralliement en échange d’une ambassade exotique, en Inde, c’est vrai ?
Thomas : Encore une fois, où sont les preuves ?
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Simon le Zélote, vous êtes un ardent défenseur de la cause des Hébreux…
Simon le Zélote : Caramba, vous me mettrez sur le dos ces égarements de jeunesse encore longtemps ? Contrairement à l’Iscariote, je suis resté fidèle au Christ. Tout le monde connaît mon passé. Je ne regrette rien. Trop d’impôts, trop de païens sur nos terres. Trop de mous également. Les juifs Bisounours, ça suffit ! Ah, si Pierre n’avait pas réfréné son penchant sécuritaire…
Avec des si, on mettrait Jérusalem en amphore, non ?
Simon le Zélote : Vous pourriez éviter de parler de scies, s’il vous plaît ?
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Philippe, vous avez été proche du prédécesseur du Christ, Jean-Baptiste.
Philippe : Oui. N’oubliez pas non plus que j’ai moi-même alerté le Christ sur la situation de la foule après son sermon. Sans moi, il n’y aurait pas eu de multiplication des pains. Cette réforme reste très populaire et je suis fier de l’avoir initiée.
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André, vous avez été le premier appelé par le Christ…
André : je suis un médiateur. J’ai présenté de nombreux apôtres au Christ, on peut dire sans fausse modestie que j’ai contribué à recruter une grande part de l’équipe gouvernementale. J’ai également arrangé quelques rencontres internationales, comme entre les Grecs et le Christ. A ce titre, permettez-moi de penser que je suis le plus qualifié pour répondre aux immenses défis de la méditerranéisation qui se posent devant nous.
Vous vous targuez donc d’une expérience réussie en matière de politique étrangère…
Mais mon apport ne se limite pas à ça. Je suis un apporteur d’affaires juteuses, puisque c’est moi qui trouvé les cinq pains et les deux poissons.
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Jacques le mineur…
Jacques : Jacques fils d’Alphée, si vous le permettez…
… à votre guise. Vous avez été nommé Patriarche de Jérusalem, un poste qu’on imagine convoité. C’est un tremplin vers le mandat suprême ?
Jacques : Je pense que nous allons au devant d’une grave crise. Ces apôtres qui se réclament de la doctrine du Christ, pourtant héritier non contestable de la Loi de nos pères, ne sont que des mondialistes, à la solde de conseillers apatrides tels que ce Paul. Je suis personnellement, et je m’engage, à conserver la souveraineté nationale. Sinon, dans vingt ans, toutes les décisions seront prises à Rome. Ce sera la fin de notre Ville éternelle. Je saurai donc défendre les intérêts de tous les hiérosolomytains et toutes les hiérosolomitaines. Ça c’est du non-négociable !
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A l’heure où les catholiques décortiquent les déclarations ou bouts de phrases de tel ou tel évêque pour discerner les choix de leur vote à venir ou, peut-être parfois, conforter leurs propres convictions, je ne trouvais pas inutile de rappeler gentiment et gaiement que nos évêques étaient avant tout les successeurs de ces garnements d’apôtres.
Derrière les petites anecdotes et allusions que vous vous amuserez à deviner ça et là, c’est aussi l’occasion de se rappeler que ceux-ci furent des hommes pécheurs, parfois un peu benêts, fougueux ou prosaïques, et dont les Évangiles, les Actes, les Épîtres et la Tradition nous relatent les parcours sinueux et terriblement humains.
Si le Christ les a choisis pour leur extrême diversité – ce qui fera de la peine à certains – il en va de même pour nos évêques et je ne crois pas leur faire injure en prétendant qu’il ne sert à rien de tenter de faire de l’exégèse trop poussée à partir de la moindre de leurs déclarations.
A long terme, il me paraît en tous cas infiniment plus fécond de tenter, en conscience, de saisir l’esprit général de ce qu’ils essaient, ensemble et chacun à sa manière, de nous dire.
- Le douzième initialement déclaré a fait une chute malencontreusement fatale, mais les divergences des témoignages incitent la gendarmerie à ne pas exclure la thèse du suicide.[↩]
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Henry le Barde avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès.
Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme.
Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »
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LOLLLLL Je crois que l’humour est le 4eme Principe non-négociable ! Excellent ! Notamment sur Jean « auteur d’un récit de science fiction sur la fin du monde » !
PS : Vive JC Petitfils ! Nous avons les mêmes lectures.
Charles Vaugirard(Citer ce commentaire) (Répondre)
Ton texte est affreux. Les apôtres vus à travers ta lorgnette sont affreux. T’es un affreux. Les candidats actuels sont affeux. Les hommes sont-ils affreux ?
Ça me fait penser au livre du père Jean-Philippe Fabre « Comment Jésus pétrit Pierre ». Ou comment à partir d’une chair dure et ingrate, Jésus installe Pierre dans La chaire.
L’évangile de dimanche dernier m’y avait aussi fait penser. La première fois Jésus montre aux apôtres ses blessures. Très probablement les apôtres ont mentionné ce geste, et la réalité des plaies, à Thomas. Et Thomas n’a pas cru, il n’a pas fait confiance aux apôtres, il ne les a pas écoutés avec bienveillance, il a dû trouver tout plein d’arguments pour leur prouver qu’ils n’avaient pas vraiment vu ce qu’ils avaient vu. Et le premier geste du Christ, le dimanche suivant, c’est de rappeler à Thomas cette absence de confiance. Non pas vis-à-vis de Lui, mais vis-à-vis des autres apôtres. Thomas n’a alors même pas besoin de vérifier quoi que ce soit (du moins ce n’est pas mentionné). Il croit.
Cette chaîne de confiance est arrivée jusqu’à nous, alors même que nous nous agitons régulièrement pour la rompre.
Merci pour ton texte, somme toute bien rigolo. Merci pour ta conclusion qui nous ramène à notre propre attitude.
Vieil imbécile(Citer ce commentaire) (Répondre)
Donc, en gros, t’es en train de venir bouffer dans ma gamelle, là, en fait ?!
…
J’allais ajouter « sale faussaire », mais je suis obligé de reconnaître que tu en es plutôt un bon.
Et ça m’éneeeeeeeeeeerve !
Edmond Prochain(Citer ce commentaire) (Répondre)
@ Charles
L’humour, c’est ce qui nous reste et nous sauvera. D’ailleurs JC Petitfils montre bien le sens de l’humour souvent caustique du Christ (et encore, je suis sûr que les apôtres ont dû censurer un peu, surtout les passages où ils étaient vraiment ridicules
@ Vieil imbécile
UN POUR DOUZE, DOUZE POURRIS !!!
Hum.
Non, ils ne sont pas affreux. Ils sont humains. On va dire que ce texte parle d’eux avant la Pentecôte. Après ça va mieux. (Et merci pour ce énième conseil de lecture !)
@ Edmond Prochain
Figure-toi que c’est en finissant ce billet et en écrivant le mot benêt que j’ai subitement pensé à toi. Enfin pas à toi directement, mais à tes Disciples.
Mais j’ai par ailleurs grandi avec un tonton prêtre qui me soulignait chaque fois les bêtises de nos chers apôtres (peut-être, sans le dire, pensait-il alors à son propre patron de diocèse, mais chut hein).
Du reste, j’aurais pu demander à Elvire de faire l’illustration, je suis resté très classique avec ce que j’ai choisi. On dirait un débat de TF1…
Henry le Barde(Citer ce commentaire) (Répondre)
Excellent ! un peu d’air frai au milieu de cette boue de campagne électorale, ça fait du bien … pourrai-t-on utiliser ce texte pour faire une séquence de culture religieuse à nos élèves de lycée ? comme un jeu de piste …
scorfa(Citer ce commentaire) (Répondre)
@ Scorfa
Bien sûr faites donc
Henry le Barde(Citer ce commentaire) (Répondre)