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Toujours plus = toujours mieux ?

L’idée que toujours plus est synonyme de toujours mieux a présidé au développement de la société industrielle au XIXème (toujours plus de productivité = toujours mieux), de la société de consommation née au XXème siècle (toujours plus de pouvoir d’achat = toujours mieux) et est devenue aujourd’hui un véritable dogme qui a débordé le cadre de l’économie, s’est propagé dans tous les autres domaines d’activité et imbibe littéralement notre conception même de la vie.

Ceux qui veulent faire des manipulations génétiques considèrent, implicitement du moins, que réduire l’homme à un cobaye ou à une matière première biologique à usage des laboratoires, le prix à payer pour faire progresser la connaissance scientifique et la maîtrise du vivant. Ils estiment les inconvénients négligeables au regard de l’enjeu. Toujours plus = toujours mieux.

Les lycéens, les étudiants et les professeurs qui défilent dans la rue n’exigent pas davantage de libertés pédagogiques, des réformes d’organisation ou la possibilité d’élever le niveau des exigences. Ils réclament davantage de moyens financiers et sont hostiles à la sélection à l’entrée de l’université. Toujours plus = toujours mieux.

Dans l’administration ou dans les grandes entreprises l’idée n’effleurerait personne de récompenser quelqu’un en lui accordant plus de temps libre. Une récompense n’est pas envisagée autrement que sous la forme d’une augmentation de la rémunération et/ou de progression hiérarchique impliquant davantage de prérogatives. Toujours plus = toujours mieux.

Les organismes officiels luttant contre le SIDA ne se demandent pas si la multiplication de relations biodégradables les aidera à croître en amour et en humanité. Le préservatif et le financement de la recherche leur semblent les seuls réponses envisageables afin de garantir à chacun la possibilité de cumuler le plus grand nombre possible de partenaires sexuels. Toujours plus = toujours mieux.

Que l’on s’appelle Nicolas Sarkozy, Martine Aubry, François Bayrou ou Olivier Besancenot, la plupart des responsables politiques font de la croissance leur objectif prioritaire. Leurs désaccords ne portent que sur les moyens car ils partagent la conviction que la croissance du pouvoir d’achat est la clef de tout. Toujours plus = toujours mieux.

L’équation toujours plus = toujours mieux a pour corollaire, le refus du discernement préalable et le refus du bilan c’est-à-dire le refus de la sagesse. Pour prendre le contre-pied de cette tendance il faut commencer par refuser de se décider ou de prendre position dans l’urgence afin de se donner le temps. Le temps de recueillir et de recouper les informations nécessaires pour aborder les questions. Le temps de réfléchir posément pour pouvoir poser correctement et concrètement les enjeux. Le temps de soumettre ses réflexions à autrui afin de les éprouver. Le temps d’y penser.

Billet initialement publié le 9 mai 2009

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