Marche avant par Alexandre Poussin

La publication récente des dernières aventures de la famille Poussin à Madagascar, Mada Trek, nous a incité à remettre en ligne la recension faite il y a dix ans d’un livre assez original d’Alexandre Poussin, intitulé Marche avant.

Après avoir passé sa jeunesse à escalader nuitamment les monuments parisiens et à faire une cour aussi assidue qu’originale à Sonia, il fait le tour du monde à bicyclette, traverse à pied l’Himalaya avec un ami, repasse par Paris pour épouser Sonia qu’il emmène ensuite en promenade pendant trois ans : le temps de rallier à pieds la ville du Cap en Afrique du Sud au lac de Tibériade en Israël, couchant chaque soir à la belle étoile ou chez l’habitant. En 2004 et 2005 Alexandre et Sonia raconteront leur expérience et surtout les multiples rencontres qui ont émaillé leur périple dans un livre publié en deux tomes intitulé Africa Trek que suivit un DVD éponyme. En 2011 Alexandre Poussin nous livre ses réflexions, ses méditations et son expérience dans un livre à la fois original, drôle, profond et très bien écrit intitulé Marche avant.

En quête de vérités qui aident à vivre, Alexandre Poussin ne cesse de tracer sa voie, de suivre son propre chemin et, inévitablement, il brouille les pistes. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

Tombé amoureux de l’Afrique et de sa beauté au contact de la revue L’Afrique réelle, dirigée par le controversé Bernard Lugan – proche de la droite radicale – Alexandre Poussin bat en brèche les stéréotypes sur l’Afrique et consacre des pages vibrantes au courage des Africains qui, simplement pour ne pas périr, doivent travailler d’arrache-pied – parfois au sens propre du terme – et mènent une vie de labeur que, selon lui, aucun Européen contemporain ne supporterait plus de trois semaines….

Déjà à Sciences po Grenoble il préférait les stages ouvriers aux stages conseillés. Il s’est ainsi embarqué comme mousse avec des marins-pêcheurs et a travaillé comme garçon de ferme dans les alpages afin de toucher du doigt la réalité de ces métiers ainsi que les conditions de vie de ceux qui les exerçaient au lieu d’effectuer sagement des photocopies dans une préfecture ou dans un cabinet de conseil. Il y découvrit des difficultés, des drames et des contradictions qui sont le reflet de nos choix de société. C’est peut-être pour cela que ses professeurs avaient tenté de l’en dissuader en faisant valoir que cela ne lui servirait à rien. C’est assurément pour cela que son rapport de stage sur l’agriculture fut étrillé : il y remettait en cause, exemples à l’appui, le modèle de l’agriculture industrielle.

Scout revendiqué qui ne tarit pas d’éloges sur la formation humaine et spirituelle qu’il doit au mouvement de Baden Powell il est également – et selon lui logiquement –  un écologiste viscéral. Il rend hommage à José Bové dont il salue le courage militant tout en suggérant qu’il est en avance sur son temps et que la postérité lui rendra justice. Car, si Alexandre Poussin est un écologiste engagé, il n’est pas un écologiste enragé.

Il connaît mieux que quiconque les réactions épidermiques des baby boomers que suscite la moindre interrogation pouvant remettre en cause les dogmes de la croissance exponentielle et du salut par le progrès technique. Philosophe, il se dit que chaque génération a son combat et que celui de la paix était le leur tandis que celui de l’environnement est désormais le nôtre. Généreux, il leur rend hommage pour ce qu’ils ont fait. Optimiste, il place son espoir dans la génération actuelle et les générations à venir à venir pour inverser les tendances destructrices actuellement à l’œuvre.

Ancien élève des écoles chrétiennes il se déclare sereinement défavorable à la mixité scolaire qu’il considère comme un obstacle à la formation des personnalités. Il estime que ce n’est pas un service à rendre à des adolescents et des adolescentes qui ne sont encore que l’ébauche d’eux-mêmes que de faire de l’école le terrain des jeux de l’amour et du hasard. Catholique assumé, il se déclare partisan de la sobriété volontaire qu’il considère comme la seule solution à la fois viable et vivable pour sortir de la société de consommation et de sa logique destructrice et se réfère indifféremment à Pierre Rabhi, Denis Tillinac, Jean-François Guillebaud et José Bové, Jean-Paul II ou Gandhi quand il ne cite pas purement et simplement l’Evangile.

S’il parcourt désormais le monde à pied pour faire de longs voyages à l’image des pèlerins du Moyen-Age c’est à la fois pour des raisons méthodologiques et déontologiques : par le simple fait de marcher le marcheur retrouve son corps. Il l’habite de nouveau. Il rentre en lui-même. Il se retrouve. Il reprend contact avec la Création qu’il contemple de nouveau. Son âme se reconnecte avec l’essentiel. Il se débarrasse de ses angoisses. De son stress. De l’esprit de comparaison. De l’esprit de compétition. Il n’est plus pollué et ne pollue plus. Il prend le temps. Il prend son temps. Il a le temps. Il redevient disponible aux rencontres imprévues.

L’ éthique de la marche qui le meut et qu’il promeut est la source d’inspiration de ce livre-témoignage dans lequel alternent chapitres biographique et considérations plus philosophique. Car ce jeune quadra devenu récemment jeune papa a déjà beaucoup vécu et a pris le temps de ruminer ce qu’il a vécu pour le mettre en mots. Emprunt de profondeur et rédigé avec une bonne dose d’autodérision Marche avant est un récit inclassable qui aidera tous les chercheurs de sens à étancher leur soif.

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