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Mariage pour tous : les mots du scandale

Par • 17 sept, 2012 • Catégorie: Réflexion faite

« Polygamie », « Inceste », les grands mots sont médiatiquement lancés, par la presse tout au moins puisque Mgr Barbarin, à l’origine pourtant des propos relayés, n’a pas prononcé les deux. Et ces mots font réagir. Ils choquent. Ils scandalisent. Ils sont commentés, critiqués, sans se soucier de ce qui a bien pu vouloir être dit, l’offuscation étant malheureusement souvent prioritaire à la compréhension de la pensée de l’autre. Sans reprendre intégralement l’interview, qui traite de nombreux sujets, dont l’ouverture du mariage pour les couples homosexuels, reprenons tout de même l’extrait le plus cité :

« Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »

Mgr Barbarin est durement critiqué, notamment sur Twitter, même s’il bénéfice de soutiens improbables comme Najat Vallaud-Belkacem. Certains journalistes vont même jusqu’à titrer « Le mariage gay favorise l’inceste pour l’archevêque de Lyon ».

L’émotion suscitée par cette phrase, si elle est excessive, n’est guère étonnante. Parler du mariage pour les couples homosexuels, ainsi que d’unions à plusieurs ou d’inceste, laisserait entendre que, pour Mgr Barbarin, homosexualité, polygamie, inceste, tout est directement lié et que tout est similaire. Je comprends parfaitement que cette interprétation choque. Elle me choquerait, comme n’importe qui. Mais bien entendu, ce n’est pas ce qu’il a valu dire et, d’ailleurs, ce n’est pas ce qu’il a dit1.

Le mariage homosexuel est défendu à travers une rhétorique discutable et parfois très primaire comme en témoigne le slogan « mariage pour tous » (#mariagepourtous sur Twitter), slogan qui s’accorde bien avec l’argument de fond, celui de l’amour (« pourquoi leur interdire le mariage s’ils s’aiment ? »). L’idée de défendre le mariage pour tous est évidemment absurde. Poussé à l’extrême, il concernerait effectivement aussi bien les unions à plusieurs2 que l’inceste. Certes, personne ne défend aujourd’hui l’inceste (Mgr Barbarin dit d’ailleurs « un jour peut être » concernant l’inceste). Pour les couples à plusieurs, une tribune récente dans Le Monde, entre autre, montre que l’inquiétude est réelle et que le fait d’avoir trouvé le terme tendance de « trouple » (ou de « polyamour » dans d’autres cas) pour faire accepter l’idée ne suffit pas à me rassurer.

Dans un débat, est-ce cependant sain de pousser la logique des autres jusqu’au bout alors qu’eux-mêmes ne le font pas ? Comme nous l’avons vu, dans notre cas, certains vont déjà très loin, mais heureusement, il reste toujours des barrières. Mais lesquelles ? Sur quels fondements ? Pourquoi par exemple refuser le mariage à plusieurs ? Si le mariage n’est qu’une question d’amour, alors que lui opposer ?

Il y a deux limites que nous pouvons tous facilement partager : l’inceste (ne serait-ce que pour des raisons biologiques) et celle de l’âge (pour que la personne soit capable d’exprimer un consentement libre). Le nombre me paraît difficilement justifiable si le mariage se voit uniquement comme une reconnaissance de l’amour. C’est d’ailleurs tout l’art de la rhétorique pro-mariage homosexuel d’avoir poussé le débat sur ce sujet, car qui peut juger l’amour ?

Mais le mariage n’est pas reconnu au nom de l’amour, mais bien parce qu’il est l’acte fondateur d’une famille (la remise du livret de famille lors du mariage en reste une preuve, même si le mariage s’est fragilisé). Et si le mariage n’est permis que pour les couples composés d’un homme et d’une femme, c’est parce que la société reconnaît que la différence entre l’homme et la femme est fondatrice car elle permet la vie et donc la survie d’une société. Pas très romantique comme argument, c’est vrai, mais si une société reconnaît le mariage ce n’est pas par romantisme, mais bien parce qu’il est utile. Le mariage à la mairie n’a d’ailleurs rien de romantique. Que ceux qui le souhaitent ne mettent pas trop d’espoir à ce sujet dans ces cérémonies, ils risqueraient d’être déçus !

Le débat sur le mariage homosexuel est complexe. Par peur d’être catalogué, caricaturé, j’ai l’impression que beaucoup préfèrent éviter les questions soulevées par Mgr Barbarin. Et pourtant, bien que l’on puisse le trouver maladroit ou qu’il aurait pu au moins éviter de parler de l’inceste (idée qui me semble discutable, surtout mentionnée de façon aussi légère), il a abordé un sujet essentiel : la faiblesse des arguments en faveur du mariage pour les couples homosexuels, qui s’appuient sur une logique contestable. Bien entendu, rien ne prouve que nous irons jusqu’au bout de la logique et nous pouvons d’ailleurs espérer que jamais nous n’irons jusque là. Mais il est bon parfois, de rappeler que certains arguments, même souvent répétés, sont spécieux.

 Crédit photo : By Stefano Bolognini (Own work), CC-BY-SA-3.0, via Wikimedia Commons

  1. pour ceux qui souhaitent aller plus loin, le diocèse de Lyon a publié un texte pour préciser la pensée de l’archevêque[]
  2. j’utilise moi aussi volontairement une autre expression que « polygamie », puisque la polygamie se rapporte davantage à un « régime matrimonial » composé d’un homme et de plusieurs femmes, alors que l’on peut très bien imaginer une femme avec plusieurs hommes – ce qui fait fantasmer certains cinéastes – ou toute sorte de combinaisons[]

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s'est intéressé tôt à la politique. Après une passion de bien courte durée, il a conservé son amour de la politique pour sa recherche du bien commun, mais reste un peu désabusé par une politique trop partisane. Il souhaite contribuer au débat, mais préfère se demander ce que lui peut faire plutôt qu'attendre un hypothétique "grand soir" venant d'une hypothétique personnalité politique providentielle. Il cherche à penser le monde d'aujourd'hui, avec ses particularités, essayant de se défaire de ses a priori, mais sans avoir la prétention de croire qu'il peut partir de rien. Pour cela, il s'appuie sur la solide tradition de l'Eglise, ce qui ne l'empêche pas de rechercher le dialogue avec tous, non seulement pour convaincre, mais aussi (et surtout ?) pour se laisser convaincre.
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